Évolution du marché : Appareils de physiothérapie (CN 9019) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 9019 couvre un ensemble hétérogène de produits thérapeutiques — appareils de mécanothérapie et de massage (sous-position 901910), ainsi que les appareils d'oxygénothérapie, d'aérosolthérapie, de ventilation mécanique et de réanimation respiratoire (sous-position 901920). Ce marché présente une trajectoire de croissance structurelle sur la période 2015–2025, ponctuée par un choc spectaculaire lié à la pandémie de Covid-19 en 2020. Au total, les importations de l'UE hors UE ont progressé de 74 % en valeur et les exportations de 65 %, portant le déficit commercial de l'Union de −508 millions d'euros en 2015 à −978 millions d'euros en 2025 (Vue d'ensemble du commerce).
La production intérieure de l'UE a connu une expansion considérable, passant d'environ 240 millions d'euros à plus de 1,6 milliard d'euros en valeur, ce qui témoigne d'une dynamique d'offre locale vigoureuse mais insuffisante pour couvrir la demande (Production de l'UE). Ce rapport propose une lecture structurée de ces évolutions autour de trois axes majeurs.
1. La dépendance croissante de l'UE vis-à-vis des importations, sous l'effet combiné de la demande structurelle et du choc pandémique
1.1 Une dépendance nette aux importations passée de 6 % à 31 %
L'indicateur de dépendance nette aux importations révèle un basculement structurel : de 6,3 % en 2015, il atteint 31,0 % en 2025, soit une progression de 392 %. Ce niveau culmine à 75,8 % au plus fort de la crise sanitaire. L'Union européenne, initialement presque autosuffisante sur ce segment, est devenue significativement dépendante des approvisionnements extérieurs.
1.2 Le pic de 2020 : un séisme conjoncturel sur les appareils respiratoires
L'année 2020 constitue un point de rupture dans la série. Les importations de la sous-position 901920 (appareils respiratoires, oxygénothérapie, etc.) bondissent à 2,98 milliards d'euros, contre 1,20 milliard en 2019, soit un quasi-triplement en une seule année. Les prix unitaires de cette catégorie explosent simultanément, passant de 48 979 EUR/t à 92 983 EUR/t (Détail par segment).
| Année | Importations 901920 (M EUR) | Prix moyen 901920 (EUR/t) | Importations 901910 (M EUR) |
|---|---|---|---|
| 2019 | 1 198 | 48 979 | 868 |
| 2020 | 2 981 | 92 983 | 1 091 |
| 2021 | 1 352 | 29 107 | 1 769 |
Ce choc a été alimenté par l'urgence mondiale de doter les systèmes de santé en respirateurs et en équipements de supplémentation en oxygène, créant une pénurie d'offre et une flambée des prix.
1.3 Un rebond de la sous-position 901910 à partir de 2020
Paradoxalement, c'est après le pic pandémique que la sous-position 901910 (mécanothérapie, massage) accélère fortement : les importations passent de 868 millions d'euros en 2019 à 1 769 millions en 2021, avant de se stabiliser autour de 1,1–1,2 milliard. Ce rebond peut s'expliquer par l'essor du bien-être, de la réhabilitation post-Covid et de la télémédecine, qui ont dopé la demande pour ce type d'équipements.
2. La domination chinoise sur les importations et la géographie mouvante des partenaires commerciaux
2.1 La Chine, partenaire incontournable mais volatile
La Chine constitue le premier fournisseur de l'UE sur ce segment, avec une part qui passe de 514 millions d'euros en 2015 à 1 300 millions en 2025 (+153 %), après un pic spectaculaire à 2 375 millions en 2020 (Partenaires d'importation). L'analyse des chocs détecte un événement de prix d'une ampleur exceptionnelle en 2020, avec une anormalité de 37,4 et une hausse de prix de 135,3 %, représentant 77,8 % de la valeur totale des importations UE (Chocs de prix). Le coefficient de variation des importations en provenance de Chine s'établit à 0,315, confirmant une volatilité élevée (Volatilité).
2.2 Le déclin relatif des fournisseurs traditionnels et l'émergence de nouveaux acteurs
| Partenaire | Import 2015 (M EUR) | Import 2025 (M EUR) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 514 | 1 300 | +153,0 |
| États-Unis | 301 | 246 | −18,2 |
| Royaume-Uni | 167 | 206 | +23,0 |
| Singapour | 99 | 303 | +205,4 |
| Mexique | 51 | 138 | +169,5 |
| Canada | 37 | 35 | −7,1 |
| Australie | 166 | 173 | +4,7 |
Les États-Unis, deuxième fournisseur, ont perdu du terrain (−18 %), tandis que Singapour (+205 %) et le Mexique (+170 %) ont émergé comme des plateformes logistiques ou de production croissantes. La concentration des importations (HHI) a augmenté de 1 758 à 2 632 (+50 %), signalant un accroissement de la dépendance vis-à-vis d'un nombre restreint de fournisseurs.
2.3 Une reconfiguration des destinations d'exportation européennes
Du côté des exportations de l'UE, le Royaume-Uni et les États-Unis restent les deux débouchés principaux, avec des progressions respectives de +100 % et +128 % (Partenaires d'exportation). En revanche, les exportations vers la Russie (−20 %) et la Chine (−42 %) reculent. La Norvège (+194 %) et la Turquie (+58 %) confirment leur montée en puissance comme marchés de destination, dans un contexte où l'intensité commerciale de l'UE sur ce segment a progressé de 92 % à 104 % et sa propension à l'exportation de 85 % à 109 % (Indicateurs de vulnérabilité).
3. Une industrie européenne en restructuration, portée par un petit nombre de pays leaders
3.1 Les Pays-Bas et l'Allemagne au cœur du dispositif européen
La spécialisation des États membres révèle une forte hétérogénéité. En 2025, les Pays-Bas affichent l'indice RSCA le plus élevé (0,415), suivi de l'Irlande (0,283) et de la Tchéquie (0,189). Les Pays-Bas sont à la fois le premier importateur (948 M EUR) et le deuxième exportateur (403 M EUR) de l'UE, ce qui suggère un rôle de hub logistique et de réexportation.
| Pays | RSCA (2025) | Importations (M EUR) | Exportations (M EUR) |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 0,415 | 948 | 403 |
| Irlande | 0,283 | — | 111 |
| Tchéquie | 0,189 | — | — |
| France | 0,057 | 339 | 242 |
| Allemagne | — | 484 | 490 |
L'Allemagne demeure le premier exportateur de l'UE (490 M EUR), devant les Pays-Bas et la France (+215 % à 242 M EUR). La Pologne affiche la progression la plus spectaculaire (+595 %), portée par une intégration croissante dans les chaînes de valeur européennes (Exportateurs de l'UE).
3.2 Une production intérieure en expansion spectaculaire
La production de l'UE a connu une transformation radicale. En volume, elle est passée de 1,2 million de pièces à 474 millions de pièces (+38 938 %), et en valeur de 240 millions à 1,63 milliard d'euros (+581 %). Ce bond témoigne à la fois de l'investissement post-Covid dans les capacités de production locales et de la croissance du marché du bien-être et de la réhabilitation. Toutefois, la production reste insuffisante pour combler le déficit commercial, qui s'est creusé de 508 millions à 978 millions d'euros sur la période.
3.3 Des prix d'exportation supérieurs, mais un avantage qui s'érode
Les prix moyens d'exportation de l'UE restent nettement supérieurs aux prix d'importation : environ 62 301 EUR/t contre 17 121 EUR/t en 2025. Cet écart tradit l'orientation de l'UE vers des produits à plus forte valeur ajoutée (notamment la sous-position 901920, dont le prix d'exportation s'établit à 84 670 EUR/t contre 39 212 EUR/t à l'importation). Cependant, l'écart s'est réduit par rapport au pic de 2020, où le prix d'exportation de la 901920 avait atteint 137 797 EUR/t. Le prix moyen d'exportation global n'a progressé que de 5,5 % sur l'ensemble de la période, contre +11,3 % pour les importations, suggérant une certaine pression concurrentielle.
Conclusion
Le marché européen des appareils de physiothérapie et de thérapie respiratoire (CN 9019) a traversé une décennie marquée par trois dynamiques convergentes : une croissance structurelle de la demande, un choc exogène majeur (la pandémie de Covid-19), et une reconfiguration géographique des échanges. Le déficit commercial de l'UE s'est doublé, la dépendance aux importations a été multipliée par cinq, et la Chine s'est imposée comme le fournisseur dominant — avec tous les risques de concentration que cela implique (HHI en hausse de 50 %).
Néanmoins, la réponse du tissu industriel européen a été remarquable : la production intérieure a été multipliée par près de six en valeur, et plusieurs États membres (Pays-Bas, Pologne, France) ont considérablement renforcé leur position à l'exportation. L'enjeu pour les prochaines années réside dans la capacité de l'UE à maintenir cette dynamique de production locale, à diversifier ses sources d'approvisionnement, et à conserver son avantage sur les segments à haute valeur ajoutée dans un contexte de concurrence mondiale accrue.