Évolution du marché : Tapioca et succédanés de fécules (CN 1903) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) pour le code douanier 1903 (« Tapioca et ses succédanés préparés à partir de fécules... ») entre 2015 et 2025. L'UE est structurellement déficitaire pour ce produit, avec une dépendance à l'importation qui s'est considérablement renforcée sur la période. La croissance des importations, la diversification des sources d'approvisionnement et une volatilité accrue sur certains partenaires sont les dynamiques majeures qui ressortent des données [1].
[1] : Vue d'ensemble du commerce du CN 1903 pour l'UE
Une forte croissance des importations dopée par la hausse des prix
Les importations en valeur ont presque doublé
La valeur des importations de l'UE en provenance de pays tiers a connu une croissance très significative, passant de 7,6 millions d'euros en 2015 à 14,5 millions d'euros en 2025, soit une hausse de 91,1%. Cette croissance dépasse nettement celle des volumes, qui n'ont augmenté que de 61,9% sur la même période, passant de 6 843 à 11 080 tonnes [1].
Une augmentation marquée des prix unitaires
L'écart entre la croissance de la valeur et celle du volume s'explique par une forte hausse des prix unitaires moyens à l'importation. Le prix moyen du tapioca importé a augmenté de 18,0% au cours de la période, passant de 1 110 à 1 310 euros par tonne. Cette tendance a particulièrement accéléré depuis 2020, alimentée par des chocs de prix ponctuels, notamment sur les fournitures en provenance de Chine [1].
Un déficit commercial structurel qui s'élargit
L'UE est un importateur net de tapioca. Son déficit commercial, qui était de -6,0 millions d'euros en 2015, s'est creusé pour atteindre -12,4 millions d'euros en 2025, une détérioration de 106%. La dépendance nette aux importations a bondi, passant d'environ 26% à plus de 74% [1].
Une diversification géographique des sources d'approvisionnement
La Thaïlande reste le premier fournisseur, mais avec une part en recul
La Thaïlande demeure le principal partenaire pour les importations de l'UE. Cependant, sa position s'est relativement affaiblie : sa part dans la valeur totale des importations a diminué, et ses livraisons à l'UE ont chuté de 25% en valeur sur la période étudiée, bien que restant majeures [1].
L'émergence de nouveaux fournisseurs clés
Plusieurs pays ont considérablement accru leurs parts de marché au sein de l'UE :
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Thaïlande | 4,28 | 3,21 | -24,9 |
| Chine | 1,75 | 3,47 | +98,5 |
| Taïwan | 0,15 | 1,97 | +1220,6 |
| Brésil | 0,14 | 1,78 | +1185,1 |
| Côte d’Ivoire | 0,18 | 1,84 | +925,0 |
Ces évolutions témoignent d'une recherche de diversification de l'approvisionnement par les importateurs européens, peut-être en quête de compétitivité ou de sécurisation des flux face aux risques géopolitiques ou logistiques [1].
Une baisse marquée de la concentration des importations
L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman Index) pour les importations, qui mesure la dépendance à quelques fournisseurs, a chuté de 3 750 à 1 586 en valeur (-57,7%). Cette baisse importante confirme que le marché d'approvisionnement de l'UE pour le tapioca est devenu beaucoup plus diversifié et donc, en théorie, moins vulnérable à un défaut d'un fournisseur dominant [1].
Une intégration commerciale forte mais une production locale marginale
Une dépendance croissante vis-à-vis de l'extérieur
L'intensité commerciale (rapport du commerce total au PIB de l'industrie correspondante) est élevée et en progression, passant de 60% à 86% [2]. Cela souligne la forte intégration de ce produit dans les chaînes de valeur transfrontalières. La propension à exporter de l'UE a légèrement augmenté (+20%), mais elle reste faible comparée à la propension à importer.
Une spécialisation limitée au sein de l'UE
La production de tapioca de l'UE (estimée à environ 2 000 tonnes et 6 millions d'euros en 2025) est très faible par rapport aux besoins d'importation. L'analyse de la spécialisation révèle que seuls les Pays-Bas et le Portugal présentent un avantage comparatif révélé (RCA > 1) significatif pour ce produit. La plupart des autres États membres sont quasi-dépendants des importations [3].
Une structure d'exportation concentrée sur les pays voisins
Les exportations de l'UE, bien que modestes en volume, ont augmenté en valeur (+35%) et en prix unitaire (+55%). Elles sont principalement destinées à des marchés proches ou développés : les États-Unis, le Royaume-Uni, la Suisse et la Norvège représentent les principaux débouchés [1]. Cette géographie suggère que l'UE joue un rôle de hub de transformation et de réexportation pour certains produits à valeur ajoutée vers des marchés à fort pouvoir d'achat.
[2] : Intensité et vulnérabilité du commerce pour le CN 1903 [3] : Spécialisation des États membres pour le CN 1903
Conclusion
Le marché européen du tapioca (CN 1903) a connu une décennie de croissance dynamique, caractérisée par une forte augmentation des importations tirée par les hausses de prix. L'UE a renforcé sa sécurité d'approvisionnement en diversifiant significativement ses sources, réduisant ainsi la concentration sur la Thaïlande. Toutefois, cette stratégie s'est accompagnée d'une dépendance accrue aux importations, avec un déficit commercial qui se creuse. La production locale de l'UE reste marginale et concentrée sur quelques pays. L'avenir du marché sera probablement influencé par la volatilité des prix mondiaux (comme le choc observé en 2021 sur les importations en provenance de Chine) et la capacité des importateurs à gérer les risques logistiques et géopolitiques sur des routes d'approvisionnement désormais plus longues et diversifiées.