Évolution du marché : Appareils de réfrigération (CN 8418) — 2015–2025
Introduction
La nomenclature CN 8418 couvre un périmètre large : réfrigérateurs et congélateurs ménagers, meubles frigorifiques commerciaux, matériel de production du froid, pompes à chaleur (hors climatisation du n° 8415), ainsi que leurs pièces détachées. Ce secteur représente à la fois une industrie de consommation (électroménager) et une industrie d'équipement (froid commercial, pompes à chaleur), ce qui en fait un indicateur révélateur de la compétitivité industrielle européenne et de l'évolution des modes de consommation et d'énergie.
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE sur ce poste a connu une transformation profonde. L'Union, qui affichait un excédent commercial de 1,32 Md€ en 2015, est passée à un quasi-équilibre en 2025 (34 M€). Ce rapport s'attache à décrire et interpréter cette évolution en identifiant trois dynamiques majeures : l'érosion rapide de la balance commerciale, la reconfiguration géographique des flux, et la transformation structurelle du mix produit.
1. L'érosion accélérée de l'excédent commercial européen
Des importations en croissance deux fois plus rapide que les exportations
Le déséquilibre fondamental de la période tient à l'écart de dynamisme entre importations et exportations. Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE en provenance de pays tiers a progressé de +98,4 %, passant de 3,13 Md€ à 6,21 Md€. Sur la même période, la valeur des exportations n'a augmenté que de +40,3 %, de 4,45 Md€ à 6,24 Md€. La balance commerciale est ainsi passée d'un excédent de 1,32 Md€ en 2015 à un quasi-équilibre en 2025 (+34 M€), avec un point bas négatif de −830 M€ atteint en cours de période.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des exportations | 4,45 Md€ | 6,24 Md€ | +40,3 % |
| Valeur des importations | 3,13 Md€ | 6,21 Md€ | +98,4 % |
| Balance commerciale | +1,32 Md€ | +34 M€ | −97,4 % |
Une divergence frappante entre volumes et valeurs
L'analyse des volumes et des prix révèle des trajectoires opposées. Les importations ont crû tant en volume (+66,4 %, de 728 548 à 1 212 411 tonnes) qu'en prix unitaire (+19,2 %). À l'inverse, les exportations ont vu leur volume reculer de 7,7 % (de 504 214 à 465 393 tonnes) tandis que leur prix unitaire progressait de +52,0 %, passant de 8 826 à 13 415 €/t.
| Flux | Quantité 2015 (t) | Quantité 2025 (t) | Δ Quantité | Prix 2015 (€/t) | Prix 2025 (€/t) | Δ Prix |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Exportations | 504 214 | 465 393 | −7,7 % | 8 826 | 13 415 | +52,0 % |
| Importations | 728 548 | 1 212 411 | +66,4 % | 4 296 | 5 122 | +19,2 % |
Cette configuration suggère que l'industrie européenne s'est repositionnée vers des produits à plus forte valeur ajoutée (notamment les équipements de froid commercial et les pompes à chaleur), tandis que les volumes de produits standardisés — en particulier les réfrigérateurs ménagers — sont de plus en plus approvisionnés depuis l'Asie et la Turquie.
L'intensification de la dépendance aux importations
La dynamique de vulnérabilité confirme cette tendance. Le taux de dépendance nette aux importations est passé de −19,0 % en 2015 (l'UE exportait nettement plus qu'elle n'importait) à −0,1 % en 2025. En parallèle, l'intensité commerciale — part du commerce extérieur dans la production totale — a augmenté de 36,5 % à 51,4 %, signe que le marché européen de la réfrigération est devenu beaucoup plus ouvert et intégré au commerce mondial.
2. Une géographie commerciale profondément reconfigurée
La Chine, moteur quasi unique de la hausse des importations
La répartition géographique des importations a connu un basculement majeur. La Chine est passée de 1,36 Md€ à 3,88 Md€ (+185,9 %), représentant désormais à elle seule près des deux tiers de la valeur totale des importations de l'UE en CN 8418. Cette progression spectaculaire reflète à la fois la position dominante de la Chine dans la fabrication d'électroménager et l'effet de la relocalisation de capacités de production européennes vers ce pays.
| Partenaire d'importation | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 1 358 | 3 884 | +185,9 % |
| Turquie | 762 | 1 046 | +37,3 % |
| Serbie | 118 | 162 | +37,8 % |
| Royaume-Uni | 207 | 181 | −12,4 % |
| Thaïlande | 70 | 106 | +51,8 % |
| Corée du Sud | 186 | 99 | −46,5 % |
| États-Unis | 157 | 159 | +0,7 % |
La Turquie, deuxième fournisseur, a progressé de manière plus modérée (+37,3 %), atteignant 1,05 Md€ en 2025. La Serbie, qui bénéficie d'un accès préférentiel au marché européen via l'accord de stabilisation et d'association, affiche une progression régulière. À l'inverse, les importations en provenance de Corée du Sud ont chuté de 46,5 %, suggérant un déclin de la compétitivité coréenne sur ce segment face à la concurrence chinoise.
Une concentration des sources d'approvisionnement en forte hausse
L'indice de concentration HHI des importations (en valeur) a augmenté de 62,3 %, passant de 2 610 à 4 235. Ce niveau élevé signale un marché devenu fortement dépendant d'un nombre réduit de fournisseurs — et principalement de la Chine. Cette concentration accrue constitue un facteur de vulnérabilité : toute perturbation sur les flux sino-européens (tensions commerciales, hausse des coûts de transport, politiques de décarbonation) aurait un impact disproportionné.
À l'exportation, le HHI est resté beaucoup plus bas (606 → 711), confirmant que les exportations européennes sont plus diversifiées géographiquement.
L'effondrement des exportations vers la Russie et le réancrage vers les marchés occidentaux
À l'exportation, le changement le plus spectaculaire concerne la Russie : les exportations sont passées de 295 M€ à 73 M€ (−75,1 %), reflétant l'impact des sanctions économiques imposées à partir de 2022. En parallèle, les exportations vers les États-Unis ont plus que doublé (+113,1 %, de 318 M€ à 677 M€), tandis que les marchés historiques que sont le Royaume-Uni (+48,6 %) et la Suisse (+72,9 %) ont confirmé leur rôle de débouchés stables.
| Partenaire d'exportation | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 756 | 1 123 | +48,6 % |
| Suisse | 413 | 714 | +72,9 % |
| Norvège | 274 | 316 | +15,3 % |
| États-Unis | 318 | 677 | +113,1 % |
| Turquie | 210 | 248 | +18,2 % |
| Ukraine | 65 | 133 | +104,4 % |
| Russie | 295 | 73 | −75,1 % |
L'Italie, pilier industriel du secteur au sein de l'UE
Du côté des États membres, l'Italie se distingue comme le premier exportateur de l'UE (1,77 Md€ en 2025, +60,2 %), devant l'Allemagne (1,26 Md€, +41,5 %) et la France (650 M€, +27,9 %). La spécialisation comparative de l'Italie dans ce secteur est particulièrement marquée (RSCA de 0,389), tout comme celle de la Pologne (0,253) et de la Suède (0,330), qui abrite notamment des groupes comme Electrolux. À l'opposé, les petits États membres (Malte, Chypre, Luxembourg) présentent une spécialisation quasi nulle, comme l'indiquent leurs scores RSCA fortement négatifs.
3. La transformation du mix produit : entre boom des pompes à chaleur et montée en gamme
Les pompes à chaleur : un segment en pleine explosion structurelle
L'analyse par sous-position tarifaire révèle un changement structurel majeur. Les pompes à chaleur (CN 841861) constituent le segment à la croissance la plus dynamique. Les importations de pompes à chaleur ont bondi de 178 M€ en 2015 à 747 M€ en 2025 (+319 %), avec un pic remarquable à 1 440 M€ en 2022, année de forte accélération liée à la crise énergétique européenne et au plan REPowerEU. La quantité importée a été multipliée par 3,5 (de 17 189 à 59 379 tonnes) sur la période.
À l'exportation, les pompes à chaleur européennes ont également progressé (de 426 M€ à 592 M€, +38,8 %), avec un pic à 688 M€ en 2023. L'UE reste donc un exportateur net de pompes à chaleur, mais l'écart se referme sous l'effet de la concurrence asiatique.
Le réfrigérateur combiné : le segment dominant des importations
Le plus gros poste d'importation reste les réfrigérateurs et congélateurs combinés (CN 841810), dont la valeur a doublé (de 972 M€ à 2 053 M€, +111 %). En volume, le nombre de pièces importées est passé de 4,23 millions à 9,25 millions (+119 %). Ce segment représente à lui seul un tiers des importations totales de la position 8418.
Les réfrigérateurs ménagers à compression (CN 841821) présentent en revanche une évolution plus modeste en valeur (+19 %, de 468 M€ à 555 M€), alors que le nombre de pièces importées est passé de 4,37 à 5,02 millions. Ce segment semble saturé et subit une concurrence intense.
Le froid commercial et les équipements industriels : un secteur d'exportation à forte valeur
Les matériels de production du froid (CN 841869) — comprenant les équipements industriels et semi-industriels — constituent le premier poste d'exportation de l'UE sur ce périmètre, avec 2,26 Md€ en 2025 (contre 1,12 Md€ en 2015, soit +102 %). Le prix unitaire à l'exportation de ce segment est de 22 354 €/t, le plus élevé de tous les sous-postes. Ce segment incarne la capacité européenne à conserver un avantage concurrentiel sur les équipements techniques à haute valeur ajoutée.
Les meubles frigorifiques commerciaux (CN 841850) — vitrines, comptoirs, etc. — constituent un segment à la fois important à l'exportation (1,04 Md€) et à l'importation (781 M€). Le prix d'exportation européen (12 486 €/t) reste nettement supérieur au prix d'importation (5 117 €/t), ce qui confirme la position de l'UE sur le segment haut de gamme de ce créneau.
Une hausse généralisée des prix et un choc de 2022
L'ensemble des sous-produits affiche une hausse significative des prix unitaires sur la période, tant à l'importation qu'à l'exportation. Un événement de choc notable concerne les importations en provenance de Chine en 2022 : un pic de prix anormal de +58,5 %, portant la valeur des importations chinoises à un niveau record. Ce choc s'explique vraisemblablement par la conjonction de la hausse des coûts de transport maritime (post-COVID), de la flambée des matières premières et de la demande exceptionnelle de pompes à chaleur.
Les partenaires les plus volatils à l'importation sont la Norvège (CV = 0,84) et la Russie (CV = 0,78), des partenaires de faible volume dont les flux sont sensibles aux chocs conjoncturels. À l'exportation, le Royaume-Uni (CV = 0,05) et la Suisse (CV = 0,06) se distinguent par leur remarquable stabilité, ce qui confirme leur rôle d'ancrage pour les exportateurs européens.
Conclusion
La période 2015–2025 marque un tournant structurel pour le commerce extérieur de l'UE en appareils de réfrigération. Trois constats dominent :
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L'excédent commercial a pratiquement disparu, sous l'effet d'une croissance des importations (+98 %) nettement supérieure à celle des exportations (+40 %). L'UE est passée d'une position de net exportateur à un quasi-équilibre, un glissement principalement imputable à l'afflux massif de produits chinois.
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La géographie commerciale s'est concentrée du côté des importations, avec une dépendance croissante vis-à-vis de la Chine (HHI des importations en hausse de 62 %). Les exportations restent plus diversifiées, mais le retrait du marché russe a réorienté les flux vers les États-Unis et les marchés européens hors UE (Royaume-Uni, Suisse, Norvège).
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Le mix produit s'est transformé en profondeur, avec l'émergence fulgurante des pompes à chaleur — devenues un enjeu stratégique lié à la transition énergétique — et le maintien d'un avantage compétitif européen sur les équipements de froid industriel et commercial. L'industrie européenne semble s'être repositionnée vers le haut de gamme, tandis que les volumes de produits standardisés sont de plus en plus approvisionnés hors du continent.
Ces évolutions placent le secteur au croisement de plusieurs enjeux politiques européens : la stratégie de réindustrialisation, la décarbonation du bâtiment (via les pompes à chaleur), la diversification des chaînes d'approvisionnement et la gestion des relations commerciales avec la Chine.