Évolution du marché : Poterie de bâtiment (CN 6905) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers pour le code NC 6905, qui couvre les tuiles en céramique, éléments de cheminée, conduits de fumée, ornements architectoniques et autres poteries de bâtiment. Sur la période 2015–2025, le marché européen de la poterie de bâtiment a connu des mutations profondes : une contraction significative des volumes échangés conjuguée à une forte hausse des prix unitaires, une reconfiguration des partenaires commerciaux, et une montée en puissance des importations en provenance des Balkans. L'UE reste cependant excédentaire, avec un solde commercial positif de 106,5 millions d'euros en 2025.
Vue d'ensemble du secteur sur le tableau de bord
1. Le basculement d'un modèle volumique vers un modèle axé sur la valeur
1.1. Des exportations en repli marqué sur les volumes, mais en progression en valeur
L'UE a exporté vers les pays tiers pour 158,9 millions d'euros en 2025 contre 151,7 millions d'euros en 2015, soit une hausse de +4,8 % en valeur. Pourtant, sur la même période, les quantités exportées ont chuté de 810 927 tonnes à 498 508 tonnes (−38,5 %). Cette divergence s'explique par une hausse spectaculaire du prix moyen à l'exportation, passé de 187 €/t à 319 €/t (+70,5 %). Les volumes ont atteint un plancher de 473 347 tonnes en 2023 avant une légère reprise.
| Indicateur | 2015 | 2020 | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Valeur exportations (M€) | 151,7 | 148,3 | 158,9 | +4,8 % |
| Quantité exportations (kt) | 810,9 | 764,9 | 498,5 | −38,5 % |
| Prix moyen export (€/t) | 187 | 194 | 319 | +70,5 % |
Ce mouvement reflète une montée en gamme de la production européenne, orientée vers des produits à plus forte valeur ajoutée (tuiles de prestige, éléments architectoniques), ainsi qu'une hausse généralisée des coûts de production (énergie, matières premières).
Données détaillées sur les échanges
1.2. La production européenne se concentre sur la valeur plutôt que sur les volumes
Les données de production de l'UE confirment cette transformation structurelle. La production en volume a chuté de 6,1 milliards de kg en 2015 à 1,66 milliard de kg en 2025 (−72,8 %), tandis que la valeur de production n'a reculé que de 8,0 %, passant de 2,23 milliards d'euros à 2,05 milliards d'euros. Le prix implicite à la production a donc été multiplié par près de 3,5, signe d'un repositionnement massif de l'industrie européenne.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production (Mds kg) | 6,11 | 1,66 | −72,8 % |
| Valeur production (Mds€) | 2,23 | 2,05 | −8,0 % |
1.3. Les tuiles (690510) dominent les échanges mais connaissent la même trajectoire
Le segment des tuiles (sous-code 690510) représente l'essentiel du commerce : il représente 94 % de la valeur des exportations en 2025 (150,6 M€) et 95 % de la valeur des importations (50,0 M€). Les quantités exportées de tuiles ont reculé de 796 030 à 491 150 tonnes (−38,3 %), tandis que le prix à l'exportation est passé de 178 à 307 €/t (+72,3 %). À l'importation, les tuiles ont vu leur prix moyen passer de 136 à 235 €/t (+72,3 %), avec des volumes importés passant de 143 090 à 212 871 tonnes (+48,8 %).
L'autre segment (690590, éléments de cheminée, ornements, etc.) est nettement plus marginal, avec un volume d'exportation divisé par deux (de 14 897 à 7 358 tonnes) mais des prix unitaires nettement plus élevés (de 660 à 1 139 €/t).
2. Une reconfiguration géographique des partenaires commerciaux
2.1. La Serbie, partenaire désormais incontournable pour les importations
L'évolution la plus marquante côté importations est la montée en puissance de la Serbie, devenue le premier fournisseur de l'UE. Les importations en provenance de Serbie ont été multipliées par plus de 3, passant de 14,1 M€ en 2015 à 44,4 M€ en 2025 (+215,3 %). En 2025, la Serbie représente à elle seule 84,7 % de la valeur des importations de poterie de bâtiment en provenance de pays tiers. Ce dynamisme s'explique par la proximité géographique, les coûts de production compétitifs et les accords commerciaux entre l'UE et la Serbie.
| Pays fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Serbie | 14,1 | 44,4 | +215,3 % |
| Macédoine du Nord | 3,7 | 2,6 | −29,9 % |
| Royaume-Uni | 1,6 | 2,7 | +69,2 % |
| Suisse | 1,0 | 1,5 | +52,3 % |
| Turquie | 0,5 | 0,6 | +36,3 % |
| Chine | 0,2 | 0,2 | +12,2 % |
La concentration des importations s'est fortement accrue : l'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations en valeur est passé de 4 731 à 7 224 (+52,7 %), confirmant la prédominance croissante de la Serbie. Ce niveau d'HHI indique un marché des importations modérément concentré, avec un risque de dépendance accrue vis-à-vis d'un seul fournisseur.
Partenaires par valeur des échanges
2.2. À l'exportation, une géographie plus diversifiée mais des marchés en recomposition
Les exportations de l'UE vers les pays tiers se répartissent sur un ensemble plus diversifié. Le Royaume-Uni est devenu le premier client de l'UE, avec des exportations passées de 22,1 M€ à 41,1 M€ (+86,4 %), en lien avec la reconfiguration post-Brexit et la nécessité pour les importateurs britanniques de s'approvisionner via des canaux formels hors UE.
| Pays client | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 22,1 | 41,1 | +86,4 % |
| Bosnie-Herzégovine | 9,1 | 15,5 | +71,2 % |
| Liban | 12,5 | 8,7 | −30,5 % |
| Albanie | 2,4 | 8,1 | +235,1 % |
| Corée du Sud | 7,2 | 2,6 | −63,7 % |
| Égypte | 3,8 | 1,7 | −54,6 % |
| Algérie | 10,7 | 0,04 | −99,6 % |
L'HHI des exportations reste très faible (573 en 2015, 997 en 2025), ce qui traduit une excellente diversification des débouchés. Cependant, certains marchés traditionnels se sont fortement contractés : l'Algérie a quasi-disparu (−99,6 %), la Corée du Sud (−63,7 %) et l'Égypte (−54,6 %) ont reculé, probablement en raison de facteurs géopolitiques et concurrentiels. À l'inverse, l'Albanie (+235,1 %) et la Bosnie-Herzégovine (+71,2 %) ont connu une forte croissance, illustrant le dynamisme des marchés balkaniques.
2.3. Les États membres moteurs : des trajectoires divergentes
Au sein de l'UE, les exportations sont dominées par quatre grands pays. L'Espagne demeure le premier exportateur (30,9 M€ en 2025), suivi de la France (23,3 M€) et de l'Allemagne (17,9 M€). L'Italie a toutefois connu un déclin marqué (−50,6 %), passant de 26,1 M€ à 12,9 M€. La Croatie a doublé ses exportations (+99,0 %), atteignant 21,3 M€.
| État membre exportateur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Espagne | 27,9 | 30,9 | +10,7 % |
| France | 22,7 | 23,3 | +3,0 % |
| Allemagne | 21,6 | 17,9 | −17,4 % |
| Italie | 26,1 | 12,9 | −50,6 % |
| Croatie | 10,7 | 21,3 | +99,0 % |
| Portugal | 17,1 | 10,5 | −38,9 % |
| Pologne | 9,8 | 9,9 | +1,0 % |
Côté importations intra-UE, la Bulgarie et la Roumanie concentrent une part croissante des achats auprès de pays tiers (respectivement +216,0 % et +99,6 %), reflétant à la fois la proximité avec les fournisseurs balkaniques et le dynamisme du marché de la construction dans ces pays.
Exportateurs et importateurs par État membre
3. Prix, volatilité et chocs : des dynamiques marquées par les tensions structurelles
3.1. Une hausse généralisée et continue des prix
L'une des caractéristiques les plus saillantes de la période est la hausse systématique des prix, tant à l'importation qu'à l'exportation. Le prix moyen à l'importation a progressé de 145 à 242 €/t (+67,1 %), tandis que le prix à l'exportation a grimpé de 187 à 319 €/t (+70,5 %). L'année 2022 marque un point d'inflexion, avec une accélération brutale des prix à l'exportation (passant de 243 à 285 €/t pour les tuiles), probablement liée à la crise énergétique européenne et à la hausse des coûts de production.
Les prix par pièce (unité supplémentaire) confirment cette tendance : le prix à l'exportation des tuiles est passé de 0,54 €/pièce en 2015 à 0,88 €/pièce en 2025 (+61,7 %).
3.2. Des chocs de prix ponctuels sur certains marchés
L'analyse de la volatilité révèle plusieurs épisodes de chocs significatifs. Le plus notable concerne les exportations vers la Corée du Sud, avec un choc de prix détecté en 2022 (anomalie de 188, décalage de +49,5 %), coïncidant avec la flambée des coûts de transport maritime et énergétiques. L'Algérie a connu un choc encore plus violent en 2023 (anomalie de 23,9, décalage de +455,4 %), bien que sur des volumes très faibles. Le Liban a également subi un choc de prix en 2022 (anomalie de 17,9, +65,9 %), dans un contexte de crise économique et monétaire prolongée.
| Marché | Type de choc | Année | Décalage prix |
|---|---|---|---|
| Corée du Sud | Prix (export) | 2022 | +49,5 % |
| Algérie | Prix (export) | 2023 | +455,4 % |
| Liban | Prix (export) | 2022 | +65,9 % |
Parmi les partenaires les plus volatils à l'importation, l'Albanie (CV = 1,31), la Norvège (CV = 1,15) et le Kosovo (CV = 0,98) affichent les coefficients de variation les plus élevés, signe de flux irréguliers.
3.3. Le solde commercial se dégrade malgré le maintien de l'excédent
L'UE demeure structurellement excédentaire pour la poterie de bâtiment, mais le solde commercial s'est réduit de 130,3 M€ en 2015 à 106,5 M€ en 2025 (−18,2 %). La dépendance nette aux importations, bien que restant négative (l'UE est exportatrice nette), est passée de −3,1 % à −5,4 %, ce qui indique un léger renforcement de l'autonomie en termes relatifs. Toutefois, l'intensité commerciale (rapport échanges/production) a plus que doublé, passant de 3,7 % à 9,2 % (+145,9 %), signe d'une intégration croissante du marché européen dans les échanges internationaux.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Solde commercial (M€) | 130,3 | 106,5 | −18,2 % |
| Dépendance nette (%) | −3,1 | −5,4 | −73,9 % |
| Intensité commerciale (%) | 3,7 | 9,2 | +145,9 % |
| Propension à exporter (%) | 3,4 | 7,2 | +114,7 % |
Indicateurs d'autonomie et de vulnérabilité
Conclusion
Le marché européen de la poterie de bâtiment (CN 6905) a profondément évolué entre 2015 et 2025, passant d'un modèle fondé sur le volume à un modèle axé sur la valeur unitaire. La production et les exportations de l'UE ont connu un déclin volumique significatif (respectivement −72,8 % et −38,5 %), compensé par une hausse des prix d'environ 70 %. Les importations, bien que restant modestes en regard des exportations, ont fortement progressé (+145 % en valeur), portées principalement par la Serbie, qui s'est imposée comme le fournisseur dominant.
La géographie commerciale s'est reconfigurée : le Royaume-Unis est devenu le premier client de l'UE post-Brexit, les marchés balkaniques gagnent en importance tant à l'import qu'à l'export, tandis que certains marchés traditionnels (Algérie, Corée du Sud) se sont effondrés. L'UE conserve un excédent commercial confortable (106,5 M€), mais la concentration des importations autour de la Serbie (HHI en forte hausse) constitue un facteur de vulnérabilité à surveiller. Dans un contexte de hausse structurelle des coûts de l'énergie et de transformation des modes de construction, la compétitivité de l'industrie européenne reposera de plus en plus sur sa capacité à innover et à proposer des produits à forte valeur ajoutée.