Évolution du marché : Préparations pour soupes (CN 2104) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 2104 couvre deux familles de produits alimentaires : les préparations pour soupes, potages ou bouillons et les soupes préparés (sous-position 210410), d'une part, et les préparations alimentaires composites homogénéisées destinées aux nourrissons ou à des usages diététiques, conditionnées en récipients de 250 g maximum (sous-position 210420), d'autre part. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a connu une transformation profonde de ses échanges extérieurs pour ce produit, marquée par une montée en puissance des exportations, un repli significatif des importations et un redécoupage notable des partenaires commerciaux. Ce rapport analyse les dynamiques clés à l'œuvre sur ce segment, en s'appuyant sur les données de commerce extra-UE disponibles sur le tableau de bord du commerce extérieur.
1. Une expansion commerciale portée par le renforcement de la position exportatrice de l'UE
1.1. Des exportations en forte progression, tant en valeur qu'en volume
Sur la période 2015–2025, les exportations extra-UE du code 2104 ont affiché une croissance vigoureuse :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur (Mds EUR) | 338,4 | 442,3 | +30,7 % |
| Quantité (kt) | 114,8 | 134,0 | +16,7 % |
| Prix moyen (EUR/t) | 2 949 | 3 302 | +12,0 % |
La hausse des exportations est donc tirée à la fois par un accroissement des volumes expédiés et par une appréciation des prix unitaires, reflétant probablement une montée en gamme des produits exportés ainsi que des pressions inflationnistes sur les coûts de production.
1.2. Un repli simultané des importations
À l'inverse des exportations, les importations extra-UE ont nettement diminué :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur (Mds EUR) | 129,9 | 106,2 | −18,3 % |
| Quantité (kt) | 36,7 | 25,1 | −31,7 % |
| Prix moyen (EUR/t) | 3 541 | 4 237 | +19,7 % |
Le recul des quantités importées (−31,7 %) est plus marqué que celui de la valeur (−18,3 %), ce qui s'explique par une hausse substantielle du prix moyen à l'importation (+19,7 %). Cela traduit une contraction des volumes importés combinée à un renchérissement des produits achetés à l'étranger.
1.3. Un excédent commercial qui se creuse considérablement
Le croisement de ces deux tendances a conduit à un élargissement spectaculaire de l'excédent commercial de l'UE :
| Année | Excédent (M EUR) |
|---|---|
| 2015 | 208,6 |
| 2019 | 200,4 |
| 2020 | 211,2 |
| 2025 | 336,2 |
L'excédent a progressé de +61,2 % sur la décennie, passant de 208,6 à 336,2 millions d'euros. La décote nette d'importation confirme cette dynamique : elle est passée de −2,4 % en 2015 à −7,0 % en 2025, signifiant que l'UE exporte une part croissante de sa production au-delà de ses frontières.
La propension à exporter est passée de 4,9 % à 8,6 % (+73,8 %), tandis que l'intensité commerciale a progressé de 7,4 % à 10,4 % (+40,7 %). Ces indicateurs démontrent une ouverture commerciale accrue du secteur, portée avant tout par la dynamique exportatrice.
2. Une recomposition géographique des échanges et une diversification des partenaires
2.1. Le Royaume-Uni reste le partenaire dominant, mais son rôle à l'importation s'effrite
Le Royaume-Uni demeure de loin le premier partenaire commercial de l'UE pour le code 2104, tant à l'export qu'à l'import, mais la trajectoire est divergente :
| Flux | Partenaire | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Variation (%) |
|---|---|---|---|---|
| Exportations | Royaume-Uni | 156,6 | 171,8 | +9,7 % |
| Importations | Royaume-Uni | 61,5 | 30,6 | −50,3 % |
Les importations en provenance du Royaume-Uni ont été divisées par deux sur la période, un déclin qui s'est accéléré après le Brexit (2020). Ce recul s'inscrit dans un contexte de réorganisation des chaînes d'approvisionnement post-Brexit et de hausse des barrières non tarifaires.
2.2. L'essor de nouveaux marchés d'exportation : Afrique et Amérique du Nord
Les exportations vers plusieurs partenaires ont connu une croissance remarquable :
| Partenaire | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Burkina Faso | 8,4 | 25,7 | +207,0 % |
| États-Unis | 7,5 | 24,4 | +224,3 % |
| RDC | 5,0 | 13,2 | +165,0 % |
| Somalie | 4,9 | 8,3 | +70,1 % |
| Suisse | 16,3 | 20,3 | +24,5 % |
La poussée vers l'Afrique subsaharienne (Burkina Faso, RDC, Somalie) est particulièrement marquante et s'explique vraisemblablement par la demande croissante en produits alimentaires pratiques et nutritionnels dans ces régions, ainsi que par les programmes d'aide alimentaire et de développement. La forte croissance vers les États-Unis (+224,3 %) témoigne d'une percée commerciale sur un marché à haute valeur ajoutée.
2.3. L'effondrement des exportations vers la Russie
À l'inverse, les exportations vers la Fédération de Russie se sont effondrées :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur (M EUR) | 12,8 | 2,8 | −78,0 % |
Cette chute brutale, dont le point d'inflexion se situe autour de 2021–2022, est directement liée aux sanctions commerciales imposées dans le contexte géopolitique post-2022, illustrant la forte volatilité de ce flux (coefficient de variation de 0,60).
2.4. Une diversification accrue des partenaires d'importation
Du côté des importations, la concentration mesurée par l'indice HHI a nettement diminué :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| HHI imports (valeur) | 2 982 | 1 626 | −45,5 % |
| HHI exports (valeur) | 2 286 | 1 677 | −26,6 % |
Cette baisse traduit une diversification des sources d'approvisionnement. Parmi les partenaires d'importation émergents, le Japon affiche une progression spectaculaire (+267,1 %, passant de 3,4 à 12,5 M EUR), tandis que la Serbie (+126,6 %) et la Thaïlande (+29,8 %) gagnent également du terrain. Côté exportations, la réduction du HHI reflète notamment la montée de destinations africaines moins concentrées.
2.5. Les principaux États membres exportateurs : l'Espagne en tête
Les performances des États membres à l'exportation sont très hétérogènes :
| État membre | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Espagne | 85,1 | 155,8 | +83,0 % |
| France | 42,4 | 41,5 | −2,1 % |
| Italie | 36,7 | 40,0 | +9,0 % |
| Allemagne | 33,9 | 36,4 | +7,5 % |
| Pays-Bas | 36,0 | 15,9 | −55,8 % |
| Pologne | 34,6 | 16,1 | −53,6 % |
L'Espagne a conforté sa position de premier exportateur de l'UE avec une croissance de 83 %, portant sa part de l'exportation totale de l'UE à un niveau nettement supérieur. Inversement, les Pays-Bas et la Pologne ont connu des reculs significatifs (respectivement −55,8 % et −53,6 %). En matière de spécialisation, les pays les plus spécialisés dans ce produit sont la Slovaquie (RSCA de 0,65), la Roumanie (0,56) et le Portugal (0,47), tandis que l'Irlande et la Bulgarie figurent parmi les moins spécialisés.
3. Le poids hégémonique des soupes préparées face à l'effondrement du segment des aliments infantiles
3.1. Un écart structurel entre les deux sous-positions
Le code 2104 se compose de deux sous-produits aux trajectoires radicalement différentes :
- 210410 : Préparations pour soupes, potages ou bouillons ; soupes, potages ou bouillons préparés
- 210420 : Préparations alimentaires composites homogénéisées pour nourrissons/usages diététiques (≤ 250 g)
Les données segmentées révèlent une dominance écrasante de la sous-position 210410 :
| Sous-position | Part des exportations (valeur, 2025) | Part des importations (valeur, 2025) |
|---|---|---|
| 210410 | 76,2 % | 94,4 % |
| 210420 | 23,8 % | 5,6 % |
3.2. Le segment 210410 : une croissance solide
La sous-position 210410 a connu une progression soutenue des exportations :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations valeur (M EUR) | 244,4 | 337,2 | +38,0 % |
| Exportations quantité (kt) | 88,6 | 109,9 | +24,1 % |
| Exportations prix moyen (EUR/t) | 2 758 | 3 067 | +11,2 % |
Les importations de 210410 ont été relativement stables en valeur (94,7 M EUR en 2015 contre 100,2 M EUR en 2025), tandis que les volumes importés ont reculé (32,5 kt → 23,3 kt, soit −28,5 %), avec une hausse du prix moyen (2 913 → 4 311 EUR/t).
3.3. L'effondrement spectaculaire du segment 210420 à l'importation
Le changement le plus frappant concerne la sous-position 210420 — les aliments infantiles homogénéisées :
| Indicateur | 2015 | Pic | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Importations valeur (M EUR) | 35,2 | 68,7 (2019) | 5,9 | −83,1 % |
| Importations quantité (kt) | 4,2 | 6,7 (2019) | 1,8 | −56,8 % |
| Importations prix moyen (EUR/t) | 8 436 | 10 722 (2018) | 3 285 | −61,1 % |
Le segment 210420 à l'importation s'est littéralement effondré après 2019 : la valeur a chuté de 68,7 à 5,9 millions d'euros (−91,4 % par rapport au pic), et les volumes ont été divisés par 3,7. Le prix moyen s'est également contracté de manière très marquée (de 10 722 à 3 285 EUR/t), ce qui pourrait refléter un changement dans la nature des produits importés ou un rebasage des statistiques.
À l'exportation, le segment 210420 reste beaucoup plus stable :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur (M EUR) | 94,1 | 105,1 | +11,8 % |
| Quantité (kt) | 26,2 | 24,0 | −8,1 % |
| Prix moyen (EUR/t) | 3 594 | 4 375 | +21,7 % |
L'écart entre un segment 210420 exportateur stable et un segment importateur en chute libre suggère un renforcement de l'autonomie de production européenne dans le domaine des aliments infantiles, avec une capacité de production domestique suffisante pour réduire la dépendance aux importations.
3.4. Une production intérieure en hausse confirmant le renforcement de l'autonomie
Les données de production PRODCOM confirment cette dynamique :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Production volume (kt) | 1 220 | 1 590 | +30,3 % |
| Production valeur (Mds EUR) | 3,68 | 5,17 | +40,8 % |
La production de l'UE a cru de 30,3 % en volume et de 40,8 % en valeur sur la période, ce qui explique en grande partie la baisse des importations et la hausse des exportations. La croissance de la production est supérieure à celle des exportations en volume (+16,7 %), ce qui indique que la demande intérieure a également bénéficié de cette expansion productive.
3.5. Des chocs ponctuels mais non systémiques
L'analyse de la volatilité et des chocs d'approvisionnement révèle quelques événements notables :
| Choc | Partenaire | Type | Année | Décalage (%) |
|---|---|---|---|---|
| Import Serbie | Serbie | Prix | 2020 | +81,2 % |
| Export Ghana | Ghana | Prix | 2022 | +47,9 % |
| Export Norvège | Norvège | Prix | 2023 | +17,8 % |
Ces chocs restent ponctuels et concernent des partenaires de taille modeste (la Serbie représentant 2,6 % des importations, le Ghana 1,6 % des exportations), sans remettre en cause la stabilité globale du commerce du code 2104.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché des préparations pour soupes et aliments infantiles (CN 2104) a connu une transformation profonde. L'Union européenne s'est imposée comme un exportateur net croissant, avec un excédent commercial porté à 336 millions d'euros en 2025. Cette dynamique est alimentée par la forte progression de la sous-position 210410 (soupes préparées), tant à l'export qu'en production intérieure, et par un recul massif des importations du segment 210420 (aliments infantiles homogénéisées).
Géographiquement, les échanges se sont restructurés autour de trois phénomènes majeurs : l'affaiblissement du Royaume-Uni comme fournisseur (impact post-Brexit), la percée des marchés africains et américains comme débouchés exportateurs, et l'effondrement des échanges avec la Russie sous l'effet des sanctions. Parallèlement, la diversification des partenaires (baisse de l'indice HHI) renforce la résilience du secteur.
La production européenne en croissance (+30,3 % en volume) et la montée en gamme des prix moyens traduisent un secteur dynamique et compétitif, dont l'autonomie ne cesse de se renforcer face au reste du monde.