Évolution du marché : oxyde de zinc (CN 2817) — 2015–2025
Introduction
L'oxyde de zinc (code NC 2817) est un composé inorganique largement utilisé dans les industries du caoutchouc, des céramiques, des peintures, de l'agriculture et des cosmétiques. Le présent rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde pour ce produit sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données du Tableau de bord du commerce extérieur de l'UE. La décennie étudiée est marquée par des événements géopolitiques et économiques majeurs — pandémie de Covid-19, crise énergétique, guerre en Ukraine — dont les effets se reflètent nettement dans les flux commerciaux de ce produit. Trois grandes dynamiques structurelles se dégagent de l'analyse des données.
1. D'un déficit structurel à l'équilibre : la spectaculaire transformation du solde commercial
1.1 Le quasi-effacement du déficit commercial de l'UE
La tendance la plus frappante de la période est le resserrement drastique du solde commercial de l'UE pour le CN 2817. En 2015, l'UE affichait un déficit de 32,8 M EUR avec le reste du monde. En 2025, ce déficit s'est réduit à seulement 0,4 M EUR, soit une amélioration de 98,9 %. Le point le plus bas du solde a été atteint à −58,8 M EUR au cours de la période, ce qui souligne l'ampleur du redressement opéré.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (M EUR) | 80,7 | 117,8 | +45,9 |
| Importations (M EUR) | 113,6 | 118,1 | +4,0 |
| Solde (M EUR) | −32,8 | −0,4 | +98,9 |
1.2 Une hausse marquée des prix unitaires à l'import comme à l'export
Les prix unitaires ont connu une augmentation généralisée sur l'ensemble de la période. À l'exportation, le prix moyen est passé de 1 613 EUR/t en 2015 à 2 022 EUR/t en 2025 (+25,3 %), avec un pic exceptionnel à 3 463 EUR/t au cours de la période. À l'importation, l'évolution est encore plus marquée : de 1 684 EUR/t à 2 196 EUR/t (+30,4 %), avec un maximum intermédiaire de 2 854 EUR/t. Ces hausses reflètent la conjonction de la hausse des coûts de l'énergie (particulièrement en 2022), de l'inflation des matières premières et des perturbations des chaînes d'approvisionnement.
Le choc de prix à l'exportation vers les États-Unis en 2022 (hausse de 109,0 %, degré d'anomalie de 12,5) illustre particulièrement bien cette dynamique, les États-Unis représentant alors 32,7 % de la valeur des exportations de l'UE.
1.3 Des volumes d'exportation en nette progression, des importations en repli
L'évolution des volumes confirme le rebond structurel du côté des exportations. Les exportations de l'UE ont progressé de 50 052 t à 58 270 t (+16,4 %), tandis que les importations ont reculé de 67 428 t à 53 804 t (−20,2 %). Il est notable que le volume exporté en 2025 soit le maximum observé sur la période, tandis que le volume importé se situe bien en deçà de son pic de 71 810 t. En valeur, le maximum des importations a atteint 181,7 M EUR au cours de la période — bien au-dessus des niveaux de début et de fin —, ce qui suggère un pic de prix conjoncturel suivi d'une correction.
2. Une reconfiguration profonde des partenaires commerciaux
2.1 L'effondrement des approvisionnements en provenance de Russie
L'un des changements les plus spectaculaires concerne la Russie : les importations de l'UE depuis ce pays sont passées de 17,0 M EUR en 2015 à pratiquement zéro en 2025 (−100 %). La Russie figurait en 2015 parmi les quatre principaux fournisseurs de l'UE. Sa disparition quasi totale des approvisionnements européens s'inscrit dans le contexte des sanctions adoptées à la suite de l'invasion de l'Ukraine en février 2022. Par ailleurs, les échanges avec la Russie présentaient déjà une volatilité élevée (coefficient de variation de 0,63), ce qui en faisait un partenaire risqué.
2.2 L'émergence de nouveaux fournisseurs : Turquie et Vietnam
Pour compenser la perte de la Russie, l'UE s'est tournée vers de nouveaux partenaires d'approvisionnement. La Turquie a connu une progression remarquable, passant de 7,6 M EUR à 20,2 M EUR (+164,9 %), devenant ainsi le troisième fournisseur de l'UE. Le Vietnam a connu une croissance encore plus spectaculaire : de 22 049 EUR à 12,0 M EUR (+54 224,7 %). Ce dernier affiche toutefois un coefficient de variation de 1,00 aux importations et de 1,95 aux exportations, ce qui en fait le partenaire le plus volatile de l'UE pour ce produit. Le Mexique (39,1 M EUR → 43,5 M EUR, +11,4 %) et le Pérou (23,7 M EUR → 21,5 M EUR, −9,6 %) demeurent les deux principaux fournisseurs, avec une relative stabilité, le Mexique affichant le coefficient de variation le plus faible (0,10).
| Partenaire d'importation | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Mexique | 39,1 | 43,5 | +11,4 |
| Pérou | 23,7 | 21,5 | −9,6 |
| Turquie | 7,6 | 20,2 | +164,9 |
| Russie | 17,0 | ~0 | −100,0 |
| Vietnam | 0,02 | 12,0 | +54 224,7 |
| Royaume-Uni | 3,4 | 5,7 | +68,6 |
| Inde | 4,3 | 3,5 | −20,5 |
2.3 Le redéploiement des débouchés à l'exportation
Du côté des exportations, la recomposition géographique est tout aussi notable. Les États-Unis sont devenus le premier débouché de l'UE, avec une progression de 16,4 M EUR à 31,3 M EUR (+90,7 %). La Serbie a connu une trajectoire ascendante similaire (4,2 M EUR → 12,8 M EUR, +203,8 %), probablement liée à son intégration progressive dans la chaîne de valeur européenne. En revanche, les exportations vers le Royaume-Uni ont reculé de 20,7 M EUR à 12,2 M EUR (−41,2 %), un déclin qui s'inscrit dans le contexte post-Brexit et de la réorientation des flux commerciaux. Parallèlement, les exportations vers le Vietnam ont bondi de 0,8 M EUR à 2,9 M EUR (+290,7 %), confirmant le rôle croissant de ce pays dans les échanges bilatéraux pour ce produit.
| Partenaire d'exportation | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 16,4 | 31,3 | +90,7 |
| Royaume-Uni | 20,7 | 12,2 | −41,2 |
| Serbie | 4,2 | 12,8 | +203,8 |
| Turquie | 6,5 | 5,4 | −17,1 |
| Égypte | 5,3 | 5,2 | −1,9 |
| Vietnam | 0,8 | 2,9 | +290,7 |
| Chine | 2,2 | 2,1 | −4,0 |
Enfin, l'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des exportations est passé de 1 264 à 1 076 (−14,9 %), indiquant une diversification des débouchés. À l'inverse, l'HHI des importations a légèrement augmenté (1 974 → 2 128, +7,8 %), suggérant un léger resserrement de la base d'approvisionnement autour de quelques fournisseurs clés.
3. L'essor d'un secteur européen producteur et exportateur
3.1 Une production intérieure en forte croissance
Les données de production PRODCOM révèlent une expansion significative de la production européenne d'oxyde de zinc. En volume, la production est passée de 286 254 t en 2015 à 398 326 t en 2025, soit une hausse de 39,2 %. En valeur, la progression est de 511,4 M EUR à 582,5 M EUR (+13,9 %). L'écart entre la croissance du volume (+39,2 %) et celle de la valeur (+13,9 %) traduit un effet prix défavorable pour les producteurs européens sur la période dans son ensemble, malgré des pics de prix intermédiaires. Le volume de production maximum observé sur la période atteint 450 000 t.
3.2 Une propension à l'exportation et une spécialisation en hausse marquée
L'indicateur le plus révélateur de la transformation structurelle du secteur est la propension à l'exportation, qui mesure la part de la production nationale exportée. Celle-ci est passée de 3,6 % en 2015 à 18,6 % en 2025, soit une multiplication par plus de cinq (+413,2 %). Cet indicateur est identifié comme le plus saillant dans l'analyse des vulnérabilités. Parallèlement, l'intensité commerciale (rapport du commerce total à la production) a augmenté de 21,9 % à 32,1 % (+46,3 %), témoignant d'une intégration plus poussée du secteur dans les échanges mondiaux.
La spécialisation des États membres confirme cette dynamique. En 2025, la Belgique (RSCA de 0,50, RCA de 3,01), les Pays-Bas (RSCA de 0,35, RCA de 2,06) et l'Italie (RSCA de 0,21, RCA de 1,54) figurent parmi les pays les plus spécialisés dans la production et l'exportation de CN 2817 au sein de l'UE.
Au niveau des États membres, les Pays-Bas dominent les exportations (30,9 M EUR → 48,0 M EUR, +55,6 %), suivis de l'Allemagne (17,3 M EUR → 16,8 M EUR, −3,1 %) et de l'Italie (10,9 M EUR → 14,8 M EUR, +35,8 %). La Roumanie se distingue par la plus forte progression (2,7 M EUR → 8,8 M EUR, +225,1 %). Aux importations, l'Espagne reste le premier destinataire (45,4 M EUR → 36,1 M EUR, −20,5 %), mais les Pays-Bas (12,7 M EUR → 22,5 M EUR, +77,4 %) et la Belgique (2,5 M EUR → 9,7 M EUR, +281,5 %) ont fortement accru leurs arrivages.
3.3 Une réduction drastique de la dépendance aux importations
La dépendance nette aux importations de l'UE pour le CN 2817 a connu la baisse la plus prononcée de tous les indicateurs analysés : de 16,6 % en 2015 à 1,3 % en 2025 (−92,1 %). Ce chiffre confirme que l'Union européenne est passée d'une situation de dépendance significative vis-à-vis des fournisseurs tiers à un quasi-équilibre entre importations et exportations, porté par la montée en capacité de production domestique et la compétitivité retrouvée de ses exportateurs.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen de l'oxyde de zinc (CN 2817) a connu une transformation structurelle profonde. Le déficit commercial de l'UE s'est pratiquement effacé (de −32,8 M EUR à −0,4 M EUR), porté par une hausse de 45,9 % des exportations en valeur et une contraction de 20,2 % des volumes importés. Cette évolution s'explique principalement par la forte croissance de la production intérieure (+39,2 % en volume) et la multiplication par cinq de la propension à l'exportation du secteur.
Sur le plan géographique, la disparition de la Russie comme fournisseur (−100 %) a été compensée par la montée en puissance de la Turquie et du Vietnam, tandis que les États-Unis et la Serbie sont devenus des débouchés majeurs. La perte de parts de marché au Royaume-Uni, tant à l'importation qu'à l'exportation, constitue l'une des conséquences visibles du Brexit.
Néanmoins, certaines fragilités persistent : la volatilité élevée de certains partenaires émergents (Vietnam, Malaisie), le léger resserrement de la concentration des importations et la hausse généralisée des prix unitaires — qui atteignent des niveaux nettement supérieurs à ceux de 2015 — appellent à une vigilance soutenue sur la sécurisation des approvisionnements et la compétitivité-prix du secteur européen.