Évolution du marché : Ressorts en fer ou acier (CN 7320) — 2015–2025
Introduction
Le code combiné 7320 couvre les ressorts et lames de ressorts en fer ou en acier, à l'exclusion des ressorts de montres, des ressorts pour cannes et manches de parapluies, des rondelles-ressorts, des rondelles élastiques ainsi que des ressorts-amortisseurs et ressorts à barre de torsion de la Section 17. Ce produit constitue un composant intermédiaire essentiel pour de nombreux secteurs industriels — automobile, construction ferroviaire, machinisme agricole, mobilier industriel — ce qui en fait un indicateur révélateur de la vitalité du tissu manufacturier européen.
Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a consolidé sa position de net exportateur structurel de ressorts en acier, avec un excédent commercial passé de 381,8 M€ à 546,8 M€ (+43,2 %). Cette dynamique s'est accompagnée d'une transformation profonde des flux : une montée en gamme par les prix unitaires, un réorientation géographique des partenaires et une concentration accrue de la production au sein de l'UE. Le présent rapport s'attache à décrire et interpréter ces évolutions en s'appuyant exclusivement sur les données fournies.
1. Une montée en valeur portée par la hausse des prix, malgré des volumes en repli
1.1. Les exportations progressent en valeur grâce à une hausse marquée des prix unitaires
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE de ressorts en acier vers les pays tiers a augmenté de 822,8 M€ à 1 171,6 M€, soit une progression de +42,4 % (vue d'ensemble). Cependant, cette hausse masque une réalité plus contrastée du côté des volumes : les quantités exportées ont diminué de 137 443 tonnes à 129 299 tonnes (−5,9 %), atteignant leur niveau le plus bas de la période en 2025.
La clé de cette divergence réside dans l'évolution des prix à l'exportation, passés de 5 985 €/t à 9 059 €/t (+51,3 %). Ce mouvement de hausse tendancielle des prix — observé de manière quasi continue — traduit à la fois :
- une montée en gamme des produits exportés (ressorts de haute précision, pièces techniques pour l'industrie automobile) ;
- la transmission des hausses de coûts des matières premières (acier) et de l'énergie, particulièrement marquée après 2021 ;
- un possible effet de composition, les exportations se concentrant sur des produits à plus forte valeur ajoutée.
1.2. Les importations suivent une trajectoire similaire en valeur, mais avec une dynamique volumique plus contrastée
Les importations de l'UE depuis les pays tiers ont progressé de 441,1 M€ à 624,8 M€ (+41,7 %), un rythme quasi identique à celui des exportations. Toutefois, la trajectoire volumique diffère sensiblement : les quantités importées ont crû de 100 225 tonnes à 118 928 tonnes (+18,7 %), avec un pic exceptionnel à 301 716 tonnes probablement lié à des opérations spécifiques ou à un ajustement de codification.
Les prix à l'importation ont augmenté de 4 400 €/t à 5 253 €/t (+19,4 %), une hausse nettement plus modérée qu'à l'exportation. L'écart de prix entre importations (5 253 €/t) et exportations (9 059 €/t) en 2025 — soit un ratio de 1,7 — confirme que l'UE exporte des ressorts à plus forte valeur unitaire qu'elle n'en importe, signe d'une spécialisation vers le haut de gamme.
1.3. L'excédent commercial se renforce nettement, consolidant l'autonomie européenne
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Excédent commercial (M€) | 381,8 | 546,8 | +43,2 % |
| Dépendance nette aux importations (%) | −5,1 % | −16,6 % | ×3,3 |
| Intensité commerciale (%) | 17,0 % | 37,9 % | +122,7 % |
| Propension à l'exportation (%) | 11,5 % | 28,8 % | +150,6 % |
L'excédent commercial a atteint un pic à 600,8 M€ avant de se stabiliser autour de 546,8 M€ en 2025. La dépendance nette aux importations, qui mesure l'écart entre importations et exportations rapporté à la production, est passée de −5,1 % à −16,6 %. Ce signe négatif indique un excédent structurel : l'UE exporte une part croissante de sa production, ce qui renforce son autonomie dans ce segment.
La propension à l'exportation, qui a bondi de 11,5 % à 28,8 %, est l'indicateur le plus saillant : elle révèle que l'industrie européenne des ressorts s'est considérablement tournée vers l'exportation au cours de la décennie.
2. Une réorientation géographique des flux : montée de la Turquie et de l'Asie, effondrement des échanges avec la Russie
2.1. Les partenaires à l'importation : la Turquie, la Chine et l'Inde en forte progression
Les principaux fournisseurs de l'UE en ressorts acier ont connu des trajectoires très hétérogènes entre 2015 et 2025 :
| Partenaire | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Turquie | 38,3 | 86,6 | +126,0 % |
| Royaume-Uni | 71,9 | 79,3 | +10,2 % |
| Chine | 49,2 | 117,1 | +138,3 % |
| Suisse | 84,3 | 94,7 | +12,4 % |
| États-Unis | 61,1 | 74,5 | +22,1 % |
| Inde | 13,1 | 33,3 | +154,1 % |
| Tunisie | 39,0 | 32,0 | −17,9 % |
La Chine est devenue le premier fournisseur extra-UE en valeur (117,1 M€ en 2025), dépassant la Suisse et le Royaume-Uni. La Turquie a plus que doublé ses exportations vers l'UE, ce qui s'explique vraisemblablement par la modernisation de son appareil industriel, sa proximité géographique et l'accord d'union douanière UE-Turquie. L'Inde, bien que restant un partenaire modeste, a connu la progression la plus forte (+154,1 %), avec un choc de prix détecté en 2022 (anomalie de 21,2, hausse de prix de +31,6 %).
La Tunisie, historiquement un fournisseur important lié aux délocalisations industrielles dans le bassin méditerranéen, voit ses exportations vers l'UE décliner (−17,9 %).
2.2. Les partenaires à l'exportation : l'effondrement russe et la montée de la Turquie et du Mexique
Les destinations d'exportation de l'UE ont subi un choc géopolitique majeur au cours de la période :
| Partenaire | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 138,8 | 127,2 | −8,4 % |
| États-Unis | 123,7 | 199,6 | +61,4 % |
| Chine | 140,2 | 159,8 | +14,0 % |
| Fédération de Russie | 47,3 | 1,3 | −97,2 % |
| Turquie | 46,6 | 106,0 | +127,5 % |
| Mexique | 38,5 | 74,4 | +93,2 % |
| Brésil | 23,9 | 45,4 | +90,0 % |
L'événement le plus marquant est l'effondrement quasi total des exportations vers la Russie : de 47,3 M€ en 2015 à seulement 1,3 M€ en 2025 (−97,2 %). Ce déclin massif, amorcé dès 2022, s'explique par les sanctions économiques imposées dans le contexte du conflit russo-ukrainien. Les ressorts en acier, en tant que composants utilisables dans des équipements industriels et potentiellement militaires, sont tombés sous le coup des restrictions à l'exportation.
Pour compenser cette perte, l'UE a réorienté ses flux vers :
- les États-Unis, devenus la première destination en valeur (199,6 M€, +61,4 %), reflétant la forte demande de l'industrie automobile américaine ;
- la Turquie (+127,5 %), dont le développement industriel crée une demande croissante ;
- le Mexique (+93,2 %), pôle de l'industrie automobile en Amérique du Nord ;
- le Brésil (+90,0 %), marché émergent pour l'équipement industriel.
Le Royaume-Uni, bien que restant un partenaire majeur, a légèrement reculé (−8,4 %), possiblement en lien avec les frictions commerciales post-Brexit.
2.3. La concentration des échanges s'accentue à l'import, se diversifie à l'export
L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) révèle des tendances opposées :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| HHI importations (valeur) | 1 151 | 1 174 | +2,0 % |
| HHI exportations (valeur) | 961 | 836 | −13,0 % |
À l'importation, la concentration est restée stable mais légèrement en hausse, les principaux fournisseurs (Chine, Suisse, Turquie) consolidant leurs positions. À l'exportation, la diversification s'est accrue (HHI en baisse), signe que l'UE a élargi son portefeuille de destinations — probablement pour compenser la perte du marché russe et saisir de nouvelles opportunités en Amérique latine et au Moyen-Orient.
3. Une industrie européenne spécialisée, portée par l'Allemagne et une montée en puissance de l'Europe de l'Est
3.1. L'Allemagne domine largement la production et l'exportation, suivie par la France et l'Italie
La spécialisation à l'exportation au sein de l'UE révèle une hiérarchie claire :
| État membre | RCA 2025 | RSCA 2025 | Part prod. UE | Part export. UE |
|---|---|---|---|---|
| Lettonie | 2,59 | 0,44 | 0,9 % | 0,3 % |
| Tchéquie | 2,23 | 0,38 | 10,7 % | 4,8 % |
| Allemagne | 1,74 | 0,27 | 36,7 % | 21,2 % |
| Roumanie | 1,58 | 0,23 | 2,6 % | 1,7 % |
| Pologne | 1,48 | 0,19 | 9,8 % | 6,6 % |
L'Allemagne concentre à elle seule 36,7 % de la production et 21,2 % des exportations de ressorts en acier de l'UE. Ses exportations ont progressé de 496 M€ à 586 M€ (+18 %), consolidant sa position de leader incontesté (top exportateurs UE). Cette dominance s'explique par la concentration de l'industrie automobile allemande — premier consommateur de ressorts industriels — et par l'existence d'un tissu dense de PME spécialisées (Mubea, NHK Spring Europe, etc.).
3.2. La Pologne et les Pays-Bas émergent comme puissances exportatrices montantes
Les trajectoires les plus spectaculaires au cours de la période sont celles de deux États membres :
| État membre | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Pologne | 24,2 | 95,3 | +293,1 % |
| Pays-Bas | 20,7 | 57,5 | +177,8 % |
| Belgique | 36,2 | 57,8 | +59,7 % |
| France | 47,1 | 74,2 | +57,6 % |
| Italie | 51,1 | 72,3 | +41,6 % |
La Pologne a multiplié ses exportations par près de quatre (+293 %), atteignant 95,3 M€ et dépassant la Belgique et la Suède. Cette progression fulgurante reflète la montée en puissance de l'industrie manufacturière polonaise, attirée par des coûts de production compétitifs et une intégration croissante dans les chaînes de valeur allemandes. La Pologne importe d'ailleurs massivement (65,6 M€ en 2025, +127,8 %), ce qui suggère qu'elle joue un rôle croissant de plateforme de transformation au sein de l'UE.
Les Pays-Bas (+177,8 %) bénéficient probablement de leur position de hub logistique européen, une partie de ces flux transitant vers des destinations finales hors UE.
Du côté des importations intra-UE, l'Allemagne reste le premier marché (189,3 M€), suivi de l'Italie (72,0 M€), de la Pologne (65,6 M€) et des Pays-Bas (47,4 M€).
3.3. Les ressorts hélicoïdaux dominent le commerce, tandis que la production européenne progresse en valeur
La ventilation par sous-catégorie (segments de produit) révèle la structure du marché :
Exportations 2025 par sous-catégorie :
| Code | Description | Valeur (M€) | Part | Prix moyen (€/t) |
|---|---|---|---|---|
| 732020 | Ressorts en hélice | 574,4 | 49,0 % | 8 141 |
| 732090 | Autres ressorts (y.c. spiraux plats) | 427,0 | 36,5 % | 14 342 |
| 732010 | Ressorts à lames et leurs lames | 170,2 | 14,5 % | 5 835 |
Importations 2025 par sous-catégorie :
| Code | Description | Valeur (M€) | Part | Prix moyen (€/t) |
|---|---|---|---|---|
| 732020 | Ressorts en hélice | 312,6 | 50,0 % | 6 470 |
| 732090 | Autres ressorts (y.c. spiraux plats) | 165,8 | 26,5 % | 11 670 |
| 732010 | Ressorts à lames et leurs lames | 146,5 | 23,4 % | 2 594 |
Les ressorts hélicoïdaux (732020) représentent environ la moitié du commerce tant à l'import qu'à l'export. La catégorie « autres ressorts » (732090) affiche les prix unitaires les plus élevés, tant à l'exportation (14 342 €/t) qu'à l'importation (11 670 €/t), ce qui suggère qu'elle regroupe des produits de niche ou à très haute valeur ajoutée.
La production européenne a progressé de 16 % en volume (de 878 à 1 019 millions de kg) mais surtout de 42,3 % en valeur (de 2,92 Mds€ à 4,15 Mds€), confirmant la dynamique de montée en valeur qui traverse l'ensemble de la filière.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des ressorts en fer ou acier (CN 7320) a connu une transformation profonde, marquée par trois grandes dynamiques :
-
Une montée en valeur sans précédent, portée par la hausse des prix unitaires (+51 % à l'exportation), qui compense un léger recul des volumes exportés et témoigne d'une spécialisation européenne vers le haut de gamme. L'écart de prix entre exportations (9 059 €/t) et importations (5 253 €/t) confirme que l'UE occupe le segment haute valeur de ce marché.
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Une réorientation géopolitique des flux, avec l'effondrement quasi total des exportations vers la Russie (−97 %), compensé par une diversification vers les États-Unis, la Turquie, le Mexique et le Brésil. À l'importation, la Chine et l'Inde ont renforcé leur présence, tandis que la Turquie a doublé ses fournitures à l'UE.
-
Une reconfiguration intra-européenne, avec la montée en puissance de la Pologne comme plateforme d'exportation (+293 %) et la consolidation de l'Allemagne en tant que cœur productif du secteur (36,7 % de la production, 21,2 % des exportations). La production européenne a progressé de 42 % en valeur, reflétant une industrie qui se spécialise et monte en gamme.
L'UE apparaît ainsi comme un acteur autonome et compétitif sur le marché mondial des ressorts en acier, avec un excédent commercial croissant (546,8 M€) et une dépendance nette aux importations qui se renforce (−16,6 %). Toutefois, cette autonomie repose sur un nombre limité de fournisseurs (Chine, Suisse, Turquie), ce qui appelle une vigilance quant à la résilience des chaînes d'approvisionnement dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes.