Évolution du marché : Uranium naturel (CN 284410) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine les échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers pour le code douanier 284410, qui couvre l'uranium naturel et ses composés, alliages, dispersions (y compris les cermets), produits céramiques et mélanges, relevant de la compétence Euratom. L'analyse porte sur la période 2015–2025 et s'appuie exclusivement sur les données statistiques disponibles. Trois dynamiques majeures structurent cette décennie : une dépendance importatrice de l'UE qui s'approfondit malgré des volumes stables, une réorganisation géographique significative des sources d'approvisionnement, et une hausse marquée des prix ponctuée de chocs de marché identifiables.
1. Une dépendance importatrice structurelle qui s'approfondit
L'Union européenne est un importateur net massif d'uranium naturel. Sur la période étudiée, le déficit commercial s'est creusé de manière spectaculaire, passant de −1,63 milliard d'euros en 2015 à −2,39 milliards d'euros en 2025, soit une détérioration de 46,5 %. Cette évolution résulte moins d'un accroissement des volumes importés que d'une explosion de la valeur unitaire des flux (Aperçu général du commerce).
1.1. Des volumes d'importation stables, une valeur en forte hausse
La masse nette importée est restée remarquablement stable sur la période, passant de 28 736 tonnes en 2015 à 26 743 tonnes en 2025 (−6,9 %). En revanche, la valeur totale des importations a progressé de 44,2 %, passant de 1,68 milliard d'euros à 2,43 milliards d'euros. Le prix moyen à la tonne a ainsi augmenté de 54,9 %, passant de 58 610 €/t à 90 795 €/t. En termes de contenu en uranium (unité supplémentaire kg U), les importations sont également stables (19,5 millions de kg U en 2015 contre 20,3 millions en 2025, +4,1 %), tandis que le prix par kilogramme d'uranium a progressé de 38,5 %, de 86,35 à 119,61 €/kg U.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (Mds €) | 1,68 | 2,43 | +44,2 % |
| Masse importée (t) | 28 736 | 26 743 | −6,9 % |
| Prix moyen / tonne (€/t) | 58 610 | 90 795 | +54,9 % |
| Contenu uranium (M kg U) | 19,5 | 20,3 | +4,1 % |
| Prix moyen / kg U (€/kg U) | 86,35 | 119,61 | +38,5 % |
Ces chiffres indiquent que l'UE a payé un prix nettement plus élevé pour des quantités physiques quasi identiques, reflétant la tension sur les marchés mondiaux de l'uranium.
1.2. Des exportations en repli marqué
Les exportations de l'UE vers les pays tiers ont connu une contraction prononcée. La valeur est passée de 55,7 millions d'euros en 2015 à 42,6 millions en 2025 (−23,6 %), tandis que les volumes massiques ont chuté de 76,3 %, passant de 1 250 tonnes à seulement 296 tonnes. Le contenu en uranium exporté a suivi la même trajectoire (−67,1 %, de 645 607 à 212 537 kg U). Cette érosion des exportations, combinée à la hausse des importations en valeur, a mécaniquement creusé le déficit commercial.
1.3. Une concentration géographique à la réception qui se renforce
Du côté des États membres, la France demeure de loin le principal importateur de l'UE, avec un flux de 1,14 milliard d'euros en 2025, en hausse de 7,4 % par rapport à 2015. Les Pays-Bas ont connu une progression remarquable (+116,2 %), passant de 481 millions à 1,04 milliard d'euros, consolidant leur position de hub logistique et de réception. L'Allemagne a également accru ses importations (+64,1 %, de 139 à 229 millions d'euros). L'indice de concentration HHI des importations en valeur est passé de 1 797 à 2 296 (+27,8 %), signe d'une concentration croissante des flux au sein de l'UE (Concentration et spécialisation).
2. Réorganisation géographique des sources d'approvisionnement
La décennie 2015–2025 a été marquée par une reconfiguration profonde des partenaires d'approvisionnement de l'UE en uranium naturel. Le Canada s'est imposé comme la source dominante, tandis que le Niger, fournisseur historique, a connu un déclin significatif. Parallèlement, les pays d'Asie centrale ont gagné en importance.
2.1. L'ascension du Canada et du Kazakhstan
Le Canada est passé de 240 millions d'euros d'exportations vers l'UE en 2015 à 974 millions en 2025, soit une progression de 306 %. Ce bond spectaculaire s'est accompagné d'un choc de prix majeur en 2022, avec un décalage de +147,4 %, le Canada représentant alors 50,2 % de la valeur totale des importations (Chocs de marché).
Le Kazakhstan a doublé ses livraisons à l'UE, passant de 152 à 373 millions d'euros (+146 %). L'Australie (+123 %, de 78 à 175 millions), l'Ouzbékistan (+27 %, de 150 à 190 millions) et la Namibie (+16 %, de 144 à 167 millions) ont également consolidé leur présence.
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Canada | 240 | 974 | +306 % |
| États-Unis | 370 | 376 | +1,6 % |
| Niger | 491 | 172 | −65,0 % |
| Kazakhstan | 152 | 373 | +146 % |
| Ouzbékistan | 150 | 190 | +26,8 % |
| Australie | 78 | 175 | +123 % |
| Namibie | 144 | 167 | +16,2 % |
2.2. Le déclin du Niger
Le Niger, qui était le premier fournisseur de l'UE en 2015 avec 491 millions d'euros, a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer de 65 % pour n'atteindre que 172 millions en 2025. Son coefficient de variation, de 0,70, témoigne d'une volatilité notable des flux. Ce déclin est vraisemblablement lié aux instabilités politiques et sécuritaires dans la région sahélienne, ainsi qu'aux changements de politique énergétique et de partenariats commerciaux.
2.3. Une concentration croissante des importations
L'indice HHI des importations en valeur est passé de 1 797 à 2 296 sur la période, avec un pic à 7 713 en année de forte concentration. En termes de volume, l'indice a progressé de 10,8 % (de 1 803 à 1 998). Cette concentration croissante reflète le poids grandissant du Canada, qui représente désormais à lui seul près de 40 % de la valeur totale des importations de l'UE en uranium naturel.
2.4. Des exportations européennes de plus en plus concentrées vers la Russie
Du côté des exportations, la Russie est devenue le premier client de l'UE, avec 28,6 millions d'euros en 2025 (+58,4 % par rapport à 2015). À l'inverse, les exportations vers la Chine (de 31 millions à 12 000 €) et le Brésil (de 6,1 millions à 29 €) se sont pratiquement taris. L'HHI des exportations en valeur a progressé de 27,4 %, passant de 4 279 à 5 452, indiquant une forte concentration des flux sortants (Concentration et spécialisation).
3. Hausse des prix, chocs de marché et évolution des segments produits
Au-delà des volumes et des partenaires, la structure des prix a connu une transformation profonde, avec des chocs identifiables et une recomposition notable des segments de produits échangés.
3.1. Des prix en hausse généralisée
Les prix moyens à la tonne des importations ont progressé de 54,9 % sur la période. Toutefois, cette moyenne masque des dynamiques segmentaires très différentes. Le sous-code 28441030 (uranium naturel ouvré) a connu la hausse la plus spectaculaire : son prix moyen à la tonne est passé de 38 559 €/t en 2015 à 121 298 €/t en 2025, soit une multiplication par 3,1. En prix par kg U, cette même catégorie est passée de 96,29 à 178,74 €/kg U. Le sous-code 28441090 (composés, alliages, mélanges) a connu une hausse plus modérée, de 63 717 à 76 057 €/t (+19,4 %) (Ventilation par produit).
| Sous-code | Prix 2015 (€/t) | Prix 2025 (€/t) | Variation |
|---|---|---|---|
| 28441090 — Composés et alliages | 63 717 | 76 057 | +19,4 % |
| 28441030 — Uranium ouvré | 38 559 | 121 298 | +214,6 % |
| 28441010 — Uranium brut/lingots | 63 724 | 41 875 | −34,3 % |
| 28441050 — Ferro-uranium | n.d. | n.d. | — |
3.2. Des chocs de prix ponctuels et significatifs
L'analyse de la volatilité a identifié trois chocs majeurs sur la période (Chocs de marché) :
-
Kazakhstan, 2020 — choc de prix à l'importation : décalage de +64,7 %, avec une valeur anormale de 53,7. Ce choc peut être lié aux perturbations logistiques liées à la pandémie de Covid-19 et à la volatilité des contrats à long terme.
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Canada, 2022 — choc de prix à l'importation : décalage de +147,4 %, avec une valeur anormale de 52,0 et une part de 50,2 % de la valeur totale des importations. Ce choc est vraisemblablement lié à la crise énergétique post-conflit russo-ukrainien et à la remontée des prix de l'uranium sur les marchés mondiaux.
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États-Unis, 2020 — choc de prix à l'exportation : décalage de +1 146,2 %, reflétant un volume très faible mais un prix unitaire exceptionnellement élevé, probablement lié à une transaction ponctuelle.
Les coefficients de variation confirment cette volatilité : la Russie (1,99), le Royaume-Uni (1,85) et la Suisse (1,35) présentent les plus fortes volatilités à l'importation, tandis qu'à l'exportation, le Canada (2,60), les États-Unis (2,57) et le Royaume-Uni (2,03) sont les plus volatils (Volatilité).
3.3. La disparition progressive des importations d'uranium brut
Le sous-code 28441010 (uranium naturel brut, sous forme de lingots ; déchets et débris) a connu un effondrement quasi total. Les importations en masse sont passées de 1 210 tonnes en 2015 à moins de 0,01 tonne en 2025. En valeur, elles sont passées de 77 millions d'euros à 335 euros. Ce déclin traduit vraisemblablement un changement dans la structure du cycle du combustible, avec un traitement et un enrichissement de l'uranium effectués en amont (dans les pays d'origine) plutôt qu'au sein de l'UE, l'uranium « ouvré » (28441030) prenant le relais en volume et en valeur.
3.4. Le rôle croissant de l'uranium ouvré (28441030)
Le segment 28441030 (uranium naturel ouvré) est devenu le second poste d'importation en valeur, passant de 225 millions d'euros en 2015 à 1,06 milliard en 2025 (+369 %). En volume massique, il a progressé de 5 834 à 8 712 tonnes (+49,3 %). Ce transfert relatif depuis le brut (28441010) vers l'ouvré (28441030) suggère une sophistication croissante des flux entrants, avec une part plus importante d'uranium ayant déjà fait l'objet d'un premier traitement.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen de l'uranium naturel (CN 284410) a été marqué par trois tendances convergentes : une dépendance importatrice qui s'approfondit en valeur (+44 %) alors que les volumes restent stables ; une réorientation géographique des approvisionnements, avec l'émergence du Canada comme fournisseur dominant (+306 %) et le repli du Niger (−65 %) ; et une hausse structurelle des prix, particulièrement prononcée pour l'uranium ouvré (×3,1 en prix à la tonne), amplifiée par des chocs de marché ponctuels liés à la pandémie de Covid-19 et à la crise énergétique de 2022. Parallèlement, les exportations de l'UE se sont contractées et concentrées vers la Russie, tandis que les importations d'uranium brut ont quasiment disparu au profit de l'uranium ouvré. La concentration croissante des approvisionnements, tant du côté des partenaires (HHI en hausse de 28 %) que des segments produits, constitue un risque structurel pour la sécurité d'approvisionnement énergétique de l'Union européenne.