Évolution du marché : Voitures diesel occasion (CN 87033290) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 87033290 couvre les voitures de tourisme à moteur diesel d'occasion, d'une cylindrée comprise entre 1 500 cm³ et 2 500 cm³ — un segment historiquement central dans le marché automobile européen. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a cumulé un excédent commercial structurel dans ce segment, les exportations représentant plus de 85 % de la valeur totale des échanges avec les pays tiers. Les exportations ont atteint 1,54 milliard d'euros en 2025 (contre 1,15 Md€ en 2015), tandis que les importations sont passées de 151 M€ à 266 M€ (Vue d'ensemble des échanges). Ce rapport identifie trois dynamiques majeures qui structurent l'évolution de ce marché sur la décennie.
1. Un excédent commercial massif porté par la croissance des volumes, non des prix
L'UE demeure un exportateur net dominant tout au long de la période
Le solde commercial de l'UE pour le code 87033290 est resté positif sur l'ensemble de la période, passant de 995 M€ en 2015 à 1,27 Md€ en 2025, soit une progression de +27,8 %. Ce solde a culminé à 2,19 Md€ au cours de la période, témoignant d'un avantage compétitif structurel de l'UE dans le commerce des véhicules diesel d'occasion (Vue d'ensemble des échanges).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Min (période) | Max (période) | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 1 147 | 1 538 | 1 090 | 2 497 | +34,1 % |
| Importations (valeur, M€) | 151 | 266 | 142 | 305 | +75,8 % |
| Solde commercial (M€) | 995 | 1 272 | 937 | 2 192 | +27,8 % |
Les volumes progressent plus vite que la valeur : un signal de baisse des prix
L'un des faits marquants de cette période est la dissociation entre la croissance des volumes et celle de la valeur. Du côté des exportations, le nombre de véhicules exportés (unité complémentaire) a augmenté de +56,5 % (de 194 471 à 304 401 unités), tandis que la valeur totale n'a progressé que de +34,1 %. En conséquence, le prix unitaire moyen à l'exportation a reculé de 5 896 € à 5 053 € par véhicule, soit une baisse de -14,3 %. Le prix à la tonne est resté relativement stable (-1,6 %), ce qui indique que la baisse des prix unitaires s'explique en partie par un allègement du poids moyen des véhicules exportés — une évolution cohérente avec la part croissante de véhicules compacts diesel d'occasion sur ce segment (Vue d'ensemble des échanges).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Min | Max | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| Exportations — quantité (tonnes) | 273 098 | 372 252 | 273 098 | 508 692 | +36,3 % |
| Exportations — nb véhicules | 194 471 | 304 401 | 194 471 | 361 734 | +56,5 % |
| Exportations — prix/tonne (€) | 4 199 | 4 132 | 3 243 | 5 452 | −1,6 % |
| Exportations — prix/véhicule (€) | 5 896 | 5 053 | 4 687 | 7 548 | −14,3 % |
Les importations progressent en volume mais affichent des signaux de prix contradictoires
Du côté des importations, la croissance est encore plus spectaculaire en termes de masse (+114,6 %, passant de 31 737 à 68 105 tonnes), mais le nombre de véhicules importés a paradoxalement diminué de 15,6 % (de 82 318 à 69 441 unités). Cela implique que la masse moyenne par véhicule importé a été multipliée par près de 2,5 sur la période, passant d'environ 386 kg à 981 kg — ce qui suggère un basculement progressif du mix importé vers des véhicules plus lourds (SUV diesel, breaks de grande taille). Le prix à la tonne a reculé de 18,1 %, tandis que le prix à la pièce a bondi de +108,4 %, confirmant cette transformation de la composition du flux importé (Vue d'ensemble des échanges).
2. Une reconfiguration géographique profonde : Ukraine, Balkans et Asie de l'Est redessinent la carte des échanges
L'Ukraine, destination star des exportations de véhicules diesel d'occasions européens
Le partenaire dont la croissance est la plus spectaculaire est l'Ukraine : les exportations de l'UE vers ce pays ont été multipliées par 8,5, passant de 32,7 M€ à 277,5 M€ (+749 %), avec un pic à 390,8 M€ au cours de la période. Cette dynamique est vraisemblablement liée à la forte demande de véhicules utilitaires et de tourisme diesel dans le contexte post-2022. L'Ukraine est ainsi devenue la première destination des exportations de véhicules diesel d'occasions de l'UE, dépassant les marchés des Balkans occidentaux (Partenaires par valeur).
Les Balkans occidentaux, un corridor de croissance soutenue
Les pays des Balkans occidentaux constituent un ensemble de marchés importateurs structurels pour les véhicules diesel d'occasion européens. Tous les principaux partenaires balkaniques ont enregistré des progressions significatives sur la période :
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Max (M€) | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Bosnie-Herzégovine | 108 | 169 | 178 | +56,5 % |
| Serbie | 122 | 160 | 204 | +30,7 % |
| Macédoine du Nord | 23 | 58 | 69 | +156,3 % |
| Monténégro | 15 | 54 | 66 | +264,9 % |
| Albanie | 21 | 36 | 49 | +68,1 % |
Ce corridor balkanique représente un flux cumulé d'environ 477 M€ en 2025, soit près d'un tiers de la valeur totale des exportations de l'UE dans ce segment. La proximité géographique, les normes d'émission moins contraignantes et la demande de mobilité à bas coût dans ces économies en transition expliquent cette dynamique durable (Partenaires par valeur).
Le Japon, une source d'importation en pleine explosion
Côté importations, le changement le plus remarquable est l'émergence fulgurante du Japon comme fournisseur : les importations en provenance du Japon sont passées de 2,6 M€ à 60,3 M€ (+2 177 %), en faisant le deuxième fournisseur de l'UE en 2025, derrière le Royaume-Uni (89,7 M€). La Corée du Sud a également connu une progression importante (+598 %, de 1,3 M€ à 8,8 M€). Ces hausses pourraient refléter la réexportation depuis ces pays de véhicules diesel européens revenant sur le marché secondaire européen, ou l'importation de véhicules diesel japonais et coréens d'occasion de cylindrée moyenne (Partenaires par valeur).
Des trajectoires divergentes au sein des États membres de l'UE
La répartition des flux au sein de l'UE a considérablement évolué. L'Allemagne reste le premier exportateur (503 M€ en 2025), mais a perdu 12,8 % de sa valeur par rapport à 2015 (577 M€). En revanche, la Pologne a connu une progression extraordinaire (+1 931 %, de 8 M€ à 163 M€), devenant le troisième exportateur de l'UE. La France a doublé son poids à l'export (+172 %, de 70 M€ à 191 M€), tandis que la Slovenie a consolidé sa position de plateforme logistique régionale (+53 %, de 124 M€ à 190 M€) (Exportateurs par valeur).
| État membre | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 577 | 503 | −12,8 % |
| France | 70 | 191 | +171,9 % |
| Slovénie | 124 | 190 | +53,2 % |
| Pologne | 8 | 163 | +1 931 % |
Du côté des importateurs intra-UE, l'Irlande a doublé ses importations (de 41 M€ à 103 M€, +148 %), tandis que la France a drastiquement réduit les siennes (−66,8 %, de 39 M€ à 13 M€), suggérant un renforcement de sa position nette à l'export dans ce segment (Importateurs par valeur).
3. Diversification des partenaires, spécialisation inégale et volatilité persistante sur certains corridors
Un indice de concentration en baisse, signe de diversification progressive
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), qui mesure la concentration des échanges sur un petit nombre de partenaires, a diminué tant à l'importation qu'à l'exportation :
| Indice HHI (valeur) | 2015 | 2025 | Min | Max | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| Importations | 3 285 | 2 238 | 2 238 | 5 626 | −31,9 % |
| Exportations | 899 | 802 | 700 | 1 064 | −10,8 % |
La baisse de l'HHI à l'importation (−31,9 %) est particulièrement marquée : les sources d'approvisionnement se sont nettement diversifiées, le Royaume-Uni perdant progressivement sa position dominante tandis que le Japon, la Corée du Sud et la Norvège gagnaient du terrain. Du côté des exportations, la concentration est restée modérée et a légèrement diminué, portée par la multiplication des destinations balkaniques et l'irruption de l'Ukraine (Indice HHI).
Des degrés de spécialisation très inégaux entre États membres
L'analyse de l'avantage comparatif révélé (RSCA) en 2025 montre que seuls quelques États membres possèdent une spécialisation marquée dans l'exportation de véhicules diesel d'occasion (Spécialisation) :
| État membre | RSCA | Part dans les exportations du produit |
|---|---|---|
| Luxembourg | 0,697 | 1,8 % |
| Danemark | 0,542 | 5,8 % |
| Belgique | 0,421 | 20,8 % |
| Allemagne | 0,305 | 39,7 % |
| Croatie | 0,178 | 0,6 % |
À l'inverse, la Grèce (RSCA de −0,998), le Portugal (−0,985) et la Bulgarie (−0,891) affichent un désavantage comparatif prononcé. La Pologne, bien que devenue un exportateur majeur en valeur absolue, présente un RSCA négatif (−0,868), ce qui indique que son poids dans ce segment reste faible par rapport à son commerce total — sa croissance récente est avant tout tirée par la taille de son économie et sa position géographique, et non par une spécialisation sectorielle.
Une volatilité élevée sur certains corridors et un choc de prix ponctuel
Plusieurs corridors commerciaux présentent une volatilité élevée (coefficient de variation > 0,5), ce qui traduit une instabilité structurelle (Volatilité) :
- Exportations vers la Biélorussie : CV de 1,00. Les exportations ont culminé à 610 M€ avant de retomber à 76 M€, probablement sous l'effet des sanctions européennes imposées à partir de 2020–2022.
- Exportations vers l'Ukraine : CV de 0,58, reflétant la forte instabilité liée au contexte géopolitique depuis 2022.
- Importations depuis la Turquie : CV de 1,22, le plus élevé de tous les partenaires importateurs.
- Importations depuis le Japon : CV de 0,78, cohérent avec l'émergence récente et encore inégale de ce partenaire.
Enfin, un choc de prix a été détecté sur le corridor des exportations vers la Guinée en 2022, avec une anormalité de 16,6 et une variation de prix de +14,8 %. Toutefois, ce corridor représente moins de 1 % de la valeur totale des exportations et relève donc d'un impact marginal sur le marché global (Chocs d'approvisionnement).
Conclusion
Le marché des voitures diesel d'occasion (CN 87033290) a connu, sur la période 2015–2025, une triple transformation. Premièrement, l'UE a renforcé sa position d'exportateur net, mais cette croissance a été portée par les volumes plutôt que par les prix, qui ont reculé de 14 % à l'unité — un signe de la pression concurrentielle croissante et de la transition énergétique qui pèse sur la valeur résiduelle des véhicules diesel. Deuxièmement, la géographie des flux s'est profondément reconfigurée : l'Ukraine est devenue le premier marché d'exportation, les Balkans occidentaux ont consolidé leur rôle de débouché structurel, et le Japon a émergé comme un fournisseur inattendu. Enfin, si la concentration des partenaires commerciaux a diminué, certains corridors restent très volatils — en particulier les flux vers la Biélorussie et l'Ukraine — reflétant l'influence persistante des chocs géopolitiques sur ce segment de marché.