Évolution du marché : Appareils respiratoires et masques (CN 9020) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 9020 couvre les appareils respiratoires et masques à gaz, y compris leurs parties et accessoires, à l'exclusion des masques de protection simples sans mécanisme filtrant amovible et des appareils de réanimation respiratoire (code PRODCOM associé : 32.99.11.80 et 32.99.11.89). Ce marché, historiquement dominé par des besoins de défense et d'industrie, a connu une dynamique singulière au cours de la période 2015–2025, marquée par la pandémie de Covid-19, des mutations structurelles des flux commerciaux et une hausse marquée des prix unitaires. L'Union européenne s'est affirmée comme exportateur net sur ce segment, avec un excédent commercial qui a été multiplié par plus de quatre sur la période. Ce rapport propose une analyse en trois axes : d'abord, la trajectoire globale des échanges ; ensuite, la structure du marché et la spécialisation des États membres ; enfin, la volatilité et les chocs qui ont marqué la décennie.
1. Une trajectoire commerciale dopée par la valeur, sous l'impulsion de la crise sanitaire
1.1. Les exportations de l'UE ont bondi en valeur, portées par une hausse spectaculaire des prix à l'exportation
Sur la période 2015–2025, la valeur des exportations de l'UE (code NC 9020) est passée de 242,8 M€ à 454,8 M€, soit une progression de +87,3 %. Ce bond est cependant presque entièrement tiré par l'évolution des prix : le prix moyen à l'exportation a grimpé de 76 075 €/t à 147 287 €/t (+93,6 %), tandis que les volumes exportés ont légèrement reculé (de 3 191 t à 3 084 t, soit −3,3 %). Autrement dit, l'UE exporte sensiblement la même quantité de produits, mais à un prix unitaire près de deux fois supérieur à celui de 2015.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (M€) | 242,8 | 454,8 | +87,3 % |
| Quantité exportations (t) | 3 191 | 3 084 | −3,3 % |
| Prix moyen export (€/t) | 76 075 | 147 287 | +93,6 % |
1.2. Les importations ont connu un pic exceptionnel en 2020 avant de se restructurer en profondeur
Les importations ont suivi une trajectoire plus erratique. La valeur est passée de 204,9 M€ à 285,2 M€ (+39,2 %), mais les volumes ont connu des fluctuations considérables : les quantités importées ont culminé à 8 606 tonnes (maximum de la période) avant de revenir à 2 611 tonnes en 2025 (−37,5 % par rapport à 2015). Le prix moyen à l'importation a quant à lui plus que doublé, passant de 49 016 €/t à 109 225 €/t (+122,8 %). Le pic d'importation en volume en 2020 est caractéristique de la mobilisation d'urgence liée à la pandémie de Covid-19, qui a provoqué une ruée mondiale vers les équipements de protection respiratoire.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (M€) | 204,9 | 285,2 | +39,2 % |
| Quantité importations (t) | 4 178 | 2 611 | −37,5 % |
| Prix moyen import (€/t) | 49 016 | 109 225 | +122,8 % |
1.3. L'excédent commercial de l'UE s'est considérablement renforcé, signe d'une compétitivité accrue
La balance commerciale de l'UE sur le segment NC 9020 est passée d'un excédent de 37,9 M€ en 2015 à 169,6 M€ en 2025, soit une multiplication par 4,5 (+348 %). Il est à noter que l'UE a traversé un creux en 2020, où l'excédent s'est transformé en un déficit de −59,9 M€, le minimum de la période. Ce retournement ponctuel s'explique par le besoin urgent d'importer massivement des équipements de protection au plus fort de la pandémie. Dès 2021, l'excédent s'est non seulement rétabli mais a atteint un niveau record à 172,6 M€, avant de se stabiliser autour de 170 M€. En termes de dépendance nette aux importations, l'UE demeure un exportateur net (valeur négative), avec un ratio qui s'est amélioré de −55,8 % à −44,3 %.
2. Une structure de marché dominée par l'Allemagne et marquée par la diversification des partenaires
2.1. L'Allemagne pilote à la fois les exportations et les importations de l'UE
Au sein de l'UE, l'Allemagne occupe une position de premier plan. Elle représente 47,9 % de la production européenne (valeur) en 2025, et figure en tête tant pour les exportations (176,1 M€, +65,1 %) que pour les importations (123,2 M€, +15,7 %). La France et le Danemark complètent le trio de tête des exportateurs, le Danemark affichant une progression remarquable de +373,9 % (de 12,6 M€ à 59,8 M€). La Lettonie, avec un bond de +275,5 %, s'est également imposée comme un acteur significatif des exportations.
| État membre | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Allemagne | 106,6 | 176,1 | +65,1 % | 106,5 | 123,2 | +15,7 % |
| France | 42,8 | 82,7 | +93,2 % | 29,9 | 34,0 | +13,9 % |
| Danemark | 12,6 | 59,8 | +373,9 % | 8,4 | 19,6 | +133,0 % |
| Pologne | 17,0 | 16,7 | −1,7 % | 11,7 | 18,1 | +55,5 % |
| Lettonie | 8,0 | 30,0 | +275,5 % | — | — | — |
| Espagne | — | — | — | 5,3 | 29,7 | +461,9 % |
2.2. Les États-Unis et le Royaume-Uni restent les partenaires clés, mais la géographie des échanges se diversifie
Les États-Unis et le Royaume-Uni demeurent les deux principaux partenaires commerciaux de l'UE, tant à l'export qu'à l'import. À l'exportation, les États-Unis absorbent 93,6 M€ (+78,0 %) et le Royaume-Uni 60,6 M€ (+106,0 %). À l'importation, le Royaume-Uni reste le premier fournisseur (116,1 M€), mais les importations en provenance des États-Unis ont plus que doublé (50,8 M€ → 109,4 M€, +115,5 %), ce qui reflète la montée en puissance de ce partenaire. La Chine, quant à elle, a connu des variations extrêmes : les importations en provenance de Chine ont culminé à 67,2 M€ au plus fort de la crise sanitaire avant de redescendre à 16,1 M€ en 2025. La Turquie (+309,8 % à l'import) et Taïwan (+238,2 %) émergent comme des partenaires en forte croissance.
| Partenaire | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Var. | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Var. |
|---|---|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 52,6 | 93,6 | +78,0 % | 50,8 | 109,4 | +115,5 % |
| Royaume-Uni | 29,4 | 60,6 | +106,0 % | 136,1 | 116,1 | −14,7 % |
| Chine | 8,6 | 23,8 | +178,6 % | 4,8 | 16,1 | +239,5 % |
| Émirats arabes unis | 6,9 | 21,9 | +218,8 % | — | — | — |
| Australie | 8,0 | 19,6 | +146,1 % | — | — | — |
| Turquie | 13,5 | 16,6 | +22,7 % | 1,1 | 4,5 | +309,8 % |
2.3. La concentration des importations a nettement diminué, témoignant d'une diversification des approvisionnements
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur a chuté de 5 041 à 3 210 (−36,3 %), indiquant une réduction significative de la dépendance vis-à-vis d'un nombre restreint de fournisseurs. En volume, la baisse est encore plus prononcée (de 6 068 à 2 576, −57,5 %). À l'exportation, la concentration est restée stable et faible (HHI autour de 800), ce qui traduit une clientèle déjà diversifiée. Côté production, la valeur produite dans l'UE a progressé de 334,8 M€ à 510,0 M€ (+52,3 %), avec des volumes en hausse plus modérée (12,9 M à 14,0 M pièces, +8,8 %), confirmant l'effet prix observé sur le commerce extérieur. En termes de spécialisation, la Lettonie affiche le plus fort indice RSCA (0,85), suivie de l'Allemagne (0,39) et de la Pologne (0,30), tandis que Malte, la Croatie et l'Irelande sont structurellement non spécialisées dans ce segment.
3. Volatilité marquée, chocs de prix et reconfiguration post-pandémique
3.1. La crise Covid-19 a provoqué des chocs de prix d'une ampleur exceptionnelle sur les flux commerciaux
L'analyse des chocs détectés révèle trois événements majeurs, tous liés à la pandémie. Le choc le plus violent frappe les exportations vers l'Inde en 2020, avec une anomalie de prix de 43,7 et une hausse de +168,4 %. Les importations en provenance de Chine ont également connu un choc de prix très marqué en 2020 (anomalie 20,5, +197,9 %), reflétant la pénurie mondiale et la flambée des coûts d'approvisionnement depuis le pays d'origine de la pandémie. En 2021, un troisième choc touche les exportations vers le Royaume-Uni (anomalie 10,0, +94,4 %), probablement lié à la conjonction de la crise sanitaire et des nouvelles frictions commerciales post-Brexit.
| Choc | Flux | Partenaire | Année | Anomalie | Hausse de prix |
|---|---|---|---|---|---|
| Prix | Export | Inde | 2020 | 43,7 | +168,4 % |
| Prix | Import | Chine | 2020 | 20,5 | +197,9 % |
| Prix | Export | Royaume-Uni | 2021 | 10,0 | +94,4 % |
3.2. La volatilité des flux est hétérogène selon les partenaires, avec des risques concentrés sur quelques corridors
Les coefficients de variation révèlent des profils de volatilité très différents selon les partenaires. À l'importation, le Canada (CV = 0,79), le Royaume-Uni (0,72) et le Mexique (0,63) présentent la plus forte instabilité, tandis que les États-Unis (0,14) et l'Australie (0,27) apparaissent comme des fournisseurs relativement stables. À l'exportation, l'Ukraine se distingue par une volatilité extrême (CV = 1,53), suivie de la Russie (0,77), tandis que la Suisse (0,16), les États-Unis (0,21) et la Norvège (0,22) offrent des marchés plus prévisibles. Cette hétérogénéité suggère que la répartition géographique des échanges de l'UE offre une forme de couverture naturelle contre le risque, les marchés stables compensant les marchés volatils.
3.3. L'intensité commerciale reste élevée mais décline légèrement, signe d'un possible rééquilibrage vers la demande intérieure
La part du commerce international dans la production de l'UE est passée de 92,0 % à 87,3 % (−5,0 points), tandis que la propension à exporter a reculé de 87,8 % à 81,0 % (−7,8 points). Ce léger repli pourrait refléter le développement de la demande intérieure européenne en équipements de protection respiratoire, alimentée par les politiques de constitution de stocks stratégiques mises en place après la crise Covid-19. Némoins, le secteur reste profondément internationalisé, avec près de 87 % de la production européenne circulant sur les marchés internationaux.
Conclusion
Le marché européen des appareils respiratoires et masques à gaz (NC 9020) a connu une décennie 2015–2025 profondément marquée par l'accélération de la crise sanitaire de 2020–2021 et ses séquelles structurelles. Si les volumes échangés sont restés relativement stables ou ont même diminué, la valeur des échanges a connu une forte progression, tirée par une hausse durable des prix unitaires. L'Union européenne a consolidé sa position d'exportateur net, avec un excédent commercial multiplié par plus de quatre, porté par la dynamique de l'Allemagne, de la France et du Danemark. La diversification des partenaires d'approvisionnement, attestée par la baisse de l'indice HHI, constitue un facteur positif pour la résilience du secteur. Toutefois, la persistance de corridors d'échanges à forte volatilité — notamment vers l'Ukraine, la Russie ou le Canada — et la concentration des chocs de prix autour de la pandémie rappellent la sensibilité de ce marché aux crises géopolitiques et sanitaires. Le léger recul de l'intensité commerciale observé en fin de période pourrait indiquer un début de rééquilibrage vers le marché intérieur européen, dans un contexte où la souveraineté sanitaire demeure une priorité politique.