Évolution du marché : Goudrons de bois (CN 3807) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 3807 couvre un ensemble de produits issus de la chimie du bois et des résines végétales — goudrons de bois, huiles de goudron de bois, créosote, méthylène, poix végétales et poix de brasserie, ainsi que les préparations à base de colophanes et d'acides résiniques. Ces produits intermédiaires trouvent des applications dans le traitement du bois, l'étanchéification, les colles industrielles et certaines formulations chimiques.
La période 2015–2025 a été marquée par des mutations profondes dans les échanges commerciaux de l'UE sur ce segment. Le présent rapport propose une analyse structurée de ces dynamiques, en s'appuyant sur les données de commerce extérieur de l'UE. Trois axes majeurs se dégagent : l'essor remarquable des exportations européennes, la reconfiguration géographique des flux et la question de l'autonomie stratégique de l'UE face à une dépendance importatrice qui demeure structurelle.
1. Une reprise vigoureuse des exportations européennes malgré des prix en repli
Une croissance spectaculaire des volumes et des valeurs exportées
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE (hors échanges intra-communautaires) de produits du code 3807 ont connu une progression remarquable. En valeur, elles sont passées de 3,8 M€ à 17,9 M€, soit une hausse de 372,8 %. En volume, la dynamique est encore plus marquée : les quantités exportées ont bondi de 1 860 tonnes à 12 425 tonnes (+568,1 %), comme l'illustre l'évolution globale du commerce.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations — valeur (M€) | 3,8 | 17,9 | +372,8 % |
| Exportations — volume (t) | 1 860 | 12 425 | +568,1 % |
| Exportations — prix moyen (€/t) | 2 032 | 1 438 | −29,2 % |
Ce doublement relatif du volume par rapport à la valeur s'explique par une baisse significative du prix moyen à l'exportation, passé de 2 032 €/t à 1 438 €/t (−29,2 %). L'UE a donc gagné des parts de marché en se positionnant sur des volumes plus importants à des prix plus compétitifs, ce qui suggère une stratégie de conquête commerciale fondée sur le coût plutôt que sur la valeur ajoutée unitaire.
Des importations stables en valeur mais en repli en volume
Du côté des importations, la situation contraste nettement. La valeur importée n'a progressé que de 5,6 % (de 31,6 M€ à 33,4 M€), tandis que les quantités ont diminué de 13,6 %, passant de 73 211 tonnes à 63 260 tonnes. Le prix moyen à l'importation a en revanche augmenté de 22,2 % (de 432 €/t à 528 €/t).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations — valeur (M€) | 31,6 | 33,4 | +5,6 % |
| Importations — volume (t) | 73 211 | 63 260 | −13,6 % |
| Importations — prix moyen (€/t) | 432 | 528 | +22,2 % |
L'écart de prix entre exportations (1 438 €/t) et importations (528 €/t) reste considérable en 2025 — d'un facteur supérieur à 2,7 —, ce qui traduit une segmentation structurelle des produits : l'UE exporte des produits à plus forte valeur unitaire (poix végétales raffinées, préparations à base de colophanes) tout en important des volumes bruts ou semi-transformés à moindre coût.
Une amélioration significative du solde commercial
Le déficit commercial de l'UE sur ce segment s'est réduit de manière substantielle, passant de −27,9 M€ à −15,6 M€, soit une amélioration de 44,2 %. Le creux maximal a été atteint en 2020 (−40,2 M€), probablement sous l'effet combiné du choc sanitaire et d'une contraction des exportations plus marquée que celle des importations. La trajectoire depuis 2020 témoigne d'une reprise vigoureuse du côté exportateur.
2. Restructuration géographique des échanges : une diversification inachevée
La domination américaine persistante sur les importations
Les États-Unis demeurent de loin le premier fournisseur de l'UE, avec une part prépondérante. Les importations en provenance des États-Unis sont passées de 29,3 M€ à 31,6 M€ (+8,0 %), concentrant la quasi-totalité de la valeur importée hors UE. Leur contribution aux importations totales reste supérieure à 90 % en valeur, un niveau de concentration qui traduit une dépendance structurelle à l'égard d'un seul partenaire.
| Partenaire (importations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 29,3 | 31,6 | +8,0 % |
| Fédération de Russie | 1,1 | 0,3 | −70,7 % |
| Chine | 0,8 | 0,7 | −2,6 % |
| Royaume-Uni | 0,4 | 0,2 | −42,3 % |
| Malaisie | 1,1 | ≈0 | −100 % |
| Turquie | ≈0 | 0,2 | +469 598 % |
| Serbie | 0,1 | 0,1 | +23,5 % |
L'effondrement de certains fournisseurs traditionnels et l'émergence de nouveaux acteurs
Plusieurs évolutions notables méritent d'être soulignées :
- La Russie a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer de 1,1 M€ à 314 K€ (−70,7 %), dans un contexte de sanctions commerciales qui ont restructuré les flux depuis 2022.
- La Malaisie, qui exportait 1,1 M€ vers l'UE en 2015, est tombée à pratiquement zéro en 2025 (−100 %), suggérant un retrait complet ou un redéploiement de ses capacités vers d'autres marchés.
- La Turquie a connu une progression spectaculaire, passant de quantités négligeables à 225 K€, confirmant son émergence comme fournisseur régional.
- Le Royaume-Uni a vu ses exportations vers l'UE reculer de 42,3 %, ce qui peut refléter les effets du Brexit sur les conditions d'accès au marché unique.
L'essor des exportations vers la Norvège : le cas le plus saillant
La transformation la plus spectaculaire concerne les exportations vers la Norvège : passées de 306 K€ en 2015 à 9,1 M€ en 2025, soit une multiplication par 30 (+2 885 %). La Norvège est ainsi devenue le premier destinataire des exportations de l'UE sur ce segment, absorbant plus de la moitié de la valeur exportée en 2025. Cette dynamique peut s'expliquer par la proximité géographique, l'intégration au marché unique via l'EEE, et la forte spécialisation de l'industrie forestière norvégienne dans les dérivés du bois.
| Partenaire (exportations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Norvège | 0,3 | 9,1 | +2 885 % |
| Turquie | 0,4 | 1,7 | +298,8 % |
| États-Unis | 1,0 | 1,3 | +31,4 % |
| Royaume-Uni | 0,3 | 0,9 | +204,4 % |
| Émirats arabes unis | 0,02 | 0,2 | +798,8 % |
| Afrique du Sud | 0,1 | 0,2 | +118,3 % |
| Brésil | 0,1 | 0,04 | −41,8 % |
La Turquie (+298,8 %), le Royaume-Uni (+204,4 %) et les Émirats arabes unis (+798,8 %) figurent également parmi les destinations en forte croissance, traduisant une diversification géographique des débouchés européens.
Une concentration des exportations en hausse, malgré la diversification
Paradoxalement, bien que de nouveaux marchés aient émergé, l'indice de concentration des exportations (HHI) est passé de 1 065 à 3 078 (+189 %), d'après les mesures de concentration. Ce niveau reste modéré (un HHI de 10 000 correspond à un monopole), mais il révèle que la montée en puissance de la Norvège a accru la dépendance des exportations européennes à un nombre plus restreint de marchés de destination.
Côté importations, le HHI demeure élevé (≈8 975), confirmant la concentration extrême sur les États-Unis.
3. Une autonomie limitée mais des capacités productives nordiques en restructuration
La dépendance nette aux importations a plus que doublé
L'un des indicateurs les plus révélateurs de la période est l'augmentation de la dépendance nette aux importations, passée de 10,4 % à 23,8 % (+128,7 %). Ce ratio, qui mesure l'excès des importations sur les exportations rapporté à la consommation apparente, avait atteint un pic de 40,0 % au cours de la période, avant de se stabiliser à un niveau encore élevé.
Cette hausse est cohérente avec l'évolution de la production intra-européenne. Les volumes de production de l'UE ont été divisés par deux, passant de 250 000 tonnes à 120 000 tonnes (−52 %), tandis que la valeur de production a progressé de 23,6 % (de 64,7 M€ à 80 M€). Cette divergence entre volumes en baisse et valeur en hausse indique un renchérissement des coûts de production et/ou un déplacement vers des produits à plus forte valeur ajoutée.
| Indicateur production | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume (M kg) | 250 | 120 | −52,0 % |
| Valeur (M€) | 64,7 | 80,0 | +23,6 % |
La réduction des capacités productives, conjuguée à une demande intérieure qui ne s'est pas contractée proportionnellement, explique mécaniquement l'accroissement de la dépendance aux importations.
Une spécialisation nordique affirmée et un potentiel exportateur accru
L'analyse de la spécialisation des États membres en 2025 révèle un paysage très inégalitaire :
| État membre | RCA | RCA normalisé (RSCA) | Part dans la production UE |
|---|---|---|---|
| Finlande | 28,64 | 0,93 | 28,7 % |
| Suède | 9,68 | 0,81 | 23,3 % |
| France | 2,70 | 0,46 | 21,1 % |
| Espagne | 2,37 | 0,41 | 13,7 % |
| Autriche | 1,92 | 0,32 | 6,3 % |
La Finlande et la Suède, pays aux fortes traditions forestières, concentrent ensemble plus de 52 % de la production européenne et affichent des indices d'avantage comparatif (RCA) exceptionnels. La France arrive en troisième position avec un RCA de 2,70, ce qui constitue un avantage comparatif modéré mais notable.
À l'opposé, le Portugal (RCA = 0,0001), la Grèce (0,0008) et la Slovaquie (0,0009) présentent un quasi-absence de spécialisation sur ce segment, ce qui est cohérent avec la géographie des ressources forestières en Europe.
Côté exportations, la Suède a connu une progression remarquable, passant de 535 K€ à 9,9 M€ (+1 748 %), confirmant sa position de moteur des exportations européennes de produits CN 3807. L'Allemagne (2,2 M€), l'Italie (1,6 M€) et la Finlande (1,1 M€) complètent le tableau des principaux exportateurs.
Un commerce de plus en plus intense, mais des chocs de prix fréquents
L'intensité commerciale (commerce extérieur rapporté à la consommation apparente) est passée de 31,7 % à 46,3 % (+46,2 %), tandis que la propension à exporter a progressé de 14,1 % à 19,2 % (+36,2 %), d'après les indicateurs d'autonomie et de vulnérabilité. L'UE est donc devenue plus dépendante du commerce international sur ce segment, tant à l'import qu'à l'export.
Cette ouverture accrue s'accompagne d'une volatilité notable. Les chocs de prix détectés au cours de la période incluent :
- Importations des États-Unis (2022) : un choc de prix d'une anormalité de 71,6, avec une hausse de 82,2 %, affectant 100 % de la valeur importée. Ce choc coïncide avec les perturbations logistiques post-pandémiques et la hausse des coûts énergétiques.
- Exportations vers le Royaume-Uni (2018) : une hausse de prix de 325,5 % (anormalité 17,4), probablement liée aux ajustements pré-Brexit.
- Exportations vers la Turquie (2023) : un choc de +84,5 %, dans un contexte de dépréciation de la livre turque et de tensions macroéconomiques.
La volatilité des flux avec certains partenaires est particulièrement élevée : les coefficients de variation dépassent 3 pour les exportations vers le Brésil (3,14) et la Chine (3,11), et atteignent 2,2 pour les importations en provenance du Canada.
Conclusion
Le marché européen des produits CN 3807 a profondément évolué entre 2015 et 2025. Trois grandes tendances structurelles se dégagent :
-
Un dynamisme exportateur retrouvé, porté par une multiplication par près de sept des volumes exportés, mais au prix d'une compression des marges unitaires. La Norvège est devenue le premier débouché, absorbant à elle seule plus de la moitié des exportations.
-
Une dépendance importatrice qui s'est consolidée, avec les États-Unis qui demeurent le fournisseur quasi-exclusif. La réduction de moitié des capacités productives européennes a mécaniquement accru la dépendance nette aux importations, passée de 10,4 % à 23,8 %.
-
Une polarisation géographique croissante, tant à l'export (concentration sur la Norvège, HHI en hausse de 189 %) qu'à l'import (domination américaine maintenue, HHI élevé à près de 9 000). La spécialisation se concentre résolument dans les pays nordiques (Finlande, Suède), tandis que les perturbations géopolitiques (sanctions contre la Russie, Brexit, tensions avec la Turquie) ont reconfiguré les flux.
L'enjeu pour l'UE à l'horizon des prochaines années sera de concilier la préservation de ses capacités productives — concentrées dans les pays scandinaves — avec la nécessité de diversifier à la fois ses sources d'approvisionnement et ses marchés de destination, afin de réduire la vulnérabilité face aux chocs de prix et aux ruptures d'approvisionnement.