Évolution du marché : Compléments alimentaires (CN 2106) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 2106, « Préparations alimentaires, n.d.a. », est une catégorie fourre-tout qui regroupe une grande diversité de produits — des compléments alimentaires aux concentrés protéiques, en passant par des préparations culinaires variées (Vue d'ensemble du code 2106). Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a connu dans ce segment une trajectoire marquée par une forte croissance des échanges, un renforcement spectaculaire de son excédent commercial et une reconfiguration notable de ses partenaires. Le présent rapport s'attache à décrire et interpréter ces dynamiques en s'appuyant exclusivement sur les données disponibles.
1. Une expansion commerciale vigoureuse portée par la valeur plus que par les volumes
1.1. Les exportations ont presque doublé en valeur sur la décennie
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE (code 2106) vers les pays tiers sont passées de 5,85 milliards d'EUR à 11,40 milliards d'EUR, soit une hausse de +94,8 %. Sur la même période, les quantités exportées n'ont progressé que de 29,8 % (de 1,37 million de tonnes à 1,77 million de tonnes) (Vue d'ensemble). L'essentiel de la croissance en valeur provient donc d'une appréciation des prix unitaires à l'exportation, qui ont augmenté de +50,1 % (de 4 288 EUR/t à 6 435 EUR/t).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur export (Mrd EUR) | 5,85 | 11,40 | +94,8 % |
| Volume export (Mt) | 1,37 | 1,77 | +29,8 % |
| Prix export moyen (EUR/t) | 4 288 | 6 435 | +50,1 % |
1.2. Les importations progressent aussi, mais dans des proportions moindres
Les importations en provenance de pays tiers ont cru de 2,03 milliards d'EUR à 3,66 milliards d'EUR (+80,9 %), avec des volumes passant de 425 000 tonnes à 598 000 tonnes (+40,7 %) et un prix moyen en hausse de 28,6 % (Vue d'ensemble). La dynamique des prix à l'importation est donc plus modérée qu'à l'exportation, ce qui contribue à l'amélioration des termes de l'échange pour l'UE dans ce segment.
1.3. L'excédent commercial a plus que doublé
Le solde commercial de l'UE sur le code 2106 est passé de 3,83 milliards d'EUR à 7,74 milliards d'EUR, soit une progression de +102,1 % (Vue d'ensemble). Ce résultat traduit une amélioration structurelle de la compétitivité de l'industrie européenne dans ce segment, d'autant plus notable que la hausse des prix à l'exportation a été nettement supérieure à celle des prix à l'importation.
2. Une diversification géographique des partenaires commerciaux
2.1. Les importations se sont tournées vers l'Asie et le sous-continent indien
Si le Royaume-Uni reste le premier fournisseur de l'UE (875 millions d'EUR en 2025), la croissance la plus spectaculaire des importations provient de partenaires asiatiques (Partenaires d'importation) :
| Partenaire | Import 2015 (M EUR) | Import 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 617 | 875 | +41,9 % |
| États-Unis | 392 | 595 | +51,5 % |
| Chine | 100 | 414 | +311,9 % |
| Suisse | 339 | 348 | +2,6 % |
| Indonésie | 20 | 107 | +436,6 % |
| Sri Lanka | 16 | 158 | +878,5 % |
| Thaïlande | 75 | 81 | +8,6 % |
La Chine a quadruplé ses ventes à l'UE, tandis que le Sri Lanka et l'Indonésie ont connu des hausses spectaculaires, probablement liées à l'approvisionnement en concentrés protéiques et en ingrédients alimentaires spécialisés. Cette géographie nouvelle des importations reflète la mondialisation des chaînes d'approvisionnement agroalimentaires.
2.2. Les exportations se diversifient vers la Chine, la Suisse et les États-Unis
Côté exportations, le Royaume-Uni demeure le premier client (1,72 milliard d'EUR en 2025), mais la croissance la plus forte concerne d'autres destinations (Partenaires d'exportation) :
| Partenaire | Export 2015 (M EUR) | Export 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 1 182 | 1 715 | +45,1 % |
| États-Unis | 414 | 932 | +125,1 % |
| Chine | 198 | 897 | +352,1 % |
| Suisse | 255 | 611 | +139,8 % |
| Russie | 285 | 448 | +57,2 % |
| Turquie | 218 | 368 | +69,2 % |
| Arabie saoudite | 221 | 354 | +60,2 % |
La Chine est devenue le troisième marché d'exportation de l'UE pour ce code, avec une multiplication par 4,5 de ses achats. Les États-Unis et la Suisse ont également fortement accru leurs importations, ce qui témoigne d'une demande mondiale robuste pour les préparations alimentaires européennes.
2.3. L'indice HHI confirme une moindre concentration des échanges
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) mesurant la concentration partenariale a baissé de 1 684 à 1 159 pour les importations (-31,2 %) et de 601 à 481 pour les exportations (-19,9 %) (Concentration). Cette évolution traduit une diversification des partenaires commerciaux et une réduction de la dépendance vis-à-vis de quelques fournisseurs ou clients, ce qui renforce la résilience de la chaîne de valeur.
3. Croissance de la production européenne et dynamiques de prix contrastées
3.1. La production européenne a connu une expansion considérable
Les données PRODCOM révèlent une augmentation très significative de la production intra-européenne de préparations alimentaires : la valeur de production est passée de 4,82 milliards d'EUR à 30,90 milliards d'EUR (+541,5 %), et les quantités de 784 millions de kg à 9,62 milliards de kg (+1 126,8 %) (Production). Cette croissance exceptionnelle, qui dépasse largement celle des échanges extérieurs, peut refléter à la fois l'essor du marché intérieur des compléments alimentaires et des protéines végétales, l'élargissement de la couverture statistique PRODCOM, et l'intégration de nouveaux sous-produits dans le périmètre du code 2106.
3.2. Les prix à l'exportation augmentent plus vite que les prix à l'importation
Le différentiel de dynamique prix entre exportations et importations est un fait marquant de la période :
| Indicateur prix (EUR/t) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Prix export moyen | 4 288 | 6 435 | +50,1 % |
| Prix import moyen | 4 765 | 6 128 | +28,6 % |
En 2015, le prix moyen des importations était supérieur de 11 % à celui des exportations (4 765 contre 4 288 EUR/t). En 2025, les prix se sont quasiment alignés (6 128 contre 6 435 EUR/t), les exportations affichant désormais un prix légèrement supérieur. Ce renversement suggère que l'UE a progressivement repositionné ses exportations vers des produits à plus forte valeur ajoutée, tandis que ses importations restent davantage orientées vers des produits intermédiaires ou des matières premières à moindre valeur unitaire (Segmentation produit).
3.3. Le sous-produit 210690 domine les échanges, tandis que le 210610 reste un segment de niche
La ventilation par sous-code confirme la prépondérance du code 210690 (« Préparations alimentaires, n.d.a. »), qui représente plus de 95 % de la valeur des exportations et environ 94 % de celle des importations (Segmentation produit) :
| Sous-code | Export 2025 (M EUR) | Import 2025 (M EUR) | Prix export 2025 (EUR/t) |
|---|---|---|---|
| 210690 — Préparations alimentaires, n.d.a. | 11 094 | 3 436 | 6 443 |
| 210610 — Concentrés de protéines | 309 | 228 | 6 135 |
Le code 210610 (concentrés de protéines et substances protéiques texturées) reste un marché de volume modeste, avec des prix à l'exportation plus volatils (passant de 5 899 EUR/t en 2015 à 6 135 EUR/t en 2025, après un pic à 7 297 EUR/t en 2023). Cette volatilité est cohérente avec les fluctuations des marchés mondiaux des matières premières protéiques.
3.4. Quelques chocs de prix ponctuels, mais une volatilité maîtrisée
L'analyse de la volatilité par partenaire montre que les flux les plus instables concernent des partenaires de taille modeste (Volatilité) :
- À l'importation, le Sri Lanka (CV = 0,66), le Vietnam (CV = 0,59) et l'Indonésie (CV = 0,37) présentent les coefficients de variation les plus élevés, reflétant des approvisionnements encore irréguliers.
- À l'exportation, les flux vers le Royaume-Uni (CV = 0,05) et la Suisse (CV = 0,06) sont remarquablement stables, ce qui est logique s'agissant de marchés proches et matures.
Quelques chocs ponctuels ont été détectés, notamment un choc de prix à l'exportation vers l'Australie en 2017 (baisse de 26 %, indice d'anomalie élevé à 35,3) et des hausses de prix vers le Nigeria (+33 %) et le Mexique (+24 %) en 2022, probablement liées aux perturbations post-COVID et à la crise énergétique (Chocs identifiés).
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des préparations alimentaires (CN 2106) a connu une dynamique fortement positive. L'UE a renforcé sa position de net exportateur structurel, avec un excédent commercial ayant plus que doublé pour atteindre 7,7 milliards d'EUR. Cette performance repose davantage sur une montée en gamme des prix que sur une croissance massive des volumes, suggérant un positionnement de plus en plus orienté vers des produits à forte valeur ajoutée.
Parallèlement, la diversification géographique des partenaires — tant à l'import qu'à l'export — s'est accrue, réduisant la concentration des risques. L'essor de la Chine comme client et fournisseur, ainsi que la montée en puissance du Sri Lanka et de l'Indonésie comme sources d'approvisionnement, illustrent la globalisation croissante de ce segment.
Enfin, la production européenne a connu une expansion considérable, tirée notamment par le boom des compléments alimentaires et des protéines alternatives. Le repositionnement progressif de l'indice de dépendance aux importations — devenu négatif — confirme que l'UE dispose désormais d'une base productive suffisamment robuste pour couvrir ses besoins internes tout en renforçant ses exportations vers le reste du monde.