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Évolution du marché : Brames en acier non allié (CN 72071210) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport examine l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne, avec le reste du monde, pour le code douanier 72071210 — Demi-produits en fer ou en aciers non alliés, teneur en poids en carbone < 0,25%, de section transversale rectangulaire, largeur ≥ 2 fois l'épaisseur, laminés ou obtenus par coulée continue. Communément désignées sous le terme de « brames », ces demi-produits constituent la matière première de base de la filière sidérurgique européenne.

La période 2015–2025 est marquée par trois dynamiques majeures : un affaiblissement de la production intérieure de l'UE, une dépendance croissante aux importations et une recomposition profonde des partenaires d'approvisionnement, accélérée par les crises géopolitiques et les chocs de prix observés à partir de 2021.


1. Une dépendance structurelle de l'UE qui s'aggrave au fil de la décennie

Le déficit commercial se creuse de manière continue

Le déséquilibre entre les importations et les exportations de brames s'est considérablement accentué sur la période. La valeur des importations de l'UE est passée de 1 962 M€ (2015) à 2 928 M€ (2025), soit une hausse de +49,2 %, tandis que les exportations, malgré une forte progression relative (+201,5 %), demeurent à un niveau structurellement faible de 132,6 M€ en 2025. Le solde commercial s'est ainsi détérioré de -1 918 M€ à -2 796 M€ (-45,7 %).

Indicateur 2015 2025 Variation
Importations (valeur, M€) 1 962 2 928 +49,2 %
Exportations (valeur, M€) 44,0 132,6 +201,5 %
Solde commercial (M€) -1 918 -2 796 -45,7 %

Sources : Données générales

La production intérieure de l'UE recule significativement

La production européenne de brames a connu un déclin marqué, passant de 7 219 kt à 4 872 kt en volume (-32,5 %) et de 1 776 M€ à 1 200 M€ en valeur (-32,4 %). Ce recul, amorcé dès la seconde moitié de la décennie, s'explique par la désindustrialisation progressive du secteur sidérurgique européen, les contraintes environnementales croissantes (mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, retrait de certaines installations) et les cycles de ralentissement économique.

Indicateur Début de période Fin de période Variation
Production (kt) 7 219 4 872 -32,5 %
Valeur de production (M€) 1 776 1 200 -32,4 %

Le taux de dépendance aux importations atteint un niveau critique

Le taux de dépendance nette aux importations a plus que doublé, passant de 25,1 % en 2015 à 67,9 % en 2025 (+170,5 %), avec un maximum intermédiaire de 71,8 %. Parallèlement, l'intensité commerciale (part du commerce extérieur dans la production apparente) est passée de 39,1 % à 74,4 %. L'UE est ainsi devenue structurellement dépendante des approvisionnements extérieurs pour couvrir ses besoins en brames.

Indicateur 2015 2025 Variation
Dépendance nette aux importations (%) 25,1 67,9 +170,5 %
Intensité commerciale (%) 39,1 74,4 +90,1 %
Propension à exporter (%) 11,6 16,1 +38,0 %

Sources : Indicateurs d'autonomie et de vulnérabilité


2. Un basculement géopolitique des sources d'approvisionnement

L'effondrement des importations en provenance d'Ukraine

L'Ukraine figurait parmi les principaux fournisseurs de brames de l'UE au début de la période, avec des importations à 551 M€ en 2015, culminant à 1 343 M€. Le déclenchement de la guerre en février 2022 a provoqué un effondrement quasi total de ces flux, qui ne représentent plus que 10,6 M€ en 2025, soit une chute de -98,1 %. Le coefficient de variation élevé (0,73) témoigne de la forte volatilité de ce flux sur la période.

La Russie, fournisseur dominant mais sous contrainte croissante

La Fédération de Russie est devenue le premier fournisseur de brames de l'UE, avec des importations passées de 906 M€ à 1 627 M€ (+79,6 %), atteignant un sommet de 2 354 M€. La part de la Russie dans la valeur totale des importations a progressé de manière continue. Toutefois, un choc de prix majeur a été détecté en 2021 (anomalie de 8,7, hausse de prix de +58,7 %), précédant l'instabilité géopolitique. Ce choc représentait à lui seul 63,5 % de la valeur totale des importations cette année-là.

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Russie 906 1 627 +79,6 %
Ukraine 551 10,6 -98,1 %
Brésil 319 312 -2,1 %
Chine 0,9 354 +38 491 %
Viêt Nam 70 279 +301,2 %
Iran 17,5 8,6 -50,6 %
Inde 0,0002 10,5 n.c.

La montée en puissance des fournisseurs asiatiques

Face à l'instabilité des approvisionnements traditionnels, de nouveaux partenaires ont émergé. La Chine a connu une progression spectaculaire : d'un niveau quasi nul en 2015 (0,9 M€), ses exportations vers l'UE ont atteint 354 M€ en 2025, avec un pic à 421 M€. Le coefficient de variation de 1,38 traduit néanmoins une grande instabilité de ce flux. Le Viêt Nam a également progressé de manière significative (+301,2 %), passant de 70 M€ à 279 M€. L'Inde, quant à elle, est passée d'un flux marginal à 10,5 M€. Cette recomposition géographique illustre un transfert de dépendance vers l'Asie, qui pose de nouvelles questions en matière de sécurité d'approvisionnement.

Une concentration géographique des importations qui demeure élevée

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 3 210 à 3 461 (+7,8 %). Si ce niveau reste modéré en termes absolus, il masque une réalité : en 2025, les trois premiers fournisseurs (Russie, Chine, Viêt Nam) représentent à eux seuls une part dominante du marché, et aucun ne représente une garantie d'approvisionnement stable. En volume, l'HHI est passé de 3 314 à 3 642 (+9,9 %), confirmant cette tendance à la concentration.


3. Des marchés d'exportation européens concentrés et vulnérables aux chocs de prix

Le Royaume-Uni, destination dominante et volatile des exportations UE

Le Royaume-Uni est devenu la première destination des exportations de brames de l'UE, passant de 2,1 M€ en 2015 à 117 M€ en 2025 (+5 442 %). En 2025, le Royaume-Uni absorbe ainsi la quasi-totalité des exportations européennes de brames. Ce flux a été marqué par un choc de prix significatif en 2020 (anomalie de 8,6, hausse de +56,7 %), coïncidant avec les premières conséquences du Brexit sur les flux commerciaux. Le coefficient de variation élevé (1,21) confirme la forte volatilité de ce partenaire.

Des marchés d'exportation historiques en repli

À l'inverse de la dynamique britannique, plusieurs destinations historiques des exportations européennes ont connu un effondrement. La Turquie, qui était la première destination en 2015 (34,5 M€), n'a plus reçu que 2 300 € en 2025 (-100 %). L'Algérie a connu une trajectoire similaire (-99,8 %), passant de 6,3 M€ à 9 861 €. La Chine (de 11,5 M€ à 75,7 k€) et l'Algérie illustrent la perte de compétitivité des brames européennes sur certains marchés tiers, probablement en raison de l'évolution des coûts de production et de la concurrence internationale.

Une concentration extrême et croissante des exportations

L'HHI des exportations en valeur est passé de 6 388 à 7 919 (+24,0 %), un niveau qui témoigne d'une forte concentration. L'UE exporte principalement vers un nombre très restreint de pays, le Royaume-Uni dominant largement. Cette concentration constitue un facteur de vulnérabilité : toute perturbation des échanges avec le Royaume-Uni aurait un impact disproportionné sur l'ensemble des exportations européennes de brames.

Un choc de prix global affectant les flux d'importation en 2021

L'année 2021 a été marquée par un choc de prix systémique sur les importations de brames. Le Brésil a connu la hausse de prix la plus spectaculaire (anomalie de 11,9, +100,3 %), suivie de la Russie (anomalie de 8,7, +58,7 %). Ces chocs, qui ont frappé les deux principaux fournisseurs traditionnels de l'UE simultanément, ont contribué à la forte hausse du prix moyen des importations européennes, passé de 326 €/t à 451 €/t (+38,4 %). Ces épisodes coïncident avec la reprise post-COVID et la crise énergétique de 2021–2022, qui ont entraîné des tensions sur les capacités de production et les coûts de la sidérurgie mondiale.


Conclusion

L'analyse des échanges commerciaux de l'UE pour les brames (CN 72071210) sur la période 2015–2025 révèle une triple trajectoire préoccupante :

  1. Une dépendance structurelle croissante : le taux de dépendance nette aux importations a atteint 67,9 %, tandis que la production intérieure a reculé de 32,5 %. L'Union européenne ne produit plus suffisamment de brames pour couvrir ses propres besoins.

  2. Une instabilité géographique des approvisionnements : la guerre en Ukraine a fait disparaître un fournisseur majeur (-98,1 %), tandis que la dépendance envers la Russie s'est renforcée malgré les tensions géopolitiques. La montée de la Chine et du Viêt Nam comme alternatives ne garantit pas une stabilité à long terme.

  3. Une fragilité des exportations : le marché d'exportation est devenu extrêmement concentré autour du Royaume-Uni (HHI de 7 919), et les chocs de prix observés en 2021 ont rappelé la vulnérabilité du secteur face aux fluctuations des marchés mondiaux.

Ces tendances appellent une attention particulière des décideurs européens en matière de politique industrielle sidérurgique, de diversification des approvisionnements et de résilience face aux chocs géopolitiques et climatiques.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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