Évolution du marché : Feuilles d'aluminium (CN 760719) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 760719 couvre les feuilles et bandes minces d'aluminium, sans support, laminées et autrement traitées, d'une épaisseur ≤ 0,2 mm, à l'exclusion des feuilles pour le marquage au fer (CN 3212) et des décorations de sapins de Noël. Il s'agit d'une catégorie « résiduelle » du code 7607, distincte des feuilles simplement laminées (760711) et des feuilles sur support (760720). Ce produit trouve ses principaux débouchés dans l'emballage alimentaire, l'isolation thermique, l'industrie pharmaceutique et l'électronique.
Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a conservé une position d'exportateur net, avec une balance commerciale positive tout au long de la période, passant de 105 M€ à 120 M€ (+14 %). Cependant, cette relative stabilité globale masque des transformations profondes. Trois dynamiques majeures structurent l'évolution du marché : une hausse des prix unitaires qui compense le recul des volumes échangés, une reconfiguration géographique spectaculaire des flux, et une concentration croissante des exportations accompagnée de signaux de fragilisation de l'autonomie commerciale.
1. La hausse des prix unitaires compense le recul des volumes échangés
1.1. Les exportations progressent de 14 % en valeur malgré une baisse de 5 % des volumes
La valeur des exportations de l'UE vers les pays tiers a augmenté de 370 M€ (2015) à 421 M€ (2025), soit une progression de 13,7 %. Pourtant, les volumes exportés ont reculé sur la même période, passant de 47 025 t à 44 487 t (−5,4 %). Cette apparente contradiction s'explique entièrement par la hausse des prix unitaires à l'exportation, passés de 7 870 €/t à 9 454 €/t (+20,1 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur | 370 M€ | 421 M€ | +13,7 % |
| Volume | 47 025 t | 44 487 t | −5,4 % |
| Prix unitaire | 7 870 €/t | 9 454 €/t | +20,1 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Les volumes ont connu leur point le plus bas en 2020 (43 609 t), année marquée par la pandémie de Covid-19, avant de se redresser partiellement. La valeur, quant à elle, a atteint son maximum en 2022 (444 M€), sous l'effet combiné de la reprise post-Covid et de la flambée des prix de l'énergie.
1.2. Les importations suivent une trajectoire comparable, avec une inflation des prix encore plus marquée
Le constat est encore plus net du côté des importations. La valeur des importations a progressé de 265 M€ à 301 M€ (+13,4 %), alors que les volumes ont chuté de 49 532 t à 41 587 t (−16,0 %). Le prix unitaire à l'importation a bondi de 5 354 €/t à 7 231 €/t (+35,1 %), soit une hausse nettement plus forte que celle observée à l'exportation.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur | 265 M€ | 301 M€ | +13,4 % |
| Volume | 49 532 t | 41 587 t | −16,0 % |
| Prix unitaire | 5 354 €/t | 7 231 €/t | +35,1 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
L'écart de prix entre exportations et importations — indicateur de la valeur ajoutée relative des flux — s'est cependant réduit : la prime à l'exportation est passée de 47 % en 2015 à 31 % en 2025, suggérant une convergence des profils de valeur entre les flux sortants et entrants. En d'autres termes, l'UE importe désormais des produits à plus forte valeur ajoutée qu'auparavant, ou bien les prix de ses exportations n'augmentent pas aussi vite que ceux de ses importations.
1.3. La production européenne croît en valeur bien plus qu'en volume, confirmant la dynamique de prix constatée sur les échanges
La production intra-UE a suivi la même trajectoire. En volume, elle a progressé de 943 031 t à 1 050 000 t (+11,3 %), tandis qu'en valeur, elle est passée de 3,76 Mds€ à 5,00 Mds€ (+33,1 %). Le prix moyen implicite de la production a ainsi augmenté d'environ 20 %, en ligne avec la dynamique observée sur les échanges extérieurs.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume de production | 943 031 t | 1 050 000 t | +11,3 % |
| Valeur de production | 3,76 Mds€ | 5,00 Mds€ | +33,1 % |
Sources : Volumes de production · Valeurs de production
Cette dynamique générale — hausse des prix compensant le recul des volumes — est cohérente avec la hausse des coûts de l'énergie et des matières premières aluminium sur la période, ainsi qu'avec une montée en gamme des produits échangés.
2. Le Brexit et la montée de l'Asie redessinent la géographie des échanges de l'UE
2.1. La Chine double ses exportations vers l'UE ; la Thaïlande et la Malaisie émergent comme fournisseurs majeurs
Du côté des importations par partenaire, la transformation la plus spectaculaire concerne l'Asie. La Chine est passée de 46 M€ à 90 M€ (+97,3 %), consolidant sa position de premier fournisseur extra-UE. Plus remarquable encore, la Thaïlande est passée d'un flux quasi inexistant (2 776 €) à près de 10 M€, tandis que la Malaisie a progressé de 5 M€ à 17 M€ (+228 %).
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 46 | 90 | +97,3 % |
| Suisse | 63 | 55 | −12,7 % |
| Islande | 58 | 47 | −19,5 % |
| Turquie | 41 | 42 | +4,0 % |
| Malaisie | 5 | 17 | +228 % |
| Thaïlande | 0,003 | 10 | n.a. |
| Royaume-Uni | 15 | 7 | −53,4 % |
Source : Importations par partenaire
L'émergence de la Thaïlande et de la Malaisie comme fournisseurs significatifs traduit la relocalisation de capacités de production de feuilles d'aluminium en Asie du Sud-Est, tendance observée dans de nombreux secteurs industriels. En revanche, les fournisseurs européens traditionnels que sont la Suisse et l'Islande ont vu leur part se réduire, bien qu'ils restent des partenaires majeurs.
2.2. La Suisse s'impose comme la première destination des exportations de l'UE, tandis que les flux vers le Royaume-Uni se contractent
La répartition des exportations s'est profondément réorganisée. La Suisse est passée de 32 M€ à 114 M€ (+255 %), devenant de loin la première destination extra-UE. Ce bond spectaculaire pourrait refléter à la fois des dynamiques de réexportation et une forte demande suisse dans des segments à haute valeur ajoutée de la chaîne aluminium.
| Destination | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Suisse | 32 | 114 | +255 % |
| Royaume-Uni | 43 | 28 | −34,7 % |
| États-Unis | 21 | 29 | +34,5 % |
| Turquie | 12 | 25 | +103 % |
| Maroc | 12 | 21 | +81,0 % |
| Algérie | 12 | 19 | +57,9 % |
Source : Exportations par partenaire
Les marchés du Maghreb (Maroc, Algérie) ont également connu une croissance soutenue (+81 % et +58 % respectivement), de même que la Turquie (+103 %), confirmant l'ancrage de l'UE sur les marchés de sa rive sud et de son voisinage oriental.
2.3. Le Brexit se traduit par une contraction marquée des flux bilatéraux avec le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni illustre une trajectoire inverse et préoccupante pour les échanges intra-européens. À l'exportation, les flux de l'UE vers le Royaume-Uni ont reculé de 43 M€ à 28 M€ (−34,7 %). À l'importation, la baisse est encore plus prononcée : de 15 M€ à 7 M€ (−53,4 %). Ce double recul est cohérent avec les frictions commerciales introduites par le Brexit à partir de 2021 — contrôles douaniers, formalités réglementaires, incertitude économique — qui ont pesé sur les flux bilatéraux. Le Royaume-Uni, qui était le deuxième partenaire export de l'UE en 2015, n'occupe plus que la quatrième position en 2025.
2.4. L'Allemagne demeure le pilier du commerce extérieur de l'UE, mais des pays périphériques émergent fortement
L'analyse par État membre confirme le poids dominant de l'Allemagne, qui concentre à elle seule 172 M€ d'exportations en 2025 (+10,4 %) et 88 M€ d'importations (+28 %). Cependant, plusieurs pays ont connu une croissance exceptionnelle de leurs exportations extra-UE :
| État membre | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 156 | 172 | +10,4 % |
| Italie | 90 | 69 | −23,5 % |
| France | 57 | 46 | −20,1 % |
| Autriche | 23 | 52 | +129 % |
| Croatie | 6 | 56 | +840 % |
| Grèce | 4 | 21 | +406 % |
| Espagne | 2 | 16 | +615 % |
Source : Exportations par État membre
La Croatie, avec un indice d'avantage comparatif révélé (RCA) de 30,0 et un RSCA de 0,94, affiche une spécialisation remarquable dans ce produit, tout comme la Grèce (RCA 14,2, RSCA 0,87). À l'inverse, l'Italie et la France, historiquement de grands exportateurs, ont vu leur poids se réduire sensiblement (−24 % et −20 % respectivement), ce qui pourrait refléter des dynamiques de désindustrialisation ou de repositionnement vers d'autres segments.
3. Concentration croissante, chocs de prix et fragilisation relative de l'autonomie commerciale
3.1. L'indice HHI des exportations bondit de 83 %, signalant une dépendance accrue envers un nombre réduit de partenaires
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des exportations en valeur a presque doublé, passant de 541 à 987 (+82 %). Ce niveau reste en dessous du seuil de concentration modérée (1 500), mais la progression est significative et reflète la montée de la Suisse comme destination dominante et le déclin de certains partenaires historiques.
| Indicateur HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 1 688 | 1 746 | +3,4 % |
| Exportations (valeur) | 541 | 987 | +82 % |
| Importations (volume) | 2 151 | 2 037 | −5,3 % |
| Exportations (volume) | 606 | 1 034 | +71 % |
Source : Concentration HHI
Du côté des importations, le HHI en valeur est resté relativement stable (1 688 → 1 746, +3 %), ce qui signifie que le marché d'approvisionnement était déjà modérément concentré autour de la Suisse, de l'Islande et de la Chine, et qu'il l'est resté. En volume, le HHI des importations a même légèrement baissé (2 151 → 2 037), suggérant une diversification marginale des sources d'approvisionnement en termes quantitatifs, malgré la montée en puissance de la Chine en valeur.
3.2. L'année 2022 se distingue par des épisodes de chocs de prix à l'exportation sur plusieurs marchés
L'analyse des chocs de prix révèle que l'année 2022 a été marquée par des hausses de prix exceptionnelles sur plusieurs marchés d'exportation, coïncidant avec la crise énergétique européenne et la perturbation des chaînes d'approvisionnement post-Covid.
| Marché | Type de choc | Variation de prix | Part de valeur (2022) | Indice d'anormalité |
|---|---|---|---|---|
| Mexique | Prix | +28,8 % | 5,2 % | 14,0 |
| Ukraine | Prix | +51,3 % | 1,7 % | 7,8 |
| Royaume-Uni | Prix | +45,4 % | 11,2 % | 6,4 |
Source : Chocs d'approvisionnement
Le choc le plus anormal (indice 14,0) concerne le Mexique, avec une hausse de prix de 28,8 % concentrée en 2022. Le choc ukrainien (+51,3 %) s'explique vraisemblablement par le déclenchement du conflit armé en février 2022. Quant au Royaume-Uni, la hausse de prix de 45,4 % combinée à une part de valeur élevée (11,2 %) en fait un événement significatif pour l'industrie européenne.
Par ailleurs, certains partenaires d'importation présentent une forte volatilité structurelle sur l'ensemble de la période, mesurée par le coefficient de variation (CV) :
| Partenaire d'importation | CV |
|---|---|
| Corée du Sud | 1,33 |
| Japon | 1,33 |
| États-Unis | 1,15 |
| Thaïlande | 0,90 |
| Inde | 0,90 |
| Malaisie | 0,76 |
Source : Volatilité
Les CV supérieurs à 1 (Corée du Sud, Japon, États-Unis) indiquent des flux extrêmement erratiques, témoignant de relations commerciales ponctuelles plutôt que structurelles. À l'inverse, les partenaires d'exportation les plus stables sont l'Algérie (CV 0,13), la Turquie (CV 0,14) et le Maroc (CV 0,16), reflétant des relations commerciales ancrées dans la durée.
3.3. La propension à exporter recule et l'avantage excédentaire de l'UE se réduit en termes relatifs
Plusieurs indicateurs d'autonomie commerciale signalent un léger tassement de la position excédentaire de l'UE :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations | −37,4 % | −10,7 % | +71 % |
| Intensité commerciale | 49,2 % | 46,1 % | −6,4 % |
| Propension à exporter | 41,8 % | 33,3 % | −20,3 % |
Source : Dépendance nette aux importations
La dépendance nette aux importations, bien que restant négative — confirmant la position excédentaire de l'UE —, est passée de −37,4 % à −10,7 %. Cela signifie que l'excédent commercial, rapporté à la production, s'est sensiblement réduit au fil de la période. En parallèle, la propension à exporter — c'est-à-dire la part de la production européenne destinée aux marchés extra-UE — a reculé de 41,8 % à 33,3 % (−20,3 %). L'indicateur de salience confirme que la propension à exporter constitue le signal le plus saillant de cette évolution (score de 37,0 contre 10,3 pour l'intensité commerciale).
L'intensité commerciale — rapport entre le commerce extérieur total et la production — a diminué de façon plus modérée (49,2 % → 46,1 %, −6,4 %), ce qui indique que l'UE consomme désormais une part légèrement plus importante de sa production sur son propre marché, ou que sa compétitivité à l'exportation se modère face à la concurrence internationale.
Conclusion
Le marché européen des feuilles d'aluminium sans support laminées et autrement traitées (CN 760719) a connu, sur la période 2015–2025, une triple transformation.
Premièrement, la valeur des échanges a progressé (+13 à 14 %) alors même que les volumes reculaient (−5 % à l'exportation, −16 % à l'importation), tirée par une hausse substantielle des prix unitaires (+20 % à l'exportation, +35 % à l'importation). Cette dynamique, alimentée par la hausse des coûts de l'énergie et des matières premières, se retrouve dans la production intra-UE dont la valeur a crû de 33 %.
Deuxièmement, la carte géographique des échanges a été profondément redessinée. La Chine a doublé ses livraisons vers l'UE, tandis que la Thaïlande et la Malaisie ont émergé comme fournisseurs significatifs. À l'exportation, la Suisse est devenue la première destination (+255 %), tandis que le Brexit a entraîné une contraction des flux avec le Royaume-Uni (−35 % à l'exportation, −53 % à l'importation). Au sein de l'UE, des pays comme la Croatie (+840 %), la Grèce (+406 %) et l'Autriche (+129 %) ont émergé comme exportateurs significatifs, au détriment de l'Italie et de la France.
Troisièmement, des signaux de fragilité apparaissent : la concentration des exportations a fortement augmenté (HHI +82 %), des chocs de prix ont affecté plusieurs marchés en 2022, et la propension de l'UE à exporter ce produit a reculé de 20 %. L'excédent commercial, bien que toujours positif, se réduit en termes relatifs, la dépendance nette aux importations passant de −37 % à −11 %.
Ces tendances suggèrent un marché en transition, où la valeur ajoutée se déplace et où l'UE, tout en conservant un avantage compétitif, voit celui-ci se modérer sous l'effet de la concurrence asiatique et de la réorganisation post-Brexit des flux commerciaux européens.