Évolution du marché : Bobines laminées à froid (CN 720917) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne concernant le code douanier 720917 — produits laminés plats, en fer ou en aciers non alliés, d'une largeur ≥ 600 mm, non plaqués ni revêtus, enroulés, simplement laminés à froid, d'une épaisseur ≥ 0,5 mm mais ≤ 1 mm — sur la période 2015–2025. Ce produit, qui recouvre notamment les bobines en acier non allié laminées à froid, constitue un intrant essentiel pour l'industrie automobile, l'électroménager et la construction. La période étudiée est marquée par des bouleversements géopolitiques majeurs (Brexit, guerre en Ukraine, tensions commerciales sino-américaines) qui ont profondément restructuré les flux d'approvisionnement et de débouchés de l'UE.
1. Restructuration profonde des sources d'approvisionnement de l'UE
L'effondrement des fournisseurs traditionnels chinois et britanniques
La transformation la plus spectaculaire de la décennie réside dans le déclin dramatique des importations en provenance de Chine et du Royaume-Uni. La Chine, premier fournisseur de l'UE en 2015 avec des importations de 151,5 M€ (près du tiers des importations totales), a vu ses ventes à l'UE s'effondrer à 12,2 M€ en 2025, soit une chute de 91,9 %. De son côté, le Royaume-Uni, qui exportait pour 91,6 M€ vers l'UE en 2015, n'a plus livré que 0,6 M€ en 2025 (−99,3 %). Ces deux évolutions reflètent des causes distinctes : pour la Chine, les mesures antidumping et antisubventions imposées par l'UE sur les aciers plats laminés à froid d'origine chinoise ; pour le Royaume-Uni, les frictions commerciales liées au Brexit, qui a introduit des formalités douanières et des barrières non tarifaires entre l'UE et son ancien partenaire.
L'émergence de nouveaux partenaires : Inde, Corée, Turquie et Taïwan
Le vide laissé par ces deux fournisseurs a été comblé par une diversification géographique remarquable. L'Inde est passée de 47,2 M€ en 2015 à 153,9 M€ en 2025 (+226 %), devenant le premier fournisseur de l'UE. La Corée du Sud a doublé ses exportations vers l'UE (48,7 M€ → 110,2 M€, +126 %). La progression la plus fulgurante est celle de la Turquie, qui est passée de seulement 3,3 M€ à 78,1 M€ (+2 261 %), et de Taïwan, de 0,8 M€ à 70,0 M€ (+8 823 %).
| Partenaire | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Inde | 47,2 | 153,9 | +226,3 |
| Corée du Sud | 48,7 | 110,2 | +126,3 |
| Turquie | 3,3 | 78,1 | +2 260,9 |
| Taïwan | 0,8 | 70,0 | +8 823,1 |
| Ukraine | 16,4 | 30,4 | +85,2 |
| Chine | 151,5 | 12,2 | −91,9 |
| Royaume-Uni | 91,6 | 0,6 | −99,3 |
Une concentration des importations en nette diminution
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 2 113 à 1 422 entre 2015 et 2025 (évolution de la concentration), confirmant une réduction significative de la dépendance vis-à-vis d'un petit nombre de fournisseurs. Ce mouvement de diversification illustre à la fois la politique commerciale proactive de l'UE et la réponse des industriels européens à l'instabilité géopolitique croissante.
2. Une autonomie européenne renforcée au détriment d'une ouverture commerciale en repli
Amélioration de l'indicateur de dépendance aux importations
L'un des indicateurs clés de la vulnérabilité commerciale — la dépendance nette aux importations — s'est amélioré de manière significative sur la période. Passant de −29,2 % en 2015 à −9,0 % en 2025, cet indicateur indique que l'UE a réduit son déficit commercial relatif dans ce segment. Les données de production européenne confirment ce mouvement : la production de l'UE est passée de 838 163 kg en 2015 à 5 920 000 kg en 2025, ce qui traduit un effort substantiel de relocalisation ou d'expansion des capacités productives européennes.
Recul marqué de la propension à l'exportation
En parallèle, l'intensité commerciale et la propension à exporter de l'UE ont fortement diminué. La propension à exporter est passée de 32,9 % à 12,0 % (−63,6 %), tandis que l'intensité commerciale a reculé de 36,7 % à 15,0 % (−59,2 %). Ce repli traduit une absorption plus forte de la production européenne par le marché intérieur, favorisée par la hausse de la demande locale et, potentiellement, par des mesures protectrices réduisant la compétitivité des exportations vers les marchés tiers.
Des exportations en volume divisées par plus de deux
Les exportations de l'UE ont connu une contraction sévère : le volume est passé de 423 214 tonnes en 2015 à 180 842 tonnes en 2025 (−57,3 %), tandis que la valeur a reculé de 224,0 M€ à 139,2 M€ (−37,8 %). Les principaux débouchés traditionnels — Turquie, Maroc, Algérie — ont tous vu leurs achats diminuer fortement. Seul le Mexique a progressé significativement (+95,7 %), passant de 10,2 M€ à 19,9 M€.
Parallèlement, le volume des importations a diminué de 1 109 203 tonnes à 949 194 tonnes (−14,4 %), mais la valeur a augmenté de 504,4 M€ à 616,3 M€ (+22,2 %) — un paradoxe qui s'explique entièrement par la hausse des prix.
3. Volatilité des prix et chocs commerciaux marquants
Une hausse généralisée et persistante des prix unitaires
Le prix moyen des importations de l'UE a progressé de 453 €/t en 2015 à 649 €/t en 2025 (+43,4 %), tandis que le prix moyen des exportations est passé de 529 €/t à 770 €/t (+45,4 %). Les prix culminent en 2022, avec des valeurs record à 1 022 €/t pour les importations et 1 086 €/t pour les exportations, avant de se corriger partiellement. Cette dynamique reflète la conjonction de plusieurs facteurs : la hausse des coûts de l'énergie et des matières premières, les perturbations des chaînes d'approvisionnement liées à la pandémie de COVID-19 et à la guerre en Ukraine, ainsi que l'impact des droits de douane protecteurs.
Une volatilité élevée sur certains partenaires clés
L'analyse de volatilité révèle des disparités marquées entre partenaires. Les flux d'importations les plus volatils concernent la Russie (CV = 2,37) et la Chine (CV = 2,25), deux partenaires affectés par des sanctions ou des mesures commerciales restrictives. Taïwan (CV = 0,86) et la Turquie (CV = 0,68), malgré leur forte croissance, présentent également une volatilité notable, reflétant la rapidité de leur montée en puissance. Côté exportations, le Maroc (CV = 0,88) et l'Algérie (CV = 0,55) figurent parmi les destinations les plus instables.
Trois chocs commerciaux majeurs identifiés
L'analyse des chocs a mis en lumière trois événements significatifs :
| Choc | Partenaire | Type | Année | Abnormalité | Variation (%) |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | États-Unis | Prix (exportations) | 2021 | 257,5 | +92,2 % |
| 2 | Chine | Prix (importations) | 2018 | 57,6 | +849,7 % |
| 3 | Serbie | Prix (exportations) | 2021 | 30,9 | +56,2 % |
Le choc le plus marquant est celui des exportations vers les États-Unis en 2021, avec une hausse de prix de 92,2 % (part de valeur de 11,1 %), vraisemblablement liée aux tensions tarifaires Section 232 et à la rareté mondiale d'acier laminé à froid. Le choc chinois de 2018, avec une augmentation de prix de 849,7 % sur un volume marginal, illustre l'impact des mesures antidumping sur les flux résiduels.
Conclusion
La période 2015–2025 a vu le marché européen des bobines laminées à froid (CN 720917) se transformer en profondeur sous l'effet conjugué des mesures commerciales de défense, des bouleversements géopolitiques et de la dynamique industrielle européenne. Trois tendances structurelles se dégagent : une diversification réussie des sources d'importation, avec l'émergence de l'Inde, de la Corée du Sud, de la Turquie et de Taïwan au détriment de la Chine et du Royaume-Uni ; un renforcement de l'autonomie productive de l'UE, au prix d'une moindre ouverture extérieure ; et une hausse durable des prix, amplifiée par la volatilité des marchés mondiaux. L'UE est ainsi passée d'un modèle d'approvisionnement dominé par quelques fournisseurs à grande échelle à un modèle plus diversifié mais aussi plus fragmenté et plus sensible aux chocs géopolitiques. Les défis pour les années à venir résident dans la préservation de la compétitivité des exportateurs européens, la gestion des risques liés aux nouveaux partenaires d'approvisionnement, et l'adaptation aux exigences environnementales croissantes (mécanisme d'ajustement carbone aux frontières).