Évolution du marché : Réfrigérateurs combinés (CN 841810) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour la nomenclature combinée 841810, qui couvre les réfrigérateurs et congélateurs-conservateurs combinés, avec portes ou tiroirs extérieurs séparés. Sur la période 2015–2025, le marché européen de ce produit a connu une transformation profonde : tandis que les importations depuis les pays tiers ont plus que douclé en valeur (+111,2 %), passant de 972 millions d'euros à 2,05 milliards d'euros, les exportations n'ont progressé que de 31,1 %, passant de 549 à 720 millions d'euros. Le déficit commercial s'est ainsi creusé de manière spectaculaire, passant de −423 millions à −1,33 milliard d'euros. Plusieurs dynamiques structurelles — concentration accrue des fournisseurs, recul de la production domestique, montée en gamme à l'exportation — permettent de comprendre cette trajectoire.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur, M€) | 972 | 2 053 | +111,2 % |
| Exportations (valeur, M€) | 549 | 720 | +31,1 % |
| Solde commercial (M€) | −423 | −1 333 | — |
| Importations (volume, kt) | 279 | 575 | +106,0 % |
| Exportations (volume, kt) | 113 | 119 | +5,1 % |
| Prix moyen export (€/t) | 4 839 | 6 040 | +24,8 % |
| Prix moyen import (€/t) | 3 480 | 3 568 | +2,5 % |
1. L'hégémonie croissante de la Chine dans les importations européennes
La Chine, moteur quasi exclusif de la croissance des importations
Le constat le plus marquant de la période est la domination absolue de la Chine dans l'approvisionnement de l'UE. Les importations en provenance de Chine sont passées de 370 millions d'euros en 2015 à 1,466 milliard en 2025, soit une progression de +296,7 %. Ce seul partenaire représentait 38,0 % des importations européennes en 2015 et en représente désormais 71,4 % en 2025. Sur la même période, aucun autre fournisseur n'a connu une progression comparable en valeur absolue.
Une concentration géographique des importations en forte hausse
L'indice de concentration HHI des importations (en valeur) est passé de 2 935 à 5 411, soit une hausse de 84,4 %. Un HHI dépassant 2 500 indique généralement un marché modérément concentré ; le niveau de 5 411 traduit une concentration élevée, principalement tirée par la part croissante de la Chine. Cela signifie que l'UE dépend de manière croissante d'un seul fournisseur extérieur pour ses approvisionnements en réfrigérateurs combinés.
| Partenaire | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 370 | 1 466 | +296,7 % |
| Turquie | 352 | 344 | −2,4 % |
| Serbie | 67 | 85 | +27,0 % |
| Thaïlande | 46 | 57 | +23,4 % |
| Corée du Sud | 98 | 49 | −50,6 % |
| Royaume-Uni | 20 | 9 | −57,2 % |
| Indonésie | 4 | 10 | +146,7 % |
Source : Principaux partenaires d'importation
Les fournisseurs alternatifs stagnent ou reculent
La Turquie, deuxième fournisseur de l'UE, a vu ses exportations vers l'UE rester stables (352 à 344 M€), voire légèrement reculer. La Corée du Sud a perdu la moitié de ses parts (98 à 49 M€, −50,6 %). Le Royaume-Uni, désormais hors UE, a vu ses ventes vers l'UE s'effondrer de 20 à 9 M€ (−57,2 %). Seuls des fournisseurs de second rang comme la Serbie (+27 %), la Thaïlande (+23,4 %) et surtout l'Indonésie (+146,7 %, passant de 4 à 10 M€) ont progressé, mais sans contester la position dominante chinoise.
2. Montée en gamme à l'exportation et reconfiguration géographique des débouchés
Des exportations en volume quasi stagnantes mais en forte hausse en valeur
Un paradoxe apparent caractérise les exportations européennes : le volume exporté n'a progressé que de 5,1 % (de 113 à 119 kt) sur toute la période, alors que la valeur a crû de 31,1 %. Le prix moyen à l'exportation a ainsi augmenté de 24,8 %, passant de 4 839 à 6 040 €/t. Ce différentiel net avec l'évolution des prix à l'importation (+2,5 % seulement, de 3 480 à 3 568 €/t) suggère que l'industrie européenne se spécialise progressivement dans des produits à plus forte valeur ajoutée, tandis que les importations couvrent davantage le segment de volume et d'entrée/milieu de gamme.
Le segment des grands combinés (>340 L) dynamise les exportations
L'analyse par sous-segment de produit confirme cette tendance. À l'exportation, le volume du segment ≤ 340 L (CN 84181080) a légèrement diminué (de 79 660 t à 74 928 t, −5,9 %) tandis que sa valeur progressait de 18 % grâce à la hausse des prix unitaires (4 748 à 5 957 €/t). Le segment > 340 L (CN 84181020) a connu une croissance bien plus dynamique en volume (+31,1 %, de 33 733 à 44 224 t) et surtout en valeur (+60,3 %, de 171 à 273 M€). Le prix par pièce exportée pour les grands combinés a atteint 511 €/p/st en 2025, contre 376 €/p/st en 2015, signe d'une montée en gamme.
| Segment | Export vol. 2015 (t) | Export vol. 2025 (t) | Export val. 2015 (M€) | Export val. 2025 (M€) |
|---|---|---|---|---|
| ≤ 340 L (84181080) | 79 660 | 74 928 | 378 | 446 |
| > 340 L (84181020) | 33 733 | 44 224 | 171 | 273 |
À l'importation, les deux segments ont doublé en volume (≤ 340 L : de 165 à 314 kt ; > 340 L : de 114 à 262 kt), confirmant que la demande intérieure européenne est de plus en plus satisfaite par des importations massives sur l'ensemble de la gamme.
De nouveaux marchés de destination émergent
La carte des partenaires à l'exportation se restructure en profondeur. Le Royaume-Uni reste le premier débouché (216 M€, +31,6 %), mais les plus fortes progressions sont observées sur le Maroc (+333,4 %, de 11 à 49 M€), l'Ukraine (+113,8 %, de 29 à 62 M€) et la Chine (+113,7 %, de 24 à 51 M€). À l'inverse, les exportations vers la Russie se sont effondrées (−60,2 %, de 64 à 25 M€), en lien avec les sanctions internationales post-2022. La Suisse et la Norvège restent des marchés stables, mais avec des trajectoires contrastées (+47,5 % pour la Suisse, −9,7 % pour la Norvège).
| Destination | Export 2015 (M€) | Export 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 164 | 216 | +31,6 % |
| Ukraine | 29 | 62 | +113,8 % |
| Russie | 64 | 25 | −60,2 % |
| Norvège | 54 | 48 | −9,7 % |
| Maroc | 11 | 49 | +333,4 % |
| Suisse | 40 | 60 | +47,5 % |
| Chine | 24 | 51 | +113,7 % |
Des profils de spécialisation très inégaux au sein de l'UE
L'analyse de spécialisation (RSCA, 2025) révèle que la Bulgarie (RSCA = 0,84) et la Pologne (RSCA = 0,71) sont les États membres les plus spécialisés dans la production et l'exportation de réfrigérateurs combinés. La Pologne, qui concentre 38,5 % des exportations de l'UE dans ce produit, est le premier exportateur européen (196 M€ en 2025), devant l'Allemagne (184 M€). La Roumanie, avec un RSCA de 0,39, a connu la progression la plus spectaculaire parmi les exportateurs de l'UE (+194,3 %, de 37 à 109 M€), devenant un hub de production majeur. À l'inverse, la France (RSCA = −0,82), l'Irlande (−0,89) et la Finlande (−0,87) sont structurellement importatrices nettes.
| État membre | Export 2015 (M€) | Export 2025 (M€) | RSCA 2025 |
|---|---|---|---|
| Pologne | 132 | 196 | 0,71 |
| Allemagne | 126 | 184 | — |
| Italie | 89 | 93 | 0,18 |
| Roumanie | 37 | 109 | 0,39 |
| Suède | 48 | 41 | — |
| Autriche | 29 | 10 | — |
| Bulgarie | 10 | 21 | 0,84 |
Source : Principaux exportateurs de l'UE
3. Dépendance accrue, érosion de la production intérieure et volatilité des approvisionnements
Une dépendance aux importations en nette accélération
L'indice de dépendance nette aux importations est passé de 26,9 % en 2015 à 39,1 % en 2025 (+45,5 %). Ce ratio, qui mesure la part du marché intérieur approvisionnée par les importations nettes, confirme un affaiblissement progressif de l'autonomie européenne sur ce segment. Parallèlement, l'intensité commerciale (rapport commerce extérieur/production) a augmenté de 56,4 % à 68,6 % (+21,6 %), tandis que la propension à exporter passait de 28,1 % à 36,8 % (+31,0 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations | 26,9 % | 39,1 % | +45,5 % |
| Intensité commerciale | 56,4 % | 68,6 % | +21,6 % |
| Propension à exporter | 28,1 % | 36,8 % | +31,0 % |
Une production européenne en repli significatif
Les données de production PRODCOM montrent un recul notable de la production intérieure de l'UE : le volume est passé de 7,3 à 6,0 millions de pièces (−17,8 %), et la valeur de 2,66 à 2,0 milliards d'euros (−24,7 %). Cette contraction intervient alors que la demande intérieure, tirée par le renouvellement du parc et la transition énergétique, reste soutenue. L'écart entre une demande stable ou croissante et une production en recul est comblé par les importations, principalement chinoises, ce qui explique la dégradation rapide du solde commercial.
Une volatilité accrue sur certains fournisseurs clés
L'analyse de volatilité des flux d'importation fait apparaître des niveaux de risque très hétérogènes. La Chine, bien que fournisseur dominant, présente un coefficient de variation (CV) de 0,39, ce qui indique une volatilité modérée mais non négligeable au regard de son poids. Plus préoccupant, certains petits fournisseurs comme Hong Kong (CV = 1,12), l'Égypte (CV = 1,58) ou la Russie (CV = 0,98, bien que ce flux soit mineur) affichent une forte instabilité. Du côté des exportations, le Royaume-Uni reste le partenaire le plus stable (CV = 0,097), tandis que les flux vers la Russie (CV = 0,50) et le Kazakhstan (CV = 0,62) sont les plus volatils, reflétant les turbulences géopolitiques.
Les grands marchés européens renforcent leur rôle de consommateurs importateurs nets
Au sein de l'UE, les plus grands marchés nationaux ont tous vu leurs importations hors UE augmenter fortement, sans progression symétrique des exportations. L'Espagne (+252,3 %, de 85 à 300 M€), la Pologne (+179,1 %) et la Roumanie (+297,2 %) ont connu les hausses les plus spectaculaires en importations. La France reste le premier importateur européen (361 M€), devant l'Allemagne (259 M€) et l'Italie (245 M€). Ce renforcement des importations dans des pays qui sont par ailleurs des producteurs (Espagne, Pologne, Italie) témoigne d'une spécialisation accrue : ces pays produisent et exportent des modèles spécifiques tout en important massivement d'autres gammes, principalement d'Asie.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des réfrigérateurs combinés (CN 841810) a subi une profonde transformation structurelle. Le déficit commercial a été multiplié par plus de trois, porté par une quasi-doublure des importations (+111 %) tandis que les exportations progressaient plus modestement (+31 %). Cette dynamique est dominée par la montée en puissance de la Chine, qui concentre à elle seule 71 % des importations européennes en 2025, faisant bondir l'indice HHI de concentration de 84 %. En parallèle, la production intérieure de l'UE a reculé de 18 % en volume et de 25 % en valeur, tandis que la dépendance nette aux importations atteignait 39 %. Les exportations européennes, portées par la Pologne, la Roumanie et l'Allemagne, se tournent vers des marchés à plus forte valeur ajoutée (prix moyen à l'export en hausse de 25 %), mais cette montée en gamme ne suffit pas à compenser le déséquilibre croissant de la balance commerciale. La concentration des approvisionnements sur un seul partenaire majeur constitue un risque stratégique pour l'autonomie industrielle européenne dans ce secteur.