Évolution du marché : Bijouterie fantaisie (CN 7117) — 2015–2025
Introduction
Le code combiné 7117 couvre la bijouterie de fantaisie, segment qui regroupe trois sous-catégories : la bijouterie en métaux communs (711719), la bijouterie en autres matières (711790) et les boutons de manchettes et similaires (711711). Au cours de la période 2015–2025, le commerce extra-UE de ce produit a connu une transformation profonde. Tandis que les importations sont restées relativement stables en valeur (~1,4 milliard €), les exportations de l'Union ont bondi de 755 millions € à 1,2 milliard €, réduisant considérablement le déficit commercial. Ce mouvement s'est accompagné d'un changement structurel majeur : les volumes exportés ont chuté de 66 % tandis que les prix unitaires ont été multipliés par près de cinq, témoignant d'une montée en gamme prononcée. Le présent rapport analyse ces dynamiques en trois axes : l'évolution globale des flux et de la valeur ajoutée, la reconfiguration géographique des partenaires, et les dynamiques intra-européennes qui façonnent la spécialisation du secteur.
1. Montée en gamme et quasi-équilibre commercial : un marché en pleine mutation structurelle
Des exportations en forte croissance tirées par la valeur unitaire
Sur la période 2015–2025, les exportations extra-UE de bijouterie fantaisie ont progressé de 60,1 % en valeur, passant de 755 millions € à 1 209 millions €, avec un pic à 1 270 millions € en 2023. Ce résultat est d'autant plus remarquable que les volumes exportés ont simultanément chuté de 9 958 tonnes à 3 378 tonnes (–66,1 %). Le prix moyen à l'exportation est ainsi passé de 75 786 €/t à 357 605 €/t, soit une hausse de 371,9 %. Ce décrochage spectaculaire entre volume et valeur traduit une montée en gamme très nette : l'UE exporte des pièces de valeur unitaire bien plus élevée qu'en début de période.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur) | 755 M€ | 1 209 M€ | +60,1 % |
| Exportations (volume) | 9 958 t | 3 378 t | –66,1 % |
| Prix export (€/t) | 75 786 | 357 605 | +371,9 % |
Voir l'aperçu général des échanges.
Des importations stables en valeur malgré un léger recul des volumes
Du côté des importations, la valeur est restée remarquablement stable, passant de 1 422 millions € à 1 351 millions € (–5,0 %), avec un creux à 884 millions € en 2020 — année de la pandémie de Covid-19. Les volumes importés ont diminué de 31 853 tonnes à 27 931 tonnes (–12,3 %), tandis que le prix moyen à l'importation n'a augmenté que de 8,3 % (de 44 636 à 48 331 €/t). L'écart de prix entre importations et exportations s'est ainsi considérablement creusé, ce qui confirme que l'UE s'est repositionnée sur des segments à plus forte valeur ajoutée.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 1 422 M€ | 1 351 M€ | –5,0 % |
| Importations (volume) | 31 853 t | 27 931 t | –12,3 % |
| Prix import (€/t) | 44 636 | 48 331 | +8,3 % |
Un déficit commercial qui se résorbe rapidement
Le solde commercial, fortement déficitaire en 2015 (–667 millions €), s'est spectaculairement amélioré pour atteindre –142 millions € en 2025, soit une réduction de 78,7 %. À son meilleur niveau, le solde est même devenu légèrement positif (+4,9 millions €). La dépendance nette aux importations est passée de 44,7 % à seulement 1,6 %, ce qui signifie que l'UE est devenue quasiment autosuffisante en valeur dans ce segment. Parallèlement, la propension à l'exportation a doublé, passant de 69,3 % à 151,2 % (valeur des exportations rapportée à la production nationale).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Solde commercial | –667 M€ | –142 M€ | +78,7 % |
| Dépendance nette aux importations | 44,7 % | 1,6 % | –96,4 % |
| Propension à l'exporter | 69,3 % | 151,2 % | +118,0 % |
Voir les indicateurs d'autonomie et vulnérabilité et de propension à l'exporter.
Une production européenne qui se recentre sur la valeur
Les données de production intra-européenne (PRODCOM 32.13.10.00) confirment cette trajectoire de montée en gamme. Les volumes produits ont chuté de 54 484 tonnes à 7 426 tonnes (–86,4 %), tandis que la valeur de la production a progressé de 742 millions € à 928 millions € (+25,1 %), avec un pic à 1 095 millions €. L'industrie européenne produit donc beaucoup moins en poids, mais davantage en valeur, ce qui est cohérent avec la stratégie de différenciation par le haut observée dans les flux commerciaux.
Voir les volumes de production.
2. La Chine en position dominante : reconfiguration géographique et concentration accrue des importations
La Chine, fournisseur incontournable de l'UE
La Chine domine les importations européennes de bijouterie fantaisie et a renforcé cette position sur la période. Ses ventes à l'UE sont passées de 887 millions € à 1 005 millions € (+13,3 %), représentant désormais près des trois quarts des importations totales. Cette progression contraste nettement avec le recul des autres fournisseurs asiatiques traditionnels : la Thaïlande a vu ses exportations vers l'UE diminuer de 172 millions € à 87 millions € (–49,5 %), Hong Kong de 48 millions € à 20 millions € (–59,0 %), et le Vietnam est resté stable autour de 31 millions €. Le Royaume-Uni, ancien partenaire majeur dans le cadre du marché unique, a vu ses livraisons vers l'UE s'effondrer de 94 millions € à 22 millions € (–76,6 %), effet probable du Brexit.
| Partenaire | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 887 M€ | 1 005 M€ | +13,3 % |
| Thaïlande | 172 M€ | 87 M€ | –49,5 % |
| Royaume-Uni | 94 M€ | 22 M€ | –76,6 % |
| Inde | 43 M€ | 40 M€ | –6,6 % |
| Vietnam | 31 M€ | 31 M€ | –1,6 % |
| Hong Kong | 48 M€ | 20 M€ | –59,0 % |
Voir les principaux partenaires à l'importation.
Une concentration croissante des approvisionnements
L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) des importations est passé de 4 118 à 5 773 (+40,2 %), indiquant un accroissement significatif de la dépendance vis-à-vis d'un nombre restreint de fournisseurs — principalement la Chine. En volume, la concentration a également augmenté (de 5 936 à 7 952, soit +34,0 %). Ce phénomène de concentration expose l'UE à un risque accru de dépendance, d'autant que la Chine représente à elle seule l'essentiel de la croissance des approvisionnements.
À l'exportation, la situation est inverse : le HHI est resté faible et stable (948 → 873), signe d'une diversification géographique des débouchés européens.
Voir l'indice de concentration HHI.
Des marchés d'exportation dynamiques et diversifiés
Les exportations européennes se dirigent vers des marchés variés et en croissance. Les États-Unis sont devenus le premier client, avec une progression de 135 millions € à 222 millions € (+64,5 %). La Chine est le partenaire dont les importations en provenance de l'UE ont le plus explosé : +457 %, passant de 21 millions € à 115 millions €, faisant de la Chine un débouché de premier plan. La Suisse (61 M€ → 91 M€, +49,4 %) et la Turquie (17 M€ → 30 M€, +77,3 %) complètent ce tableau de croissance. Le Royaume-Uni reste le deuxième client (141 millions €), malgré un léger recul (–4,0 %).
| Partenaire | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 135 M€ | 222 M€ | +64,5 % |
| Royaume-Uni | 147 M€ | 141 M€ | –4,0 % |
| Chine | 21 M€ | 115 M€ | +457,0 % |
| Suisse | 61 M€ | 91 M€ | +49,4 % |
| Turquie | 17 M€ | 30 M€ | +77,3 % |
| Norvège | 19 M€ | 21 M€ | +10,7 % |
Voir les principaux partenaires à l'exportation.
Volatilité et chocs de prix ponctuels
L'analyse de la volatilité révèle des profils contrastés. Les importations en provenance de Chine sont remarquablement stables (coefficient de variation de 0,14), tandis que celles du Royaume-Uni sont très volatiles (CV = 0,97), reflet probable des perturbations liées au Brexit. À l'exportation, le Panama présente la plus forte volatilité (CV = 3,07), accompagnée d'un choc de prix détecté en 2020 (hausse de 212 %, anomalie de 75,9). Un choc de prix notable est aussi détecté pour les exportations vers le Royaume-Uni en 2021 (+147 %), vraisemblablement lié aux ajustements post-Brexit.
Voir la volatilité par partenaire et les chocs de prix détectés.
3. France et Italie, moteurs de la montée en gamme européenne
Deux pays qui concentrent la dynamique exportatrice
La France et l'Italie dominent nettement la hausse des exportations intra-européennes vers les pays tiers. La France a vu ses exportations passer de 269 millions € à 561 millions € (+108,2 %), devenant de loin le premier exportateur de l'UE. L'Italie suit une trajectoire similaire, avec une progression de 148 millions € à 354 millions € (+138,8 %). Ensemble, ces deux pays représentent désormais plus de 75 % des exportations extra-UE. L'Allemagne reste un acteur important mais relativement stable (~92 millions €), tandis que l'Autriche a connu un effondrement spectaculaire de ses exportations (de 97 millions € à 9 millions €, –90,6 %), sans doute lié à des restructurations de flux intra-européens ou à des révisions statistiques.
| Pays (exportateur) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| France | 269 M€ | 561 M€ | +108,2 % |
| Italie | 148 M€ | 354 M€ | +138,8 % |
| Allemagne | 93 M€ | 92 M€ | –1,5 % |
| Autriche | 97 M€ | 9 M€ | –90,6 % |
| Espagne | 63 M€ | 50 M€ | –20,8 % |
| Pays-Bas | 13 M€ | 29 M€ | +131,3 % |
| Suède | 13 M€ | 21 M€ | +62,3 % |
Voir les principaux exportateurs de l'UE.
L'Italie et la France, champions de la spécialisation
Les indices de spécialisation (RCA et RSCA) confirment le positionnement différencié de certains États membres. En 2025, l'Italie affiche un RCA de 2,12 et un RSCA de 0,36, suivie de la France avec un RCA de 1,93 et un RSCA de 0,32. Ces deux pays disposent d'un avantage comparatif net dans la bijouterie fantaisie, porté par un savoir-faire artisanal et un positionnement « made in » qui justifient les prix unitaires élevés observés à l'exportation. Le Portugal (RCA 1,42), la Belgique (RCA 1,13) et l'Allemagne (RCA 1,12) complètent le groupe des pays spécialisés. À l'inverse, l'Irlande, la Bulgarie, la Finlande et la Hongrie présentent des RCA très faibles (inférieurs à 0,05), indiquant une absence quasi totale de spécialisation dans ce secteur.
| Pays | RCA | RSCA |
|---|---|---|
| Italie | 2,12 | 0,36 |
| France | 1,93 | 0,32 |
| Portugal | 1,42 | 0,17 |
| Belgique | 1,13 | 0,06 |
| Allemagne | 1,12 | 0,06 |
Voir la spécialisation des États membres.
Le sous-segment 711719, moteur principal des exportations
La décomposition par sous-code confirme que la bijouterie en métaux communs (711719) constitue le cœur de la dynamique exportatrice européenne. La valeur des exportations de ce sous-segment est passée de 457 millions € à 857 millions €, soit une hausse de 87,5 %, portée par une multiplication du prix moyen à l'exportation (de 182 129 €/t à 413 818 €/t, soit +127 %). Le segment 711790 (autres matières) a progressé plus modestement, de 277 millions € à 342 millions € (+23,1 %), avec un prix unitaire qui a fluctué sans tendance claire. Les boutons de manchettes (711711) restent un segment marginal (~10 millions €).
Du côté des importations, le 711719 domine également, passant de 1 039 millions € à 1 040 millions € en valeur, tandis que le 711790 a légèrement baissé (de 369 millions € à 302 millions €). Le volume importé de 711719 a reculé de 19 032 tonnes à 18 051 tonnes, tandis que le prix moyen a légèrement augmenté (de 54 574 à 57 579 €/t).
Voir la comparaison des segments.
Conclusion
La période 2015–2025 marque un tournant structurel pour le commerce extra-UE de bijouterie fantaisie. L'Union européenne est passée d'une position de déficit chronique (–667 millions €) à un quasi-équilibre, porté par une montée en gamme spectaculaire : les prix à l'exportation ont été multipliés par près de cinq tandis que les volumes reculaient fortement. La France et l'Italie sont les principaux artisans de cette transformation, capitalisant sur un avantage comparatif affirmé et une production orientée vers la valeur plutôt que le volume. Côté importations, la domination chinoise s'est consolidée (74 % du total), accroissant la concentration des approvisionnements et donc la vulnérabilité de l'UE à un éventuel choc de ce côté. L'effondrement des échanges avec le Royaume-Uni post-Brexit et le repli de la Thaïlande complètent le tableau d'une reconfiguration géographique profonde. À l'horizon, la capacité de l'UE à maintenir cette trajectoire dépendra de la soutenabilité de la demande sur les marchés américains et chinois, ainsi que de la préservation de l'avantage compétitif des pôles français et italien dans un segment où la concurrence internationale reste intense.