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Évolution du marché : Or mi-ouvré (CN 710813) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 710813 couvre l'or, y compris l'or platiné, sous formes mi-ouvrées à usages non monétaires — c'est-à-dire les barres, fils, profilés, feuilles et bandes, ainsi que toute autre forme semi-finie destinée à l'industrie, la bijouterie ou l'investissement physique. Ce segment constitue un maillon essentiel de la chaîne de valeur aurifère européenne : l'Union européenne importe des lingots et matières premières pour les transformer, puis réexporte une part significative de sa production vers des marchés tiers. Sur la période 2015–2025, les échanges de l'UE avec les pays tiers pour ce produit ont connu une expansion remarquable, portée par la hausse des cours mondiaux de l'or et par un redéploiement des flux commerciaux. Le présent rapport s'appuie sur les données douanières annuelles pour analyser cette évolution en trois axes : la dynamique globale des échanges, les reconfigurations géographiques, et la structure concurrentielle du marché.

Pour une vue d'ensemble complète des flux commerciaux, voir le tableau de bord général.


1. Une expansion spectaculaire de la valeur, tirée par les prix plutôt que par les volumes

1.1. La valeur des échanges a plus que doublé sur la décennie

Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE en or mi-ouvré est passée de 2,81 milliards € à 6,34 milliards € (+125,3 %), tandis que celle des exportations est passée de 1,73 milliard € à 5,00 milliards € (+188,5 %). Ce rythme de croissance est remarquable sur un produit qui relève d'une matière première historiquement volatil. Le tableau ci-dessous résume les grandeurs clés en début et fin de période :

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Exportations — valeur (Mds €) 1,73 5,00 +188,5 %
Exportations — quantité (t) 61,6 70,5 +14,4 %
Exportations — prix moyen (€/t) 28,0 M 70,8 M +152,6 %
Importations — valeur (Mds €) 2,81 6,34 +125,3 %
Importations — quantité (t) 149,8 120,1 −19,8 %
Importations — prix moyen (€/t) 18,8 M 52,8 M +181,0 %
Solde commercial (Mds €) −1,08 −1,34 −23,8 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

1.2. Des volumes relativement stables, au contraire des prix

L'observation la plus frappante est le décalage entre la trajectoire des prix et celle des quantités. Les importations en tonnes ont même diminué de 19,8 % sur la période, passant de 149,8 tonnes à 120,1 tonnes, alors que leur valeur augmentait de 125 %. Côté exportations, les volumes n'ont progressé que de 14,4 % (de 61,6 à 70,5 tonnes), tandis que la valeur bondissait de 188,5 %. La hausse des prix unitaires — liée à l'envolée des cours mondiaux de l'or — est donc le moteur principal de l'expansion de la valeur commerciale. Le prix moyen à l'exportation a atteint 70,8 millions €/t en 2025, soit un niveau record sur la période, tandis que le prix moyen à l'importation a culminé à 52,8 millions €/t.

1.3. Un déficit commercial qui s'est creusé mais dont la structure a évolué

L'UE demeure déficitaire sur ce segment, avec un solde négatif de 1,34 milliard € en 2025. Toutefois, ce déficit est resté relativement contenu par rapport à la hausse globale des valeurs : il a fluctué entre −316 millions € (2022) et −2,26 milliards € (2020). La baisse de la dépendance nette aux importations, passée de 23,0 % en 2015 à 19,0 % en 2025, indique que l'UE a légèrement renforcé sa position relative : les exportations ont crû plus vite que les importations en valeur. L'intensité commerciale a quant à elle presque doublé (de 41,1 % à 90,0 %), et la propension à exporter a bondi de 14,7 % à 79,6 %, signe que l'or mi-ouvré est devenu un produit de plus en plus « tourné vers l'extérieur » dans le commerce extérieur de l'UE.


2. Une réorganisation profonde des partenaires et des routes commerciales

2.1. La Suisse, pilier incontournable du commerce aurifère européen

La Suisse demeure de loin le partenaire dominant, tant à l'import qu'à l'export. En 2025, l'UE a importé 5,22 milliards € d'or mi-ouvré en provenance de Suisse (82,3 % des importations totales) et lui en a exporté pour 1,49 milliard € (29,7 % des exportations). Les importations depuis la Suisse ont progressé de 147 % sur la période, tandis que les exportations vers ce pays ont augmenté de 64 %. Cette asymétrie reflète le rôle de la Suisse comme plaque tournante du raffinage et du négoce de l'or, depuis laquelle une partie du métal transitant par les raffineries helvétiques est ensuite réexpédiée vers l'UE sous forme de produits semi-finis. La volatilité des volumes des flux avec la Suisse reste relativement faible (coefficient de variation de 0,20 pour les importations), ce qui confirme la régularité structurelle de cette relation.

2.2. Le Royaume-Uni, un partenaire dont l'importance a explosé

La trajectoire du Royaume-Uni est l'un des développements les plus marquants de la période. Les exportations de l'UE vers le Royaume-Uni sont passées de 471 millions € en 2015 à 2,41 milliards € en 2025 (+411 %), faisant de ce pays le premier débouché à l'exportation devant la Suisse. Ce bond, qui s'est particulièrement accéléré à partir de 2021, est vraisemblablement lié à l'essor du marché londonien de l'or d'investissement et aux effets du Brexit sur les flux intra-européens désormais comptabilisés comme commerce extra-UE. Côté importations, le flux depuis le Royaume-Uni a connu un pic spectaculaire en 2021 (416 millions €) avant de se stabiliser autour de 140–238 millions €, bien au-dessus du niveau de 2015 (49 millions €). Un choc de prix majeur a été détecté sur les importations en provenance du Royaume-Uni autour de 2019, avec un décalage de prix de +262 % par rapport à la tendance, reflétant probablement une modification des conditions commerciales liée au Brexit.

2.3. L'émergence de nouveaux partenaires et le déclin de fournisseurs historiques

La géographie des approvisionnements s'est considérablement diversifiée, en dépit d'une concentration mesurée par l'indice HHI qui est restée élevée (6 838 en 2025 pour les importations). Plusieurs tendances se distinguent :

Partenaire (importations) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%)
Suisse 2 113 5 220 +147 %
États-Unis 26 310 +1 089 %
Chine 6 55 +792 %
Afrique du Sud 93 206 +122 %
Royaume-Uni 49 141 +190 %
Brésil 180 5 −98 %
Suriname 136 3 −98 %

Source : Partenaires principaux

Le Brésil et le Suriname, fournisseurs significatifs au début de la période, ont quasi disparu des flux d'importation. À l'inverse, les États-Unis et la Chine ont considérablement accru leurs parts. Côté exportations, les Émirats arabes unis (+305 %) et la République dominicaine (de 0,6 M€ à 53 M€) ont émergé comme débouchés importants, tandis que la Jordanie a connu une progression régulière (+333 %). Ces dynamiques reflètent à la fois des changements dans les circuits de raffinage mondiaux et une demande croissante d'or physique dans le Golfe et les Caraïbes.

2.4. La restructuration des flux intra-UE désormais comptabilisés comme commerce extra-UE

La montée en puissance de plusieurs partenaires européens — Suisse et Royaume-Uni en tête — ne peut être entièrement comprise sans rappeler que la Suisse n'est pas membre de l'UE, et que le Royaume-Uni, depuis le Brexit (effectif au 1er janvier 2021), est désormais comptabilisé comme pays tiers. La forte croissance des échanges avec le Royaume-Uni à partir de 2021 est en partie un artefact statistique, mais elle reflète aussi une dynamique commerciale réelle : le Royaume-Uni est un centre majeur de stockage et de négoce de l'or physique (notamment via le London Bullion Market).


3. Une transformation structurelle de la production et de la spécialisation intra-européenne

3.1. La production européenne : moins de volume, plus de valeur

Les données de production de l'UE révèlent un mouvement de fond : les volumes produits ont chuté de 37,6 % (de 352 657 tonnes en 2006 à environ 220 000 tonnes en 2024), tandis que la valeur de la production a bondi de 208 %, passant de 1,26 milliard € à 3,89 milliards €. En d'autres termes, l'industrie européenne de l'or mi-ouvré s'est repositionnée vers des produits à plus forte valeur ajoutée. Le prix moyen de la production a ainsi été multiplié par près de cinq sur la période, passant d'environ 3 576 €/t à 17 673 €/t.

3.2. Une spécialisation géographique très inégale au sein de l'UE

Les indicateurs de spécialisation (RSCA) pour 2025 révèlent une Europe à deux vitesses :

Pays RSCA RCA Part de production UE
Espagne 0,559 3,54 20,5 %
Portugal 0,558 3,53 4,9 %
Luxembourg 0,552 3,47 1,1 %
Autriche 0,395 2,30 7,6 %
Allemagne 0,300 1,86 39,3 %
France −0,258 0,59 4,6 %
Italie −0,120 0,79 6,3 %
Irlande −1,000 0,00 0,0 %

Cinq pays (Espagne, Portugal, Luxembourg, Autriche et Allemagne) affichent un avantage comparatif révélé (RCA > 1), l'Espagne et le Portugal occupant la tête du classement avec des RSCA supérieurs à 0,55. L'Allemagne, avec 39,3 % de la production européenne, est le premier producteur en volume mais ne se classe qu'au cinquième rang pour la spécialisation. À l'inverse, l'Irlande, le Danemark, l'Estonie et la Finlande n'ont aucune spécialisation dans ce segment.

3.3. L'Autriche et l'Espagne, locomotives de la croissance à l'export

L'évolution des exportations par pays membre est particulièrement révélatrice de la dynamique de restructuration :

Pays (exportations intra-UE → extra-UE) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%)
Espagne 205 1 419 +591 %
Autriche 21 1 130 +5 358 %
Italie 93 896 +867 %
Belgique 964 594 −38 %
Allemagne 187 381 +104 %

Source : Exportateurs principaux

L'Autriche affiche une progression vertigineuse de 5 358 %, passant de 21 millions € à 1,13 milliard €, ce qui en fait le deuxième exportateur de l'UE en 2025. L'Espagne a multiplié ses exportations par sept. À l'opposé, la Belgique, qui dominait les exportations en 2015 (964 M€), a vu ses flux diminuer de 38 %, reflétant possiblement une redistribution des activités de raffinage vers d'autres pays. Côté importations, l'Allemagne (de 594 M€ à 2,42 Mds €, +308 %) et l'Italie (de 243 M€ à 1,33 Md €, +448 %) ont vu leur rôle de réceptionneurs d'or mi-ouvré s'amplifier fortement, tandis que l'Autriche a connu une baisse de 17 % — cohérente avec le fait qu'elle ait basculé d'un rôle d'importateur-transformation à celui d'exportateur net.

3.4. Une concentration des importations qui s'est renforcée, et des exportations qui se sont diversifiées

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a augmenté de 5 722 à 6 838 (+19,5 %) entre 2015 et 2025, confirmant une concentration croissante des approvisionnements autour de la Suisse. À l'inverse, le HHI des exportations a diminué de 3 555 à 3 300 (−7,2 %), signe d'une diversification progressive des débouchés à l'exportation. Cette asymétrie — concentration accrue des sources d'approvisionnement, diversification des débouchés — constitue l'un des traits structurels les plus saillants de la décennie.

3.5. Les sous-produits confirment une montée en gamme

La ventilation par sous-segment révèle que les importations de l'ensemble 71081310 (barres, fils, profilés, feuilles et bandes > 0,15 mm) ont progressé en valeur de 1,38 Md € à 3,74 Md € (+172 %), tandis que le sous-segment résiduel 71081380 (autres formes mi-ouvrées) est passé de 1,44 Md € à 2,61 Md € (+82 %). Les formes les plus « structurées » (barres, feuilles, bandes) ont donc connu une croissance plus rapide. Côté exportations, c'est le sous-segment 71081380 qui a connu la plus forte expansion (de 388 M€ à 2,50 Md €, soit +546 %), suggérant que l'UE s'est spécialisée dans la transformation et la réexportation de formes plus raffinées d'or mi-ouvré.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché de l'or mi-ouvré (CN 710813) dans l'Union européenne a connu une transformation profonde. L'expansion de la valeur commerciale, qui a plus que doublé en dix ans, est avant tout le produit de la hausse des cours mondiaux de l'or, les volumes physiques échangés restant relativement stables voire en recul côté importations. Parallèlement, la géographie commerciale s'est reconfigurée : la Suisse demeure le pivot incontournable, mais le Royaume-Uni est devenu le premier débouché à l'exportation, tandis que des fournisseurs historiques comme le Brésil et le Suriname ont quasi disparu. Au sein de l'UE, une redistribution des rôles s'est opérée : l'Autriche et l'Espagne sont devenues des puissances exportatrices, tandis que la Belgique a perdu du terrain. La production européenne s'est orientée vers des produits à plus forte valeur ajoutée, et les exportations se sont diversifiées malgré une concentration accrue des approvisionnements. Ces dynamiques plaident pour une vigilance accrue sur les risques d'approvisionnement — la dépendance à la Suisse s'étant renforcée — tout en soulignant la capacité de l'industrie européenne à se repositionner sur des segments à plus haute valeur ajoutée dans la chaîne de valeur aurifère mondiale.

Généré le 2026-08-04. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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