Évolution du marché : Tôles laminées à froid (CN 720916) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 720916 couvre les produits laminés plats en fer ou aciers non alliés, d'une largeur ≥ 600 mm, non plaqués ni revêtus, simplement laminés à froid, d'une épaisseur supérieure à 1 mm mais inférieure à 3 mm. Ce produit constitue un intrant essentiel pour les industries automobile, énergétique et de la construction dans l'Union européenne. Le présent rapport examine l'évolution des échanges commerciaux extra-UE de ce produit sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données du Tableau de bord du commerce.
Le périmètre du code 720916 englobe deux sous-produits (segmentation par sous-produit) :
- 72091690 — Tôles laminées à froid standard (non magnétiques), qui représentent l'écrasante majorité des volumes échangés
- 72091610 — Tôles dites « magnétiques », un segment de niche à forte valeur ajoutée
1. Une restructuration profonde des flux : repli des exportations et renforcement des importations
Le déficit commercial se creuse de manière continue
La balance commerciale de l'UE pour le code 720916 s'est considérablement détériorée sur la période, passant de −312 M€ en 2015 à −616 M€ en 2025, soit une aggravation de 97,6 %. Ce creusement résulte de la combinaison d'un déclin marqué des exportations et d'une relative stabilité — voire d'une hausse — des importations.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur) | 300 M€ | 208 M€ | −30,9 % |
| Exportations (volume) | 537 898 t | 260 570 t | −51,6 % |
| Importations (valeur) | 612 M€ | 824 M€ | +34,6 % |
| Importations (volume) | 1 361 537 t | 1 295 820 t | −4,8 % |
| Balance commerciale | −312 M€ | −616 M€ | −97,6 % |
Les prix unitaires ont connu une hausse structurelle
Les deux côtés du commerce ont été marqués par une inflation significative des prix unitaires, reflétant la hausse des coûts des matières premières, l'instabilité des marchés de l'énergie et les tensions sur les chaînes d'approvisionnement :
| Flux | Prix 2015 (€/t) | Prix 2025 (€/t) | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations | 559 | 796 | +42,6 % |
| Importations | 449 | 636 | +41,5 % |
Le pic des prix est atteint en 2022, avec un prix d'exportation de 1 129 €/t et un prix d'importation de 1 033 €/t, coïncidant avec la crise énergétique post-Covid et le déclenchement du conflit en Ukraine.
L'UE passe d'une position exportatrice à importatrice nette en volume
Le taux de dépendance aux importations nettes est passé de −29 % en 2015 à −9 % en 2025, ce qui indique un rapprochement vers l'équilibre commercial relatif — paradoxalement, non pas grâce à une dynamique exportatrice, mais plutôt en raison d'une contraction des exportations plus rapide que celle des importations. La propension à exporter a chuté de 33 % à 12 % (−63,6 %), tandis que l'intensité commerciale a diminué de 37 % à 15 % (−59,2 %). L'UE absorbe donc une part croissante de sa propre production sur le marché intérieur.
2. Une recomposition géographique spectaculaire des partenaires commerciaux
L'effondrement des importations en provenance de Chine
Le changement le plus marquant de la période est l'effondrement des importations en provenance de Chine : passant de 255 M€ en 2015 à seulement 25 M€ en 2025, soit une chute de 90 %. Cette évolution s'explique principalement par les mesures antidumping et compensatrices adoptées par l'UE à partir de 2017 visant les produits sidérurgiques chinois. Le coefficient de variation des importations chinoises (2,10) confirme une volatilité extrême, typique d'une source d'approvisionnement brutalement réduite par l'intervention réglementaire.
L'Inde, la Corée du Sud, Taïwan et la Turquie comblent le vide
La réduction des flux chinois a ouvert la voie à de nouveaux fournisseurs, qui ont connu des taux de croissance remarquables :
| Partenaire | Importations 2015 | Importations 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Inde | 27 M€ | 129 M€ | +380 % |
| Corée du Sud | 32 M€ | 159 M€ | +399 % |
| Taïwan | 0,9 M€ | 122 M€ | +13 504 % |
| Turquie | 3,7 M€ | 69 M€ | +1 736 % |
| Ukraine | 61 M€ | 88 M€ | +45 % |
La dynamique des importations par pays illustre clairement ce rééquilibrage géographique. L'Inde est devenue le premier fournisseur en valeur en 2025, dépassant la Corée du Sud. Taïwan a connu la progression la plus spectaculaire, passant d'un flux quasi inexistant à plus de 120 M€.
Le Brexit rebat les cartes des échanges avec le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni illustre un cas particulier : les importations de l'UE depuis le Royaume-Uni ont chuté de 63 M€ à 2,6 M€ (−95,9 %), tandis que les exportations de l'UE vers le Royaume-Uni sont passées de 54 M€ à 34 M€ (−37,0 %). L'érosion des flux d'importation est directement liée au retrait du Royaume-Uni du marché unique et de l'union douanière européenne, qui a introduit des barrières tarifaires et non tarifaires.
Les exportations se concentrent sur la Turquie et l'Amérique du Nord
Côté exportations, les principaux partenaires restent relativement stables :
| Partenaire | Exportations 2015 | Exportations 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Turquie | 43 M€ | 57 M€ | +31 % |
| États-Unis | 44 M€ | 35 M€ | −20 % |
| Royaume-Uni | 54 M€ | 34 M€ | −37 % |
| Mexique | 20 M€ | 38 M€ | +87 % |
La Turquie s'est imposée comme la première destination d'exportation de l'UE pour ce produit, tandis que le Mexique a connu une forte progression, probablement liée à la demande du secteur automobile nord-américain. La Chine, auparavant destination notable (27 M€), a vu ses importations en provenance de l'UE s'effondrer à 2,3 M€ (−91,5 %).
3. Une industrie européenne en restructuration : production en hausse, mais spécialisation en recul
La production européenne progresse fortement en volume et en valeur
Les données de production montrent une augmentation considérable de la production européenne :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume de production | 838 000 t | 5 920 000 t | +606 % |
| Valeur de production | 293 M€ | 4 770 M€ | +1 529 % |
Cette hausse spectaculaire traduit une restructuration profonde de l'industrie sidérurgique européenne. La multiplication par sept des volumes de production, combinée à une multiplication par seize de la valeur, suggère un recentrage sur des produits à plus forte valeur ajoutée et une consolidation de la capacité industrielle.
La Belgique et la Suède dominent la spécialisation à l'exportation
L'analyse de la spécialisation révèle que la Belgique (RSCA = 0,63) et la Suède (RSCA = 0,62) sont les États membres les plus spécialisés dans l'exportation de ce produit. Ces deux pays, historiquement dotés d'industries sidérurgiques puissantes (ArcelorMittal en Belgique, SSAB en Suède), concentrent une part disproportionnée des exportations extra-UE.
À l'inverse, les pays les moins spécialisés — Lettonie, Irlande, Hongrie, Bulgarie, Croatie — présentent des RSCA négatifs proches de −1, confirmant leur rôle marginal dans ce segment.
L'indice HHI révèle une concentration à la baisse des importations et à la hausse des exportations
L'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme les dynamiques de restructuration identifiées :
| HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 2 516 | 1 211 | −51,9 % |
| Exportations (valeur) | 1 040 | 1 704 | +63,9 % |
La baisse de l'HHI des importations (de 2 516 à 1 211) signale une diversification des sources d'approvisionnement, cohérente avec le remplacement de la Chine par de multiples fournisseurs asiatiques et turcs. À l'inverse, la hausse de l'HHI des exportations (de 1 040 à 1 704) indique une concentration croissante des flux sortants sur un nombre réduit de marchés, principalement la Turquie et le Mexique.
Les chocs identifiés confirment l'impact de 2021 comme année charnière
L'analyse des chocs détecte trois événements majeurs centrés sur 2021 :
| Choc | Type | Flux | Anomalie | Décalage | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| États-Unis | Prix | Exportations | 35,9 | +82,2 % | 23,5 % |
| Turquie | Prix | Exportations | 18,3 | +51,1 % | 21,9 % |
| Vietnam | Prix | Importations | 11,9 | +69,7 % | 6,5 % |
L'année 2021 marque un point d'inflexion global : la reprise post-Covid, combinée à la crise des coûts de l'énergie et aux tensions logistiques mondiales, a provoqué des hausses de prix anormalement élevées sur les principaux corridors d'exportation (États-Unis, Turquie). Ces chocs de prix ont contribué au pic des valeurs unitaires observé en 2022.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des tôles laminées à froid (NC 720916) a connu une triple transformation : un rééquilibrage géographique des importations, un déclin marqué des exportations et une consolidation de la production intérieure.
La politique commerciale de l'UE — en particulier les mesures antidumping visant la Chine — a efficacement réorienté les sources d'approvisionnement vers l'Inde, la Corée du Sud, Taïwan et la Turquie, diversifiant ainsi les risques de dépendance. Cependant, cette diversification n'a pas été accompagnée d'un renforcement de la position exportatrice de l'UE : les volumes d'exportation ont été divisés par deux, et la concentration des marchés de destination s'est accrue.
La hausse de la production européenne (+606 % en volume) suggère que l'industrie sidérurgique de l'UE a partiellement réussi à se repositionner, capturant une plus grande part de la demande intérieure. Toutefois, la persistance d'un déficit commercial de 616 M€ en 2025 indique que la compétitivité-prix des producteurs européens sur les marchés internationaux reste un défi structurel, dans un contexte de coûts énergétiques élevés et de concurrence internationale intense.