Évolution du marché : crèmes glacées (CN 2105) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 2105 couvre les « glaces de consommation, même contenant du cacao ». Ce produit, relevant du chapitre 21 (préparations alimentaires diverses), correspond aux glaces et sorbets — y compris sous forme de sucettes — tels que définis par le code Prodcom 10.52.10.00. Sur la période 2015–2025, le commerce extra-UE de ce secteur a connu une transformation profonde : les échanges ont crû en valeur bien plus vite que les volumes, l'Union européenne a consolidé sa position d'exportateur net et la géographie commerciale s'est considérablement diversifiée. Le présent rapport s'appuie sur les données commerciales annuelles de l'UE avec les pays tiers pour analyser ces dynamiques en trois volets : la trajectoire globale des flux, la reconfiguration des partenaires commerciaux, et l'intégration internationale inégale des États membres.
1. Une expansion commerciale vigoureuse au profit des exportations
1.1 Les exportations ont plus que doublé en valeur, portant la balance excédentaire à près d'un milliard d'euros
Entre la première et la dernière année disponible, les exportations extra-UE de crèmes glacées ont bondi de 532 millions d'euros à 1 232 millions d'euros (+131,5 %), tandis que les importations ont progressé de 100 millions à 295 millions d'euros (+194,4 %). La balance commerciale s'est ainsi renforcée passant d'un excédent de 432 millions à 938 millions d'euros (+116,9 %). L'Union européenne demeure structurellement exportatrice nette, un constat confirmé par l'indicateur de dépendance nette aux importations, constamment négatif et passé de −3,2 % à −12,7 %.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 532 | 1 232 | +131,5 % |
| Importations (M€) | 100 | 295 | +194,4 % |
| Balance commerciale (M€) | 432 | 938 | +116,9 % |
| Exportations (kt) | 179 | 290 | +61,6 % |
| Importations (kt) | 50 | 78 | +54,5 % |
1.2 La hausse des prix unitaires amplifie la croissance en valeur
La progression des valeurs commerciales a été nettement supérieure à celle des volumes. Le prix moyen à l'exportation a augmenté de 2 969 €/t à 4 252 €/t (+43,2 %), tandis que le prix moyen à l'importation a presque doublé, passant de 1 989 €/t à 3 789 €/t (+90,5 %). Cette dynamique reflète à la fois l'inflation des coûts de production (matières premières, énergie, logistique) et un éventuel déplacement vers des segments à plus forte valeur ajoutée. L'écart de prix entre exportations et importations s'est néanmoins réduit, les importations s'approchant du niveau de prix des exportations.
| Prix moyen (€/t) | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations | 2 969 | 4 252 | +43,2 % |
| Importations | 1 989 | 3 789 | +90,5 % |
1.3 La production européenne accompagne la dynamique commerciale
La production intra-UE a progressé de 23,9 % en volume (de 2,67 milliards à 3,31 milliers de milliers de m³) et de 17,8 % en valeur (de 6,4 milliards à 7,6 milliards d'euros). La croissance des exportations (+131,5 % en valeur) a largement dépassé celle de la production (+17,8 %), ce qui suggère une part croissante de la production européenne destinée aux marchés tiers.
2. Une diversification géographique spectaculaire des partenaires
2.1 Les importations se sont radicalement diversifiées, tirées par de nouveaux fournisseurs
L'indice de concentration HHI des importations a chuté de 6 384 à 2 965 (−53,6 %), indiquant une diversification marquée des sources d'approvisionnement. Si le Royaume-Uni demeure le premier fournisseur (79 M€ → 137 M€, +73 %), son poids relatif a diminué face à la montée de partenaires autrefois marginaux :
| Partenaire | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 79,3 | 137,2 | +73,0 % |
| Serbie | 7,9 | 73,8 | +839,3 % |
| Ukraine | 0,1 | 33,9 | +32 005 % |
| Macédoine du Nord | 2,7 | 9,3 | +242,6 % |
| Suisse | 6,4 | 7,7 | +21,1 % |
| Turquie | 0,03 | 2,9 | +10 906 % |
La Serbie et l'Ukraine illustrent l'intégration progressive de pays des Balkans et d'Europe de l'Est dans les chaînes d'approvisionnement agroalimentaires de l'UE. L'accord de stabilisation et d'association avec la Serbie, ainsi que l'accord de libre-échange approfondi et complet (ALEAC) avec l'Ukraine, ont probablement facilité cette progression.
2.2 Les exportations se tournent vers les marchés lointains à forte croissance
L'indice de concentration des exportations est resté relativement stable (HHI de 2 543 à 2 312, −9,1 %), mais la composition des partenaires a évolué. Le Royaume-Uni demeure le premier débouché (259 M€ → 563 M€, +118 %), mais les marchés hors Europe ont progressé de façon spectaculaire :
| Partenaire | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 258,6 | 563,5 | +117,9 % |
| États-Unis | 10,1 | 122,0 | +1 103 % |
| Suisse | 47,9 | 71,4 | +49,2 % |
| Chine | 28,0 | 48,3 | +72,9 % |
| Australie | 12,6 | 29,0 | +130,3 % |
| Serbie | 2,5 | 34,3 | +1 288 % |
| Norvège | 9,0 | 19,7 | +118,7 % |
La progression des exportations vers les États-Unis (+1 103 %) constitue la dynamique la plus frappante, faisant de ce pays le deuxième débouché extra-UE. La montée de la Serbie comme destination (+1 288 %) complète le tableau d'un pays devenu à la fois fournisseur et client majeur.
2.3 La volatilité des flux varie fortement selon les partenaires
L'analyse des coefficients de variation révèle des profils de stabilité très différents. Les flux avec le Royaume-Uni, tant à l'import (CV = 0,28) qu'à l'export (CV = 0,09), sont remarquablement stables, témoignant d'une relation commerciale profondément ancrée. À l'inverse, les partenaires émergents présentent une volatilité élevée : Russie (CV = 1,19 à l'import), Brésil (CV = 1,50) et Corée du Sud (CV = 1,56) à l'importation, tandis que les exportations vers les États-Unis (CV = 0,82) et la Russie (CV = 0,62) fluctuent sensiblement. Quelques chocs de prix ponctuels ont été détectés sur des marchés marginaux (Tunisie, Tchad, Ouzbékistan), sans incidence significative sur le commerce global.
3. Une internationalisation croissante mais inégalement répartie entre États membres
3.1 L'UE s'est considérablement ouverte au commerce mondial pour ce produit
L'intensité commerciale extra-UE (part des échanges dans la production) est passée de 5,7 % à 17,5 % (+207,6 %), tandis que la propension à exporter a bondi de 4,5 % à 14,7 % (+230,3 %). L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme que l'UE n'est aucunement dépendante de l'extérieur pour ce produit : l'indicateur, toujours négatif, s'est approfondi de −3,2 % à −12,7 %.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Intensité commerciale (%) | 5,7 | 17,5 | +207,6 % |
| Propension à exporter (%) | 4,5 | 14,7 | +230,3 % |
| Dépendance nette (%) | −3,2 | −12,7 | −293,9 % |
3.2 Les grands pays producteurs dominent les exportations, mais les petits États se distinguent par leur spécialisation
L'analyse de la spécialisation à l'exportation révèle un contraste notable. En volume absolu, la France (175 M€ → 313 M€), l'Italie (39 M€ → 200 M€, +411 %), l'Allemagne (56 M€ → 125 M€), la Belgique (55 M€ → 112 M€) et les Pays-Bas (69 M€ → 99 M€) dominent les exportations extra-UE.
Cependant, en termes d'avantage comparatif révélé (RCA), ce sont des économies plus petites qui se distinguent :
| État membre | RCA | RSCA | Part dans les export. UE (%) |
|---|---|---|---|
| Slovénie | 2,82 | 0,476 | 2,8 % |
| Lituanie | 2,71 | 0,461 | 1,7 % |
| Lettonie | 2,39 | 0,410 | 0,8 % |
| Hongrie | 1,73 | 0,267 | 4,6 % |
| Belgique | 1,73 | 0,266 | 14,6 % |
À l'inverse, l'Irlande (RSCA = −0,98), Chypre (−0,96), la Slovaquie (−0,85) et le Danemark (−0,79) affichent un désavantage comparatif prononcé, avec une production marginale (moins de 0,2 % de la part de production UE pour l'Irlande).
3.3 Certains États membres ont connu des trajectoires d'importation et d'exportation hors norme
Côté importations, certains États membres ont connu des croissances exceptionnelles qui reflètent des dynamiques spécifiques :
| État membre | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Bulgarie | 0,6 | 27,4 | +4 803 % |
| Grèce | 0,7 | 14,3 | +1 823 % |
| Allemagne | 9,8 | 54,0 | +452 % |
| France | 15,0 | 41,9 | +179 % |
| Irlande | 24,5 | 53,5 | +118 % |
La Bulgarie et la Grèce ont vu leurs importations depuis des pays tiers exploser, possiblement en lien avec l'intégration de fournisseurs balkaniques et turcs. Côté exportations, la Pologne (11 M€ → 78 M€, +622 %) et l'Italie (39 M€ → 200 M€, +411 %) ont connu les plus fortes progressions, confirmant la montée en puissance de ces pays dans la chaîne de valeur européenne des glaces.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché extra-UE des crèmes glacées (CN 2105) a connu une transformation profonde marquée par trois grandes tendances. Premièrement, l'Union européenne a consolidé sa position d'exportatrice nette, avec un excédent commercial passé de 432 à 938 millions d'euros, soutenu par une hausse des prix unitaires et une production en progression. Deuxièmement, la géographie commerciale s'est diversifiée tant à l'importation (chute de 54 % du HHI) qu'à l'exportation, avec l'émergence de partenaires comme la Serbie, l'Ukraine et les États-Unis. Troisièmement, l'ouverture commerciale de l'UE sur ce produit s'est considérablement intensifiée — la propension à exporter ayant triplé — mais cette internationalisation se distribue de façon très inégale entre États membres, entre grands producteurs exportateurs (France, Italie, Allemagne) et petites économies spécialisées (Slovénie, Lituanie, Lettonie). La stabilité du commerce avec le Royaume-Uni, premier partenaire à l'import et à l'export, contraste avec la volatilité des flux vers les marchés émergents, ce qui suggère que la diversification géographique, bien que bénéfique pour la résilience, s'accompagne d'une exposition accrue aux fluctuations conjoncturelles.