Évolution du marché : Saumons de l'Atlantique [Salmo salar] et saumons du Danube [Hucho hucho], frais ou réfrigérés (CN 030214) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 030214 couvre les saumons de l'Atlantique (Salmo salar) et les saumons du Danube (Hucho hucho) à l'état frais ou réfrigéré. Ce produit constitue l'une des principales denrées halieutiques échangées au sein du marché européen, l'Union européenne étant le premier importateur mondial de saumon frais. La période 2015–2025 est marquée par trois dynamiques majeures : une croissance soutenue des importations, tant en volume qu'en valeur, sous l'effet d'une demande structurelle et d'une hausse des prix ; l'effondrement quasi total des exportations de l'UE à la suite du Brexit ; et une restructuration profonde de la géographie commerciale, avec l'émergence de nouveaux partenaires tant du côté de l'approvisionnement que des débouchés.
Le tableau de bord commercial permet de visualiser l'ensemble de ces tendances sur la période.
1. Une dépendance d'importation renforcée : volumes en hausse et pression durable sur les prix
1.1 Les importations de saumon frais ont crû de 22 % en volume et de 72 % en valeur sur la décennie
Entre 2015 et 2025, les importations intra-UE de saumon frais ont enregistré une progression significative. En valeur, elles sont passées de 3,62 milliards d'euros à 6,21 milliards d'euros, soit une hausse de 71,5 %. En volume, la croissance est de 21,7 %, passant de 749 353 tonnes à 911 769 tonnes. Le prix moyen à l'importation a augmenté de 40,9 %, passant de 4 834 EUR/tonne à 6 812 EUR/tonne.
| Indicateur | 2015 | 2020 | 2022 | 2025 | Évolution 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Valeur (Md EUR) | 3,62 | 4,59 | 6,64 | 6,21 | +71,5 % |
| Quantité (kt) | 749 | 859 | 863 | 912 | +21,7 % |
| Prix moyen (EUR/t) | 4 834 | 5 349 | 7 694 | 6 812 | +40,9 % |
Le pic de valeur a été atteint en 2023, avec 6,70 milliards d'euros, tandis que le volume a atteint son maximum en 2025 (912 kt). Le prix moyen à l'importation a culminé en 2023 à 8 042 EUR/tonne avant de refluer partiellement. L'écart entre la croissance des volumes (+22 %) et celle de la valeur (+72 %) témoigne d'une hausse structurelle des prix, alimentée à la fois par l'inflation des coûts de production aquacole et par un choc de prix ponctuel en 2022.
1.2 La Norvège demeure le fournisseur quasi-monopolistique, mais sa part recule progressivement
La Norvège reste de très loin le principal fournisseur de saumon frais de l'UE. En 2025, les importations en provenance de Norvège s'élevaient à 5,17 milliards d'euros, soit 83,2 % du total des importations de l'UE en provenance de pays tiers. Cependant, cette part était de 93,9 % en 2015, ce qui traduit une légère mais réelle diversification de l'approvisionnement.
| Partenaire | Valeur 2015 (M EUR) | Part 2015 | Valeur 2025 (M EUR) | Part 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|---|---|
| Norvège | 3 401 | 93,9 % | 5 168 | 83,2 % | +52,0 % |
| Royaume-Uni | 211 | 5,8 % | 407 | 6,5 % | +92,8 % |
| Îles Féroé | 9 | 0,3 % | 414 | 6,7 % | +4 339 % |
| Islande | 1 | <0,1 % | 223 | 3,6 % | +23 277 % |
| Chili | 0,3 | <0,1 % | 0,25 | <0,1 % | −19,1 % |
Données détaillées par partenaire
En volume, la Norvège a fourni 768 593 tonnes en 2025, contre 708 057 tonnes en 2015 (+8,5 %), confirmant que la hausse de valeur provient principalement de la hausse des prix et non d'un accroissement massif des volumes norvégiens.
1.3 Le choc de prix norvégien de 2022 a durablement rehaussé le niveau des prix à l'importation
L'analyse des chocs de prix a détecté un événement significatif sur les importations en provenance de Norvège :
| Phase | Période | Prix moyen (EUR/t) | Quantité moyenne (t) | Prix relatif |
|---|---|---|---|---|
| Référence | 2020–2021 | 5 493 | 776 485 | 100 % |
| Choc | 2022 | 7 631 | 755 139 | 138,9 % |
| Post-choc | 2023–2024 | 7 748 | 727 927 | 141,1 % |
Le prix des importations norvégiennes a bondi de 38,9 % en 2022 par rapport à la période de référence, avec un coefficient d'anormalité de 7,2. Ce choc reflète la convergence de plusieurs facteurs : hausse des coûts de l'énergie et des intrants aquacoles en Norvège, perturbations logistiques post-pandémiques et tension sur l'offre mondiale de saumon. Importamment, les prix ne sont pas revenus à leur niveau d'avant le choc : en 2023–2024, ils restaient 41 % au-dessus de la référence, suggérant un ajustement structurel. En 2025, le prix moyen toutes origines a néanmoins reculé à 6 812 EUR/tonne (contre un pic de 8 042 EUR/tonne en 2023), ce qui pourrait refléter un début de normalisation ou un effet de composition lié à la montée de fournisseurs à prix légèrement inférieur.
1.4 Les îles Féroé et l'Islande ont connu une ascension spectaculaire comme fournisseurs alternatifs
Au-delà de la Norvège et du Royaume-Uni, deux fournisseurs ont connu une progression remarquable :
-
Les îles Féroé sont passées de 9,3 M EUR en 2015 à 414 M EUR en 2025, soit une multiplication par 44. En volume, les importations sont passées de 1 797 tonnes à 58 477 tonnes. Les îles Féroé représentaient ainsi 6,7 % des importations de l'UE en 2025, devenant le troisième fournisseur.
-
L'Islande a connu une progression encore plus spectaculaire : de 952 000 EUR en 2015 à 223 M EUR en 2025. En volume, les importations ont bondi de 147 tonnes à 31 694 tonnes.
La montée en puissance de ces deux fournisseurs nordiques s'inscrit dans une stratégie de diversification de l'offre. L'analyse de la volatilité montre cependant que les volumes de ces deux origines restent bien plus volatils que ceux de Norvège (coefficient de variation de 0,88 pour les Féroé et 0,70 pour l'Islande, contre 0,05 pour la Norvège).
2. L'effondrement des exportations européennes après le Brexit : la fin du modèle de réexportation vers le Royaume-Uni
2.1 Le Royaume-Uni absorbait plus de 90 % des exportations de saumon frais de l'UE avant 2021
Avant le Brexit, les exportations intra-UE de saumon frais vers les pays tiers reposaient quasi exclusivement sur un seul marché : le Royaume-Uni. En 2015, les flux vers le Royaume-Uni représentaient 374 M EUR sur un total de 391 M EUR d'exportations, soit 95,7 %. En 2018, année record, les exportations vers le Royaume-Uni atteignaient 480 M EUR sur 514 M EUR (93,3 %).
| Année | Exportations totales (M EUR) | Vers le Royaume-Uni (M EUR) | Part du Royaume-Uni |
|---|---|---|---|
| 2015 | 391 | 374 | 95,7 % |
| 2018 | 514 | 480 | 93,3 % |
| 2020 | 400 | 363 | 90,7 % |
| 2021 | 47 | 4,5 | 9,5 % |
| 2025 | 54 | 8,3 | 15,4 % |
Ce modèle commercial s'expliquait par la réexportation de saumon norvégien importé, transformé (filetage, conditionnement) principalement en Suède et au Danemark, puis acheminé vers le marché britannique dans le cadre du marché unique.
2.2 L'entrée en vigueur du Brexit en 2021 a entraîné une chute de 99 % des volumes exportés vers le Royaume-Uni
L'analyse des chocs de fourniture conforte cette lecture. Un événement de choc majeur a été détecté sur les exportations vers le Royaume-Uni :
| Phase | Période | Quantité moyenne (t) | Prix moyen (EUR/t) | Volume relatif |
|---|---|---|---|---|
| Référence | 2015–2020 | 66 733 | 6 117 | 100 % |
| Sortie | 2021–2025 | 634 | 9 660 | 0,9 % |
Le volume exporté vers le Royaume-Uni est passé d'une moyenne de 66 733 tonnes (2015–2020) à seulement 634 tonnes (2021–2025), soit une chute de 99,1 %. L'anormalité de cet événement est de 12,5 (sur une échelle où les valeurs au-delà de 3 sont considérées comme significatives), ce qui en fait le choc le plus marquant de toute la période. En valeur, les exportations vers le Royaume-Uni sont passées de 363 M EUR en 2020 à 4,5 M EUR en 2021, avant de remonter marginalement à 8,3 M EUR en 2025 — un niveau 97,8 % inférieur à celui de 2015.
2.3 La Suède et le Danemark, principaux hubs de transformation, ont vu leurs exportations quasiment annulées
L'impact du Brexit n'a pas été uniforme au sein de l'UE : il a frappé de plein fouet les États membres qui jouaient un rôle de hub de transformation et de réexportation vers le Royaume-Uni.
| État membre | Exportations 2015 (M EUR) | Exportations 2020 (M EUR) | Exportations 2021 (M EUR) | Exportations 2025 (M EUR) | Évolution 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Suède | 279 | 282 | 0,13 | 0,43 | −99,8 % |
| Danemark | 77 | 65 | 4,3 | 5,3 | −93,1 % |
| Allemagne | 14 | 2,0 | 1,6 | 0,19 | −98,7 % |
| Finlande | 0,4 | 13,9 | — | 0,10 | −74,2 % |
La Suède, qui représentait 71,3 % des exportations de l'UE en 2015, n'en constitue plus que 0,8 % en 2025. Ses exportations se sont littéralement effondrées de 282 M EUR à 0,13 M EUR entre 2020 et 2021. Ce quasi-annihilation confirme que les exportations suédoises étaient presque entièrement destinées au marché britannique dans le cadre de chaînes d'approvisionnement norvégien–suédois–britanniques.
Le Danemark a perdu 93,1 % de ses exportations, passant de 77 M EUR à 5,3 M EUR. À l'inverse, les Pays-Bas ont légèrement accru leurs exportations (de 4,9 M EUR à 16,7 M EUR, soit +241 %), et l'Irlande a poursuivi une trajectoire ascendante (de 3,8 M EUR à 9,9 M EUR, +159 %), mais ces dynamiques ne compensent que marginalement l'effondrement global.
2.4 Les prix unitaires à l'exportation ont presque doublé, reflétant un changement de composition des marchés de destination
Paradoxalement, la valeur unitaire des exportations de saumon frais de l'UE a fortement augmenté, passant de 5 324 EUR/tonne en 2015 à 9 908 EUR/tonne en 2025 (+86,1 %). Le pic a été atteint en 2024, à 11 669 EUR/tonne.
| Année | Valeur (M EUR) | Quantité (kt) | Prix moyen (EUR/t) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 391 | 73 | 5 324 |
| 2020 | 400 | 67 | 5 933 |
| 2021 | 47 | 6 | 8 370 |
| 2022 | 90 | 9 | 10 431 |
| 2024 | 77 | 7 | 11 669 |
| 2025 | 54 | 5 | 9 908 |
Cette hausse des prix unitaires s'explique par un effet de composition : les volumes massifs à prix modéré destinés au marché britannique ayant disparu, les exportations restantes correspondent à des niches de marché à plus haute valeur ajoutée (Suisse, États-Unis, Israël). Le Royaume-Uni recevait du saumon en grandes quantités à des prix inférieurs à la moyenne ; les marchés actuels absorbent des volumes réduits mais à des prix unitaires plus élevés.
3. Une géographie commerciale en pleine mutation : diversification des approvisionnements et des débouchés
3.1 L'indice HHI des importations recule de 21 %, reflétant une diversification progressive des fournisseurs
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), qui mesure la concentration d'un marché, a diminué de 8 847 à 7 022 entre 2015 et 2025 pour les importations, soit un recul de 20,6 %. L'analyse de concentration confirme cette tendance baissière.
| Année | HHI importations | HHI exportations |
|---|---|---|
| 2015 | 8 847 | 9 166 |
| 2018 | 8 588 | 8 731 |
| 2021 | 7 441 | 1 927 |
| 2023 | 7 715 | 1 553 |
| 2025 | 7 022 | 1 032 |
Si l'indice d'importation reste élevé (un HHI supérieur à 2 500 indique un marché concentré), la tendance baissière témoigne d'une diversification croissante, portée par la montée des îles Féroé et de l'Islande. La Norvège demeure cependant le partenaire dominant avec 83,2 % des importations.
Du côté des États membres importateurs, la concentration a également évolué :
| État membre | Importations 2015 (M EUR) | Part 2015 | Importations 2025 (M EUR) | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Suède | 2 379 | 65,7 % | 3 385 | 54,5 % |
| Danemark | 724 | 20,0 % | 1 114 | 17,9 % |
| Pays-Bas | 32 | 0,9 % | 527 | 8,5 % |
| Pologne | 89 | 2,5 % | 423 | 6,8 % |
| France | 154 | 4,2 % | 399 | 6,4 % |
| Finlande | 99 | 2,7 % | 257 | 4,1 % |
| Allemagne | 119 | 3,3 % | 52 | 0,8 % |
La progression la plus remarquable est celle des Pays-Bas, dont les importations ont été multipliées par 16 (+1 544 %), passant de 32 M EUR à 527 M EUR. Les Pays-Bas se sont imposés comme un hub logistique et de transformation majeur au sein de l'UE. La Pologne (+376 %) et la France (+160 %) ont également fortement accru leurs importations. À l'inverse, l'Allemagne est le seul grand État membre à avoir réduit ses importations (−56,3 %).
3.2 Les exportations se redirigent vers les États-Unis, la Suisse et de nouveaux marchés émergents
La disparition du Royaume-Uni comme débouché principal a contraint les exportateurs européens à chercher de nouveaux marchés. L'analyse par partenaire de destination révèle une restructuration profonde.
| Destination | Exp. 2015 (M EUR) | Part 2015 | Exp. 2025 (M EUR) | Part 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 374 | 95,7 % | 8,3 | 15,4 % | −97,8 % |
| États-Unis | 2,8 | 0,7 % | 8,6 | 16,0 % | +204 % |
| Suisse | 6,6 | 1,7 % | 8,6 | 16,0 % | +30 % |
| Israël | <0,1 | <0,1 % | 5,5 | 10,3 % | — |
| Albanie | 0,5 | 0,1 % | 3,6 | 6,6 % | +691 % |
| Moldavie | 1,1 | 0,3 % | 2,7 | 4,9 % | +142 % |
| Biélorussie | 0,4 | 0,1 % | 1,5 | 2,8 % | +279 % |
En 2025, les trois premiers débouchés — le Royaume-Uni (15,4 %), les États-Unis (16,0 %) et la Suisse (16,0 %) — se retrouvent à un niveau quasi égal, témoignant d'une diversification radicale par rapport à la situation d'avant le Brexit. Les États-Unis sont devenus un marché de premier plan, avec une croissance régulière des volumes exportés de 342 tonnes (2015) à 723 tonnes (2025). Israël, l'Albanie et la Moldavie représentent des marchés émergents en forte croissance, bien que restant de taille modeste.
3.3 L'indice HHI des exportations s'effondre de 89 % : du quasi-monopole britannique à une dispersion géographique
La transformation la plus spectaculaire concerne la concentration des exportations. L'HHI est passé de 9 166 en 2015 à 1 032 en 2025, soit une chute de 88,7 %. En 2015, un indice de 9 166 reflétait une extrême concentration (le Royaume-Uni seul absorbait 96 % des exportations). En 2025, l'indice de 1 032 indique un marché beaucoup plus dispersé.
Cependant, cette diversification ne compense pas la perte de volume : les exportations totales ont chuté de 73 431 tonnes à 5 426 tonnes (−92,6 %). La diversification géographique est donc moins le résultat d'une stratégie proactive que la conséquence mécanique de la disparition du marché dominant. Le graphique de concentration illustre cette transition d'un quasi-monopole à une dispersion multi-destinations.
Le déficit commercial de l'UE en matière de saumon frais a pratiquement doublé, passant de −3,23 milliards d'euros en 2015 à −6,16 milliards d'euros en 2025, en raison de la croissance des importations couplée à l'effondrement des exportations.
3.4 Seuls la Suède, le Danemark et la Finlande affichent une spécialisation nette dans la filière saumon
L'indice RSCA (Revealed Symmetric Comparative Advantage) pour 2025 permet d'identifier les États membres dotés d'un avantage comparatif dans le commerce du saumon frais. Le profil de spécialisation révèle un paysage très hétérogène.
| État membre | RSCA | RCA | Part dans les exports UE | Part dans la production UE |
|---|---|---|---|---|
| Suède | 0,93 | 28,08 | 0,8 % | 67,5 % |
| Danemark | 0,80 | 9,03 | 9,8 % | 15,6 % |
| Finlande | 0,57 | 3,62 | 0,2 % | 3,6 % |
| Irlande | −0,13 | 0,78 | 18,4 % | 1,6 % |
| Pays-Bas | −0,42 | 0,41 | 31,0 % | 5,9 % |
| France | −0,50 | 0,34 | 4,8 % | 2,6 % |
| Allemagne | −0,95 | 0,03 | 0,4 % | 0,5 % |
Seuls trois pays — la Suède, le Danemark et la Finlande — présentent un RSCA positif, indiquant un avantage comparatif net. La Suède domine avec un RSCA de 0,93 et un RCA de 28,1, ce qui reflète son industrie aquacole de saumon atlantique et son rôle historique de hub de transformation.
Cependant, ces avantages comparatifs ont été profondément affectés par le Brexit : la Suède et le Danemark, autrefois leaders à l'exportation, voient désormais leur avantage reposer davantage sur les importations et la transformation intérieure que sur les exportations vers des pays tiers. À l'inverse, les Pays-Bas et l'Irlande, qui ne sont pas spécialisés dans la filière (RSCA négatif), sont paradoxalement devenus les premiers exportateurs de l'UE en 2025, en s'appuyant sur des capacités logistiques et portuaires plutôt que sur une production aquacole dédiée.
À l'opposé, la majorité des États membres (Slovaquie RSCA −1,00, Pologne −1,00, Slovénie −0,99, Portugal −0,99, Roumanie −0,98) affichent un RSCA très négatif, confirmant leur rôle exclusif de consommateurs sur ce marché.
Conclusion
La période 2015–2025 a été marquée par une transformation profonde du commerce européen de saumon frais (CN 030214). Trois tendances majeures se dégagent de cette analyse.
Premièrement, l'Union européenne a renforcé sa dépendance aux importations, avec une hausse de 22 % des volumes et de 72 % de la valeur. La Norvège demeure le fournisseur dominant (83 % des importations), mais les îles Féroé et l'Islande émergent comme alternatives crédibles, contribuant à un recul de 21 % de l'indice de concentration HHI. Le choc de prix norvégien de 2022 (+39 %) a cependant durablement rehaussé les coûts d'approvisionnement.
Deuxièmement, le Brexit a provoqué l'effondrement quasi total des exportations de l'UE, passées de 73 000 à 5 400 tonnes. Le modèle de réexportation vers le Royaume-Uni, qui structurait les flux depuis la Scandinavie, a été démantelé en l'espace d'une année. Les prix unitaires à l'exportation ont presque doublé, mais ne compensent pas la perte massive de volumes.
Troisièmement, la géographie commerciale s'est profondément restructurée : les exportations se redirigent vers les États-Unis, la Suisse et des marchés émergents (Israël, Albanie, Moldavie), tandis que les Pays-Bas émergent comme un hub d'importation et de réexportation de premier plan. Le déficit commercial de l'UE en matière de saumon frais a pratiquement doublé, passant de −3,2 à −6,2 milliards d'euros, un niveau qui souligne la vulnérabilité structurelle de l'Union dans cette filière stratégique.