Évolution du marché : Réfrigérateurs ménagers (CN 841821) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (hors intra-UE) pour le code douanier 841821 — réfrigérateurs ménagers à compression — sur la période 2015–2025. Ce produit regroupe cinq sous-catégories : les modèles standards de petite et moyenne capacité, les modèles de grande capacité (> 340 l), les modèles table et les réfrigérateurs à encastrer. Il constitue un segment significatif de l'électroménager européen.
Sur cette décennie, le marché européen a connu une transformation profonde. Trois dynamiques majeures se dégagent des données : l'effondrement de la production domestique et le creusement du déficit commercial ; la concentration croissante des approvisionnements autour de la Chine ; et une montée en gamme sensible, tant à l'import qu'à l'export, qui traduit un repositionnement de l'industrie européenne vers les segments à plus forte valeur ajoutée.
En savoir plus sur le périmètre et les définitions du produit
1. L'effondrement de la production européenne et le creusement du déficit commercial
1.1 Une production en chute libre : –65 % en volume en dix ans
La production européenne de réfrigérateurs ménagers à compression a subi un déclin dramatique entre 2015 et 2025. En volume (nombre de pièces), elle est passée de 10,4 millions à 3,7 millions d'unités, soit une contraction de 64,6 %. En valeur, le recul est moindre mais significatif : de 1 938 M€ à 1 460 M€ (–24,6 %), ce qui traduit un report partiel vers des produits à plus forte valeur unitaire.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Production (nombre de pièces) | 10 445 026 | 3 696 610 | –64,6 % |
| Production (valeur, M€) | 1 938 | 1 460 | –24,6 % |
| Valeur moyenne par pièce (€) | ~186 | ~395 | +112 % |
Consulter les volumes de production
Le doublement de la valeur moyenne par pièce produit suggère que les sites de production encore actifs en Europe se sont repositionnés vers des modèles plus sophistiqués, tandis que les volumes standard ont été délocalisés.
1.2 Du quasi-équilibre à la dépendance nette aux importations
Ce recul de la production a eu pour conséquence directe un basculement de la position commerciale de l'UE. L'indicateur de dépendance nette aux importations est ainsi passé de –8,1 % en 2015 (légère capacité d'autosuffisance) à +14,5 % en 2025, soit une variation de +280 %.
En parallèle, le déficit commercial vis-à-vis des pays tiers s'est creusé :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur, M€) | 468 | 555 | +18,7 % |
| Exportations (valeur, M€) | 294 | 328 | +11,4 % |
| Solde commercial (M€) | –174 | –228 | –30,9 % |
| Importations (volume, tonnes) | 163 080 | 149 159 | –8,5 % |
| Exportations (volume, tonnes) | 52 507 | 38 990 | –25,7 % |
Voir l'aperçu général des échanges
Il est notable que les volumes (en tonnes) ont diminué tant à l'import (–8,5 %) qu'à l'export (–25,7 %), alors que les valeurs ont augmenté. Ce paradoxe s'explique par une hausse généralisée des prix unitaires et un allègement du poids moyen des appareils échangés (voir section 3).
1.3 Un creux conjoncturel en 2022 lié aux ruptures d'approvisionnement
L'année 2022 marque un point bas remarquable dans l'ensemble des segments de produits. Les importations en volume ont chuté à 132 085 tonnes (contre un maximum de 175 882 tonnes), et les exportations ont également reculé à 38 366 tonnes (point bas de la période).
Ce creux coïncide avec les perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales post-COVID et le début du conflit en Ukraine. Les prix moyens à l'import ont alors atteint un pic (4 151 €/t), avant de se stabiliser à des niveaux structurellement plus élevés qu'en début de période. Les volumes se sont partiellement redressés en 2023–2025, sans toutefois retrouver leurs niveaux d'avant-crise.
2. La domination chinoise et la concentration croissante des approvisionnements
2.1 La Chine, fournisseur incontournable : 70 % des importations extra-UE
La dynamique la plus frappante côté importations est l'ascension de la Chine, dont les ventes vers l'UE sont passées de 251 M€ en 2015 à 391 M€ en 2025, soit une hausse de 55,9 %. Sa part dans les importations totales de l'UE en provenance des pays tiers est ainsi passée de 53,6 % à 70,4 %.
Voir les principaux partenaires d'importation
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Évolution | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Chine | 251 | 391 | +55,9 % | 70,4 % |
| Turquie | 150 | 136 | –9,6 % | 24,5 % |
| Serbie | 28 | 16 | –42,3 % | 2,9 % |
| Royaume-Uni | 15 | 4 | –75,9 % | 0,6 % |
| Corée du Sud | 11 | 0,4 | –96,1 % | < 0,1 % |
| Norvège | 1,4 | 0,04 | –97,5 % | < 0,1 % |
La Turquie demeure le deuxième fournisseur (136 M€), mais son poids relatif a reculé de 32 % à 24,5 %. Ensemble, la Chine et la Turquie représentent désormais près de 95 % des importations extra-UE en valeur, une concentration remarquable.
2.2 Un indice de concentration (HHI) en forte hausse : un risque stratégique
Cette polarisation se traduit dans l'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), qui mesure la concentration des approvisionnements. Pour les importations en valeur, le HHI est passé de 3 959 à 5 576, soit une hausse de 40,8 %. En volume, la progression est encore plus marquée (+47,3 %).
Consulter l'indice de concentration
| Mesure | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| HHI importations (valeur) | 3 959 | 5 576 | +40,8 % |
| HHI importations (volume) | 4 076 | 6 003 | +47,3 % |
| HHI exportations (valeur) | 1 530 | 1 202 | –21,4 % |
| HHI exportations (volume) | 1 636 | 965 | –41,0 % |
Le contraste est saisissant : alors que les importations se concentrent fortement, les exportations se diversifient. L'UE dépend d'un nombre réduit de fournisseurs pour ses importations, tout en diffusant ses propres exportations vers un éventail plus large de destinations. Cette asymétrie constitue un facteur de vulnérabilité, notamment en cas de tensions commerciales avec la Chine ou de perturbation des flux logistiques transcontinentaux.
2.3 Les fournisseurs historiques en recul prononcé, des alternatives fragiles
Plusieurs partenaires traditionnels ont vu leur contribution s'effondrer au cours de la période :
- Le Royaume-Uni est passé de 15 M€ à 4 M€ (–75,9 %), en lien avec le Brexit et la redéfinition des flux commerciaux.
- La Corée du Sud a chuté de 11 M€ à 0,4 M€ (–96,1 %), suggérant un retrait ou une relocalisation de la production coréenne vers d'autres sites asiatiques.
- La Norvège a quasiment disparu des fournisseurs (–97,5 %).
Seule la Viet Nam émerge comme fournisseur potentiellement alternatif, mais sa trajectoire demeure extrêmement volatile (coefficient de variation de 0,93). Après un pic à 26 M€, ses exportations vers l'UE sont retombées à 0,2 M€ en 2025, sans qu'une véritable diversification ait pu s'installer.
Analyser la volatilité par partenaire
3. Montée en gamme et repositionnement : des volumes en repli, des prix en hausse
3.1 Des prix à l'import en hausse de 30 %, tirés par le segment à encastrer et les grands contenants
Le prix moyen à l'importation (par tonne) a progressé de 2 870 €/t à 3 724 €/t, soit +29,7 % sur la période. Cette hausse moyenne masque des dynamiques très contrastées entre les cinq sous-segments du code 841821.
| Segment | Valeur import. 2015 (M€) | Valeur import. 2025 (M€) | Évolution | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| ≤ 250 l, standard (84182191) | 181 | 171 | –5,2 % | 30,8 % |
| Modèle table (84182151) | 101 | 96 | –4,1 % | 17,4 % |
| > 340 l (84182110) | 73 | 113 | +55,2 % | 20,3 % |
| > 250 l, ≤ 340 l, standard (84182199) | 59 | 61 | +2,2 % | 10,9 % |
| À encastrer (84182159) | 55 | 114 | +108,6 % | 20,5 % |
Voir la répartition par segment de produits
Les modèles à encastrer ont doublé leur valeur à l'importation (+108,6 %), passant de 11,7 % à 20,5 % du total. Les grands contenants (> 340 l) ont progressé de 55,2 %, passant de 15,5 % à 20,3 %. À l'inverse, les modèles standards de petite capacité (≤ 250 l) et les modèles table ont vu leur part relative diminuer.
Par ailleurs, le poids moyen par appareil importé a diminué de 37,3 kg à 29,7 kg (–20 %), ce qui indique que l'UE importe un nombre croissant d'unités (en pièces : +14,9 %, passant de 4,4 à 5,0 millions) plus légères et probablement plus ciblées sur des usages spécifiques.
3.2 Des exportations concentrées sur les modèles à encastrer : un avantage compétitif maintenu
Le positionnement export de l'UE confirme une spécialisation forte vers le haut de gamme. Le segment des réfrigérateurs à encastrer domine les exportations, représentant 54,5 % de la valeur totale en 2025 (contre 39,9 % en 2015).
| Segment | Valeur export. 2015 (M€) | Valeur export. 2025 (M€) | Évolution | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| À encastrer (84182159) | 117 | 179 | +52,6 % | 54,5 % |
| ≤ 250 l, standard (84182191) | 51 | 62 | +22,2 % | 19,0 % |
| > 340 l (84182110) | 52 | 60 | +13,9 % | 18,2 % |
| > 250 l, ≤ 340 l, standard (84182199) | 63 | 21 | –66,3 % | 6,4 % |
| Modèle table (84182151) | 11 | 6 | –45,9 % | 1,8 % |
Le prix moyen à l'exportation est passé de 5 600 €/t à 8 403 €/t (+50,1 %), soit un niveau plus de deux fois supérieur au prix moyen à l'importation (3 724 €/t). Pour les seuls modèles à encastrer, l'écart est encore plus marqué : 9 776 €/t à l'export contre 4 341 €/t à l'import, soit un rapport de 2,3x. Cet écart de prix structurel témoigne d'un net avantage compétitif européen sur le segment premium.
Les segments standards (> 250 l, ≤ 340 l) et table ont en revanche connu un effondrement des exportations (–66 % et –46 % respectivement), signe d'un abandon progressif des segments à faible valeur ajoutée au profit d'une spécialisation haut de gamme.
3.3 L'Allemagne et l'Italie, moteurs de l'exportation européenne face à un rééquilibrage géographique
Du côté des principaux exportateurs de l'UE, la hiérarchie s'est reconfigurée :
| Pays | Exportations 2015 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 95 | 123 | +29,4 % |
| Italie | 70 | 91 | +31,0 % |
| Hongrie | 11 | 16 | +43,2 % |
| Suède | 26 | 25 | –5,7 % |
| Pologne | 35 | 7 | –80,1 % |
| Autriche | 16 | 9 | –44,1 % |
L'Allemagne et l'Italie ont toutes deux augmenté leurs exportations de près de 30 %, consolidant leur position de leaders. La Hongrie (+43,2 %) confirme son rôle croissant de plateforme de production pour l'export, probablement lié à des investissements industriels majeurs dans le pays.
À l'inverse, la Pologne a connu un effondrement spectaculaire (–80,1 %, passant de 35 M€ à 7 M€). Ce recul pourrait refléter une restructuration des chaînes de production ou un redéploiement de capacités vers d'autres sites européens.
L'indice de spécialisation (RSCA) confirme ces tendances structurelles : la Bulgarie (RSCA = 0,83) et l'Italie (RSCA = 0,39) affichent les plus forts avantages comparatifs révélés, tandis que l'Irlande, la Finlande et la Tchéquie présentent un désavantage comparatif marqué dans ce segment.
Enfin, l'intensité commerciale du marché européen a augmenté de 36,3 % à 47,7 % (+31,4 %), tandis que la propension à exporter est restée stable autour de 25 %. Le marché européen est ainsi devenu structurellement plus dépendant du commerce international, avec un déficit qui s'est installé en tendance.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des réfrigérateurs ménagers à compression a été marqué par une triple transformation.
Premièrement, l'effondrement de la production intra-UE (–64,6 % en volume) a fait basculer le continent d'une position d'autosuffisance relative vers une dépendance nette aux importations (+14,5 %), avec un déficit commercial porté à 228 M€.
Deuxièmement, cette dépendance s'est concentrée sur un nombre très réduit de fournisseurs : la Chine capte à elle seule 70 % des importations extra-UE en 2025, l'indice HHI a progressé de 41 %, et aucune source alternative crédible ne s'est imposée. Ce niveau de concentration constitue un risque stratégique majeur.
Troisièmement, l'UE a opéré un repositionnement visible vers le haut de gamme. Les prix moyens à l'export ont progressé de 50 % (atteignant 8 403 €/t), les modèles à encastrer représentent désormais plus de la moitié de la valeur exportée, et la production résiduelle européenne affiche une valeur unitaire plus que doublée. L'industrie allemande et italienne conserve un avantage compétitif net sur les segments premium.
Ces tendances soulèvent des questions en matière de souveraineté industrielle et de résilience. La capacité de l'UE à maintenir sa position sur les segments à haute valeur ajoutée constitue un atout, mais la dépendance accrue vis-à-vis des importations chinoises pour les volumes standards appelle une vigilance particulière dans un contexte géopolitique incertain.