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Évolution du marché : Oxyde de manganèse (CN 2820) — 2015–2025

Introduction

Le code CN 2820 regroupe les oxydes de manganèse, un ensemble de produits inorganiques essentiels à de nombreuses filières industrielles — piles alcalines, céramique, traitement de l'eau et, de plus en plus, batteries pour véhicules électriques. Ce produit se décompose en deux sous-catégories principales : le dioxyde de manganèse (282010), le segment le plus cher et le plus volatile, et les autres oxydes de manganèse (282090), qui représente l'essentiel des volumes échangés.

Sur la période 2015–2025, l'Union européenne demeure une importatrice nette d'oxydes de manganèse, avec un déficit commercial structurel. Toutefois, ce déficit s'est sensiblement réduit, passant de −21,0 M€ en 2015 à −18,7 M€ en 2025. La décennie est marquée par trois dynamiques majeures : une hausse prononcée des prix unitaires qui compense la stagnation des volumes, un pic exceptionnel des importations en 2022 lié à un choc de prix sur le dioxyde de manganèse, et une reconfiguration géographique des partenaires commerciaux de l'UE.


1. Une hausse généralisée des prix qui masque la stagnation des volumes échangés

Des importations en valeur en légère progression, mais en repli en volume

Entre 2015 et 2025, la valeur des importations européennes d'oxydes de manganèse a augmenté de 11,3 %, passant de 34,9 M€ à 38,8 M€. Sur la même période, les volumes importés ont reculé de 5,5 %, de 44 410 t à 41 957 t. C'est donc la hausse du prix moyen à l'importation (+17,8 %, de 785 à 925 €/t) qui explique intégralement la progression en valeur.

Indicateur 2015 2022 (pic) 2025 Var. 2015–2025
Valeur importations (M€) 34,9 73,6 38,8 +11,3 %
Volume importations (kt) 44,4 54,4 42,0 −5,5 %
Prix moyen import (€/t) 785 1 352 925 +17,8 %

Source : Vue d'ensemble des échanges

Des exportations dynamisées par la hausse des prix unitaires

Du côté des exportations, la progression est plus marquée : la valeur a crû de 45,3 %, de 13,9 M€ à 20,1 M€, tandis que les volumes n'ont augmenté que de 9,7 % (de 11 540 t à 12 656 t). Le prix moyen à l'exportation a ainsi gagné 32,5 %, passant de 1 201 à 1 591 €/t. Il est notable que les prix d'exportation de l'UE sont systématiquement supérieurs aux prix d'importation (environ 50–70 % de prime), ce qui suggère que l'UE exporte des oxydes de manganèse à plus forte valeur ajoutée tout en important des produits de base.

Indicateur 2015 2022 (pic) 2025 Var. 2015–2025
Valeur exportations (M€) 13,9 26,4 20,1 +45,3 %
Volume exportations (kt) 11,5 16,0 12,7 +9,7 %
Prix moyen export (€/t) 1 201 1 649 1 591 +32,5 %

Une production européenne en repli volumique mais en forte expansion en valeur

La production intra-européenne confirme cette tendance à l'appréciation des prix. Les volumes produits ont chuté de 24,6 % (de 68 216 t à 51 407 t), tandis que la valeur de la production a bondi de 43,0 % (de 122,6 M€ à 175,3 M€). Le prix unitaire implicite de la production est ainsi passé d'environ 1 800 €/t à près de 3 400 €/t, soit un quasi-doublement. Cette évolution reflète à la fois l'inflation des coûts des matières premières et une éventuelle revalorisation vers des produits de spécialité.

Un déficit commercial structurel mais en voie de réduction

Le solde commercial de l'UE sur les oxydes de manganèse reste déficitaire sur toute la période. Le déficit le plus marqué a été atteint en 2022 (−47,2 M€), tandis que le point le plus favorable se situait en 2016 (−17,7 M€). En 2025, le déficit s'établit à −18,7 M€, un niveau proche du minimum historique, ce qui traduit à la fois la correction des importations après le pic de 2022 et la progression structurelle des exportations.

Année Importations (M€) Exportations (M€) Solde (M€)
2015 34,9 13,9 −21,0
2017 50,6 21,6 −29,0
2020 46,0 28,1 −17,9
2022 73,6 26,4 −47,2
2024 56,8 29,4 −27,4
2025 38,8 20,1 −18,7

2. Le pic de 2022 et la volatilité structurelle du dioxyde de manganèse

Un pic d'importations en 2022, porté par le segment du dioxyde (282010)

L'année 2022 constitue un point de rupture net dans la série. La valeur totale des importations atteint 73,6 M€, soit le maximum de la période. Ce pic est presque exclusivement imputable au dioxyde de manganèse (282010), dont les importations bondissent à 38,4 M€ en 2022, contre 22,4 M€ en 2021 et seulement 11,4 M€ en 2025. Le volume de 282010 atteint 16 406 t en 2022 (contre 14 144 t en 2021), tandis que le prix moyen explose à 2 337 €/t, en hausse de 47 % par rapport à 2021 (1 585 €/t). Le segment des autres oxydes (282090) est resté bien plus stable, avec des volumes autour de 37 000–44 000 t et des prix entre 600 et 925 €/t sur l'ensemble de la période.

Segment Volume 2015 (t) Volume 2022 (t) Volume 2025 (t) Prix 2015 (€/t) Prix 2022 (€/t) Prix 2025 (€/t)
282090 — Autres oxydes 37 887 37 998 36 773 598 927 745
282010 — Dioxyde 6 523 16 406 5 184 1 870 2 337 2 207
Total 44 410 54 404 41 957 785 1 352 925

Source : Comparaison par segment

Des chocs de prix identifiés sur les flux avec la Chine et Taïwan

L'analyse des chocs d'approvisionnement confirme que l'épisode de 2022 est un événement exceptionnel. Le choc le plus significatif est un choc de prix sur les importations en provenance de Chine, centré sur 2022, avec une anormalité de 304,9 et un bond de prix de +55,5 %. La Chine représentait alors 33 % de la valeur totale des importations. Un choc de prix similaire, mais de moindre ampleur, est détecté sur les exportations vers Taïwan (anormalité 131,8, +51,5 %, également en 2022). Un troisième choc, plus ancien, concerne les importations en provenance de Corée du Sud en 2017 (+61,9 %, anormalité 82,9).

Choc Partenaire Flux Année Variation de prix Anormalité
1 Chine Import 2022 +55,5 % 304,9
2 Taïwan Export 2022 +51,5 % 131,8
3 Corée du Sud Import 2017 +61,9 % 82,9

Une volatilité structurellement plus élevée sur les flux de niche

Au-delà du pic de 2022, les coefficients de variation révèlent des niveaux de volatilité très hétérogènes selon les partenaires. À l'importation, les flux les plus volatils concernent le Japon (CV = 0,85), le Royaume-Uni (0,82) et la Corée du Sud (0,62), tandis que le Brésil (0,25) et la Norvège (0,26) offrent une stabilité relative. À l'exportation, la volatilité est globalement plus forte, avec des coefficients extrêmes pour la Thaïlande (1,69), la Turquie (1,52) et le Kazakhstan (1,28) — des marchés de niche où les volumes sont faibles et les fluctuations de prix amplifiées.


3. Une reconfiguration géographique au service d'une moindre dépendance

La montée de la Norvège et de l'Afrique du Sud au détriment de la Chine

Le paysage des principaux partenaires d'importation s'est profondément reconfiguré entre 2015 et 2025. La Chine, qui était le premier fournisseur de l'UE au milieu de la période (avec un pic à 30,7 M€, probablement autour de 2022), a vu ses livraisons se contracter à 6,1 M€ en 2025 (−9,0 % vs 2015). À l'inverse, la Norvège s'est imposée comme le premier fournisseur (9,3 M€ en 2025, +31,2 %), suivie de la Chine, de l'Inde (4,0 M€, +46,3 %), de la Géorgie (3,9 M€, +49,2 %) et de l'Afrique du Sud (5,2 M€, +167,3 %). La Corée du Sud, qui importait 1,0 M€ en 2015, a quasi disparu des flux (0,06 M€, −94,0 %).

Partenaire d'importation 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Norvège 7,1 9,3 +31,2 %
Chine 6,7 6,1 −9,0 %
Inde 2,7 4,0 +46,3 %
Géorgie 2,6 3,9 +49,2 %
Afrique du Sud 1,9 5,2 +167,3 %
Corée du Sud 1,0 0,06 −94,0 %

Des exportations européennes de plus en plus tournées vers l'Asie

Côté exportations, la restructuration est tout aussi marquante. Le Japon est devenu la première destination des exportations européennes, avec une valeur passée de 0,3 M€ à 3,8 M€ (+1 247 %). Les Émirats arabes unis (2,8 M€, +65,4 %) et la Chine (1,4 M€, +70,5 %) complètent le trio de tête. À l'inverse, l'Arabie saoudite (−84,1 %) et l'Inde (−25,4 %) ont vu leur part se réduire. Le Royaume-Uni reste un partenaire stable et en croissance (1,1 M€, +58,6 %), témoignant des liens commerciaux persistants malgré le Brexit.

Partenaire d'exportation 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Japon 0,3 3,8 +1 247 %
Émirats arabes unis 1,7 2,8 +65,4 %
Chine 0,8 1,4 +70,5 %
Inde 1,8 1,3 −25,4 %
Royaume-Uni 0,7 1,1 +58,6 %
États-Unis 1,3 1,3 −2,0 %
Arabie saoudite 0,2 0,03 −84,1 %

Une concentration des importations en légère hausse

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur la valeur des importations est passé de 1 404 à 1 554 (+10,7 %) entre 2015 et 2025, avec un pic à 2 337. Bien que ces niveaux restent en deçà du seuil de marché concentré (2 500), la tendance à la hausse traduit une légère re-centralisation des approvisionnements autour de quelques fournisseurs clés, notamment la Norvège. Côté exportations, le HHI est resté plus faible (de 877 à 939, +7,1 %), indiquant une répartition plus diversifiée des débouchés.

Une dépendance aux importations en net recul

La dépendance nette aux importations de l'UE a diminué de 23,8 % sur la période, passant de 17,8 % à 13,6 %. Le minimum historique (12,9 %) a été atteint à un moment intermédiaire. Parallèlement, l'intensité commerciale a reculé de 43,9 % à 37,2 %, et la propension à l'exportation de 20,3 % à 16,8 % (−17,5 %). Ces indicateurs convergent vers un marché européen qui, bien que restant déficitaire, tend vers une plus grande autonomie relative.

Enfin, l'analyse de la spécialisation à l'exportation en 2025 révèle que l'Espagne (RSCA = 0,81, RCA = 9,77) et la Belgique (RSCA = 0,37, RCA = 2,20) sont les États membres les plus spécialisés dans les oxydes de manganèse, tandis que la Suède, l'Autriche et l'Irelande n'exportent quasiment pas ce produit.


Conclusion

Le marché européen des oxydes de manganèse sur la période 2015–2025 se caractérise par une tension structurelle entre une demande industrielle soutenue et une dépendance persistante — quoique décroissante — aux importations. La dynamique dominante est celle d'une appréciation généralisée des prix, tant à l'importation (+17,8 %) qu'à l'exportation (+32,5 %) et à la production (+~90 % en prix unitaire implicite), qui masque une stagnation, voire un recul, des volumes échangés et produits.

L'événement marquant de la décennie reste le pic de 2022, où la conjonction d'un choc de prix sur le dioxyde de manganèse importé de Chine (+55,5 %) et d'un volume exceptionnel a porté les importations à 73,6 M€, soit le double de la moyenne de la période. Cet épisode a creusé le déficit commercial à −47,2 M€ avant une correction rapide en 2023–2025.

Enfin, la reconfiguration géographique des échanges — avec la montée de la Norvège, de l'Afrique du Sud et de la Géorgie côté importations, et du Japon côté exportations — témoigne d'une diversification des sources d'approvisionnement et des débouchés. La baisse de la dépendance nette aux importations (de 17,8 % à 13,6 %) et la chute de la production intra-européenne en volume suggèrent toutefois que cette autonomisation repose davantage sur un ajustement de la demande que sur un renforcement de la base productive européenne. Les enjeux liés à la transition énergétique et à la demande de batteries pourraient relancer la pression sur ce marché dans les années à venir.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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