Évolution du marché : Réfrigérateurs-congélateurs combinés (CN 84181080) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse les échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde pour le code douanier 84181080, qui couvre les combinaisons de réfrigérateurs et de congélateurs-conservateurs munis de portes ou tiroirs extérieurs séparés, d'une capacité ≤ 340 litres. Sur la période 2015–2025, ce segment de marché — qui représente l'essentiel du volume des réfrigérateurs combinés vendus aux consommateurs européens — a connu des transformations profondes : un quasi-doublement des importations, une concentration géographique accrue des approvisionnements, un recul de la production européenne et un creusement spectaculaire du déficit commercial. L'analyse s'appuie sur les données générales du marché, sur les structures de production et sur les indicateurs de vulnérabilité.
1. Un quasi-doublement des importations porté par la Chine, au détriment de l'autonomie européenne
Les importations ont progressé de 99,5 % en valeur sur la période
Entre 2015 et 2025, les importations extracommunautaires de réfrigérateurs-congélateurs combinés ≤ 340 l ont presque doublé, passant de 496 M€ à 989 M€ en valeur (+99,5 %). En volume, la progression est du même ordre : les quantités importées sont passées de 165 000 tonnes à 314 000 tonnes (+90,1 %), tandis que le nombre d'unités importées a été multiplié par 2,1, passant de 2,96 millions à 6,23 millions de pièces (+110,4 %). Parallèlement, les prix unitaires importés ont à peine varié : le prix à la tonne a augmenté de seulement 4,9 % (de 3 004 à 3 152 €/t), tandis que le prix à la pièce a légèrement baissé (de 167 à 159 €/pièce, soit −5,2 %), ce qui suggère une pression concurrentielle permanente sur les coûts.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 496 | 989 | +99,5 % |
| Quantité (kt) | 165 | 314 | +90,1 % |
| Unités (M p/st) | 2,96 | 6,23 | +110,4 % |
| Prix moyen (€/t) | 3 004 | 3 152 | +4,9 % |
| Prix moyen (€/p/st) | 167 | 159 | −5,2 % |
Source : Vue d'ensemble des échanges
La Chine est devenue le fournisseur dominant, captant la quasi-totalité de la croissance
La structure géographique des importations a été profondément remodelée. La Chine est passée de 241 M€ à 730 M€ (+203 %), concentrant à elle seule près des trois quarts de la valeur importée en 2025. Cette progression massive explique à elle seule l'essentiel du doublement des importations totales. L'indice de concentration HHI des importations en valeur a bondi de 3 498 à 5 805 (+65,9 %), signe d'une dépendance croissante vis-à-vis d'un nombre réduit de fournisseurs.
| Partenaire | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 241 | 730 | +203 % |
| Turquie | 156 | 182 | +16,5 % |
| Serbie | 58 | 44 | −23,8 % |
| Thaïlande | 12 | 5 | −58,3 % |
| Royaume-Uni | 11 | 5 | −56,9 % |
| Égypte | 0,004 | 13 | — |
| Hong Kong | 2,7 | 1,2 | −54,3 % |
Source : Principaux partenaires à l'importation
L'émergence de l'Égypte (de quasi-zéro à 13 M€) est un phénomène notable, probablement lié à l'implantation de capacités industrielles sur le sol égyptien, tandis que les approvisionnements historiques (Thaïlande, Hong Kong, Royaume-Uni) ont sensiblement reculé.
Le déficit commercial s'est creusé de manière spectaculaire
Le solde commercial de l'UE pour ce produit s'est détérioré de façon marquée, passant de −118 M€ en 2015 à −543 M€ en 2025 (−362 %). Le taux de dépendance nette aux importations est ainsi passé de 26,9 % à 39,1 % (+45,5 %), indiquant que l'UE importe une part croissante de sa consommation. Ce phénomène traduit non seulement la montée des importations, mais aussi l'incapacité des exportations européennes à compenser cette hausse.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Solde commercial (M€) | −118 | −543 | −362 % |
| Taux de dépendance nette (%) | 26,9 | 39,1 | +45,5 % |
Source : Dépendance nette aux importations
2. Des exportations en valeur qui augmentent masquant une stagnation des volumes
Les exportations ont progressé en valeur grâce à la hausse des prix, mais pas en volume
Contrairement aux importations, les exportations extracommunautaires n'ont progressé que modestement en volume : les quantités exportées ont légèrement reculé (de 79 660 t à 74 928 t, soit −5,9 %), tandis que le nombre d'unités est resté pratiquement stable (de 1,33 à 1,34 million de pièces, +0,7 %). En revanche, la valeur exportée a augmenté de 18 %, passant de 378 M€ à 446 M€, portée par une forte hausse des prix à la tonne (+25,5 %, de 4 748 à 5 957 €/t) et à la pièce (+17,2 %, de 284 à 333 €/pièce).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 378 | 446 | +18,0 % |
| Quantité (kt) | 79,7 | 74,9 | −5,9 % |
| Unités (M p/st) | 1,33 | 1,34 | +0,7 % |
| Prix moyen (€/t) | 4 748 | 5 957 | +25,5 % |
| Prix moyen (€/p/st) | 284 | 333 | +17,2 % |
Source : Vue d'ensemble des échanges
L'écart de prix entre exportations et importations demeure élevé : l'UE exporte en moyenne à 5 957 €/t contre 3 152 €/t à l'importation (presque le double). Cela confirme que l'UE se spécialise dans des segments à plus forte valeur ajoutée (appareils de marque, plus grands, plus technologiques), tandis qu'elle importe massivement des modèles d'entrée de gamme.
Le Royaume-Uni reste le premier débouché, mais la géographie des exportations se diversifie
Le Royaume-Uni demeure de loin le premier client extracommunautaire de l'UE, avec des exportations passées de 121 M€ à 143 M€ (+18,2 %). Les flux vers la Suisse ont bien progressé (+46,8 %, de 32 à 47 M€), de même que vers le Maroc (+170,3 %, de 9 à 23 M€) et la Chine (+114,3 %, de 21 à 45 M€). En revanche, les exportations vers la Russie ont été presque divisées par deux (de 35 M€ à 18 M€, −49,2 %), probablement en lien avec les sanctions économiques adoptées après 2022.
| Partenaire | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 121 | 143 | +18,2 % |
| Suisse | 32 | 47 | +46,8 % |
| Chine | 21 | 45 | +114,3 % |
| Ukraine | 19 | 29 | +49,1 % |
| Norvège | 36 | 28 | −22,7 % |
| Maroc | 9 | 23 | +170,3 % |
| Russie | 35 | 18 | −49,2 % |
Source : Principaux partenaires à l'exportation
La concentration des exportations reste beaucoup plus faible que celle des importations (HHI de 1 390 contre 5 805), témoignant d'une base de débouchés plus diversifiée et donc d'un risque de dépendance moindre à l'export.
La production européenne décline, tandis que la Roumanie et la Bulgarie confirment leur spécialisation
Selon les données PRODCOM, la production intra-européenne de réfrigérateurs-congélateurs combinés a reculé de 7,3 millions à 6,0 millions de pièces (−17,8 %) en volume, et de 2,66 milliards à 2,0 milliard d'euros (−24,7 %) en valeur. Cette baisse est cohérente avec le transfert de capacités de production vers des pays tiers (notamment la Chine et la Turquie).
Au sein de l'UE, les indices de spécialisation (RSCA) en 2025 révèlent un clivage géographique net :
| Rang | Pays | RSCA | RCA |
|---|---|---|---|
| 1 | Bulgarie | 0,807 | 9,39 |
| 2 | Roumanie | 0,535 | 3,30 |
| 3 | Pologne | 0,525 | 3,21 |
| 4 | Italie | 0,420 | 2,45 |
| 5 | Lettonie | 0,379 | 2,22 |
Source : Spécialisation des États membres
La Bulgarie (RSCA = 0,81) et la Roumanie (RSCA = 0,53) figurent parmi les pays les plus spécialisés de l'UE dans ce segment, ce qui est cohérent avec la présence de sites d'assemblage d'Arçelik/Beko (propriétaire de la marque Grundig, entre autres) dans ces pays. À l'opposé, la France (RSCA = −0,88), l'Irlande (−0,90) et la Finlande (−0,88) sont structurellement déficitaires sur ce produit. L'Allemagne conserve une position de premier exportateur (148 M€, +45 %), tandis que la Roumanie a presque triplé ses exportations (de 35 M€ à 89 M€, +156 %), confirmant son rôle de plateforme d'assemblage exportatrice au sein de l'UE.
3. Risques géopolitiques, volatilité et signaux d'alerte
Le renforcement de la dépendance à la Chine accroît la vulnérabilité stratégique de l'UE
La concentration des importations vers la Chine — qui passe d'un HHI de 3 498 à 5 805 — constitue le principal signal d'alerte de cette période. La part de la Chine dans les importations totales de l'UE pour ce produit est désormais dominante, avec 730 M€ sur 989 M€ en 2025, soit environ 74 %. Cette dépendance expose l'UE à des risques de rupture d'approvisionnement, de manipulation tarifaire ou de tensions commerciales bilatérales. Le taux de dépendance nette aux importations, passé de 26,9 % à 39,1 %, illustre cette vulnérabilité croissante.
En parallèle, l'intensité commerciale (rapport échanges/production) a augmenté de 56,4 % à 68,6 % (+21,6 %), tandis que la propension à exporter est passée de 28,1 % à 36,8 % (+31,0 %), ce qui indique que le marché européen est de plus en plus intégré au commerce mondial, dans les deux sens.
La volatilité des flux commerciaux reste modérée sur les partenaires majeurs, mais élevée sur les marges
Les indicateurs de volatilité montrent que les flux avec les principaux partenaires restent relativement stables :
| Partenaire | Flux | Coefficient de variation |
|---|---|---|
| Royaume-Uni | Export. | 0,11 |
| Suisse | Export. | 0,07 |
| Serbie | Export. | 0,07 |
| Chine | Import. | 0,32 |
| Turquie | Import. | 0,17 |
| Royaume-Uni | Import. | 0,47 |
| Hong Kong | Import. | 1,14 |
| Égypte | Import. | 1,46 |
Source : Volatilité des échanges
Les exportations vers la Suisse (CV = 0,07) et la Serbie (CV = 0,07) figurent parmi les flux les plus réguliers. En revanche, les importations en provenance de Hong Kong (CV = 1,14) et d'Égypte (CV = 1,46) sont extrêmement volatiles, ce qui reflète des approvisionnements encore instables et potentiellement fragiles. Les chocs détectés montrent des événements isolés (pics de prix vers la Libye, les Émirats arabes unis, le Nigeria), mais ceux-ci concernent des partenaires de faible poids dans les échanges totaux.
La chute des exportations vers la Russie reflète le nouveau contexte géopolitique
Les exportations vers la Russie ont chuté de 35 M€ à 18 M€ (−49,2 %) entre 2015 et 2025, avec un coefficient de volatilité relativement élevé (0,45). Cette baisse s'explique vraisemblablement par les sanctions commerciales imposées à la Russie à partir de 2022. En sens inverse, les exportations vers l'Ukraine ont progressé de manière significative (+49,1 %, de 19 à 29 M€), et le Maroc est devenu un débouché en forte croissance (+170 %), suggérant une réorientation géographique des flux d'exportation européens.
Conclusion
Le marché européen des réfrigérateurs-congélateurs combinés ≤ 340 litres a connu sur la décennie 2015–2025 une transformation structurelle marquée par trois dynamiques principales : (1) un quasi-doublement des importations, tiré massivement par la Chine, qui capte désormais près des trois quarts des approvisionnements extracommunautaires ; (2) un recul de la production européenne (−18 % en volume, −25 % en valeur), avec une relocalisation partielle au profit de la Roumanie et de la Bulgarie ; et (3) un creusement du déficit commercial (de −118 M€ à −543 M€) accompagné d'une hausse sensible de la dépendance nette aux importations (de 27 % à 39 %).
Si les exportations européennes ont su maintenir leur valeur (+18 %) grâce à des prix plus élevés et une base de clients diversifiée, elles n'ont pas réussi à contrebalancer la montée en puissance des importations. La concentration croissante des approvisionnements vers la Chine (HHI passé de 3 500 à 5 800) constitue un risque stratégique majeur, particulièrement dans un contexte de tensions commerciales internationales et de montée du protectionnisme. La question de la souveraineté industrielle européenne dans ce segment apparaît donc comme un enjeu central pour les années à venir.