Évolution du marché : Or mi-ouvré (CN 71081380) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 71081380 couvre l'or, y compris l'or platiné, sous formes mi-ouvrées (à l'exclusion des feuilles, bandes, barres, fils et profilés). Ce produit se situe au cœur des chaînes de valeur de la joaillerie, de l'industrie électronique et de l'orfèvrerie. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne en la matière a connu des transformations remarquables : une explosion des exportations, un effondrement des volumes importés, un rééquilibrage spectaculaire de la balance commerciale et une hausse des prix unitaires sans précédent, en lien avec l'envolée du cours de l'or. Le présent rapport propose une analyse structurée de ces dynamiques, appuyée sur les données fournies par le Tableau de bord du commerce.
1. Une explosion des exportations et un rééquilibrage spectaculaire de la balance commerciale
1.1 Des exportations multipliées par plus de six en valeur
La dynamique la plus marquante de la période réside dans l'envolée des exportations de l'UE en or mi-ouvré. En valeur, elles sont passées de 388 millions d'euros (2015) à plus de 2,5 milliards d'euros (2025), soit une hausse de +545 %. Le pic a été atteint à 2,54 milliards d'euros, avant un léger recul en 2025.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, Mds €) | 0,39 | 2,50 | +545 % |
| Exportations (quantité, t) | 19,0 | 34,8 | +83 % |
| Exportations (prix moyen, M €/t) | 20,3 | 71,8 | +254 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Le volume physique a certes progressé de 83 %, mais cette progression est bien plus modeste que celle de la valeur. C'est donc principalement la hausse du prix unitaire qui a tiré les exportations à la hausse, reflétant la forte appréciation du cours de l'or sur les marchés mondiaux.
1.2 Des importations en volume en net recul, mais en valeur soutenue par les prix
Du côté des importations, l'évolution est radicalement différente. Le volume importé a chuté de 77,8 tonnes à 36,2 tonnes, soit un recul de −53,5 %. Pourtant, la valeur des importations a progressé de 81 % (de 1,44 à 2,61 milliards d'euros), portée par l'envolée du prix moyen — passé de 18,5 à 72,0 millions d'euros par tonne (+290 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur, Mds €) | 1,44 | 2,61 | +81 % |
| Importations (quantité, t) | 77,8 | 36,2 | −54 % |
| Importations (prix moyen, M €/t) | 18,5 | 72,0 | +290 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
La contraction des volumes importés, combinée à l'expansion des exportations, a profondément reconfiguré la position commerciale de l'UE.
1.3 D'un déficit structurel à un quasi-équilibre
La balance commerciale de l'UE pour ce produit est passée d'un déficit de 1,05 milliard d'euros en 2015 à un déficit résiduel de seulement 102 millions d'euros en 2025, soit une amélioration de 90 %. Un excédent a même été enregistré au cours de la période, culminant à 968 millions d'euros. En parallèle, la dépendance nette aux importations est passée de 23 % à 19 % (avec un minimum historique à 9,5 %), ce qui traduit un renforcement de l'autonomie commerciale de l'UE dans ce segment.
2. La Suisse, partenaire incontournable, et l'émergence de nouveaux circuits commerciaux
2.1 Le rôle structurant de la Suisse dans les échanges intra-européens
La Suisse demeure le principal partenaire de l'UE tant à l'importation qu'à l'exportation pour l'or mi-ouvré, ce qui s'explique par le rôle central de Zurich et Genève comme places de raffinage et de négoce de l'or.
| Flux | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations depuis la Suisse (Mds €) | 1,37 | 2,05 | +49 % |
| Exportations vers la Suisse (M €) | 301 | 300 | −0,5 % |
Source : Partenaires principaux par valeur
Les importations en provenance de Suisse ont progressé en valeur (+49 %), tandis que les exportations vers la Suisse sont restées stables. Cependant, la part relative de la Suisse a logiquement diminué à mesure que d'autres partenaires gagnaient en importance, comme en témoigne la baisse de l'indice HHI des importations (de 9 154 à 6 268, soit −31,5 %), signe d'une diversification des sources d'approvisionnement.
2.2 Une géographie des exportations en pleine mutation
Le changement le plus spectaculaire côté exportations concerne le Royaume-Uni, devenu en 2025 le premier destinataire des exportations de l'UE avec 1,94 milliard d'euros — soit une multiplication par 125 par rapport à 2015 (+12 415 %). Cette dynamique peut s'expliquer par le Brexit (2020) et la nécessité de déclarer explicitement les flux vers le Royaume-Uni, auparavant masqués dans le commerce intra-UE, ainsi que par le rôle de Londres comme plaque tournante du négoce de l'or.
D'autres partenaires ont connu des hausses remarquables :
| Partenaire | 2015 (M €) | 2025 (M €) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 15,5 | 1 945,0 | +12 415 % |
| République dominicaine | 3,5 | 53,4 | +1 407 % |
| Émirats arabes unis | 6,0 | 33,1 | +455 % |
| Jordanie | 0,0001 | 14,7 | — |
Source : Partenaires principaux par valeur
La République dominicaine et la Jordanie, auparavant marginales, figurent désormais parmi les principaux débouchés — un signe de l'internationalisation des circuits de distribution de l'or mi-ouvré européen.
2.3 Des sources d'importation plus diversifiées mais toujours dominées par la Suisse
Côté importations, la Suisse reste largement dominante (2,05 milliards d'euros en 2025), mais plusieurs partenaires ont connu des progressions exponentielles :
| Partenaire | 2015 (M €) | 2025 (M €) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 4,7 | 54,0 | +1 041 % |
| États-Unis | 8,0 | 82,2 | +930 % |
| Émirats arabes unis | 1,7 | 159,7 | +9 377 % |
| Afrique du Sud | 0,3 | 99,7 | +34 623 % |
| Brésil | 8,5 | 0,001 | −100 % |
Source : Partenaires principaux par valeur
L'irruption des Émirats arabes unis (9 377 %) et de l'Afrique du Sud (34 623 %) illustre le renforcement des liens entre l'UE et les hubs de raffinage du Golfe et les pays producteurs africains. À l'inverse, le Brésil, qui approvisionnait l'UE à hauteur de 8,5 millions d'euros en 2015, a quasiment disparu des flux en 2025.
2.4 Une concentration intra-UE en restructuration
La spécialisation des États membres, mesurée par l'indice RSCA, révèle des profils très contrastés en 2025 :
| Pays le plus spécialisé | RSCA | Part dans la production UE | Part dans le commerce UE |
|---|---|---|---|
| Croatie | 0,742 | 2,7 % | 0,4 % |
| Autriche | 0,739 | 22,0 % | 3,3 % |
| Roumanie | 0,406 | 4,0 % | 1,7 % |
Source : Spécialisation
L'Autriche combine un haut degré de spécialisation (RSCA 0,74) et une part dominante dans la production UE (22 %), confirmant le rôle de la fonderie de voestalpine/Münze Österreich. Du côté des exportateurs intra-UE, l'Autriche est passée de 19 millions d'euros à 1,10 milliard d'euros (+5 772 %), et l'Espagne de 149 à 924 millions d'euros (+521 %), ce qui en fait les deux moteurs principaux de la croissance des exportations hors UE.
3. Production en repli, prix en forte hausse : un marché transformé par la valorisation du métal
3.1 Une production physique en déclin mais une valeur en hausse spectaculaire
Les données de production intra-UE (PRODCOM) montrent un paradoxe saisissant : la production physique d'or mi-ouvré est passée de 352 657 kg (2015) à 220 000 kg (2025), soit un recul de −37,6 %, alors que la valeur de cette production est passée de 1,26 à 3,89 milliards d'euros (+208 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production (quantité, kg) | 352 657 | 220 000 | −37,6 % |
| Production (valeur, Mds €) | 1,26 | 3,89 | +208 % |
| Prix implicite (€/kg) | 3 576 | 17 673 | +394 % |
Source : Volumes de production
Le prix implicite de la production a été multiplié par près de 5, ce qui reflète à la fois la hausse du cours mondial de l'or et une possible évolution structurelle du mix de produits — vers des formes à plus forte valeur ajoutée. La baisse des volumes physiques pourrait par ailleurs traduire une désindustrialisation partielle de la transformation de l'or dans l'UE, ou un recentrage sur des produits à forte valeur ajoutée (composants électroniques, dispositifs médicaux, etc.).
3.2 Des prix unitaires d'échange en forte convergence vers le haut
Les prix moyens à l'importation et à l'exportation ont tous deux connu une hausse spectaculaire, convergeant autour de 70–72 millions d'euros par tonne en 2025.
| Indicateur | 2015 (M €/t) | 2025 (M €/t) | Variation |
|---|---|---|---|
| Prix à l'exportation | 20,3 | 71,8 | +254 % |
| Prix à l'importation | 18,5 | 72,0 | +290 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
La convergence des prix import/export et la hausse de l'unité de valeur en tonnes (près de 72 M €/t en 2025) suggèrent que les flux sont de plus en plus dominés par des lots à haute pureté ou à forte teneur, conformes aux standards LBMA, plutôt que par des semi-produits à moindre valeur unitaire. Le prix unitaire des unités supplémentaires (en tonne brute, GT) a connu une évolution comparable, passant respectivement de 25 à 84 €/GT pour les exportations et de 30 à 80 €/GT pour les importations.
3.3 Une volatilité marquée sur certains flux bilatéraux et des chocs ponctuels
L'analyse de la volatilité bilatérale révèle des écarts importants entre partenaires. Les flux les plus volatils (coefficient de variation élevé) concernent des partenaires de petite taille :
| Flux | Partenaire | CV |
|---|---|---|
| Importations | Brésil | 2,51 |
| Importations | Andorre | 2,00 |
| Importations | Afrique du Sud | 1,44 |
| Importations | EAU | 1,43 |
| Exportations | Norvège | 1,74 |
| Exportations | Thaïlande | 1,53 |
Source : Volatilité
En revanche, les principaux partenaires (Suisse, EAU à l'export) présentent une volatilité plus modérée (CV de 0,33 à 0,41), témoignant de relations commerciales plus stables et récurrentes.
Des chocs ponctuels ont été détectés sur certains flux, notamment un effondrement des prix à l'exportation vers l'Inde (−83 % en 2020, avec un indice d'anormalité de 293) et vers l'Iran (−95 % en 2017). Du côté des importations, un pic de prix anormal a été observé sur les flux en provenance du Japon en 2017 (+746 %). Ces événements restent toutefois de faible ampleur en termes de part de valeur (0 à 0,1 %), ce qui limite leur impact systémique.
3.4 Une intensification des échanges et une propension à l'exportation en hausse vertigineuse
Les indicateurs d'ouverture confirment l'intensification du commerce extérieur de l'UE dans ce segment :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Intensité commerciale | 41,1 % | 90,0 % | +119 % |
| Propension à exporter | 14,7 % | 79,6 % | +440 % |
| Dépendance nette aux importations | 23,0 % | 19,0 % | −17 % |
Source : Intensité commerciale et Propension à exporter
L'indicateur le plus révélateur est la propension à exporter, multipliée par plus de 5 (+440 %), qui place l'UE dans une position de plus en plus tournée vers l'extérieur sur ce produit. L'UE est ainsi passée d'une position de consommatrice/importatrice nette à celle d'un acteur exportateur majeur sur le marché mondial de l'or mi-ouvré.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le commerce de l'UE en or mi-ouvré (CN 71081380) a subi une transformation profonde. Trois tendances dominent cette décennie :
- Le rééquilibrage de la balance commerciale, passée d'un déficit de plus d'un milliard d'euros à un quasi-équilibre, porté par une multiplication des exportations par six en valeur.
- La restructuration de la géographie commerciale, avec l'émergence du Royaume-Uni comme premier débouché (effet Brexit), la diversification des sources d'importation au-delà de la Suisse (Émirats arabes unis, Afrique du Sud), et la montée en puissance de l'Autriche et de l'Espagne comme exportateurs de premier plan au sein de l'UE.
- La domination du facteur prix, les volumes physiques ayant reculé du côté des importations et de la production, tandis que la hausse du cours de l'or a dopé toutes les valeurs unitaires, transformant un marché en apparence atone en volume en un marché d'une dynamique exceptionnelle en valeur.
L'UE apparaît désormais comme un acteur exportateur majeur de l'or mi-ouvré, avec une propension à l'exportation en très nette progression. Toutefois, cette évolution est largement tributaire du niveau des prix de l'or sur les marchés mondiaux : un retournement de conjoncture pourrait modifier significativement l'analyse des volumes et des équilibres commerciaux.