Évolution du marché : Produits laminés plats, en fer ou en aciers non alliés, d'une largeur >= 600 mm, laminés à chaud ou à froid, zingués, non ondulés (à l'excl. des produits zingués électrolytiquement) (CN 721049) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 721049 couvre les tôles et bandes en fer ou acier non allié, d'une largeur ≥ 600 mm, galvanisées par immersion à chaud (non ondulées, à l'exclusion du zingage électrolytique). Il s'agit d'un produit de base essentiel pour la construction, l'automobile, l'électroménager et la fabrication métallique. La période 2015–2025 a été marquée par des transformations profondes du commerce européen de ce produit : basculement structurel du solde commercial, reconfiguration géographique des sources d'approvisionnement et érosion marquée de la production et des exportations de l'UE. Ce rapport analyse ces dynamiques en s'appuyant sur les données douanières de l'Union européenne.
1. L'effondrement de l'autonomie commerciale de l'UE : d'un excédent modeste à un déficit massif
Un retournement spectaculaire du solde commercial
La trajectoire la plus frappante sur la période est le basculement complet de la balance commerciale de l'UE pour le CN 721049. En 2015, l'Union disposait encore d'un excédent de 192 M€ avec le reste du monde. Dès 2016, ce solde s'est mis à se dégrader, et à partir de 2017, l'UE est entrée en déficit permanent. En 2021, le déficit a atteint un niveau record de −3 381 M€, avant de se stabiliser autour de −1 737 M€ en 2025. En valeur, le solde s'est ainsi détérioré de −1 005 % sur la période (Vue d'ensemble du commerce).
| Indicateur | 2015 | 2021 (pic) | 2025 | Variation 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 1 397 | 1 246 | 1 009 | −27,8 % |
| Importations (M€) | 1 205 | 4 627 | 2 746 | +127,9 % |
| Solde commercial (M€) | +192 | −3 381 | −1 737 | −1 005 % |
Ce retournement s'explique par une divergence des trajectoires : les exportations ont baissé de 28 % en valeur (de 1 397 M€ à 1 009 M€) tandis que les importations ont plus que doublé (de 1 205 M€ à 2 746 M€). En volume, l'écart est encore plus prononcé : les exportations ont chuté de 50,8 % (de 2,37 Mt à 1,17 Mt) alors que les importations ont crû de 71,7 % (de 2,16 Mt à 3,71 Mt).
Une dépendance aux importations devenue structurelle
L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme cette mutation. Il est passé de +5,2 % en 2015 à +16,3 % en 2024 (dernière année complète de production), soit une hausse de 213 %. Entre 2012 et 2015, cet indicateur était même négatif (entre −10 % et −2 %), signifiant que l'UE était globalement exportatrice nette. Le retournement a eu lieu en 2016 (passage à +1,4 %) et s'est accentué chaque année, culminant à +25,3 % en 2021, année de tension extrême sur les marchés mondiaux de l'acier.
Une propension à l'exportation en déclin continu
La propension à exporter (part de la production nationale exportée) a reculé de 13,7 % en 2015 à 11,2 % en 2024, avec un point bas à 10,3 % en 2022. Ce repli suggère que la production européenne est de moins en moins compétitive à l'export, non pas seulement en raison de la demande intérieure, mais aussi en raison de la pression concurrentielle exercée par les producteurs tiers sur les marchés internationaux.
2. Une reconfiguration géographique radicale des sources d'approvisionnement
Le recul de la Chine et l'essor de nouveaux fournisseurs
L'évolution des partenaires d'importation de l'UE constitue l'un des changements les plus remarquables de la période. En 2015, la Chine dominait largement les importations de l'UE en CN 721049 avec 608 M€ (50,4 % du total). En 2025, elle est encore premier fournisseur mais n'atteint plus que 374 M€ (13,6 % du total), en baisse de 38,5 % (Partenaires principaux par valeur).
Cette perte de parts s'est accompagnée de l'émergence fulgurante de trois fournisseurs :
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 608 | 374 | −38,5 % |
| Turquie | 25 | 386 | +1 435 % |
| Viêt Nam | 0,015 | 467 | — |
| Taïwan | 16 | 318 | +1 898 % |
| Corée du Sud | 241 | 437 | +80,9 % |
| Inde | 129 | 203 | +57,2 % |
La Turquie a connu une progression spectaculaire, passant de 25 M€ à 386 M€, avec un pic à 1 202 M€ en 2021. Le Viêt Nam, quantité quasi nulle en 2015 (15 000 €), s'est hissé à 467 M€ en 2025, avec un maximum à 751 M€ en 2022. Taïwan a multiplié ses ventes à l'UE par plus de 19. Ces dynamiques reflètent vraisemblablement à la fois les effets des mesures de sauvegarde européennes visant la Chine (droits antidumping, contingents tarifaires) et la stratégie de diversification des approvisionnements des acheteurs européens.
Une concentration fortement réduite
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 3 171 en 2015 à 1 168 en 2025, soit une baisse de 63,2 %. Un HHI de 3 171 indiquait une concentration élevée (domination chinoise), tandis que la valeur de 1 168 traduit un marché nettement plus diversifié. En volume, le constat est similaire (HHI de 3 320 → 1 167, −64,8 %). En 2016, l'HHI avait même atteint un pic de 4 064 avant la diversification amorcée à partir de 2017.
| Année | HHI importations (valeur) | HHI importations (volume) |
|---|---|---|
| 2015 | 3 171 | 3 320 |
| 2016 | 4 064 | 4 440 |
| 2018 | 1 655 | 1 686 |
| 2021 | 1 396 | 1 378 |
| 2025 | 1 168 | 1 167 |
L'irruption du choc de prix de 2021 et sa volatilité associée
L'année 2021 constitue un choc de prix majeur sur le marché mondial de l'acier galvanisé, visible tant à l'import qu'à l'export. Les événements de choc détectés mettent en lumière des mouvements extrêmes sur trois fournisseurs clés :
- Viêt Nam : explosion des volumes importés à 693 kt en 2021 (×21 par rapport à la base 2019-2020) et prix en hausse de 63,5 %.
- Inde : volumes multipliés par 2,85 et prix en hausse de 70,2 %.
- Turquie : volumes en hausse de 72 % et prix en hausse de 60,2 %.
Côté exportations, des chocs de prix significatifs ont été détectés vers l'Égypte (+56,6 % de prix), le Pakistan (+70,3 %) et la Turquie (+42,4 %) en 2021, ainsi que vers le Maroc (+72,3 %) et le Mexique (+63,9 %) en 2022. Ces pics de prix reflètent la conjoncture mondiale de l'acier en 2021-2022 : reprise post-COVID, perturbations logistiques, hausses des coûts de l'énergie et des matières premières.
La volatilité mesurée par le coefficient de variation des importations confirme des flux particulièrement instables pour certains partenaires : Émirats arabes unis (CV = 1,46), Ukraine (1,03), Viêt Nam (0,98) et Russie (0,90). À l'export, la Chine (CV = 0,88) et le Canada (0,81) figurent parmi les destinations les plus volatiles.
3. La contraction de l'appareil productif européen et la polarisation du marché intérieur
Une production en recul prononcé
Les données de production de l'UE montrent une baisse significative des volumes fabriqués. La production quantité a chuté de 18,7 Mt en 2015 à 11,7 Mt en 2024 (dernière année disponible), soit un recul de 37 %. Le creux a été atteint en 2020 avec 12,9 Mt (impact de la pandémie), et la production ne s'est pas véritablement redressée depuis, se stabilisant autour de 11,7 Mt en 2023-2024. La valeur de production a mieux résisté (11,4 Mds€ en 2015 contre 11,2 Mds€ en 2024, −9,5 %), grâce à la hausse des prix unitaires qui a compensé la chute des volumes. Le prix unitaire de production est passé de 0,61 €/kg en 2015 à 0,96 €/kg en 2024.
| Année | Production quantité (Mt) | Production valeur (Mds€) | Prix unitaire (€/kg) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 18,7 | 11,4 | 0,61 |
| 2020 | 12,9 | 8,3 | 0,64 |
| 2022 | 12,6 | 14,0 | 1,11 |
| 2024 | 11,7 | 11,2 | 0,96 |
Des exportateurs européens en repli marqué
Du côté des États membres exportateurs, tous les grands exportateurs historiques ont vu leur contribution se réduire entre 2015 et 2025 :
| Pays exportateur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Belgique | 247 | 228 | −7,6 % |
| Pays-Bas | 218 | 139 | −36,2 % |
| Allemagne | 188 | 182 | −2,9 % |
| Italie | 356 | 64 | −82,2 % |
| France | 212 | 181 | −14,6 % |
L'Italie a connu la chute la plus vertigineuse (−82,2 %), passant de premier exportateur de l'UE à un rôle marginal. Les Pays-Bas ont reculé de 36 %. Seule l'Autriche a significativement augmenté ses exportations (de 17 M€ à 91 M€, +425 %). En parallèle, certains États membres ont fortement accru leurs importations hors UE : l'Espagne (de 242 M€ à 709 M€, +193 %), le Portugal (de 39 M€ à 229 M€, +495 %), la Pologne (de 29 M€ à 132 M€, +349 %) et la Roumanie (de 34 M€ à 167 M€, +395 %), reflétant une intégration accrue dans les chaînes d'approvisionnement mondiales et la montée en puissance de la demande dans les économies d'Europe du Sud et de l'Est.
Une spécialisation géographique concentrée au sein de l'UE
L'analyse de la spécialisation par État membre en 2025 révèle une géographie de la compétitivité exportatrice très inégale. Cinq pays affichent un avantage comparatif révélé (RSCA > 0) significatif :
| Pays | RSCA | RCA | Part production | Part exportations |
|---|---|---|---|---|
| Finlande | 0,569 | 3,64 | 3,7 % | 1,0 % |
| Belgique | 0,419 | 2,44 | 20,7 % | 8,5 % |
| Slovénie | 0,373 | 2,19 | 2,2 % | 1,0 % |
| Autriche | 0,369 | 2,17 | 7,2 % | 3,3 % |
| Estonie | 0,220 | 1,57 | 0,5 % | 0,3 % |
À l'inverse, de nombreux États membres sont structurellement déficitaires (RSCA fortement négatif) : Irlande (−0,996), Lituanie (−0,976), Bulgarie (−0,944), Croatie (−0,943). L'Allemagne, premier producteur de l'UE (25 % de la production), n'affiche qu'un RSCA quasi neutre (0,082), ce qui traduit une production tournée principalement vers le marché intérieur.
Conclusion
La période 2015–2025 a vu le marché européen du CN 721049 passer d'une position d'autonomie relative (excédent commercial de 192 M€) à une dépendance structurelle aux importations (déficit de 1 737 M€). Trois phénomènes se conjuguent : l'érosion continue de la production et des exportations de l'UE, l'explosion des importations depuis de nouveaux fournisseurs (Turquie, Viêt Nam, Taïwan) qui ont remplacé en partie la Chine, et les chocs de prix de 2021-2022 qui ont révélé la vulnérabilité du marché à la volatilité mondiale. La diversification des sources d'approvisionnement (HHI divisé par trois) atténue certains risques, mais la dépendance nette croissante de l'UE (+16 %) interroge sur la pérennité de l'appareil productif européen dans ce segment stratégique de la galvanisation à chaud.