Évolution du marché : Matériel, machines et appareils pour la production du froid (autres que réfrigérateurs et meubles congélateurs-conservateurs) (CN 841869) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 841869 couvre l'ensemble du matériel, des machines et des appareils destinés à la production du froid, à l'exclusion des réfrigérateurs, meubles congélateurs-conservateurs et des pompes à chaleur (qui relèvent du code 841861). Il s'agit d'un code résiduel au sein du sous-position 8418, englobant notamment les systèmes de réfrigération industriels, les équipements de froid commercial, les groupes frigorifiques et les machines de congélation rapide. Ce segment représente un enjeu stratégique pour l'Union européenne, tant sur le plan industriel que climatique, dans un contexte de montée des exigences en matière d'efficacité énergétique et de réfrigérants à faible impact environnemental.
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux extra-européens de l'UE pour le code 841869 sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données de Trade Dashboard. Trois dynamiques majeures structurent cette période : une croissance vigoureuse consolidant la position d'exportateur net de l'UE, une restructuration géographique profonde des flux d'approvisionnement et de débouchés, et une série de chocs de prix liés aux crises successives.
1. Une décennie de croissance vigoureuse qui renforce la position d'exportateur net de l'UE
1.1. Les exportations doublent en valeur entre 2015 et 2025
Sur la période considérée, les exportations de l'UE vers les pays tiers ont progressé de manière quasi ininterrompue. En valeur, elles sont passées de 1 119 M€ en 2015 à 2 258 M€ en 2025, soit une hausse de +101,7 %. En quantité, la progression est de +34,2 %, passant de 75 222 à 100 973 unités (tonnes). L'écart entre la croissance de la valeur (+101,7 %) et celle des quantités (+34,2 %) s'explique en grande partie par une augmentation significative des prix unitaires à l'exportation, qui ont progressé de +50,2 % (de 14 881 €/t à 22 353 €/t). Cela témoigne d'un mouvement de montée en gamme des équipements européens, ou d'une inflation des coûts de production reportée sur les prix de sortie.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 1 119 | 2 258 | +101,7 % |
| Exportations (tonnes) | 75 222 | 100 973 | +34,2 % |
| Prix unitaire export (€/t) | 14 881 | 22 353 | +50,2 % |
| Importations (M€) | 347 | 746 | +115,1 % |
| Importations (tonnes) | 24 123 | 49 073 | +103,4 % |
| Prix unitaire import (€/t) | 14 378 | 15 201 | +5,7 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.2. L'excédent commercial s'approfondit nettement
L'Union européenne dégage un excédent structurel sur ce segment, et celui-ci ne cesse de se creuser. Le solde commercial est passé de 773 M€ en 2015 à 1 512 M€ en 2025 (+95,7 %). Le taux de dépendance aux importations nettes s'est approfondi de −16,0 % à −51,4 %, confirmant que l'UE est un exportateur net de plus en plus massif. En parallèle, la propension à exporter a presque doublé, passant de 27,6 % à 51,7 %, ce qui indique que la production européenne de froid est de plus en plus tournée vers l'export.
1.3. Une production européenne en hausse mais volatile
Les données de production PRODCOM confirment cette dynamique. La production en valeur de l'UE est passée de 3 789 M€ en 2015 à 4 140 M€ en 2024 (+9,3 %). Toutefois, le volume produit a connu des fluctuations marquées, avec un pic à 5 579 k unités en 2018 avant de reculer à 2 534 k unités en 2024. Cette divergence entre la valeur et le volume de production (prix PRODCOM en hausse de 778 €/unité en 2015 à 1 634 €/unité en 2024) traduit un mouvement vers des équipements de plus grande valeur ajoutée.
2. Restructuration géographique des flux : la Chine domine les importations tandis que les débouchés se diversifient
2.1. La Chine, fournisseur incontournable mais risqué
Les importations en provenance de Chine ont connu une croissance spectaculaire : de 117 M€ en 2015 à 333 M€ en 2025 (+185,7 %), la Chine représentant à elle seule près de 45 % de la valeur totale des importations de l'UE en 2025. En volume, la progression est encore plus forte (+176 %). Le taux de concentration des importations (HHI) est passé de 1 813 à 2 336, indiquant un accroissement de la dépendance vis-à-vis d'un nombre limité de fournisseurs, la Chine étant de loin le premier d'entre eux. Ce niveau de concentration (modéré mais croissant) constitue un facteur de vulnérabilité en cas de tensions géopolitiques ou de ruptures logistiques.
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 117 | 333 | +185,7 % |
| Turquie | 17 | 44 | +163,7 % |
| Royaume-Uni | 48 | 71 | +48,3 % |
| États-Unis | 67 | 76 | +13,2 % |
| Suisse | 19 | 57 | +206,6 % |
| Japon | 18 | 34 | +87,5 % |
| Corée du Sud | 16 | 9 | −40,8 % |
Source : Principaux partenaires par valeur
2.2. Des exportations de plus en plus orientées vers les marchés anglo-saxons et moyen-orientaux
Côté exportations, la géographie des débouchés s'est profondément reconfigurée. Les principaux partenaires à l'exportation révèlent trois tendances marquantes :
- Forte progression vers les États-Unis (+338,3 %, de 76 M€ à 331 M€) et le Royaume-Uni (+180,8 %, de 117 M€ à 330 M€), qui deviennent les deux premiers débouchés de l'UE en 2025.
- Essor des marchés du Golfe : les Émirats arabes unis (+125,8 %, atteignant 208 M€) et l'Arabie saoudite (+182,9 %, atteignant 121 M€) figurent parmi les marchés à la plus forte croissance, portés par l'urbanisation rapide et les besoins de climatisation dans la région.
- Effondrement des exportations vers la Russie : de 77 M€ en 2015 à seulement 14 M€ en 2025 (−82,0 %), reflétant l'impact direct des sanctions économiques imposées à la suite du conflit en Ukraine à partir de 2022. La Russie est passée du 5ᵉ au 11ᵉ rang des partenaires d'exportation de l'UE.
| Partenaire export | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 117 | 330 | +180,8 % |
| Émirats arabes unis | 92 | 208 | +125,8 % |
| États-Unis | 76 | 331 | +338,3 % |
| Turquie | 69 | 109 | +57,8 % |
| Russie | 77 | 14 | −82,0 % |
| Suisse | 67 | 139 | +106,4 % |
| Arabie saoudite | 43 | 121 | +182,9 % |
2.3. L'Italie et l'Allemagne, piliers de la chaîne de valeur européenne
Au sein de l'UE, la production et l'exportation sont concentrées chez quelques grands États membres. L'analyse des États membres rapporteurs montre qu'en 2025 :
- L'Italie est devenue le premier exportateur de l'UE (744 M€, +214,8 %), avec un indice de spécialisation (RSCA) de 0,48, confirmant une avantage comparatif net dans ce segment.
- L'Allemagne reste le premier importateur (204 M€) et le deuxième exportateur (452 M€), jouant un rôle de hub logistique et de réexportation.
- La France affiche un RSCA de 0,43 et des exportations de 421 M€, avec une production estimée à 19,8 % du total UE.
- Les Pays-Bas ont connu la plus forte progression à l'importation (+317,5 %), passant de 27 M€ à 113 M€, probablement du fait de leur rôle de plateforme logistique (port de Rotterdam).
- La Tchéquie émerge comme un pôle de production en Europe centrale, avec une progression de ses importations de +376 % (de 8 M€ à 40 M€).
| État membre (import) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 131 | 204 | +55,3 % |
| Pays-Bas | 27 | 113 | +317,5 % |
| France | 55 | 92 | +67,6 % |
| Belgique | 21 | 49 | +135,8 % |
| Italie | 23 | 54 | +133,4 % |
| Espagne | 10 | 25 | +150,5 % |
| Tchéquie | 8 | 40 | +376,0 % |
| État membre (export) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Italie | 236 | 744 | +214,8 % |
| Allemagne | 260 | 452 | +73,9 % |
| France | 285 | 421 | +47,8 % |
| Irlande | 19 | 103 | +431,7 % |
| Danemark | 75 | 125 | +66,4 % |
| Suède | 47 | 43 | −8,7 % |
| Pays-Bas | 35 | 58 | +66,1 % |
Source : Principaux rapporteurs par valeur
3. Chocs de prix et nouvelles vulnérabilités : des signaux d'alerte pour la résilience de la filière
3.1. Un choc de prix majeur sur les importations en provenance de Chine en 2022
L'analyse des chocs de prix détectés révèle un événement majeur en 2022 : les prix unitaires des importations en provenance de Chine ont bondi de +20,4 % par rapport à la période de référence (2020–2021), avec un indice d'anormalité de 88,9 (sur une échelle où les valeurs au-delà de 10 sont considérées comme significatives). Le prix moyen des importations chinoises est ainsi passé de 9 728 €/t (moyenne 2020–2021) à 11 713 €/t en 2022. Étant donné que la Chine représente 58,5 % de la valeur des importations, ce choc a eu un impact systémique sur les coûts d'approvisionnement de l'industrie européenne. Les prix ont légèrement reculé en 2023–2024 (10 357–11 099 €/t) sans retrouver leur niveau d'avant-choc.
3.2. Des volatilités contrastées selon les partenaires
Les indicateurs de volatilité (coefficient de variation des quantités sur la période) mettent en évidence des niveaux de stabilité très différents selon les partenaires :
Côté importations :
| Partenaire | CV (quantité) | Interprétation |
|---|---|---|
| Serbie | 0,83 | Très volatile — volumes erratiques |
| Taïwan | 0,82 | Très volatile |
| Mexique | 0,46 | Volatile |
| Inde | 0,45 | Volatile |
| Chine | 0,33 | Modérément volatile |
| Turquie | 0,30 | Modérément volatile |
| Corée du Sud | 0,28 | Relativement stable |
| Royaume-Uni | 0,26 | Relativement stable |
| États-Unis | 0,17 | Stable |
Côté exportations :
| Partenaire | CV (quantité) | Interprétation |
|---|---|---|
| Canada | 1,50 | Extrêmement volatile — pics erratiques |
| Russie | 0,60 | Très volatile (effondrement récent) |
| Arabie saoudite | 0,51 | Volatile |
| États-Unis | 0,42 | Modérément volatile |
| Turquie | 0,30 | Modérément volatile |
| Émirats arabes unis | 0,25 | Relativement stable |
| Suisse | 0,14 | Très stable |
| Royaume-Uni | 0,18 | Très stable |
La Russie et le Canada constituent les marchés les plus imprévisibles. Dans le cas de la Russie, la volatilité est le reflet de la rupture brutale des flux commerciaux post-2022 : les exportations sont passées de 116 M€ en 2019 à 14 M€ en 2025. Pour le Canada, les volumes d'exportation ont connu un pic exceptionnel de 9 249 tonnes en 2022 (contre une moyenne de 600–900 tonnes les années précédentes), probablement lié à un contrat spécifique ou à un réacheminement logistique.
3.3. La concentration des exportations augmente, signalant un risque de dépendance croissante
Si le HHI des exportations reste modéré (441 en 2015, 687 en 2025, en valeur), sa progression de +56 % traduit une concentration croissante des débouchés. Les trois premiers partenaires (Royaume-Uni, États-Unis, Suisse) absorbaient 23 % des exportations en 2015 ; en 2025, ce chiffre atteint 35 %. Cette concentration expose l'industrie européenne du froid au risque de politiques commerciales restrictives de la part de ses principaux clients. La menace de droits de douane américains, fréquemment évoquée depuis 2025, constitue à cet égard un facteur de vulnérabilité majeur, les États-Unis étant devenus le premier débouché unique de l'UE (331 M€).
En parallèle, la spécialisation au sein de l'UE révèle un paysage très inégalitaire. Quatre pays (Croatie, Danemark, Italie, France) affichent un RSCA supérieur à 0,4, indiquant un avantage comparatif net. À l'inverse, Malte (RSCA de −0,996), Chypre, la Roumanie et la Grèce sont structurellement déficitaires et importent l'essentiel de leurs besoins.
Conclusion
La période 2015–2025 se caractérise pour le segment CN 841869 par une trajectoire de croissance robuste, portée par la demande mondiale en équipements de production du froid (industrie agroalimentaire, data centers, climatisation, chaîne du froid pharmaceutique). L'Union européenne a renforcé sa position d'exportateur net majeur, avec un excédent commercial qui a pratiquement doublé pour atteindre 1,5 Md€ en 2025.
Cependant, cette dynamique masque des fragilités croissantes. Du côté de l'approvisionnement, la dépendance accrue vis-à-vis de la Chine (45 % des importations en valeur) combinée à un choc de prix majeur en 2022 illustre la vulnérabilité de la filière aux perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales. Du côté des débouchés, la concentration des exportations sur un nombre réduit de marchés — en particulier les États-Unis — crée une exposition significative aux risques géopolitiques et tarifaires. L'effondrement du commerce avec la Russie (−82 %) démontre à quel point les facteurs géopolitiques peuvent restructurer brutalement les flux commerciaux.
Trois enjeux structurants se dessinent pour les années à venir : la diversification des sources d'approvisionnement pour réduire la concentration importatrice, la préservation de l'accès au marché américain dans un contexte de tensions commerciales, et le renforcement de la compétitivité des pôles de production européens face à la concurrence asiatique sur les segments de milieu de gamme.