Évolution du marché : Pyjamas et chemises de nuit en coton (CN 610831) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 610831 couvre les chemises de nuit et pyjamas en bonneterie de coton pour femmes ou fillettes. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a connu des mutations profondes dans ce segment textile : effondrement de la production domestique, réorientation géographique des approvisionnements, consolidation autour de quelques fournisseurs asiatiques et fragilisation accrue de l'autonomie européenne. Ce rapport analyse ces dynamiques en s'appuyant exclusivement sur les données de commerce extérieur de l'UE et de structure du marché.
1. Un déséquilibre commercial structurel en aggravation continue
Des importations massives et croissantes, des exportations marginales
Le marché européen de la nuiterie en coton est dominé par les importations. En 2025, les importations de l'UE en provenance de pays tiers s'élevaient à 471 M€ (37 245 tonnes), contre 415 M€ (33 803 tonnes) en 2015, soit une hausse de 13,4 % en valeur et de 10,2 % en volume. Les exportations, bien que dynamiques en pourcentage (+30,6 % en valeur, +26,4 % en volume), restent à un niveau très modeste : 45 M€ en 2025 pour 1 752 tonnes.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 415 M€ | 471 M€ | +13,4 % |
| Importations (volume) | 33 803 t | 37 245 t | +10,2 % |
| Exportations (valeur) | 34 M€ | 45 M€ | +30,6 % |
| Exportations (volume) | 1 387 t | 1 752 t | +26,4 % |
| Solde commercial | −381 M€ | −426 M€ | −11,8 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Des prix unitaires qui révèlent une stratégie de volume
Les prix à l'importation et à l'exportation ont évolué différemment selon l'unité retenue. Le prix moyen à l'importation par tonne est passé de 12 289 €/t à 12 644 €/t (+2,9 %), tandis que le prix par pièce a légèrement reculé, passant de 3,56 € à 3,24 € (−8,9 %). Cela suggère une tendance à l'allègement du poids moyen des pièces ou à l'importation de produits à moindre valeur unitaire. À l'exportation, le prix par pièce est passé de 7,78 € à 6,23 € (−20,0 %), ce qui peut refléter une pression concurrentielle sur les segments de niche où l'UE exporte.
Un pic d'importations en 2019, suivi d'une correction pandémique
Le niveau maximum d'importations a été atteint en 2019 avec 581 M€, avant un repli lié à la pandémie de Covid-19 (minimum observé à 356 M€). La reprise post-pandémique n'a pas retrouvé le niveau pré-crise, s'établissant à 471 M€ en 2025. Ce profil en « bosse » reflète un cycle de stockage puis de désabonnement typique du secteur textile.
2. Une réorientation géographique radicale des approvisionnements
Le déclin accéléré de la Chine et l'ascension du Bangladesh
La transformation la plus spectaculaire concerne la géographie des fournisseurs. La Chine, premier fournisseur de l'UE en 2015 avec 92 M€, a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer à 41 M€ en 2025 (−55,3 %). En parallèle, le Bangladesh est passé de 105 M€ à 196 M€ (+85,9 %), consolidant sa position de premier fournisseur.
| Fournisseur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Bangladesh | 105 M€ | 196 M€ | +85,9 % |
| Inde | 118 M€ | 131 M€ | +10,7 % |
| Chine | 92 M€ | 41 M€ | −55,3 % |
| Turquie | 29 M€ | 32 M€ | +9,2 % |
| Cambodge | 9 M€ | 16 M€ | +72,2 % |
| Royaume-Uni | 17 M€ | 2,2 M€ | −86,8 % |
| Pakistan | 7 M€ | 6 M€ | −10,0 % |
Source : Principaux partenaires
L'effondrement du commerce avec le Royaume-Uni après le Brexit
Le Royaume-Uni, qui importait 17 M€ de nuiterie en coton de l'UE en 2015, n'en importe plus que 2,2 M€ en 2025 (−86,8 %). Ce déclin massif, qui s'est accéléré après 2020, illustre les effets concrets du Brexit sur les flux textiles intra-européens. Le coefficient de variation élevé (1,12) confirme la forte instabilité de ce flux.
Une concentration accrue des importations
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 2 028 à 2 656 (+31,0 %), indiquant une concentration croissante des fournisseurs. À l'inverse, l'HHI des exportations a baissé de 1 751 à 910 (−48,0 %), signe d'une diversification des débouchés à l'exportation. Cette divergence révèle un paradoxe : l'UE diversifie ses clients mais se concentre sur ses fournisseurs.
Les principaux clients de l'UE : la Suisse, stable et fiable
À l'exportation, la Suisse reste le premier partenaire avec 9,7 M€ en 2025 (stabilité relative depuis 2015). L'Albanie (2,1 M€, +22,4 %) et l'Ukraine (4,8 M€, +855 %) émergent comme des marchés dynamiques. En revanche, les exportations vers la Fédération de Russie ont diminué de 3,5 M€ à 2,1 M€ (−39,7 %), probablement sous l'effet des sanctions.
| Client | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Suisse | 9,5 M€ | 9,7 M€ | +2,4 % |
| Royaume-Uni | 9,6 M€ | 4,3 M€ | −55,7 % |
| Ukraine | 0,5 M€ | 4,8 M€ | +855 % |
| Albanie | 1,7 M€ | 2,1 M€ | +22,4 % |
| Féd. de Russie | 3,5 M€ | 2,1 M€ | −39,7 % |
Source : Principaux partenaires à l'exportation
3. Un effondrement de la production européenne et une vulnérabilité accrue
Une production nationale en chute libre
La production européenne de chemises de nuit et pyjamas en coton a connu un déclin dramatique. En volume, elle est passée de 26,9 millions de pièces à 9,7 millions de pièces (−64,0 %). En valeur, elle est passée de 192 M€ à 80 M€ (−58,3 %). Ce recul est massif et suggère une désindustrialisation accélérée du secteur au sein de l'UE.
| Indicateur production | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume (pièces) | 26,9 M | 9,7 M | −64,0 % |
| Valeur | 192 M€ | 80 M€ | −58,3 % |
Source : Volumes de production
Une dépendance aux importations devenue quasi-totale
Le taux de dépendance nette aux importations est passé de 62,6 % à 88,8 % (+41,7 %). En d'autres termes, près de neuf pyjamas en coton sur dix consommés dans l'UE sont désormais importés. Ce taux culmine à 88,8 % en 2025, le niveau le plus élevé de toute la période.
| Indicateur de vulnérabilité | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations | 62,6 % | 88,8 % | +41,7 pts |
| Intensité commerciale | 80,3 % | 97,9 % | +21,9 pts |
| Propension à exporter (prod.) | 39,6 % | 79,5 % | +100,9 pts |
Source : Vulnérabilité
La propension à exporter (exportations rapportées à la production) a doublé, passant de 39,6 % à 79,5 %. Ce chiffre, à lire conjointement avec l'effondrement de la production, signifie que les rares producteurs européens restants exportent désormais une part croissante de leur production, probablement vers des marchés de niche ou des partenaires de nearshoring.
Une spécialisation qui se concentre en Europe de l'Est
L'analyse des avantages comparatifs révèle une concentration géographique de la production au sein de l'UE. En 2025, les États membres les plus spécialisés dans ce segment sont la Bulgarie (RSCA = 0,52), la Pologne (RSCA = 0,50), la Slovénie (RSCA = 0,34) et la Hongrie (RSCA = 0,29). À l'inverse, l'Irlande, le Luxembourg, Malte, l'Estonie et Chypre sont structurellement non spécialisés. La Pologne, avec une part de production de 19,9 %, apparaît comme le cœur industriel européen pour ce produit.
Des chocs de prix ponctuels mais significatifs
L'analyse des chocs d'approvisionnement révèle trois événements marquants :
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Bangladesh (2022) — choc de prix à l'importation (anomalie : 13,2, hausse de 35,7 %), affectant 46,5 % de la valeur des importations. Ce choc, probablement lié à la crise énergétique mondiale et à la hausse des coûts de production dans le pays, a touché le fournisseur dominant de l'UE.
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Norvège (2017) — choc de prix à l'exportation (anomalie : 225,9), bien que la part de valeur soit modeste (5,5 %). Ce pic isolé peut refléter une opération ponctuelle ou un effet de change.
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Fédération de Russie (2022) — choc de prix à l'exportation (anomalie : 11,5, hausse de 39,7 %), affectant 11,5 % de la valeur des exportations. Ce choc est vraisemblablement lié aux perturbations commerciales provoquées par l'invasion de l'Ukraine.
Conclusion
Le marché européen des pyjamas et chemises de nuit en coton pour femmes et fillettes (CN 610831) se caractérise en 2025 par une triple dynamique : effondrement de la production domestique (−64 % en volume), consolidation des approvisionnements asiatiques autour du Bangladesh et de l'Inde, et dépendance structurelle accrue aux importations (88,8 %). Le retrait de la Chine et l'impact du Brexit sur le commerce avec le Royaume-Uni ont reconfiguré la carte des échanges, tandis que les producteurs européens survivants — principalement localisés en Europe de l'Est — se tournent vers l'exportation. Cette évolution, qui s'est accélérée au cours de la période récente, pose des questions d'autonomie stratégique pour l'Union européenne dans un segment textile où la compétitivité-prix des pays asiatiques reste déterminante. Les chocs de prix observés en 2022 (Bangladesh, Russie) illustrent la vulnérabilité d'un modèle d'approvisionnement concentré et dépendant de quelques fournisseurs clés.