Évolution du marché : Demi-produits en fer ou en aciers non alliés, contenant en poids < 0,25% de carbone, de section transversale rectangulaire et dont la largeur est supérieure ou égale à deux fois l'épaisseur (CN 720712) — 2015–2025
Introduction
La position tarifaire 720712 couvre les demi-produits en acier non allié à bas carbone (< 0,25 % C), de section rectangulaire et de largeur supérieure ou égale à deux fois l'épaisseur. Il s'agit essentiellement de brames et blooms obtenus par coulée continue ou laminage (sous-position 72071210), auxquels s'ajoutent marginalement les produits forgés (72071290). Ce produit constitue la matière première de base de la sidérurgie européenne en aval : il alimente les laminoirs produisant des tôles, des bobines et des profilés.
Sur la période 2015–2025, le marché de l'Union européenne pour ce produit a connu une transformation profonde. Les importations ont progressé de 49 % en valeur (passant de 1,96 milliard € à 2,93 milliards €), tandis que les exportations, parties de niveaux très modestes, ont presque quadruplé (+179 %). Le déficit commercial s'est néanmoins creusé, atteignant près de 2,8 milliards € en 2025. La dépendance nette aux importations a bondi de 25 % à 68 %, reflétant un affaiblissement structurel de la production intérieure de l'UE, dont le volume a reculé de 33 % sur la décennie. L'analyse ci-dessous décompose les principales dynamiques à l'œuvre.
1. La reconfiguration géopolitique des approvisionnements : de la Russie-Ukraine vers l'Asie et le Vietnam
La Russie demeure le fournisseur dominant malgré les sanctions
Le partenaire le plus marquant de cette période est incontestablement la Russie. Entre 2015 et 2025, les importations en provenance de Russie sont passées de 906 millions € à 1,63 milliard € (+79,5 %). En volume, elles sont restées remarquablement stables autour de 3,0 à 3,7 millions de tonnes, ce qui traduit une position de fournisseur quasi incontournable pour la sidérurgie européenne. Le pic a été atteint en 2021 à 2,35 milliards €, année de flambée des prix mondiaux de l'acier. Le coefficient de variation des volumes russes n'est que de 0,10, le plus faible de tous les partenaires, ce qui souligne la régularité de cet approvisionnement. En 2025, la Russie représente à elle seule 55,5 % de la valeur des importations de l'UE pour ce produit.
Concentration des importations
L'effondrement des importations ukrainiennes constitue le choc d'approvisionnement majeur
Le cas de l'Ukraine illustre le plus grand choc de la période. Deuxième fournisseur historique de l'UE (551 millions € et 1,8 million de tonnes en 2015), l'Ukraine a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer dès 2022 pour ne plus représenter que 10,6 millions € (21 000 tonnes) en 2025 — un recul de 98 % en valeur et de 99 % en volume. La détection automatique de chocs identifie cet événement comme une « sortie de marché » à partir de 2022, avec un volume moyen de la phase de sortie (2023–2025) ramené à 3,1 % du niveau de base. Ce recul est directement lié à la guerre en Ukraine, qui a détruit ou endommagé les principales aciéries (Marioupol en particulier) et perturbé les corridors logistiques.
Chocs d'approvisionnement détectés
L'Asie du Sud-Est et la Chine comblent le vide créé par la réduction des fournisseurs traditionnels
La perte de volumes ukrainiens a été partiellement compensée par l'émergence rapide de nouveaux fournisseurs :
| Fournisseur | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation | Volume 2025 (tonnes) |
|---|---|---|---|---|
| Chine | 1,4 | 355,2 | +26 069 % | 745 898 |
| Vietnam | 0,001 | 279,3 | +29 682 824 % | 598 564 |
| Inde | 0,01 | 10,5 | +106 868 % | 23 240 |
| Indonésie | 13,4 (2015) | 31,1 | +131 % | 66 469 |
La Chine et le Vietnam, qui ne comptaient quasiment pas en 2015, représentent désormais 634 millions € cumulés en 2025, soit 21,7 % des importations. Cette dynamique témoigne d'une diversification géographique accélérée des sources d'approvisionnement, probablement facilitée par les capacités excédentaires de coulée continue en Asie.
Volatilité des importations par partenaire
2. Une flambée des prix suivie d'une normalisation, au service d'une hausse globale de la valeur des échanges
Le choc de prix de 2021 : un événement systémique sur les matières premières sidérurgiques
L'année 2021 marque un tournant prix pour l'ensemble des partenaires. Les événements de choc détectés montrent des augmentations brutales :
- Brésil : prix multiplié par 2,0 (de 419 $/t à 840 $/t), avec un degré d'anormalité de 11,9 — le plus élevé de la série. En volume, les importations brésiliennes ont simultanément chuté de 789 000 t (2019) à 155 000 t (2021), suggérant une réorientation des flux brésiliens vers des marchés plus rémunérateurs (Asie, Amérique latine).
- Russie : hausse de prix de +58,7 % par rapport à la base 2019–2020, atteignant 630 €/t. L'anormalité de 8,7 reflète l'ampleur inhabituelle de ce mouvement.
- Ukraine : hausse de prix de +61,6 %, à 643 €/t.
Ce choc de prix s'explique par la conjonction de la reprise post-Covid (forte demande), de la hausse du coût de l'énergie et des matières premières (minerai de fer, charbon métallurgique), ainsi que de goulets d'étranglement logistiques mondiaux.
Prix des importations et événements de choc
Les prix se normalisent mais restent structurellement au-dessus des niveaux d'avant 2021
Après le pic de 2021–2022, les prix moyens à l'importation ont amorcé une correction : 504 €/t en 2024 et 451 €/t en 2025 pour l'ensemble, contre 326 €/t en 2015. Cela représente une hausse cumulée de 38 % sur la période. Les prix à l'exportation ont suivi une trajectoire comparable mais plus marquée : de 285 €/t à 556 €/t (+95 %), ce qui indique que les demi-produits exportés par l'UE se situent sur un segment de qualité ou de valeur légèrement supérieur.
Le prix du segment forgé (72071290) reste nettement plus élevé (784 €/t en 2025) que celui du segment laminé/coulé (72071210 à 451 €/t), confirmant la nature de niche de la production forgée.
La hausse des prix masque une stagnation des volumes importés
En volume, les importations n'ont progressé que de 7,8 % sur la décennie (de 6,0 à 6,5 millions de tonnes), alors que la valeur augmentait de 49 %. Ce décalage confirme que l'essentiel de la croissance nominale est d'origine prix. Le volume des exportations a progressé de manière plus dynamique (+43 %, de 169 000 à 242 000 tonnes), porté notamment par les flux vers le Royaume-Uni.
Commerce global en valeur et en volume
3. Une concentration croissante des exportations et une dépendance structurelle de l'UE
L'Italie, la Belgique et le Danemark concentrent les importations ; la République tchèque émerge
Côté importations, les trois principaux États membres restent l'Italie (1,22 milliard € en 2025), la Belgique (539 M€) et le Danemark (236 M€). Toutefois, la République tchèque a connu une progression spectaculaire : de 65 M€ en 2015 à 445 M€ en 2025 (+590 %), ce qui en fait le quatrième importateur de l'UE. À l'inverse, les Pays-Bas et l'Allemagne ont vu leurs importations s'effondrer respectivement de 174 M€ à 0,03 M€ et de 182 M€ à 71 M€, probablement en lien avec des restructurations industrielles ou des réorientations vers d'autres produits.
Principaux États membres importateurs
Le Royaume-Uni est devenu la destination dominante des exportations de l'UE
Les exportations vers le Royaume-Uni ont explosé : de 2,4 M€ (2015) à 117 M€ (2025), avec un pic à 144 M€ en 2024. Le Royaume-Uni représentait 87 % de la valeur totale des exportations de l'UE en 2025. Ce développement est vraisemblablement lié au Brexit : les producteurs britanniques, désormais en dehors du marché unique, ont dû importer des demi-produits continentaux en remplacement d'anciens flux intra-UE. En volume, les exportations vers le Royaume-Uni ont atteint 210 000 tonnes en 2025, soit près de 87 % du volume total exporté.
Principaux partenaires à l'exportation
La concentration des exportations a fortement augmenté, révélant une vulnérabilité accrue
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des exportations est passé de 5 387 en 2015 à 7 693 en 2025 (+43 %), ce qui indique une concentration très élevée — et croissante — des débouchés. Cette dépendance au seul marché britannique constitue un facteur de risque. Du côté des importations, le HHI est resté plus modéré (environ 3 200–3 500), signe d'une diversification relative des fournisseurs malgré le poids dominant de la Russie.
L'indice de vulnérabilité d'autonomie et de dépendance confirme cette tendance : le taux de dépendance nette aux importations est passé de 25 % à 68 %, tandis que l'intensité commerciale (part du commerce extérieur dans la production + commerce total) a progressé de 39 % à 74 %. La production intérieure de l'UE a reculé de 9,0 milliards d'unités (2014) à 4,9 milliards (2024), soit un déclin de 46 %. Ce recul structurel de la production nationale, combiné à une demande toujours présente, explique l'élargissement du déficit commercial.
Scores de spécialisation par État membre
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des demi-produits en acier non allié à bas carbone (CN 720712) a été marqué par trois tendances dominantes :
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Une recomposition géopolitique des approvisionnements, avec l'effondrement des importations ukrainiennes (–98 %) compensé par l'essor de fournisseurs asiatiques (Chine, Vietnam), tandis que la Russie maintient une position dominante malgré le contexte géopolitique.
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Un choc de prix historique en 2021, suivi d'une normalisation incomplète, qui a durablement rehaussé les prix moyens de 38 à 95 % selon le flux considéré.
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Une dépendance structurelle croissante de l'UE, avec un taux de dépendance nette porté à 68 %, une production intérieure en recul de 33 %, et une concentration des exportations sur le seul marché britannique (HHI export : 7 693).
À l'horizon, la question majeure pour l'UE sera de savoir si la politique commerciale (mesures antidumping, ajustement carbone aux frontières) et la transition de la sidérurgie (projets DRI/H₂) permettront de réduire cette dépendance ou si la tendance à l'importation se poursuivra.