Évolution du marché : Déchets animaux non alimentaires (CN 0511) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 0511 couvre les « produits d'origine animale, n.d.a. ; animaux morts de tous types, impropres à l'alimentation humaine ». Il regroupe trois sous-produits distincts : le sperme de taureaux (051110), les produits aquatiques non comestibles issus de poissons, crustacés et mollusques (051191), et les autres produits d'origine animale non alimentaires (051199). Ce secteur, longtemps considéré comme marginal, s'est révélé au cours de la décennie 2015–2025 comme un segment dynamique du commerce extérieur de l'Union européenne. Les importations de l'UE ont progressé de 56,9 % en valeur (passant de 273,9 à 429,7 millions d'euros), tandis que les exportations ont presque doublé (+96,7 %), passant de 193,7 à 380,9 millions d'euros (Vue d'ensemble). Ce rééquilibrage spectaculaire, combiné à une restructuration des partenaires commerciaux et à des chocs de prix ponctuels, dessine un marché en pleine transformation, dont le présent rapport propose une analyse détaillée en trois volets.
1. Une croissance fulgurante des exportations et un rééquilibrage de la balance commerciale
Les exportations progressent deux fois plus vite que les importations en valeur
Sur la période 2015–2025, les exportations de l'UE vers le reste du monde ont connu une croissance remarquable. En valeur, elles sont passées de 193,7 millions d'euros en 2015 à 380,9 millions d'euros en 2025, soit une hausse de 96,7 %. En volume, la progression est encore plus marquée : de 167 812 tonnes à 353 414 tonnes (+110,6 %). Les importations, quant à elles, ont augmenté de 56,9 % en valeur (de 273,9 à 429,7 M€) tout en reculant légèrement en volume (−6,0 %), passant de 570 895 à 536 879 tonnes. Ce différentiel de dynamique entre exportations et importations a profondément reconfiguré la position commerciale de l'UE.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations – valeur (M€) | 193,7 | 380,9 | +96,7 % |
| Exportations – volume (kt) | 167,8 | 353,4 | +110,6 % |
| Importations – valeur (M€) | 273,9 | 429,7 | +56,9 % |
| Importations – volume (kt) | 570,9 | 536,9 | −6,0 % |
Source : Vue d'ensemble
L'UE passe d'un statut d'importateur net à une quasi-équilibre
L'indicateur de dépendance nette aux importations (net import reliance) illustre de façon saisissante ce basculement. En 2015, l'UE affichait un taux de dépendance de +32,4 %, signe d'un besoin structurel en importations. En 2025, ce taux est devenu légèrement négatif (−5,4 %), indiquant que l'UE est devenue, dans ce segment, un exportateur net. La balance commerciale, déficitaire de 80,2 millions d'euros en 2015, s'est réduite à −48,7 millions d'euros en 2025, une amélioration de 39,3 %.
Le segment 051191 (produits aquatiques) est le principal moteur de la croissance des exportations
La ventilation par sous-produit révèle que la croissance des exportations est largement portée par le code 051191 (produits de poissons et crustacés impropres à la consommation humaine). En valeur, les exportations de ce segment sont passées de 21,8 à 111,6 millions d'euros (+411 %), tandis que le volume a bondi de 23 603 à 115 485 tonnes (+389 %). Le code 051199 (autres produits animaux) a également progressé significativement (de 140,2 à 231,5 M€, +65 %), tandis que le sperme de taureaux (051110) est resté relativement stable en valeur exportée (31,7 à 37,9 M€) mais a connu une forte hausse de son prix unitaire.
| Segment | Export. valeur 2015 (M€) | Export. valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| 051199 – Autres produits animaux | 140,2 | 231,5 | +65,1 % |
| 051191 – Produits aquatiques | 21,8 | 111,6 | +411,5 % |
| 051110 – Sperme de taureaux | 31,7 | 37,9 | +19,5 % |
Source : Comparaison par segment
2. Restructuration géographique des flux : montée de nouveaux partenaires et spécialisation accrue
Les partenaires d'importation se diversifient, avec l'essor du Brésil et du Vietnam
En 2015, les importations de l'UE étaient dominées par la Norvège (56,6 M€) et le Royaume-Uni (51,3 M€). En 2025, ces deux partenaires conservent un poids significatif mais connaissent des trajectoires contrastées : les importations en provenance de Norvège reculent de 18,1 % (à 46,4 M€), tandis que celles du Royaume-Uni restent quasi stables (+2,6 %, à 52,6 M€). Le changement le plus spectaculaire vient du Brésil, dont les exportations vers l'UE ont bondi de 165,9 % pour atteindre 43,9 M€, et du Vietnam (+216,1 %, passant de 6,5 à 20,5 M€). Ces dynamiques témoignent d'un réapprovisionnement vers des sources extra-européennes, potentiellement pour des raisons de compétitivité de prix ou de capacité de production.
| Partenaire | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Norvège | 56,6 | 46,4 | −18,1 % |
| Royaume-Uni | 51,3 | 52,6 | +2,6 % |
| Brésil | 16,5 | 43,9 | +165,9 % |
| Vietnam | 6,5 | 20,5 | +216,1 % |
| Îles Féroé | 5,2 | 8,3 | +59,6 % |
| Suisse | 11,4 | 13,2 | +15,1 % |
| Islande | 6,5 | 3,5 | −46,0 % |
Source : Partenaires par valeur
Les exportations de l'UE se tournent massivement vers l'Asie et les Amériques
Côté exportations, les destinations traditionnelles (Royaume-Uni, États-Unis) demeurent en tête, avec des hausses respectives de 74,6 % (à 65,0 M€) et 85,3 % (à 60,7 M€). Toutefois, les gains les plus remarquables concernent de nouveaux marchés : la Norvège (exportations UE multipliées par 6,4, de 8,0 à 51,3 M€), l'Équateur (+1 840 %, de 1,7 à 32,7 M€), le Chili (+187 %), le Liechtenstein (+180 %) et le Vietnam (+88 %). L'explication la plus probable réside dans la croissance de la demande mondiale pour les sous-produits aquatiques (code 051191), dont l'UE a su capter une part croissante sur ces marchés.
| Partenaire | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 37,2 | 65,0 | +74,6 % |
| Norvège | 8,0 | 51,3 | +537,7 % |
| États-Unis | 32,7 | 60,7 | +85,3 % |
| Équateur | 1,7 | 32,7 | +1 840,2 % |
| Liechtenstein | 8,5 | 23,8 | +179,7 % |
| Vietnam | 8,5 | 16,0 | +88,0 % |
| Chili | 6,4 | 18,4 | +187,1 % |
Source : Partenaires par valeur
L'indice HHI confirme une diversification géographique, tant à l'import qu'à l'export
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) en valeur des importations a baissé de 1 163 à 1 042 (−10,4 %), indiquant une réduction de la dépendance vis-à-vis de quelques fournisseurs dominants. Du côté des exportations, le HHI est resté relativement stable (de 897 à 951), mais en volume, il a augmenté de 48,8 % (de 1 112 à 1 655), ce qui suggère que certaines destinations ont pris une importance disproportionnée. Par ailleurs, l'analyse des coefficients de variation (volatilité) montre que les flux vers certains partenaires restent très instables, notamment les exportations vers la Thaïlande (CV = 1,04), la Norvège (CV = 0,97) et Hong Kong (CV = 0,89).
Au sein de l'UE, le Danemark, la Belgique et l'Espagne émergent comme de puissants exportateurs
La répartition intra-UE des échanges révèle des dynamiques de spécialisation. L'Allemagne reste le premier importateur (79,9 M€ en 2025) et le premier exportateur (67,8 M€). Toutefois, le Danemark a connu une croissance exceptionnelle de ses exportations (+246 %, de 19,3 à 66,9 M€), devenant le deuxième exportateur de l'UE, devançant la France (62,0 M€) et les Pays-Bas (28,8 M€). La Belgique (+366 %), l'Espagne (+260 %) et la Pologne (+326 %) ont également connu des progressions remarquables. En 2025, le Danemark affiche le plus fort indice de spécialisation (RSCA = 0,578), suivi de la Pologne (0,289) et des Pays-Bas (0,130) (Spécialisation).
| Pays membre | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation | RSCA 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Allemagne | 48,8 | 67,8 | +39,0 % | — |
| Danemark | 19,3 | 66,9 | +246,3 % | 0,578 |
| France | 35,5 | 62,0 | +74,8 % | — |
| Pays-Bas | 29,0 | 28,8 | −0,8 % | 0,130 |
| Belgique | 7,0 | 32,8 | +366,2 % | — |
| Espagne | 9,0 | 32,3 | +260,1 % | — |
| Pologne | 5,4 | 22,9 | +326,3 % | 0,289 |
Source : Reporters par valeur
3. Chocs de prix, volatilité structurelle et dynamiques de production
Des chocs de prix majeurs ponctuent la période 2019–2022
L'analyse des événements de choc (supply shocks) identifie trois épisodes significatifs :
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Choc de prix des exportations vers le Royaume-Uni (2019) : une baisse de prix de 37,3 %, avec un degré d'anomalie de 11,6. Ce choc, survenant dans le contexte de l'incertitude liée au Brexit, a affecté un flux représentant 30,9 % de la valeur totale des exportations de l'UE.
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Choc de prix des importations en provenance du Brésil (2022) : une hausse brutale de 88,0 % des prix, avec un degré d'anomalie de 13,5. Ce choc, touchant un flux représentant 20,8 % des importations, coïncide avec les tensions inflationnistes mondiales post-Covid et la guerre en Ukraine.
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Choc de prix des exportations vers le Chili (2022) : une hausse de 33,6 % des prix, avec un degré d'anomalie de 23,2, affectant un flux de 8,1 % de la valeur exportée.
| Choc | Flux | Partenaire | Année | Variation de prix | Valeur du flux (%) |
|---|---|---|---|---|---|
| Prix | Exportations | Royaume-Uni | 2019 | −37,3 % | 30,9 % |
| Prix | Importations | Brésil | 2022 | +88,0 % | 20,8 % |
| Prix | Exportations | Chili | 2022 | +33,6 % | 8,1 % |
Les prix à l'importation augmentent fortement alors que les prix à l'exportation reculent
Une tendance structurelle se dégage sur la période : le prix moyen à l'importation a bondi de 66,8 %, passant de 478 à 797 euros par tonne, tandis que le prix moyen à l'exportation a légèrement reculé (−6,6 %, de 1 152 à 1 076 €/t). Ce phénomène s'explique en partie par le changement de composition des flux : le Brésil et le Vietnam, dont les prix unitaires sont plus élevés, ont pris un poids croissant dans les importations, tandis que la croissance des exportations de produits aquatiques (051191), dont le prix unitaire est plus bas que la moyenne, a pesé à la baisse sur le prix moyen à l'export. Il convient également de noter que les prix du sperme de taureaux (051110) demeurent extrêmement élevés : 2,8 millions d'euros par tonne à l'exportation en 2025, confirmant la nature très spécialisée de ce segment.
La production intra-UE connait une forte expansion en valeur, tirant l'export propensity à la hausse
La production de l'UE pour le code 0511 a augmenté de 61,6 % en volume (de 2,18 à 3,52 milliards de kg) et de 208,4 % en valeur (de 240 à 741 millions d'euros) sur la période (Volumes de production). Cette dynamique de production a accompagné l'essor des exportations : le taux de propension à l'exportation (export propensity) est passé de 35,3 % à 51,4 % (+45,5 %), signifiant que plus de la moitié de la production est désormais destinée à l'exportation. En revanche, l'intensité commerciale totale (trade intensity) est restée relativement stable (64,7 % → 66,7 %), ce qui indique que la croissance de la production a en partie absorbé l'augmentation des échanges.
Conclusion
La période 2015–2025 marque une transformation profonde du commerce de l'UE en produits animaux non alimentaires (CN 0511). L'Union européenne a évolué d'une position de dépendance nette vis-à-vis des importations (+32 % de dépendance nette en 2015) vers un quasi-équilibre commercial (−5 % en 2025), portée par une croissance exceptionnelle de ses exportations (+96,7 % en valeur). Le segment des produits aquatiques impropres à la consommation (051191) a été le principal moteur de cette progression, avec des exportations multipliées par cinq en valeur.
Sur le plan géographique, les flux se sont à la fois diversifiés et restructurés : le Brésil et le Vietnam sont devenus des fournisseurs majeurs à l'importation, tandis que l'Équateur, le Chili et la Norvège sont apparus comme des marchés d'exportation de premier plan. Au sein de l'UE, le Danemark, la Belgique et la Pologne se sont affirmés comme des spécialistes de ce secteur. Les chocs de prix de 2019 et 2022 rappellent cependant la volatilité persistante de certains flux et la sensibilité du marché aux crises géopolitiques et sanitaires. La hausse de la propension à l'exportation (51,4 % de la production) traduit une ouverture croissante de ce secteur sur les marchés mondiaux, qui pourrait cependant exposer l'UE à de nouvelles vulnérabilités en cas de retournement de la demande internationale.