Explorer les données en direct

Évolution du marché : Accélérateurs de vulcanisation (CN 3812) — 2015–2025

Introduction

La nomenclature CN 3812 regroupe un ensemble de préparations chimiques essentielles à l'industrie du caoutchouc et des matières plastiques : accélérateurs de vulcanisation (381210), plastifiants composites (381220), mélanges d'oligomères de TMQ (381231) ainsi que les antioxydants et stabilisateurs composites (381239). Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu des transformations profondes. Le solde commercial, structurellement excédentaire, est passé de 302 M€ à 198 M€, soit une réduction de 34,5 %. Pourtant, cette détérioration ne raconte qu'une partie de l'histoire : les volumes exportés ont reculé de 26,3 % tandis que les prix unitaires augmentaient de 27,1 %. Le présent rapport propose d'analyser trois dynamiques majeures qui ont façonné ce marché sur une décennie : l'effet de masque exercé par la hausse des prix sur un recul volumétrique réel, la réorientation géographique des flux commerciaux — notamment sous l'effet des sanctions contre la Russie — et enfin la restructuration industrielle de l'appareil productif européen.


1. Des volumes en repli, une valeur soutenue par l'inflation des prix

Les exportations européennes perdent un quart de leur volume

Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE en CN 3812 ont chuté de 185 892 tonnes à 136 993 tonnes, soit une baisse de 26,3 %. En valeur, le recul est plus modéré, passant de 592 M€ à 555 M€ (−6,3 %), grâce à une hausse significative du prix unitaire moyen à l'exportation, de 3 185 €/t à 4 050 €/t (+27,1 %). La contraction la plus marquée concerne le segment des stabilisateurs composites (381239), dont les volumes exportés sont passés de 116 063 tonnes (2017) à 76 741 tonnes (2025), une diminution de près de 34 %. Les plastifiants composites (381220) ont également reculé, de 38 855 tonnes à 31 644 tonnes (−18,6 %).

Les importations stables en volume, dynamiques en valeur

Du côté des importations, le constat est différent : les volumes sont restés relativement stables, passant de 76 864 tonnes à 77 812 tonnes (+1,2 %). En revanche, la valeur a crû de 290 M€ à 357 M€ (+22,9 %), portée par une hausse du prix unitaire d'importation de 3 779 €/t à 4 589 €/t (+21,4 %). Le segment 381239 représente la part dominante des importations, avec 43 288 tonnes et 258 M€ en 2025, suivi des plastifiants (381220) à 18 051 tonnes et 37 M€.

L'année 2022, point de bascule prix

L'année 2022 marque un pic de prix à la fois à l'import et à l'export, visible dans toutes les sous-catégories. Les prix d'exportation du 381239 atteignent 5 461 €/t en 2022, contre 3 562 €/t en 2017. Du côté des importations, le prix du 381239 culmine à 6 905 €/t en 2022. Des chocs de prix significatifs ont été détectés cette année-là, notamment sur les importations en provenance de Suisse (anomalie de 636,3, hausse de 32,2 %) et sur les exportations vers les États-Unis (hausse de 48,8 %). Ce phénomène s'inscrit dans le contexte plus large de la crise énergétique de 2022, qui a fortement renchéri les coûts de production des intrants chimiques.

Tableau 1 — Évolution des prix unitaires par segment (€/t)

Segment 2017 (import) 2022 (import) 2025 (import) 2017 (export) 2022 (export) 2025 (export)
381239 — Stabilisateurs 4 561 6 905 5 949 3 562 5 461 4 895
381220 — Plastifiants 1 631 2 573 2 028 2 029 2 878 2 743
381210 — Accélérateurs 3 061 5 578 4 108 4 657 5 780 4 980
381231 — TMQ 2 462 2 550 1 892 1 798 3 219 2 351

2. Une réorientation géographique profonde des flux commerciaux

L'effondrement des échanges avec la Russie

Le changement géographique le plus spectaculaire concerne la Russie : les exportations de l'UE vers ce pays sont passées de 66 M€ en 2015 à quasiment zéro (34 €) en 2025, soit un effondrement de −100 %. Cette chute, qui s'est accélérée après 2022 avec les sanctions liées à l'invasion de l'Ukraine, a privé l'UE d'un débouché majeur. La Russie constituait en 2015 le troisième partenaire à l'exportation en valeur.

La montée en puissance de la Chine et de la Turquie

En parallèle, la Chine est devenue un fournisseur de plus en plus important pour l'UE : les importations en provenance de Chine ont bondi de 39 M€ à 94 M€ (+140,1 %), avec un pic à 124 M€ en 2022. La Chine est ainsi passée de quatrième à premier fournisseur extra-UE. Simultanément, la Turquie a multiplié ses ventes à l'UE par 3,4 (+239,4 %), de 4,5 M€ à 15,2 M€. À l'exportation, la Chine (+71,8 %) et la Turquie (+24,1 %) sont également des marchés en forte croissance, tandis que les États-Unis demeurent le premier client de l'UE, avec une valeur passée de 94 M€ à 112 M€ (+18,4 %).

Tableau 2 — Principaux partenaires extra-UE (valeur en M€)

Partenaire Imports 2015 Imports 2025 Var. Exports 2015 Exports 2025 Var.
Chine 39,3 94,4 +140,1 % 36,2 62,3 +71,8 %
États-Unis 75,3 66,5 −11,6 % 94,4 111,8 +18,4 %
Suisse 71,2 66,6 −6,4 %
Royaume-Uni 37,6 45,0 +19,5 % 58,7 52,4 −10,8 %
Turquie 4,5 15,2 +239,4 % 40,6 50,3 +24,1 %
Russie 66,3 0,0 −100 %
Corée du Sud 20,3 21,8 +7,5 %

Une concentration des importations relativement stable

L'indice de concentration HHI des importations en valeur est passé de 1 705 à 1 643 (−3,6 %), ce qui traduit une légère diversification des sources d'approvisionnement. En revanche, l'HHI des exportations a augmenté de 673 à 820 (+21,9 %), indiquant une concentration croissante des débouchés européens sur un nombre plus restreint de marchés. En volume, la concentration des exportations a progressé de manière encore plus marquée (+28,6 %), ce qui peut refléter la perte de marchés secondaires au profit d'une dépendance accrue vis-à-vis des principaux clients.


3. Une base productive européenne en contraction

Un recul significatif de la production intra-UE

Les données de production PRODCOM révèlent une détérioration prononcée de l'appareil productif européen. La production en volume est passée de 731 millions de kg à 462 millions de kg entre 2015 et 2025, soit un recul de 36,9 %. En valeur, la contraction est moindre (−14,7 %), la production passant de 1,46 Md€ à 1,25 Md€, ce qui indique une augmentation des prix de production qui compense partiellement la perte de volumes. Le creux le plus marqué a été atteint en 2020, avec une production de seulement 345 millions de kg, vraisemblablement sous l'effet combiné de la pandémie de COVID-19 et des perturbations des chaînes d'approvisionnement.

Une intensité commerciale et une propension à l'exportation en forte hausse

Le déclin de la production a pour corollaire une hausse spectaculaire de l'intensité commerciale, passée de 38,4 % à 61,3 % (+59,5 %). La propension à exporter a encore davantage progressé, de 28,0 % à 49,6 % (+77,0 %). Ces deux indicateurs montrent que l'économie européenne est devenue beaucoup plus dépendante du commerce extérieur pour ce produit, à la fois comme débouché pour ses producteurs et comme source d'approvisionnement pour ses industries aval.

Les spécialisations au sein de l'UE : un paysage concentré

En 2025, les membres de l'UE les plus spécialisés dans la production de CN 3812 sont l'Estonie (RSCA de 0,74), l'Italie (0,54), l'Autriche (0,32), l'Allemagne (0,21) et la Belgique (0,09). À l'inverse, l'Irlande (RSCA de −1,00), la Bulgarie (−0,99) et la Croatie (−0,97) sont les moins spécialisés. L'Allemagne demeure de loin le premier exportateur intra-UE, avec 262 M€ en 2025 (32,2 % de la production totale), suivie de l'Italie (117 M€). Cependant, l'Allemagne a connu un recul de ses exportations de −12,7 %, tandis que l'Espagne a affiché une progression remarquable de +150,5 % (de 12 M€ à 30 M€).


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché de la CN 3812 dans l'Union européenne se caractérise par trois tendances convergentes. Premièrement, une contraction réelle des volumes — tant à l'exportation (−26,3 %) qu'en production (−36,9 %) — partiellement masquée par une hausse généralisée des prix unitaires, elle-même amplifiée par le choc de 2022. Deuxièmement, une réorientation géographique majeure : l'effacement total de la Russie comme débouché, compensé en partie par la croissance des échanges avec la Chine et la Turquie, tandis que les États-Unis consolident leur position de premier client. Troisièmement, une restructuration de la base productive européenne qui, en se réduisant, rend l'UE plus dépendante du commerce extérieur (intensité commerciale de 61,3 % en 2025). Le solde commercial demeure excédentaire (198 M€ en 2025), mais le rétrécissement de cet excédent et la concentration croissante des débouchés à l'exportation suggèrent une fragilisation relative de la position européenne sur ce segment stratégique de l'industrie chimique. Les décideurs devront surveiller l'évolution de la dépendance aux importations chinoises, dont la valeur a été multipliée par 2,4 sur la période, dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.