Évolution du marché : Préparations pour pâtisserie (CN 190120) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 190120 couvre les mélanges et pâtes destinés à la préparation de produits de boulangerie, pâtisserie et biscuiterie — des ingrédients intermédiaires essentiels à l'industrie agroalimentaire européenne. Au cours de la décennie 2015–2025, l'Union européenne a considérablement renforcé sa position sur ce segment, passant d'un excédent commercial modéré à un quasi-monopole à l'exportation. Ce rapport analyse les dynamiques commerciales, la géographie des échanges et la structure industrielle sous-jacente à cette transformation remarquable.
1. L'Union européenne, moteur d'une puissance exportatrice en pleine accélération
1.1. Des exportations en croissance spectaculaire, portées par la hausse des prix et des volumes
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE de préparations pour pâtisserie (CN 190120) ont connu une progression remarquable :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 486,9 | 1 139,8 | +134,1 % |
| Volume (t) | 224 850 | 354 711 | +57,8 % |
| Prix moyen (€/t) | 2 165 | 3 212 | +48,3 % |
La valeur des exportations a donc plus que doublé en dix ans, tirée conjointement par une hausse des volumes (+57,8 %) et une forte appréciation des prix unitaires (+48,3 %). Cette dynamique reflète à la fois l'élargissement des marchés d'exportation et une montée en gamme des produits européens, dans un contexte d'inflation des coûts des matières premières agricoles.
1.2. Des importations stables en valeur mais en repli marqué en volume
À l'inverse, les importations de l'UE sont restées remarquablement plates en valeur :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 209,8 | 212,5 | +1,3 % |
| Volume (t) | 148 851 | 96 779 | −35,0 % |
| Prix moyen (€/t) | 1 410 | 2 196 | +55,8 % |
Le volume importé a diminué d'un tiers, tandis que le prix moyen a bondi de 55,8 %. Cela indique que l'UE a réduit sa dépendance quantitative aux fournisseurs tiers, mais que les fournisseurs restants ont significativement augmenté leurs prix — probablement sous l'effet de l'inflation mondiale et de la hausse des coûts de transport post-Covid.
1.3. Un excédent commercial multiplié par plus de trois
L'évolution combinée de ces deux flux a conduit à un creusement spectaculaire de l'excédent commercial de l'UE :
| Année | Excédent (M€) |
|---|---|
| 2015 | 277,1 |
| 2020 | 266,9 |
| 2025 | 927,3 |
L'excédent a été multiplié par 3,3 en dix ans. L'UE est passée d'une position de net_import_reliance_pct légèrement excédentaire (−3,3 % en 2015) à un excédent structurel profond (−25,4 % en 2025). Le signe négatif confirme que l'UE est exportatrice nette ; l'amplification du chiffre traduit un déséquilibre croissant en faveur des exportations.
2. Une diversification géographique des partenaires qui masque une forte dépendance au Royaume-Uni
2.1. Le Royaume-Uni, partenaire incontournable des deux côtés de la Manche
Le Royaume-Uni constitue le premier partenaire commercial de l'UE, tant à l'import qu'à l'export :
| Flux | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Part 2025 | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Exportations vers UK | 235,7 | 453,0 | 39,7 % | +92,1 % |
| Importations depuis UK | 84,5 | 111,2 | 52,3 % | +31,6 % |
Le Royaume-Uni absorbe près de 40 % des exportations de l'UE en valeur — une part colossale qui a presque doublé depuis 2015. Ce renforcement post-Brexit peut sembler contre-intuitif, mais il s'explique par le fait que les producteurs britanniques, désormais hors du marché unique, restent très dépendants des ingrédients pâtissiers européens, tandis que les prix unitaires ont augmenté sous l'effet des nouvelles procédures douanières.
2.2. Des marchés dynamiques en Asie-Pacifique et au Moyen-Orient
Au-delà du Royaume-Uni, les exportations vers l'Asie et le Moyen-Orient ont connu des progressions spectaculaires :
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Japon | 13,4 | 63,1 | +369,3 % |
| États-Unis | 39,0 | 111,5 | +185,7 % |
| Émirats arabes unis | 10,7 | 23,6 | +119,9 % |
| Norvège | 24,4 | 47,3 | +94,4 % |
| Suisse | 27,2 | 53,2 | +95,4 % |
Le cas du Japon est particulièrement remarquable : les exportations y ont été multipliées par près de cinq, reflétant un intérêt croissant du marché nippon pour les ingrédients pâtissiers européens, possiblement lié à l'accord de libre-échange UE-Japon entré en vigueur en février 2019. À l'inverse, les exportations vers la Fédération de Russie ont diminué de 37,1 % (de 22,8 M€ à 14,3 M€), probablement sous l'effet des sanctions économiques imposées après 2022.
2.3. Une concentration des échanges en baisse, signe d'une diversification progressive
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) permet de mesurer la concentration des flux commerciaux :
| Flux | HHI 2015 | HHI 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur) | 2 544 | 1 836 | −27,8 % |
| Importations (valeur) | 3 835 | 3 298 | −14,0 % |
| Exportations (volume) | 2 553 | 1 795 | −29,7 % |
| Importations (volume) | 4 583 | 3 325 | −27,4 % |
La concentration a baissé des deux côtés, mais demeure plus élevée à l'import (HHI > 3 000) qu'à l'export (HHI < 2 000). Cela signifie que les importations restent plus dépendantes d'un nombre restreint de fournisseurs, tandis que les exportations se répartissent sur un éventail plus large de destinations — ce qui renforce la résilience commerciale de l'UE.
Du côté des importations, certains partenaires émergents ont connu des hausses fulgurantes : la Serbie (+575,1 %), la Turquie (+286,2 %) et la Bosnie-Herzégovine (+283,0 %) ont gagné des parts significatives, tandis que la Suisse (−51,7 %) et les États-Unis (−72,3 %) ont perdu du terrain.
3. Une industrie européenne en expansion structurelle, portée par la France et la Grèce
3.1. Une production européenne en forte croissance, tirée par la valeur ajoutée
La production européenne de préparations pour pâtisserie a évolué comme suit :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume (millions de kg) | 1 667,8 | 1 930,2 | +15,7 % |
| Valeur (M€) | 1 885,1 | 4 142,9 | +119,8 % |
Le volume n'a augmenté que de 15,7 %, mais la valeur a bondi de près de 120 %. Cela traduit une hausse massive des prix de production — cohérente avec l'augmentation des coûts des matières premières (céréales, produits laitiers, sucre) observée depuis 2020 — mais aussi une possible montée en gamme de la production européenne. Le prix de production unitaire est ainsi passé d'environ 1,13 €/kg à 2,15 €/kg, soit un quasi-doublement.
3.2. La France et la Grèce, champions de la spécialisation à l'exportation
Les données de spécialisation révèlent une forte hétérogénéité entre États membres :
| Pays | RSCA | RCA | Part des exportations UE | Part dans production UE |
|---|---|---|---|---|
| Grèce | 0,707 | 5,83 | 6,5 % | 3,9 % |
| France | 0,586 | 3,83 | 45,4 % | 30,0 % |
| Autriche | 0,532 | 3,27 | 3,3 % | 10,8 % |
| Estonie | 0,428 | 2,49 | 0,4 % | 0,8 % |
| Belgique | 0,133 | 1,31 | 16,8 % | 11,1 % |
La France domine absolument les exportations avec 45,4 % des flux sortants de l'UE en 2025, pour une valeur de 518,3 M€ (contre 152,3 M€ en 2015, soit +240 %). La Grèce, bien que plus modeste en volume, affiche le coefficient de spécialisation (RSCA) le plus élevé de l'UE, ce qui confirme une orientation très prononcée de son industrie vers l'exportation de ce produit.
À l'inverse, des pays comme l'Espagne (RSCA = −0,70), l'Irlande (RSCA = −0,997) ou Malte (RSCA = −0,998) présentent des indices de spécialisation très négatifs, ce qui signifie qu'ils sont fortement importateurs nets de ces préparations.
3.3. Des chocs ponctuels mais limités, sur des marchés périphériques
L'analyse de volatilité et des chocs détectés révèle que les principaux partenaires commerciaux de l'UE présentent une volatilité relativement faible :
| Partenaire | Coefficient de variation (exportations) |
|---|---|
| Royaume-Uni | 0,095 |
| Émirats arabes unis | 0,113 |
| Suisse | 0,156 |
| Norvège | 0,188 |
| États-Unis | 0,340 |
Les principaux marchés d'exportation sont donc remarquablement stables. Les chocs identifiés concernent des partenaires marginaux : un choc de prix à l'import en provenance de Malaisie en 2018 (abnormalité de 559,5, mais part de valeur de seulement 0,8 %), un choc similaire du Brésil en 2022, et un événement au Cambodge en 2021. Ces épisodes restent sans impact significatif sur le commerce global de l'UE, ce qui témoigne de la robustesse des flux principaux.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des préparations pour pâtisserie (CN 190120) a connu une transformation profonde. L'UE a consolidé sa position de puissance exportatrice majeure, avec un excédent commercial multiplié par plus de trois et une valeur des exportations portée à plus de 1,1 milliard d'euros. Cette dynamique repose sur trois piliers : la montée en gamme de la production (+120 % en valeur pour +16 % en volume), la conquête de nouveaux marchés (Japon, États-Unis, Moyen-Orient) et le maintien d'un flux massif vers le Royaume-Uni. Parallèlement, les importations ont diminué en volume de 35 %, signe d'une réduction de la dépendance extérieure.
La France occupe une position quasi-hégémonique à l'export, tandis que la Grèce se distingue par sa spécialisation la plus forte au sein de l'UE. La concentration des échanges diminue progressivement, ce qui renforce la résilience du secteur face aux chocs potentiels. Toutefois, la forte dépendance au Royaume-Uni (40 % des exportations) constitue un risque géopolitique majeur qui mérite une surveillance attentive dans les années à venir.