Évolution du marché : extraits de café thé maté (CN 2101) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 2101 couvre un ensemble hétérogène de produits transformés issus du café, du thé, du maté et de la chicorée : extraits, essences, concentrés, préparations à base de ces denrées, ainsi que les succédanés torréfiés du café. Il s'agit de produits à forte valeur ajoutée, souvent issus de l'industrie agroalimentaire européenne, qui subissent des transformations avancées (extraction, concentrés instantanés, mélanges aromatisés) avant leur commercialisation.
Ce rapport analyse l'évolution des échanges extérieurs de l'Union européenne sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données disponibles pour les importations et exportations avec les pays tiers. Trois dynamiques majeures structurent cette période : un affirmation progressive du rôle d'exportateur de l'UE, une hausse spectaculaire des prix unitaires, et une recomposition géographique significative des flux commerciaux.
1. L'UE s'affirme comme exportateur net de produits transformés
Une croissance robuste des exportations, supérieure à celle des importations
Sur la période 2015–2025, les exportations de l'UE vers les pays tiers ont connu une progression remarquable, tant en valeur qu'en volume :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des exportations (€) | 1 040 723 691 | 2 013 551 513 | +93,5 % |
| Volume des exportations (t) | 105 719 | 153 070 | +44,8 % |
| Prix moyen de sortie (€/t) | 9 844 | 13 154 | +33,6 % |
| Valeur des importations (€) | 701 481 155 | 1 125 728 690 | +60,5 % |
| Volume des importations (t) | 88 225 | 93 922 | +6,5 % |
| Prix moyen d'entrée (€/t) | 7 951 | 11 986 | +50,7 % |
Les exportations ont donc progressé de plus de 93 % en valeur, soit près du double de la croissance des importations (+60,5 %). En volume, l'écart est encore plus marqué : les volumes exportés ont augmenté de 44,8 %, contre seulement 6,5 % pour les importations.
Un solde commercial en forte amélioration
Le solde commercial extérieur de l'UE sur cette catégorie a connu une trajectoire très favorable, passant de 339 millions d'euros en 2015 à 888 millions d'euros en 2025, soit une hausse de 161,7 %. Le coefficient de dépendance aux importations nettes est passé de −1,5 % à −29,3 %, signifiant que l'UE exporte désormais un volume nettement supérieur à ce qu'elle importe dans ce segment. Cette dynamique traduit la capacité de l'industrie européenne à monter en gamme et à conquérir des parts de marché à l'international, notamment sur les produits à haute valeur ajoutée comme les extraits de café.
Une propension à l'exportation en progression spectaculaire
L'intensité commerciale du secteur (rapport du commerce extérieur à la production) a bondi de 20,1 % à 65,9 % sur la période, tandis que la propension à l'exportation — c'est-à-dire la part de la production destinée aux marchés extérieurs — a été multipliée par près de cinq, passant de 11,8 % à 54,9 %. Ces chiffres, consultables sur le tableau de vulnérabilité, confirment que l'UE est devenue un acteur majeur de l'exportation mondiale de produits dérivés du café et du thé transformés.
2. Une inflation des prix unitaires marquée, particulièrement sur les importations
Une hausse des prix des matières premières importées
Le prix moyen à l'importation a augmenté de 50,7 % sur la période, passant de 7 951 €/t à 11 986 €/t. Cette hausse est nettement supérieure à celle des prix à l'exportation (+33,6 %), ce qui s'explique par la nature même des flux : l'UE importe davantage de matières premières et de semi-produits bruts (extraits de café en vrac), tandis qu'elle exporte des produits finis à plus forte valeur ajoutée.
Les données de la section volatilité et chocs identifient des chocs de prix significatifs en 2022 sur les importations en provenance de l'Inde (décalage de +31,6 %), du Brésil (+59,6 %) et de l'Équateur (+48,6 %). Ces hausses abruptes s'inscrivent dans un contexte de tension sur les marchés mondiaux du café, amplifiée par les effets de la pandémie de Covid-19, les perturbations logistiques et les aléas climatiques affectant les principaux pays producteurs.
Une décomposition hétérogène par segment
La ventilation par sous-produits révèle des dynamiques très différenciées, tant du côté des importations que des exportations :
Importations — prix unitaires (€/t) :
| Segment | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| 210111 — Extraits de café | 8 583 | 13 862 | +61,5 % |
| 210112 — Préparations à base de café | 6 535 | 9 698 | +48,4 % |
| 210120 — Extraits de thé/mate | 6 797 | 9 377 | +38,0 % |
| 210130 — Chicorée et succédanés | 5 605 | 3 696 | −34,1 % |
Exportations — prix unitaires (€/t) :
| Segment | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| 210111 — Extraits de café | 11 530 | 17 189 | +49,1 % |
| 210112 — Préparations à base de café | 4 954 | 5 973 | +20,6 % |
| 210120 — Extraits de thé/mate | 11 479 | 16 713 | +45,6 % |
| 210130 — Chicorée et succédanés | 4 438 | 6 179 | +39,2 % |
Le segment 210111 (extraits de café) domine le commerce tant à l'importation qu'à l'exportation, et affiche les prix les plus élevés. À l'inverse, la chicorée (210130) affiche un prix unitaire à l'importation en baisse, ce qui pourrait traduire une intensification de la concurrence ou un changement dans la composition des approvisionnements.
Une production en baisse mais dont la valeur se maintient
La production européenne de ces produits a reculé de 17,3 % en volume (de 475 000 tonnes à 393 000 tonnes), tandis que la valeur de la production n'a diminué que de 2,6 % (de 3,14 milliards à 3,06 milliards d'euros). Cette divergence entre volume et valeur confirme l'effet de la hausse des prix unitaires et la capacité du secteur à préserver sa valeur ajoutée malgré une contraction des volumes.
3. Recomposition géographique des flux et diversification des partenariats
Des exportations dominées par le Royaume-Uni mais en mutation
Le Royaume-Uni demeure le premier client de l'UE pour ces produits, avec des exportations passant de 328 millions à 592 millions d'eurs (+80,7 %). Toutefois, plusieurs marchés émergents affichent des croissances bien plus rapides :
| Partenaire export (2025) | 2015 (€) | 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 327 766 588 | 592 252 270 | +80,7 % |
| Turquie | 30 849 086 | 154 670 764 | +401,4 % |
| États-Unis | 47 942 702 | 183 198 535 | +282,1 % |
| Australie | 106 044 765 | 118 047 340 | +11,3 % |
| Ukraine | 35 930 936 | 91 106 776 | +153,6 % |
| Russie | 118 302 359 | 99 901 038 | −15,6 % |
La Turquie et les États-Unis se distinguent par des taux de croissance spectaculaires (+401 % et +282 %), tandis que la Russie —historiquement deuxième client — a vu ses achats reculer de 15,6 %, probablement en raison des sanctions et des tensions géopolitiques post-2022.
Des importations reconfigurées par l'essor du Vietnam et de l'Inde
Côté approvisionnements, la recomposition est tout aussi marquée :
| Partenaire import (2025) | 2015 (€) | 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 237 024 351 | 263 091 025 | +11,0 % |
| Viêt Nam | 25 193 196 | 217 723 570 | +764,2 % |
| Inde | 34 311 074 | 120 274 335 | +250,5 % |
| Suisse | 86 123 820 | 163 625 975 | +90,0 % |
| Brésil | 57 733 535 | 78 667 744 | +36,3 % |
| Colombie | 41 924 720 | 51 888 495 | +23,8 % |
| Équateur | 91 974 401 | 57 217 033 | −37,8 % |
Le Viêt Nam s'impose comme le grand vainqueur de cette période, avec une multiplication par plus de huit de ses exportations vers l'UE (+764 %). L'Inde suit avec une multiplication par 3,5 (+250,5 %). En revanche, l'Équateur, ancien fournisseur majeur, a vu ses livraisons chuter de 37,8 %. Cette reconfiguration traduit une diversification stratégique des sources d'approvisionnement de l'UE, avec un basculement progressiel vers l'Asie du Sud-Est.
Une concentration en baisse, signe de diversification
L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) a reculé de 16,4 % pour les importations (de 1 649 à 1 378) et de 16,0 % pour les exportations (de 1 392 à 1 170), selon les données de la section concentration. Cette baisse de la concentration indique une diversification des partenaires commerciales, réduisant la dépendance de l'UE vis-à-vis de quelques fournisseurs ou clients dominants.
Une spécialisation intra-européenne marquée
Au sein de l'UE, l'Espagne se distingue comme le pays le plus spécialisé dans ce segment (indice RCA de 3,11), suivie de la Lituanie (1,99) et de la Pologne (1,83), selon les données de la section spécialisation. La Pologne, la Hongrie et la Tchéquie affichent par ailleurs des taux de croissance très élevés de leurs exportations intra-UE (respectivement +179 %, +210 % et +173 %), témoignant de l'émergence de centres de production et de transformation dans l'Europe centrale et orientale.
Conclusion
La période 2015–2025 a été celle de l'affirmation de l'Union européenne comme exporting net et compétitif dans le domaine des extraits et préparations à base de café, thé et maté. Le solde commercial a été multiplié par 2,6, porté par une croissance des exportations en nette supérieure à celle des importations. Cette dynamique repose sur trois piliers : la montée en gamme de la production européenne, la diversification géographique des partenariats commerciaux, et la forte hausse des prix unitaires — particulièrement marquée depuis 2022 sous l'effet de chocs d'approvisionnement sur les marchés mondiaux du café.
Toutefois, cette croissance ne doit pas masquer certaines vulnérabilités. La baisse de la production en volume (−17,3 %) pourrait, à terme, poser la question de la pérennité de la base productive européenne si la demande extérieure continue de croître. Par ailleurs, la hausse des prix à l'importation (+50,7 %) accroît la sensibilité du secteur aux fluctuations des marchés mondiaux des matières premières, comme l'ont illustré les chocs de 2022 sur les importations en provenance d'Inde, du Brésil et de l'Équateur. La poursuite de la diversification des sources d'approvisionnement, notamment vers l'Asie du Sud-Est, et le maintien de l'avantage compétitif de l'UE sur les produits à haute valeur ajoutée constitueront les enjeux clés des années à venir.