Évolution du marché : Polyéthylène basse densité (CN 390110) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde pour le code douanier 390110, correspondant au polyéthylène d'une densité inférieure à 0,94 sous formes primaires. Ce polymère, qui comprend notamment le polyéthylène linéaire (LLDPE) et les autres polyéthylènes basse densité (LDPE), constitue un segment majeur de l'industrie des matières plastiques européennes. Sur la période 2015–2025, le marché a traversé plusieurs phases marquantes : une relative stabilité initiale, un choc brutal lié à la pandémie de COVID-19 en 2020, un rebond spectaculaire mais inflationniste en 2021–2022, puis une contraction structurelle des volumes échangés. Les données mettent en évidence trois dynamiques principales : un repli global des flux commerciaux au profit d'un équilibre plus stable ; une recomposition profonde des partenaires commerciaux sous l'effet de la géopolitique et de la compétitivité ; et une fragilisation progressive de la position de l'UE, qui glisse d'un statut d'exportateur net vers une légère dépendance aux importations.
1. Un cycle de contraction des volumes et de rebond prix
1.1 Les volumes échangés ont connu un déclin structurel depuis 2017
Les flux commerciaux totaux de l'UE (hors intra-UE) pour le CN 390110 ont suivi une trajectoire baissière marquée sur la période étudiée. Les exportations ont reculé de 1 347 073 tonnes en 2015 à 1 112 047 tonnes en 2025, soit une baisse de 17,4 %. Les importations ont suivi une trajectoire comparable, passant de 1 817 064 à 1 528 846 tonnes (−15,9 %). En valeur, la contraction est encore plus prononcée : les exportations ont chuté de 19,1 % (de 1,89 à 1,53 milliard d'euros) et les importations de 23,2 % (de 2,18 à 1,68 milliard d'euros).
| Indicateur | 2015 | Pic | Creux (hors 2025) | 2025 | Variation 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Export. volume (kt) | 1 347 | 1 460 (2017) | 1 015 (2023) | 1 112 | −17,4 % |
| Import. volume (kt) | 1 817 | 2 225 (2016) | 1 329 (2023) | 1 529 | −15,9 % |
| Export. valeur (M€) | 1 889 | 2 019 (2022) | 1 437 (2020) | 1 530 | −19,1 % |
| Import. valeur (M€) | 2 183 | 2 703 (2022) | 1 186 (2020) | 1 676 | −23,2 % |
1.2 Le choc COVID-19 de 2020 et le rebond inflationniste de 2021–2022
L'année 2020 marque un point d'inflexion net : les importations s'effondrent à 1 186 millions d'euros (minimum de la période) et les exportations à 1 437 millions d'euros, reflétant la contraction de la demande industrielle mondiale. Le rebond de 2021–2022 est cependant plus remarquable : les importations bondissent à 2 263 M€ en 2021 puis 2 703 M€ en 2022 (+128 % par rapport au creux de 2020), tandis que les exportations atteignent 2 019 M€ en 2022. Ce rebond est avant tout tiré par les prix, les volumes restant en deçà de leurs niveaux d'avant-crise. Le prix moyen des importations passe de 855 €/tonne en 2020 à 1 606 €/tonne en 2022, soit une hausse de 88 %, alimentée par la flambée des coûts de l'énergie (le polyéthylène étant un dérivé du pétrole et du gaz) et les perturbations des chaînes d'approvisionnement post-COVID.
1.3 Un retour progressif à des prix plus modérés après 2022
À partir de 2023, les prix se normalisent tout en restant au-dessus de leur niveau de 2015. Le prix moyen des exportations en 2025 (1 375 €/tonne) est quasi identique à celui de 2015 (1 403 €/tonne, variation de −1,9 %), tandis que le prix des importations (1 096 €/tonne) reste légèrement inférieur à son niveau initial (1 201 €/tonne, −8,7 %). Les volumes restent cependant structurellement plus faibles, suggérant une réduction durable de la demande européenne ou un transfert partiel de la production vers d'autres régions.
2. Une recomposition géographique profonde des partenaires commerciaux
2.1 L'effondrement des approvisionnements saoudiens et la montée en puissance des États-Unis
La transformation la plus spectaculaire concerne la structure des partenaires à l'importation. L'Arabie saoudite, premier fournisseur de l'UE en 2015 avec 610 millions d'euros, a vu ses livraisons s'effondrer de 83,4 % pour ne représenter que 101 M€ en 2025. Ce déclin reflète la stratégie de montée en gamme et d'intégration verticale de l'industrie pétrochimique saoudienne (SABIC et ses partenaires), qui transforme désormais davantage de polyéthylène localement plutôt que d'exporter les formes primaires. En miroir, les importations en provenance des États-Unis ont connu une croissance spectaculaire : de 137 M€ en 2015 à 427 M€ en 2025 (+212,1 %). L'essor du gaz de schiste américain a conféré aux producteurs américains un avantage compétitif considérable en matière de coûts de matières premières, permettant à des entreprises comme Dow, ExxonMobil et LyondellBasell de renforcer massivement leurs exportations vers l'Europe.
| Partenaire import | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Arabie saoudite | 610 | 101 | −83,4 % |
| États-Unis | 137 | 427 | +212,1 % |
| Royaume-Uni | 437 | 303 | −30,7 % |
| Qatar | 176 | 175 | −0,5 % |
| Corée du Sud | 159 | 110 | −30,6 % |
| Norvège | 104 | 71 | −31,4 % |
2.2 L'effondrement des exportations vers la Russie et le recul vers le Royaume-Uni
Du côté des exportations, la Russie est passée de 120 M€ en 2015 à seulement 19 M€ en 2025 (−84,2 %), une chute directement liée aux sanctions économiques imposées à la suite de l'invasion de l'Ukraine en février 2022. Les volumes exportés vers la Russie ont chuté de 78 818 tonnes à 11 512 tonnes. Le Royaume-Uni, autrefois premier client de l'UE avec 475 M€, a vu ses achats fondre de 58,2 % pour atteindre 198 M€ en 2025, un déclin amorcé avant même le Brexit (2020) mais accéléré par les frictions commerciales post-Brexit. En contrepartie, la Chine est devenue un débouché croissant : les exportations vers la Chine ont presque doublé, passant de 128 M€ à 241 M€ (+88,2 %), tandis que la Turquie a consolidé sa position de deuxième client (248 M€, +17,5 %).
| Partenaire export | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 475 | 198 | −58,2 % |
| Turquie | 211 | 248 | +17,5 % |
| Chine | 128 | 241 | +88,2 % |
| Russie | 120 | 19 | −84,2 % |
| Inde | 81 | 81 | +0,7 % |
| Serbie | 50 | 61 | +22,7 % |
2.3 Une concentration des sources d'approvisionnement en légère baisse
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a diminué de 1 616 en 2015 à 1 456 en 2025 (−9,9 %), signe d'une diversification relative des sources d'approvisionnement malgré la montée des États-Unis. L'HHI des exportations a également baissé de 952 à 823 (−13,5 %), indiquant une dispersion accrue des débouchés. Cette évolution traduit la volonté des opérateurs européens de réduire leur dépendance vis-à-vis de quelques partenaires dominants, dans un contexte géopolitique devenu plus incertain.
3. Une fragilisation progressive de la position concurrentielle de l'UE
3.1 Une production européenne en recul tendanciel
Les données de production de l'UE pour le CN 390110 révèlent un déclin structurel. La production en volume est passée de 7,99 milliards de tonnes (pic de 2017, année de forte demande mondiale) à 5,43 milliards de tonnes en 2025, soit une baisse de 32 % par rapport au pic et de 19,5 % par rapport à 2015. En valeur, la production a reculé de 7,00 milliards d'euros à 6,24 milliards d'euros (−10,8 %). Ce repli s'explique par la fermeture progressive de capacités de production en Europe, où les coûts énergétiques (gaz naturel notamment) sont devenus non compétitifs face aux producteurs américains, moyen-orientaux et asiatiques. En 2020, la production avait déjà chuté à 6,04 milliards de tonnes, avant de rebondir temporairement en 2021–2022 sous l'effet de la reprise post-COVID.
3.2 Des spécialisations nationales très inégales au sein de l'UE
L'analyse de spécialisation pour l'année 2025 met en lumière de fortes disparités entre États membres. La Belgique se distingue comme le spécialiste le plus marqué (RSCA de 0,533, RCA de 3,28), portée par les installations pétrochimiques d'Anvers et la présence de grands groupes comme Borealis et INEOS. La Suède (RSCA 0,459, RCA 2,69) et la Finlande (RSCA 0,288, RCA 1,81) bénéficient également d'une spécialisation significative. À l'inverse, des pays comme Chypre (RSCA −1,000), la Croatie (−0,790), la Roumanie (−0,670) et la Tchéquie (−0,653) sont fortement déficitaires dans ce segment, dépendant quasi intégralement des approvisionnements intra-UE ou extra-UE.
| État membre | RSCA | RCA | Part prod. UE | Part com. UE |
|---|---|---|---|---|
| Belgique | 0,533 | 3,28 | 27,8 % | 8,5 % |
| Suède | 0,459 | 2,69 | 6,5 % | 2,4 % |
| Finlande | 0,288 | 1,81 | 1,8 % | 1,0 % |
| Slovaquie | 0,163 | 1,39 | 2,9 % | 2,1 % |
| Espagne | 0,105 | 1,23 | 7,2 % | 5,8 % |
3.3 Le basculement vers une dépendance nette aux importations
L'un des signaux les plus marquants de la période est le glissement de l'UE d'une position d'exportateur net (solde négatif de −294 M€ en 2015, et −1,9 % de dépendance nette aux importations) vers une situation de légère dépendance aux importations en 2025 (+0,7 % de dépendance nette). Ce basculement est particulièrement visible en 2022, où le déficit commercial avait atteint 684 M€ (pic historique), porté par la combinaison de prix d'importation très élevés et de volumes d'exportation en repli. Le taux de propension à l'exporter est passé de 22,2 % à 25,4 % (+14,6 %), ce qui pourrait sembler contradictoire, mais s'explique par le fait que la production a diminué plus vite que les exportations en volume relatif. En d'autres termes, l'UE exporte une part croissante d'une production décroissante, ce qui ne suffit pas à compenser l'afflux d'importations à bas coût.
Conclusion
La période 2015–2025 a profondément transformé le marché européen du polyéthylène basse densité. Trois enseignements majeurs se dégagent. Premièrement, l'UE a subi une contraction durable de ses volumes de production et d'échanges, reflétant un désavantage compétitif croissant lié aux coûts énergétiques, face à des régions disposant d'abondantes matières premières (gaz de schiste aux États-Unis, gaz naturel au Moyen-Orient). Deuxièmement, la recomposition géographique des partenaires commerciaux a été brutale : l'Arabie saoudite a cédé sa place de premier fournisseur aux États-Unis, la Russie a quasi disparu des débouchés à l'exportation, et la Chine est devenue un client majeur. Troisièmement, l'UE est passée d'une situation d'autosuffisance relative à une légère dépendance nette aux importations, un signal d'alerte pour la souveraineté industrielle européenne dans un segment stratégique de la chimie. À l'horizon, la poursuite de la transition énergétique et les incertitudes géopolitiques (relations transatlantiques, tensions au Moyen-Orient) continueront de façonner les dynamiques de ce marché essentiel pour l'industrie des plastiques.