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Évolution du marché : Uranium et plutonium (CN 284420) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 284420 couvre un ensemble de produits stratégiques relevant du traité Euratom : l'uranium enrichi en U235 et ses composés, le plutonium et ses composés, ainsi que les alliages, dispersions (y compris les cermets), produits céramiques et mélanges contenant ces matières. Ce code regroupe cinq sous-positions, dont la plus importante en volume et en valeur est la 28442035 (uranium enrichi en U235 et ses composés, hors ferro-uranium). Les échanges de l'Union européenne avec le reste du monde dans ce segment sont étroitement liés au cycle du combustible nucléaire — enrichissement, retraitement, approvisionnement des centrales — et se situent dans un contexte réglementaire strict (Euratom Supply Agency).

La période 2015–2025 est marquée par des dynamiques profondes : la relance des ambitions nucléaires dans plusieurs États membres, les tensions géopolitiques consécutives au conflit russo-ukrainien de 2022, et une raréfaction progressive des capacités d'enrichissement mondiales. Le présent rapport s'appuie exclusivement sur les données de commerce disponibles (Vue d'ensemble du commerce) pour analyser trois dynamiques majeures : le basculement du solde commercial, la reconfiguration géographique des flux, et l'escalade des prix.


1. Du déficit à l'excédent : une bascule commerciale sans précédent

Le solde commercial de l'UE bascule de –70 M€ à +2,4 Md€

Entre 2015 et 2025, l'Union européenne est passée d'une position déficitaire à un excédent massif sur le segment de l'uranium enrichi et du plutonium. Le solde commercial a évolué de –70,2 M€ en 2015 (première année de la période) à +2 388 M€ en 2025, avec un maximum atteint en 2024 à environ +3 654 M€ (Vue d'ensemble du commerce). Ce retournement spectaculaire (+3 501 %) s'explique par une croissance bien plus rapide des exportations que des importations.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (M€) 1 154 4 028 +249 %
Importations (M€) 1 224 1 640 +34 %
Solde commercial (M€) –70 +2 388
Exportations (tonnes) 1 324 2 063 +56 %
Importations (tonnes) 1 103 1 303 +18 %
Exportations (M gi F/S) 42,3 58,3 +38 %
Importations (M gi F/S) 35,1 26,8 –24 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

L'écart entre la croissance de la valeur (+249 %) et celle de la masse (+56 %) pour les exportations traduit une hausse très significative des prix unitaires, abordée dans la troisième partie de ce rapport. Par ailleurs, il est notable que les quantités en grammes isotopes fissiles (gi F/S) aient diminué côté importations (–24 %) tout en augmentant côté exportations (+38 %), suggérant une modification de la composition en enrichissement des flux entrants et sortants.

La France, moteur central de la croissance des exportations

La transformation du solde commercial est portée de manière prépondérante par la France. Les exportations françaises du code 284420 sont passées de 298 M€ en 2015 à 2 307 M€ en 2025, soit une multiplication par 7,7 (+675 %) (Flux par État membre). La France représentait ainsi environ 57 % de la valeur totale des exportations de l'UE en 2025, contre 26 % en 2015.

État membre Export. 2015 (M€) Export. 2025 (M€) Part 2015 Part 2025
France 298 2 307 26 % 57 %
Pays-Bas 497 839 43 % 21 %
Allemagne 353 866 31 % 21 %

Source : Flux par État membre

Note : Les parts individuelles dépassent 100 % car elles sont calculées par rapport au total UE (qui inclut les réexportations et mouvements intra-UE rapportés comme flux extra-UE). La France, les Pays-Bas et l'Allemagne concentrent ensemble la quasi-totalité des exportations extra-UE.

La position dominante de la France s'explique par sa capacité de retraitement du combustible usé (usine de La Hague), qui génère des flux d'uranium de retraitement et de MOX renvoyés aux exploitants étrangers, ainsi que par des contrats d'enrichissement à long terme. Les données de spécialisation confirment ce positionnement : la France affiche un indice RCA (Revealed Comparative Advantage) de 2,98 en 2025, signe d'une spécialisation marquée. Les Pays-Bas présentent le RCA le plus élevé de l'UE (3,47), ce qui reflète le rôle du port de Rotterdam comme hub logistique pour les matières nucléaires.

L'uranium enrichi (28442035) domine quasi exclusivement les échanges

La ventilation par sous-position révèle une concentration extrême sur l'uranium enrichi en U235 (code 28442035). En 2025, cette sous-position représentait 99,6 % de la valeur des exportations et 99,7 % de la valeur des importations de l'UE (Ventilation par produit).

Sous-position Libellé Part import. 2025 (valeur) Part export. 2025 (valeur)
28442035 Uranium enrichi U235 et composés (hors ferro-uranium) 99,7 % 99,6 %
28442099 Plutonium et ses composés < 0,01 % < 0,01 %
28442059 Mélanges d'uranium et de plutonium (hors ferro-uranium) < 0,01 % < 0,01 %
28442025 Ferro-uranium 0,3 %
28442051 Mélanges d'uranium et de plutonium < 0,01 %

Source : Ventilation par produit

Les échanges de plutonium pur et de mélanges uranium-plutonium restent marginaux en valeur, conformément à la nature hautement réglementée de ces matières. On note néanmoins l'apparition, depuis 2023, d'importations significatives de ferro-uranium (28442025) pour un montant de 4,9 M€ en 2025, alors qu'elles étaient quasi inexistantes auparavant.


2. Une géographie commerciale en profonde recomposition

Le recul de la Russie dans les échanges avec l'UE

La Russie occupait en 2015 la première place parmi les partenaires d'importation de l'UE (586 M€) et apparaissait également comme destination d'exportation (46 M€). En 2025, les importations en provenance de Russie ont reculé à 312 M€ (–47 %), tandis que les exportations vers la Russie se sont effondrées à 1,4 M€ (–97 %) (Flux par partenaire).

Partenaire Import. 2015 (M€) Import. 2025 (M€) Variation
Fédération de Russie 586 312 –47 %
Royaume-Uni 499 930 +86 %
Japon 78 0,06 –100 %
Australie 0,95 87 +9 036 %
Canada 4 120 +2 843 %
États-Unis 138 89 –36 %
Territoires non spécifiés 14 188 +1 217 %

Source : Flux par partenaire

Le déclin des importations russes est progressif mais net, avec un minimum à 170 M€ en 2023, avant un rebond partiel en 2025. Ce mouvement s'inscrit dans le contexte des sanctions européennes adoptées après février 2022, qui ont progressivement restreint les importations de combustible nucléaire russe, bien que des dérogations aient été maintenues pour les contrats existants.

L'émergence de l'Australie et du Canada comme fournisseurs alternatifs

Deux partenaires autrefois marginaux sont devenus des fournisseurs significatifs : l'Australie (de 0,95 M€ à 87 M€) et le Canada (de 4 M€ à 120 M€). Ces deux pays disposent de ressources considérables en uranium naturel et ont manifestement bénéficié de la volonté européenne de diversifier ses approvisionnements loin de la Russie. Le Canada, en particulier, a connu une progression régulière, passant de 4 M€ en 2015 à un maximum de 160 M€ en 2022 avant de se stabiliser autour de 120 M€ en 2025.

Partenaire Export. 2015 (M€) Export. 2025 (M€) Variation
États-Unis 541 1 674 +210 %
Royaume-Uni 333 1 231 +269 %
Corée du Sud 182 883 +384 %
Japon 0,14 227
Fédération de Russie 46 1,4 –97 %
Brésil 42 0,99 –98 %
Chine 0,003 0,02

Source : Flux par partenaire

Côté exportations, la recomposition est tout aussi marquée. Les États-Unis sont restés le premier client de l'UE, avec une valeur multipliée par trois (541 M€ → 1 674 M€). La Corée du Sud a connu une progression remarquable (182 M€ → 883 M€, +384 %), tout comme le Japon, qui est passé de flux quasi nuls à 227 M€ en 2025, traduisant le redémarrage progressif du parc nucléaire japonais après Fukushima. À l'inverse, les exportations vers le Brésil (42 M€ → 0,99 M€) et la Russie (46 M€ → 1,4 M€) se sont pratiquement taris.

Le Royaume-Uni, partenaire désormais dominant des deux côtés de la Manche

Le Royaume-Uni occupe une place singulière : il est à la fois le premier fournisseur (930 M€ en 2025) et le deuxième client (1 231 M€) de l'UE pour ce code (Flux par partenaire). La croissance des exportations vers le Royaume-Uni (+269 %) est particulièrement forte, ce qui peut refléter les besoins de retraitement et de recyclage de combustible dans le cadre de la coopération nucléaire post-Brexit.

L'Espagne devient le premier importateur de l'UE

Parmi les États membres importateurs, l'évolution la plus frappante concerne l'Espagne, qui est passée de 333 M€ à 860 M€ (+159 %), devenant en 2025 le premier importateur de l'UE devant la France (Flux par État membre). La Suède, qui était le premier importateur en 2015 (493 M€), a connu un recul significatif (188 M€, –62 %). La France a plus que doublé ses importations (145 M€ → 396 M€), tandis que l'Allemagne est restée relativement stable (155 M€ → 170 M€) et les Pays-Bas ont fortement diminué les leurs (99 M€ → 20 M€, –80 %).

État membre Import. 2015 (M€) Import. 2025 (M€) Variation
Espagne 333 860 +159 %
Royaume-Uni*
France 145 396 +174 %
Suède 493 188 –62 %
Allemagne 155 170 +10 %
Pays-Bas 99 20 –80 %

Source : Flux par État membre


3. Des prix en forte hausse révélant un marché mondial sous tension

Une hausse généralisée des prix, à la tonne comme par gramme fissile

Les prix unitaires ont connu une progression considérable sur la période, tant côté exportations qu'importations (Vue d'ensemble du commerce) :

Indicateur 2015 2025 Variation
Prix export / tonne (€) 871 931 1 951 959 +124 %
Prix import / tonne (€) 1 110 294 1 258 244 +13 %
Prix export / gi F/S (€) 27,27 69,06 +153 %
Prix import / gi F/S (€) 34,86 61,26 +76 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

Plusieurs constats méritent d'être soulignés :

  • Les prix à l'exportation ont plus que doublé, passant de 872 000 €/t à 1,95 M€/t (+124 %), tandis que les prix à l'importation n'ont augmenté que de 13 %. Cette asymétrie reflète le renforcement du pouvoir de marché de l'UE en tant qu'exportatrice nette, porté par la capacité de retraitement française.
  • L'indicateur par gramme fissile confirme qu'il ne s'agit pas seulement d'un effet de composition (changement du degré d'enrichissement moyen) : le prix par unité de contenu fissile a réellement augmenté de 153 % à l'export et 76 % à l'import.
  • L'écart de prix entre importations et exportations s'est inversé. En 2015, le prix import (1,11 M€/t) était supérieur au prix export (0,87 M€/t). En 2025, c'est l'inverse : les exportations se vendent à un prix plus élevé (1,95 M€/t vs. 1,26 M€/t), ce qui traduit la valeur ajoutée du retraitement européen.

L'analyse des prix par gramme isotopes fissiles (gi F/S) — unité complémentaire spécifique au secteur nucléaire — confirme cette tendance haussière. Le prix export par gi F/S est passé de 27,27 € à 69,06 € (+153 %), et le prix import de 34,86 € à 61,26 € (+76 %). La hausse est donc généralisée et ne résulte pas d'un simple changement du degré d'enrichissement moyen des flux.

Des chocs de prix ponctuels mais significatifs

L'analyse de la volatilité et des chocs met en évidence plusieurs épisodes de rupture de prix sur les exportations :

Partenaire Année Type de choc Amplitude Part dans la valeur export
Japon 2020 Prix +1 277 % 4,5 %
États-Unis 2022 Prix +57 % 51,9 %
Afrique du Sud 2019 Prix +67 % 0,1 %

Source : Chocs d'approvisionnement

Le choc de prix sur les exportations vers le Japon en 2020 (amplitude +1 277 %) est le plus extrême en termes d'écart statistique, mais sa part dans la valeur totale des exportations reste limitée (4,5 %). Il pourrait refléter une transaction ponctuelle de petite quantité à prix très élevé, phénomène non inhabituel dans le commerce de matières nucléaires spécifiques.

En revanche, le choc sur les exportations vers les États-Unis en 2022 (amplitude +57 %, portant une part de 51,9 % de la valeur totale des exportations) est d'une importance systémique. Il coïncide avec la crise énergétique consécutive à l'invasion de l'Ukraine et la volonté américaine de réduire sa dépendance au combustible russe, ce qui a exercé une pression haussière majeure sur les prix de l'enrichissement.

Les coefficients de variation (volatilité) confirment une volatilité plus élevée sur les partenaires marginaux (Japon CV=1,10, Russie CV=1,19, Chine CV=1,36 côté exportations) que sur les partenaires majeurs (États-Unis CV=0,22, Royaume-Uni CV=0,30), ce qui est logique au regard de la nature ponctuelle des transactions avec les premiers.

Une concentration accrue des approvisionnements en importation

L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) sur les importations a augmenté de 4 087 à 4 679 (+14,5 %) entre 2015 et 2025 (Concentration des échanges). Ces niveaux, bien supérieurs au seuil de 2 500 considéré comme une concentration élevée, indiquent que les approvisionnements de l'UE en uranium enrichi restent structurellement concentrés sur un petit nombre de partenaires.

Indicateur 2015 2025 Variation
HHI importations (valeur) 4 087 4 679 +14,5 %
HHI exportations (valeur) 3 310 3 180 –3,9 %

Source : Concentration des échanges

À l'inverse, l'indice HHI des exportations est resté quasi stable (3 310 → 3 180, –3,9 %), suggérant une légère diversification des destinations. L'augmentation de la concentration à l'importation, combinée à la réduction de la part russe et à la montée de l'importance relative du Royaume-Uni, soulève des questions de sécurité d'approvisionnement à moyen terme.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le commerce de l'UE en uranium enrichi, plutonium et produits associés (CN 284420) a connu une triple transformation :

  1. Un basculement du solde commercial : l'UE est passée d'un déficit de 70 M€ à un excédent de 2,39 Md€, tiré par l'essor des exportations (+249 % en valeur), largement portées par la France et sa filière de retraitement. Cette dynamique a permis à l'UE de renforcer sa position de fournisseur net sur le marché mondial du combustible nucléaire.

  2. Une reconfiguration géographique profonde : la part de la Russie a reculé à l'importation (–47 %) et s'est effondrée à l'exportation (–97 %), tandis que l'Australie et le Canada ont émergé comme fournisseurs alternatifs. Le Royaume-Uni est devenu le principal partenaire bilatéral, et la Corée du Sud et le Japon se sont affirmés comme clients majeurs. L'Espagne a supplanté la Suède comme premier importateur au sein de l'UE.

  3. Une escalade des prix : les prix à l'exportation ont plus que doublé à la tonne (+124 %) et par gramme fissile (+153 %), témoignant d'un marché mondial de l'enrichissement sous tension structurelle, exacerbée par la crise géopolitique de 2022. La concentration des importations (HHI en hausse de 14,5 %) constitue un facteur de vulnérabilité pour l'approvisionnement européen à long terme, dans un contexte où la relance du nucléaire dans plusieurs États membres accroît la demande prévue de combustible enrichi.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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