Évolution du marché : Véhicules automobiles à usages spéciaux (autres que ceux principalement conçus pour le transport de personnes ou de marchandises et sauf camions-bétonnières, voitures de lutte contre l'incendie, derricks automobiles pour le sondage ou le forage, camions-grues) (CN 870590) — 2015–2025
Introduction
La position tarifaire CN 870590 constitue une catégorie résiduelle au sein de la sous-position 8705, regroupant une grande diversité de véhicules automobiles à usages spéciaux — dépanneuses, voitures balayeuses, voitures-ateliers, véhicules radiologiques, voitures-pompes à béton, entre autres — à l'exclusion des camions-bétonnières, voitures de lutte contre l'incendie, derricks automobiles et camions-grues qui font l'objet de codes dédiés (870510 à 870540). Sur la période 2015–2025, l'Union européenne s'affirme comme un exportateur net de premier plan sur ce segment, avec un solde commercial positif compris entre 1,06 milliard d'euros et 1,56 milliard d'euros. L'analyse qui suit décrypte les grandes dynamiques de ce commerce extérieur européen, en s'appuyant sur les données de vue d'ensemble du commerce.
1. Une forte croissance de la valeur des échanges tirée par la hausse des prix unitaires
La valeur des exportations progresse de 37 % tandis que les volumes stagnent
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE vers les pays tiers passe de 1,33 milliard d'euros à 1,82 milliard d'euros (+37,4 %). Toutefois, les quantités exportées connaissent une trajectoire en dents de scie, passant de 119 559 unités à 111 348 unités (−6,9 %). Le pic de volumes est atteint en 2019 avec 132 242 unités, avant un creux lié à la pandémie en 2020 (102 018 unités). La croissance de la valeur est donc essentiellement portée par une hausse significative du prix moyen à l'exportation, qui passe de 11 102 €/unité à 16 375 €/unité (+47,5 %).
| Indicateur | 2015 | 2019 | 2020 | 2023 | 2025 | Évolution 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Exportations — valeur (Mds €) | 1,33 | 1,70 | 1,41 | 1,80 | 1,82 | +37,4 % |
| Exportations — quantité (unités) | 119 559 | 132 242 | 102 018 | 129 355 | 111 348 | −6,9 % |
| Exportations — prix moyen (€/unité) | 11 102 | 12 860 | 13 832 | 13 921 | 16 375 | +47,5 % |
| Importations — valeur (M €) | 181 | 225 | 173 | 303 | 261 | +43,7 % |
| Importations — quantité (unités) | 17 374 | 28 222 | 21 880 | 35 514 | 29 591 | +70,3 % |
| Importations — prix moyen (€/unité) | 10 436 | 7 973 | 7 899 | 8 529 | 8 805 | −15,6 % |
| Solde commercial (Mds €) | 1,15 | 1,48 | 1,24 | 1,50 | 1,56 | +36,4 % |
Les importations croissent plus vite en volume qu'en valeur
Les importations extra-UE progressent de manière plus dynamique en volume (+70,3 %) qu'en valeur (+43,7 %), en raison d'une baisse du prix moyen à l'importation de 10 436 € à 8 805 € (−15,6 %). Ce phénomène peut refléter une diversification des sources d'approvisionnement vers des fournisseurs proposant des véhicules à prix plus compétitifs, notamment en provenance de Turquie et de Chine, dont les volumes ont fortement augmenté sur la période. Le solde commercial demeure cependant très largement excédentaire et s'établit à 1,56 milliard d'euros en 2025, soit un ratio exportations/importations d'environ 7:1.
La production européenne confirme la dynamique de montée en gamme
Selon les données de production PRODCOM, la production de véhicules spéciaux dans l'UE passe de 27 629 unités en 2015 à 38 000 unités en 2024 (+37,5 %), tandis que la valeur de production augmente de 2,14 milliards d'euros à 2,57 milliards d'euros (+20,2 %). Le prix moyen de production varie fortement d'une année à l'autre, mais le niveau de 2024 (67 551 € par unité) reste nettement supérieur à celui de 2015 (77 343 €), reflétant la complexité croissante et la spécialisation des véhicules produits. Ces chiffres sont consultables dans la section volumes de production.
2. Une réorientation géographique des flux commerciaux sous l'effet des crises et de la relocalisation
Le Royaume-Uni consacre son statut de premier partenaire, malgré le Brexit
Le Royaume-Uni demeure le premier client de l'UE sur ce segment, avec des exportations passant de 177 M€ en 2015 à 382 M€ en 2025 (+116,6 %). Ce dynamisme persiste après le Brexit et pourrait s'expliquer par la proximité géographique, l'absence de droits de douane dans le cadre de l'accord de commerce et de coopération UE-Royaume-Uni, ainsi que par la dépendance britannique en matière de véhicules spéciaux. Du côté des importations, le Royaume-Uni passe de 31 M€ à 78 M€ (+150,1 %), confirmant une intensification des échanges bilatéraux dans les deux sens.
L'Ukraine, un marché d'exportation en expansion fulgurante
La trajectoire la plus spectaculaire est celle des exportations vers l'Ukraine, qui passent de 8,7 M€ en 2015 à 95,5 M€ en 2025, soit une multiplication par 11 (+1 000,1 %). La forte accélération à partir de 2022 coïncide avec le déclenchement du conflit armé et les besoins considérables en véhicules spéciaux (dépannage, logistique, reconstruction). Ce marché passe ainsi de la quasi-absence dans le classement des partenaires à une position de 7ᵉ client de l'UE. Ces tendances sont visibles dans les données des principaux partenaires.
| Partenaire | Exportations 2015 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 176,5 | 382,4 | +116,6 % |
| Suisse | 97,5 | 186,6 | +91,4 % |
| Norvège | 97,4 | 108,4 | +11,4 % |
| Canada | 41,7 | 89,4 | +114,3 % |
| Arabie saoudite | 104,0 | 55,5 | −46,6 % |
| Australie | 27,4 | 89,7 | +227,2 % |
| Ukraine | 8,7 | 95,5 | +1 000,1 % |
La Chine et la Turquie émergent comme sources d'importation croissantes
Sur le front des importations, la Chine passe d'un flux marginal de 1,1 M€ en 2015 à 9,5 M€ en 2025, avec un pic à 18,5 M€ en 2023. La Turquie progresse de 6,3 M€ à 17,7 M€ (+183,2 %). Ces dynamiques s'inscrivent dans le contexte de montée en puissance industrielle de ces pays dans le secteur des véhicules utilitaires et spéciaux. En parallèle, la Suisse, qui était la première source d'importation en 2015 (74 M€), décline à 42 M€ (−43,4 %), illustrant une recomposition de l'approvisionnement européen.
| Partenaire | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 31,0 | 77,6 | +150,1 % |
| Suisse | 74,4 | 42,1 | −43,4 % |
| Norvège | 27,2 | 33,0 | +21,0 % |
| États-Unis | 17,7 | 23,9 | +35,4 % |
| Turquie | 6,3 | 17,7 | +183,2 % |
| Liechtenstein | 11,5 | 29,3 | +155,3 % |
L'Arabie saoudite marque un recul significatif des exportations
À l'inverse de la tendance générale, les exportations vers l'Arabie saoudite chutent de 104 M€ à 55,5 M€ (−46,6 %), avec un point bas à 15,2 M€ en 2017. Ce recul pourrait refléter la montée en capacité locale de production ou une réorientation des achats saoudiens vers d'autres fournisseurs (Chine, Corée du Sud). Le marché saoudien reste néanmoins significatif, avec un pic intermédiaire à 129,7 M€ en 2023.
3. Une structure de marché européenne concentrée autour de quelques grands États membres, avec des chocs géopolitiques marquants
L'Allemagne et l'Italie dominent les exportations intra-UE
La structure de la production et des exportations intra-UE est fortement concentrée. L'Allemagne représente à elle seule 29,6 % des exportations en 2025 (540 M€), suivie de l'Italie (24,0 %, 439 M€), de la France (6,9 %, 126 M€), du Danemark (7,5 %, 137 M€) et des Pays-Bas (5,9 %, 108 M€). L'indice de concentration HHI des exportations passe de 515 en 2015 à 780 en 2025 (+51,3 %), signalant une légère consolidation autour des principaux exportateurs. Les données de spécialisation montrent que l'Italie affiche un avantage comparatif révélé (RCA) de 4,57, le plus élevé de l'UE, tandis que la Lettonie (RCA = 10,6) se distingue malgré un poids absolu modeste.
| État membre | Exportations 2025 (M€) | Part (%) | RCA (2025) |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 540,0 | 29,6 | 1,17 |
| Italie | 438,5 | 24,0 | 4,57 |
| Danemark | 136,8 | 7,5 | 1,34 |
| France | 125,6 | 6,9 | 1,08 |
| Pays-Bas | 107,5 | 5,9 | 0,43 |
| Suède | 51,1 | 2,8 | 0,34 |
| Autriche | 63,3 | 3,5 | 1,10 |
La concentration des importations diminue, signe d'une diversification des approvisionnements
À l'inverse des exportations, l'HHI des importations baisse fortement de 2 417 en 2015 à 1 680 en 2025 (−30,5 %). Cette diversification est portée par l'essor de fournisseurs comme le Royaume-Uni, la Turquie, le Liechtenstein et la Chine, qui viennent réduire le poids historique de la Suisse et de la Norvège. Au sein de l'UE, l'Allemagne demeure le premier importateur (41 M€ en 2025), mais l'Irelande (+737,5 %) et les Pays-Bas (+914,3 %) connaissent des hausses spectaculaires, traduisant potentiellement le développement de plates-formes logistiques ou de flottes spécialisées dans ces pays. Ces évolutions sont détaillées dans les données des principaux déclarants.
Les sanctions contre la Russie provoquent un effondrement total des exportations
L'événement le plus marquant de la période est l'arrêt complet des exportations vers la Fédération de Russie à partir de 2023, passant de volumes moyens de 3 422 unités par an (2015–2022) à zéro (−100 %). Ce choc, d'une ampleur anormale (score d'anomalie de 3,2), est directement lié aux sanctions européennes adoptées dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine. Le marché russe représentait environ 3,6 % de la valeur des exportations UE et constituait un débouché significatif, notamment pour les véhicules utilitaires de chantier et de maintenance. Le report de flux vers l'Ukraine (×11 en valeur) illustre partiellement une reconfiguration géopolitique des flux.
Des pics de prix ponctuels révèlent des perturbations sectorielles
Plusieurs chocs de prix ont été détectés au cours de la période, notamment :
-
Émirats arabes unis (exportations, 2020) : un pic de prix de +238 % par rapport à la moyenne 2018–2019, avec un prix unitaire passant de 11 659 € à 39 434 €, pour des volumes en baisse (−17 %). Cet événement pourrait correspondre à la livraison d'une commande de véhicules haut de gamme ou très spécialisés.
-
Maroc (exportations, 2023) : une hausse de prix de +206 % par rapport à la baseline 2021–2022, avec des prix atteignant 24 734 €/unité, alors que les volumes chutaient de moitié. Ce choc perdure en 2024–2025 avec des prix de 40 000–42 000 €/unité.
-
Suisse (importations, 2022) : un pic de prix de +43 % sur les importations en provenance de Suisse, avec un prix moyen de 12 353 € contre 8 662 € en 2020–2021, suivi d'une stabilisation à un niveau plus élevé (11 803 € en moyenne 2023–2024).
Ces chocs sont documentés dans la section chocs d'approvisionnement et illustrent la sensibilité des flux de véhicules spéciaux aux contrats ponctuels et aux événements géopolitiques.
Conclusion
Le marché européen des véhicules automobiles à usages spéciaux (CN 870590) a connu une décennie de transformation significative entre 2015 et 2025. L'Union européenne a consolidé sa position d'exportateur net majeur, avec un solde commercial porté à 1,56 milliard d'euros en 2025, principalement grâce à une montée en gamme des véhicules exportés (prix moyen +47,5 %). Trois dynamiques majeures ont façonné la période : (1) l'essor de l'Ukraine comme débouché majeur, en lien direct avec le conflit armé ; (2) l'effondrement des exportations vers la Russie sous l'effet des sanctions ; et (3) la recomposition géographique des importations, avec l'émergence de la Chine et de la Turquie au détriment de la Suisse. La concentration des exportations autour de l'Allemagne et de l'Italie, combinée à la diversification des sources d'importation, dessine un marché européen structurellement compétitif mais exposé aux chocs géopolitiques et aux fluctuations des grands marchés de commande. L'intensité commerciale de l'UE sur ce segment s'établit à 72,8 % en 2025, confirmant l'ancrage profond de ce secteur dans le commerce international indicateurs d'autonomie et de vulnérabilité.