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Évolution du marché : Slips et culottes (CN 610822) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les slips et culottes en bonneterie de fibres synthétiques ou artificielles pour femmes ou fillettes (nomenclature combinée 610822) sur la période 2015–2025. Ce segment, au cœur de la lingerie bon marché et de la fast fashion, a connu des transformations structurelles majeures : effondrement de la production intra-européenne, croissance fulgurante des importations en provenance d'Asie du Sud et du Sud-Est, et reconfiguration des flux commerciaux. Les données (aperçu général) révèlent un marché où l'UE est passée d'une relative autonomie à une dépendance quasi totale vis-à-vis de fournisseurs tiers, tout en maintenant une activité exportatrice orientée vers des marchés de niche.


1. L'effondrement de la production européenne et la montée en puissance des importations

1.1 Une production intra-européenne en chute libre

Les données de production (volumes de production) montrent un recul spectaculaire de la production de l'UE sur la période étudiée :

Indicateur 2015 2025 Variation
Volume de production (millions de pièces) 527,2 180,0 −65,9 %
Valeur de production (M€) 805,8 262,3 −67,5 %

La production a donc été divisée par près de trois en termes de volume et de valeur. Ce déclin s'inscrit dans la tendance de long terme de délocalisation de la production textile européenne vers des pays à moindre coût de main-d'œuvre, tendance accélérée par la concurrence internationale sur les segments de lingerie basique et fonctionnelle.

1.2 Des importations en croissance soutenue

En contrepartie, les importations extra-européennes ont progressé de manière régulière :

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur des importations (M€) 576,5 636,5 +10,4 %
Volume des importations (tonnes) 19 420 22 705 +16,9 %
Nombre de pièces importées (millions) 368,4 473,5 +28,5 %

La croissance du nombre de pièces (+28,5 %) dépasse nettement celle du poids (+16,9 %), ce qui suggère une tendance vers des articles plus légers — typique de la lingerie fine en fibres synthétiques. Parallèlement, le prix unitaire à l'importation a baissé de 14,8 % (de 1,56 € à 1,33 € par pièce), témoignant d'une pression concurrentielle continue sur les prix de sourcing.

1.3 Une dépendance aux importations devenue structurelle

L'indicateur de dépendance nette aux importations résume l'ampleur du phénomène :

Indicateur 2015 2025 Variation
Dépendance nette aux importations (%) 37,0 79,5 +114,5 %
Intensité commerciale (%) 59,6 98,3 +64,8 %
Propension à exporter (%) 25,6 90,2 +252,7 %

L'UE est ainsi passée d'une situation où environ un tiers de sa consommation était couvert par des importations nettes à une situation où près de quatre cinquièmes le sont. Le solde commercial s'est creusé, passant de −472,8 M€ à −516,6 M€, avec un point bas à −640,1 M€. La propension à exporter, multipliée par 3,5, indique cependant que l'UE a su développer une activité de réexportation et d'exportation de produits à plus forte valeur ajoutée malgré le déclin de sa production.


2. La reconfiguration géographique des approvisionnements : de la Chine vers le Sud asiatique

2.1 La Chine reste le premier fournisseur mais recule nettement

Les données par partenaires commerciaux révèlent un mouvement de fond de reconfiguration des sources d'approvisionnement :

Pays d'origine Importations 2015 (M€) Importations 2025 (M€) Variation
Chine 311,7 266,8 −14,4 %
Bangladesh 42,5 111,3 +161,7 %
Sri Lanka 49,5 66,4 +34,1 %
Viêt Nam 20,9 54,5 +161,2 %
Myanmar 3,2 19,4 +499,3 %
Royaume-Uni 16,6 5,6 −66,1 %
Indonésie 16,6 9,4 −43,4 %

La Chine, qui représentait 54 % de la valeur des importations en 2015, a vu sa part se réduire significativement. Son recul est compensé par la montée en puissance de trois fournisseurs clés : le Bangladesh, le Viêt Nam et Myanmar, dont les parts ont respectivement augmenté de 162 %, 161 % et 499 %. Cette dynamique s'inscrit dans la stratégie de diversification des grandes marques de lingerie européennes, qui cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine (« China plus one ») tout en bénéficiant de coûts de production compétitifs et d'accords commerciaux préférentiels.

2.2 Une concentration des importations en valeur qui diminue

L'indice de concentration HHI confirme ce mouvement de diversification :

Indicateur 2015 2025 Variation
HHI importations (valeur) 3 121 2 327 −25,4 %
HHI exportations (valeur) 1 445 1 271 −12,1 %

La baisse de 25 % de l'HHI des importations en valeur signifie que le marché d'approvisionnement s'est considérablement diversifié, réduisant le risque de dépendance excessive envers un seul pays. En revanche, l'HHI des importations en volume a augmenté de 27 % (de 2 922 à 3 720), ce qui suggère que si la valeur se diversifie, le poids physique des importations reste concentré sur un nombre plus restreint de fournisseurs — probablement le Bangladesh et la Chine.

2.3 Une volatilité variable selon les sources d'approvisionnement

Les indicateurs de volatilité par partenaire révèlent des niveaux de risque très différents :

Fournisseur Coefficient de variation (importations)
Cambodge 0,13
Chine 0,15
Tunisie 0,17
Sri Lanka 0,20
Viêt Nam 0,23
Albanie 0,24
Bangladesh 0,27
Serbie 0,26
Turquie 0,38
Indonésie 0,44
Myanmar 0,44
Royaume-Uni 1,12

Le Cambodge et la Chine offrent les approvisionnements les plus stables (CV < 0,15). À l'inverse, le Royaume-Uni (CV de 1,12) — probablement affecté par le Brexit —, le Myanmar et l'Indonésie présentent une volatilité élevée, ce qui constitue un risque pour les importateurs européens qui s'approvisionnent de plus en plus dans ces pays.


3. Une activité exportatrice européenne résiliente malgré des marchés sous tension

3.1 Des exportations en légère progression, portées par quelques pays clés

Les exportations de l'UE vers le reste du monde ont progressé modérément :

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur des exportations (M€) 103,7 119,9 +15,6 %
Volume des exportations (tonnes) 1 915 2 174 +13,5 %
Prix unitaire à l'exportation (€/tonne) 54 140 55 084 +1,7 %
Nombre de pièces exportées (millions) 45,2 48,6 +7,6 %

Contrairement aux importations, les prix à l'exportation sont restés stables voire légèrement en hausse, ce qui traduit un positionnement différencié des produits européens, davantage orientés vers le milieu de gamme.

Les principaux États membres exportateurs sont :

État membre Exportations 2015 (M€) Exportations 2025 (M€) Variation
Italie 18,1 29,5 +63,1 %
Allemagne 15,9 22,8 +43,6 %
France 15,9 12,6 −20,9 %
Pays-Bas 5,8 9,5 +64,6 %
Espagne 5,0 8,1 +61,3 %
Pologne 1,2 6,7 +444,2 %

L'Italie confirme son rôle de moteur de l'exportation européenne de lingerie, avec une progression de 63 %. La Pologne, avec une multiplication par 5,4 de ses exportations, émerge comme un acteur majeur, probablement en lien avec l'essor de sa capacité de production intégrée dans les chaînes de valeur paneuropéennes.

3.2 Des marchés d'exportation géographiquement diversifiés

Les principaux partenaires à l'exportation restent relativement stables :

Destination Exportations 2015 (M€) Exportations 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 23,9 23,2 −3,2 %
Fédération de Russie 23,6 23,7 +0,3 %
Suisse 17,3 22,8 +31,8 %
Albanie 1,1 1,7 +46,8 %
Tunisie 6,3 6,5 +1,7 %
Serbie 1,5 2,7 +78,3 %
États-Unis 5,2 4,4 −16,1 %

Le Royaume-Uni et la Russie restent les deux premiers marchés, avec une remarquable stabilité (+0,3 % et −3,2 %). La Suisse constitue le troisième pôle, en forte progression (+31,8 %). La spécialisation de certains États membres (Croatie avec un RSCA de 0,52, Slovaquie de 0,39, Autriche de 0,25) confirme l'existence de pôles de compétitivité sectorielle au sein de l'UE.

3.3 Des chocs de prix ponctuels sur certains marchés

L'analyse des événements de choc identifie trois épisodes notables sur les exportations de l'UE :

Marché Type de choc Année Variation de prix Anomalie Part de la valeur
Norvège Prix 2017 +69,7 % 312,4 6,0 %
Ceuta Prix 2020 +332,4 % 21,2 0,2 %
Fédération de Russie Prix 2022 +44,8 % 10,9 26,4 %

Le choc le plus significatif est celui observé sur les exportations vers la Russie en 2022, année de l'invasion de l'Ukraine et de l'instauration de sanctions économiques. La hausse des prix (+44,8 %) sur ce marché qui représente plus d'un quart de la valeur des exportations témoigne d'une perturbation majeure des flux commerciaux. Le choc norvégien de 2017, bien que d'une anomalie statistique élevée, reste de faible poids dans le total des exportations.


Conclusion

Le marché des slips et culottes en fibres synthétiques (CN 610822) a connu, sur la décennie 2015–2025, une transformation profonde marquée par trois tendances majeures : l'effondrement de la production intra-européenne (−66 % en volume), la montée en puissance des importations depuis le Bangladesh, le Viêt Nam et Myanmar au détriment de la Chine, et la consolidation d'une activité exportatrice européenne résiliente mais modeste. La dépendance nette aux importations, passée de 37 % à près de 80 %, illustre un repositionnement structurel de l'UE en tant que consommatrice nette de ce segment textile, tout en maintenant une spécialisation dans le milieu et le haut de gamme. La diversification géographique des approvisionnements (baisse de l'HHI de 25 %) constitue un facteur de résilience, mais la volatilité croissante de certains fournisseurs émergents et les chocs géopolitiques (sanctions russes) rappellent que cette stratégie comporte ses propres risques.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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