Évolution du marché : Céramiques ornementales (CN 6913) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 6913 couvre les statuettes et autres objets d'ornementation en céramique (y compris la porcelaine). Ce segment, qui se décline en deux sous-positions — la porcelaine (691310) et les autres céramiques (691390) — constitue un marché de consommation à forte dimension culturelle et artisanale. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne enregistre un déficit commercial structurel et croissant avec le reste du monde, porté principalement par la prédominance des importations chinoises. Le présent rapport s'appuie sur les données d'ensemble du marché et propose trois axes d'analyse : l'évolution des flux commerciaux, la reconfiguration géographique des partenaires, et les chocs de prix observés.
1. Un déficit commercial en expansion constante
1.1. Des importations qui progressent plus vite que les exportations
Entre 2015 et 2025, les importations extra-UE de céramiques ornementales ont augmenté de 39,3 %, passant de 303,0 M€ à 422,2 M€, tandis que les exportations n'ont crû que de 31,7 % (de 160,5 M€ à 211,4 M€). En volume, l'écart est encore plus marqué : les importations ont progressé de 16,6 % (de 123 722 t à 144 225 t), contre +40,1 % pour les exportations (de 25 323 t à 35 473 t). Cela traduit une dynamique où l'UE absorbe des volumes croissants de produits à prix relativement bas, tout en exportant des produits à plus forte valeur unitaire.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 303,0 M€ | 422,2 M€ | +39,3 % |
| Exportations (valeur) | 160,5 M€ | 211,4 M€ | +31,7 % |
| Déficit commercial | −142,5 M€ | −210,7 M€ | +47,9 % |
| Importations (volume) | 123 722 t | 144 225 t | +16,6 % |
| Exportations (volume) | 25 323 t | 35 473 t | +40,1 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.2. Un prix unitaire à la baisse côté exportations
Le prix moyen des exportations a diminué de 6,0 % sur la période (de 6 338 €/t à 5 959 €/t), alors que celui des importations augmentait de 19,5 % (de 2 449 €/t à 2 927 €/t). Cette convergence partielle des prix s'explique par la montée en gamme relative des importations (notamment la porcelaine) et par une possible pression concurrentielle sur les exportations européennes. Le prix d'exportation a connu un minimum à 4 475 €/t en 2018 avant de remonter.
1.3. Une dépendance nette aux importations en forte hausse
Le taux de dépendance nette aux importations est passé de 19,8 % en 2015 à 37,7 % en 2025 (+90,3 %), avec un pic à 50,9 % en 2022. Ce chiffre illustre l'érosion de la capacité productive européenne face à la demande intérieure. En parallèle, la propension à exporter a reculé de 74,6 % à 68,1 %, confirmant que la production européenne s'oriente davantage vers le marché intérieur.
1.4. Un secteur en déclin productif
La valeur de la production européenne est passée de 358 M€ en 2015 à 298 M€ en 2025 (−16,7 %), avec un point bas à 206 M€ en 2021. Ce repli structurel, conjugué à la hausse des importations, indique un transfert progressif de la production vers des pays tiers à moindre coût de main-d'œuvre.
2. Asymétries géographiques et concentration croissante des approvisionnements
2.1. La Chine, fournisseur dominant et de plus en plus concentré
La Chine reste le principal partenaire d'importation de l'UE, avec des flux passant de 226,4 M€ à 350,0 M€ (+54,6 %), et un pic à 432,5 M€ en 2022. En 2025, elle représente environ 83 % des importations totales de l'UE en valeur dans ce segment. L'indice de concentration des importations (HHI valeur) est passé de 5 755 à 6 978 (+21,3 %), signe d'une dépendance croissante vis-à-vis de ce fournisseur unique.
| Partenaire d'importation | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 226,4 M€ | 350,0 M€ | +54,6 % |
| Vietnam | 36,3 M€ | 35,5 M€ | −2,2 % |
| Thaïlande | 11,7 M€ | 5,8 M€ | −50,1 % |
| Turquie | 1,3 M€ | 3,1 M€ | +137,8 % |
| Royaume-Uni | 9,0 M€ | 4,9 M€ | −45,8 % |
Source : Partenaires par valeur
2.2. Les exportations mieux diversifiées mais en repositionnement
À la différence des importations, les exportations restent relativement diversifiées (HHI de 1 202 en 2025, contre 951 en 2015). Les principaux marchés de destination sont les États-Unis (53,4 M€, +62,7 %) et le Royaume-Uni (37,1 M€, +85,3 %). En revanche, les exportations vers la Russie se sont effondrées de 78,7 % (de 7,9 M€ à 1,7 M€), conséquence directe des sanctions économiques imposées à partir de 2022.
| Partenaire d'exportation | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 32,8 M€ | 53,4 M€ | +62,7 % |
| Royaume-Uni | 20,0 M€ | 37,1 M€ | +85,3 % |
| Suisse | 16,3 M€ | 21,4 M€ | +31,2 % |
| Norvège | 14,2 M€ | 8,6 M€ | −39,5 % |
| Russie | 7,9 M€ | 1,7 M€ | −78,7 % |
| Canada | 1,8 M€ | 4,6 M€ | +157,9 % |
2.3. Des spécialisations nationales très inégales au sein de l'UE
Les indices de spécialisation révèlent une forte hétérogénéité au sein de l'UE. Le Portugal se distingue avec un RSCA de 0,81 et un RCA de 9,8, ce qui en fait le pays le plus spécialisé de l'UE dans ce segment. Le Danemark suit (RSCA de 0,63, RCA de 4,4). À l'inverse, l'Irlande, Malte et la Croatie ne présentent aucune spécialisation. Côté exportations, la France (30,2 M€, +95,9 %), le Portugal (26,5 M€, +101,3 %) et les Pays-Bas (18,5 M€, +113,3 %) affichent les progressions les plus dynamiques entre 2015 et 2025.
| Pays UE (exportations) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 40,0 M€ | 37,9 M€ | −5,1 % |
| Espagne | 28,5 M€ | 27,6 M€ | −3,2 % |
| Italie | 19,0 M€ | 28,6 M€ | +49,9 % |
| France | 15,4 M€ | 30,2 M€ | +95,9 % |
| Portugal | 13,1 M€ | 26,5 M€ | +101,3 % |
Source : Rapporteurs par valeur
3. Chocs de prix, volatilité et structure par sous-produit
3.1. Le pic de prix de 2022 : un choc synchronisé
L'année 2022 marque un choc de prix significatif sur les deux principaux flux :
- Importations en provenance de Chine : hausse de prix de 36,6 %, avec un indice d'anormalité de 3,1. Ce choc est vraisemblablement lié à la hausse des coûts de transport maritime et aux perturbations post-COVID.
- Exportations vers la Suisse : hausse de 40,9 %, avec un indice d'anormalité maximal de 10,0. Ce pic pourrait refléter un redéploiement de flux ou des effets de change.
Le prix moyen des importations chinoises a ainsi atteint un sommet de 3 174 €/t en 2022, avant de refluer à 2 588 €/t en 2025.
3.2. Volatilité contrastée selon les partenaires
Les coefficients de variation montrent que les flux les plus stables sont les importations chinoises (CV de 0,15) et les exportations vers la Suisse (CV de 0,07). À l'opposé, les importations en provenance de Turquie (CV de 0,75) et du Royaume-Uni (CV de 0,72), ainsi que les exportations vers la Russie (CV de 0,61), présentent les plus fortes volatilités, souvent liées à des événements géopolitiques ou des fluctuations de change.
3.3. Porcelaine vs. autres céramiques : deux marchés au sein d'un même code
La ventilation par sous-produit révèle des dynamiques distinctes :
Côté importations :
| Sous-produit | Part en volume 2025 | Prix moyen 2025 |
|---|---|---|
| 691390 (autres céramiques) | 87,7 % (126 518 t) | 2 588 €/t |
| 691310 (porcelaine) | 12,3 % (17 707 t) | 5 347 €/t |
Côté exportations :
| Sous-produit | Part en volume 2025 | Prix moyen 2025 |
|---|---|---|
| 691390 (autres céramiques) | 94,6 % (33 572 t) | 3 980 €/t |
| 691310 (porcelaine) | 5,4 % (1 902 t) | 40 885 €/t |
Source : Ventilation par produit
Les exportations de porcelaine européenne (691310) affichent un prix unitaire environ 10 fois supérieur à celui des autres céramiques, ce qui reflète l'image de marque et la qualité perçue de la porcelaine européenne (Limoges, Meissen, etc.). En 2022, le prix d'exportation de la porcelaine a atteint un pic exceptionnel de 61 632 €/t, avant de redescendre à 40 885 €/t en 2025. Les importations de porcelaine (5 347 €/t) restent nettement moins onéreuses que les exportations (40 885 €/t), ce qui confirme une segmentation claire entre une porcelaine d'importation grand public et une porcelaine d'exportation haut de gamme.
Conclusion
Le marché européen des céramiques ornementales (CN 6913) présente, sur la période 2015–2025, un triple mouvement : un creusement du déficit commercial, une concentration accrue des approvisionnements autour de la Chine, et un déclin relatif de la production européenne. Le déficit s'est élargi de 47,9 % pour atteindre −211 M€ en 2025, tandis que le taux de dépendance nette aux importations a presque doublé. Le choc de prix de 2022, commun aux importations chinoises et à certaines routes d'exportation, a temporairement aggravé cette tendance.
Toutefois, le segment européen conserve des atouts : la diversification des marchés d'exportation, la forte valeur ajoutée des exportations de porcelaine, et la dynamique de certains pays comme la France, le Portugal et les Pays-Bas, dont les exportations ont doublé sur la période. La capacité du secteur à maintenir cette différenciation par la qualité sera déterminante pour limiter l'érosion de la base productive européenne dans ce segment.