Évolution du marché : Uranium naturel et composés (CN 28441090) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 28441090 couvre les composés de l'uranium naturel, ainsi que les alliages, dispersions, produits céramiques et mélanges renfermant de l'uranium naturel ou ses composés, à l'exclusion du ferro-uranium. Il s'agit d'un produit stratégique lié à l'industrie nucléaire civile, soumis à la surveillance de l'Euratom. Au cours de la période 2015–2025, l'Union européenne a importé des volumes considérables de ce produit, affichant une balance commerciale structurellement déficitaire d'environ 1,37 milliard d'euros en 2025. Les exportations de l'UE restent négligeables — seulement 93 124 € en valeur et 6,7 tonnes en volume en 2025 — ce qui reflète le rôle de l'Europe comme consommatrice nette d'uranium. Ce rapport analyse trois dynamiques majeures observées sur cette période : la recomposition géographique de l'approvisionnement, la hausse des prix unitaires conjuguée à une baisse des volumes, et les chocs d'approvisionnement qui ont ponctué le marché.
1. Recomposition géographique des sources d'approvisionnement
L'une des évolutions les plus marquantes de la période est la transformation profonde de la structure des importateurs d'uranium vers l'UE. Les fournisseurs traditionnels ont perdu des parts de marché significatives au profit de nouveaux acteurs, principalement centrasiatiques.
Le déclin du Niger et des États-Unis comme fournisseurs majeurs
En 2015, le Niger constituait le premier fournisseur de l'UE avec des importations d'une valeur de 483 millions d'euros. En 2025, ce montant a chuté à 172 millions d'euros, soit une baisse de 64,4 %. La volatilité des importations en provenance du Niger reste élevée, avec un coefficient de variation de 0,70 sur la période (Volatilité des flux). Cette tendance s'inscrit dans le contexte de l'instabilité politique au Sahel, qui a notamment conduit à la suspension de coopérations nucléaires avec la France.
Le cas des États-Unis est encore plus spectaculaire : les importations de l'UE en provenance de ce pays sont passées de 307 millions d'euros en 2015 à seulement 24,7 millions d'euros en 2025, soit un effondrement de 92 %. Le coefficient de variation extrêmement élevé de 1,55 confirme la forte instabilité de ce flux (Volatilité des flux).
L'essor du Kazakhstan, de l'Australie et du Canada
À l'inverse, le Kazakhstan a connu une progression remarquable, passant de 116 millions d'euros en 2015 à 373 millions d'euros en 2025 (+223 %), devenant ainsi le premier fournisseur de l'UE en valeur. Ce pays, qui est aujourd'hui le premier producteur mondial d'uranium, confirme son rôle central dans l'approvisionnement européen.
L'Australie a également fortement accru ses livraisons à l'UE (+180,7 %), passant de 62 à 175 millions d'euros, tandis que le Canada a presque triplé ses exportations vers l'UE (+183,7 %), de 101 à 286 millions d'euros. L'Ouzbékistan, autre pays centrasiatique, a progressé de 43 %, atteignant 190 millions d'euros (Principaux partenaires à l'importation).
Résumé de la recomposition géographique
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Kazakhstan | 116 | 373 | +223,1 |
| Canada | 101 | 286 | +183,7 |
| Australie | 62 | 175 | +180,7 |
| Ouzbékistan | 133 | 190 | +43,1 |
| Namibie | 144 | 150 | +3,9 |
| Niger | 483 | 172 | −64,4 |
| États-Unis | 307 | 25 | −92,0 |
Cette recomposition illustre une stratégie de diversification de l'approvisionnement de l'UE, avec un pivotement vers l'Asie centrale et l'hémisphère sud au détriment de l'Afrique de l'Ouest et de l'Amérique du Nord.
2. Hausse des prix et contraction des volumes importés
La seconde dynamique majeure réside dans l'évolution des prix à l'importation, qui ont significativement augmenté tandis que les volumes physiques diminuaient.
Des prix à la tonne en hausse de près de 20 %
Le prix moyen à l'importation de l'UE est passé de 63 717 €/t en 2015 à 76 057 €/t en 2025, soit une hausse de 19,4 %. En termes de prix par kilogramme d'uranium contenu (supplementary unit), l'augmentation est de 11,6 %, passant de 85,43 €/kg U à 95,31 €/kg U. Ces deux indicateurs convergent vers une appréciation du prix de l'uranium naturel sur la période (Vue d'ensemble du commerce).
Une contraction des volumes physiques
Parallèlement, les quantités importées ont diminué de 21 692 tonnes en 2015 à 18 030 tonnes en 2025 (−16,9 %), tandis que les quantités en kilogrammes d'uranium ont baissé de 11,1 % (de 16,18 millions de kg U à 14,39 millions de kg U). L'écart entre la baisse de la masse nette (−16,9 %) et celle de la teneur en uranium (−11,1 %) suggère une évolution de la composition des importations vers des produits à teneur en uranium plus élevée par unité de masse.
Une valeur globale remarquablement stable
Malgré la baisse des volumes, la valeur totale des importations est restée quasi stable : 1,38 milliard d'euros en 2015 contre 1,37 milliard d'euros en 2025 (−0,8 %). Cela signifie que la hausse des prix a compensé la contraction des volumes, maintenant la facture énergétique de l'UE à un niveau comparable. Toutefois, le point bas intermédiaire — à seulement 105,9 millions d'euros — témoigne d'une forte volatilité annuelle.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 1 382 | 1 371 | −0,8 |
| Quantité (tonnes) | 21 692 | 18 030 | −16,9 |
| Prix moyen (€/t) | 63 717 | 76 057 | +19,4 |
| Quantité supp. (millions kg U) | 16,18 | 14,39 | −11,1 |
| Prix supp. (€/kg U) | 85,43 | 95,31 | +11,6 |
3. Chocs d'approvisionnement et concentration du marché
La période 2015–2025 a été marquée par des épisodes de forte volatilité, en particulier sur le flux d'importations en provenance des États-Unis, ainsi que par une évolution de la concentration des fournisseurs.
Deux chocs majeurs identifiés sur les importations américaines
L'analyse des anomalies de prix et de volume révèle deux événements significatifs sur le flux d'importations en provenance des États-Unis (Événements de choc) :
- Choc de prix en 2019 : une anomalie de prix (abnormalité de 1 180) correspondant à un bond de +898 % du prix unitaire, avec une part de 13,6 % de la valeur totale des importations. Ce pic de prix pourrait refléter des conditions contractuelles exceptionnelles ou un rééquilibrage ponctuel des volumes à forte teneur.
- Choc d'offre en 2023 : une chute de −85,2 % du volume importé des États-Unis (anomalie de 5,5), coïncidant avec le contexte géopolitique post-2022 et les restrictions liées à l'approvisionnement en uranium russe (les États-Unis étant eux-mêmes confrontés à des contraintes sur leur chaîne d'approvisionnement).
Une concentration des importations en légère baisse
L'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur a diminué de 2 068 à 1 812 entre 2015 et 2025 (−12,4 %), ce qui indique une légère diversification des sources d'approvisionnement. Le HHI avait atteint un maximum de 5 696 au cours de la période, révélant des épisodes de forte concentration ponctuelle (Concentration du marché).
Côté exportations, le HHI a augmenté de 34,5 % (de 2 630 à 3 537), reflétant une concentration accrue des rares flux sortants de l'UE, principalement vers les États-Unis, le Royaume-Uni et la Suisse.
Le rôle central de la France dans les importations intra-UE
En termes de répartition entre États membres, la France domine massivement les importations, passant de 987 millions d'euros en 2015 à 1,14 milliard d'euros en 2025 (+15,8 %). La Roumanie a connu une progression spectaculaire, atteignant 143 millions d'euros en 2025, reflétant l'expansion de son parc nucléaire. En revanche, les Pays-Bas, qui importaient pour 256 millions d'euros en 2015, sont tombés à des montants négligeables en 2025 (−100 %), suggérant un rôle de transit qui s'est estompé (Principaux États membres importateurs).
Conclusion
Le marché européen de l'uranium naturel et de ses composés (CN 28441090) a connu entre 2015 et 2025 une triple transformation. Premièrement, la carte de l'approvisionnement s'est profondément redessinée, avec un déclin marqué des fournisseurs traditionnels (Niger, États-Unis) au profit des producteurs centrasiatiques (Kazakhstan, Ouzbékistan) et de l'hémisphère sud (Australie, Canada). Deuxièmement, les prix à l'importation ont progressé de près de 20 % en moyenne, compensant la contraction des volumes et maintenant une facture annuelle stable autour de 1,37 milliard d'euros. Troisièmement, le marché a été ponctué par des chocs significatifs — notamment un pic de prix sur les importations américaines en 2019 et un effondrement des volumes en 2023 — tout en s'orientant vers une légère diversification des sources d'approvisionnement.
Ces évolutions s'inscrivent dans un contexte plus large de renaissance du nucléaire en Europe, portée par les objectifs de décarbonation et de souveraineté énergétique. La dépendance structurelle de l'UE vis-à-vis de fournisseurs extra-européens, combinée à la volatilité géopolitique des principales régions productrices, soulève des enjeux critiques de sécurité d'approvisionnement pour les décennies à venir.