Explorer les données en direct

Évolution du marché : Graines de navette ou de colza à faible teneur en acide érucique "fournissant une huile fixe dont la teneur en acide érucique est < 2% et un composant solide qui contient < 30 micromoles/g de glucosinolates" (CN 120510) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 120510 désigne les graines de colza double zéro — c'est-à-dire à faible teneur en acide érucique (< 2 % dans l'huile fixe) et en glucosinolates (< 30 µmol/g dans le tourteau). Ce produit constitue la matière première essentielle de la filière huile de colza européenne, dont les débouchés s'étendent de l'alimentation humaine à la production de biodiesel (via la directive européenne sur les énergies renouvelables, RED II/III). Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a vu ses échanges de ce produit connaître une trajectoire de forte croissance, ponctuée de chocs géopolitiques et de reconfigurations géographiques significatives.

Ce rapport s'appuie sur les données de commerce extérieur de l'UE pour décrire et interpréter l'évolution des importations, des exportations, de la structure des partenaires et des épisodes de volatilité observés sur cette période.


1. Une expansion remarquable des volumes et des valeurs échangées

1.1 Les importations ont plus que doublé en volume et triplé en valeur

Entre 2015 et 2025, les importations de l'UE en provenance des pays tiers ont progressé de manière spectaculaire :

Indicateur 2015 2022 (pic) 2025 Variation 2015–2025
Valeur (Mds €) 1,22 4,26 3,26 +167,5 %
Volume (Mt) 3,07 6,00 6,51 +112,0 %
Prix moyen (€/t) 397 710 501 +26,2 %

Sources : Vue d'ensemble du commerce

Ce quasi-triplement de la valeur importée s'explique par la conjonction d'un accroissement structurel de la demande européenne — notamment pour les biocarburants — et d'une hausse conjoncturelle des prix mondiaux des oléagineux en 2021–2022.

1.2 Les exportations progressent, mais restent modestes face aux importations

Les exportations intra-UE vers des pays tiers ont aussi fortement augmenté, passant de 152 295 tonnes (106 M€) en 2015 à 357 865 tonnes (288 M€) en 2025, soit un gain de +135 % en volume et +172 % en valeur. Le prix moyen à l'exportation est passé de 696 €/t à 805 €/t (+15,7 %).

1.3 Le déficit commercial se creuse durablement

Le solde commercial de l'UE sur ce produit est structurellement négatif et s'est considérablement élargi :

Année Solde (Mds €)
2015 −1,11
2022 (pic) −3,96
2025 −2,97

Ce déficit traduit le fait que l'UE importe entre 15 et 20 fois plus de colza qu'elle n'en exporte, illustrant sa dépendance croissante aux approvisionnements extérieurs pour couvrir les besoins de ses usines de trituration.

1.4 La quasi-totalité des échanges porte sur des graines non destinées à l'ensemencement

La ventilation par sous-code douanier montre une domination écrasante du code 12051090 (graines non destinées à l'ensemencement) :

Sous-code 2015 (import, t) 2025 (import, t) Part 2025
12051090 (non semences) 3 066 068 6 503 012 99,96 %
12051010 (semences) 1 910 2 341 0,04 %

Les semences (12051010), bien que représentant un volume marginal, affichent un prix unitaire très supérieur (3 590 €/t en 2025 contre 500 €/t pour le 12051090), ce qui reflète leur forte valeur ajoutée pour la production végétale européenne.


2. Une reconfiguration géographique profonde des flux d'approvisionnement

2.1 L'Australie s'impose comme le premier fournisseur, loin devant

L'évolution des principaux partenaires d'importation révèle une concentration accrue autour de trois fournisseurs majeurs :

Partenaire 2015 (M€) 2022 (M€) 2025 (M€) Variation
🇦🇺 Australie 523 2 633 1 582 +202 %
🇺🇦 Ukraine 438 1 218 790 +80 %
🇨🇦 Canada 106 269 648 +513 %
🇬🇧 Royaume-Uni 119 19 21 −82 %
🇲🇩 Moldavie 1,2 32,8 98,6 +8 364 %

L'Australie, qui représentait déjà 43 % de la valeur importée en 2015, a atteint un pic remarquable de 2,6 milliards d'euros en 2022 — soit plus de la moitié des importations totales cette année-là — avant de refluer partiellement. La production australienne de colza, en plein essor, a bénéficié de conditions climatiques favorables et d'une capacité d'exportation structurée.

2.2 L'Ukraine : un fournisseur stratégique affecté par le conflit

L'Ukraine demeure le deuxième fournisseur de l'UE, avec des importations oscillant entre 316 M€ (2016) et 1 625 M€ (2024). Cependant, le conflit russo-ukrainien a provoqué un choc de prix majeur : en 2021, le prix moyen des importations ukrainiennes a bondi de +54,1 %, passant de 379 €/t (2020) à 587 €/t, avant de se stabiliser autour de 450–500 €/t. Les volumes importés d'Ukraine ont fluctué entre 1,55 Mt et 3,50 Mt, illustrant une forte volatilité (coefficient de variation de 0,41).

2.3 L'émergence de nouveaux fournisseurs : Canada, Moldavie et Serbie

Trois dynamiques notables accompagnent la reconfiguration des approvisionnements :

  • Le Canada a connu la plus forte progression relative (+513 %), passant de 106 M€ à 648 M€. Toutefois, ses flux sont très volatils (CV = 0,94) : le volume importé a varié de 63 000 tonnes (2023) à 2,6 millions de tonnes (2020), ce qui suggère une dépendance aux conditions des récoltes canadiennes et aux cours du canola sur les marchés nord-américains.

  • La Moldavie est passée d'un volume anecdotique (3 152 tonnes en 2015) à 206 695 tonnes en 2025, avec une valeur en forte croissance (98,6 M€). Ce pays enclavé, limitrophe de l'UE (Roumanie), semble devenir une plaque tournante de réexportation ou de production locale à destination de l'UE.

  • La Serbie, bien que non listée parmi les sept principaux partenaires en valeur, voit ses importations dans l'UE progresser régulièrement, atteignant 57,6 M€ et 115 680 tonnes en 2025.

2.4 Le recul du Royaume-Uni comme fournisseur, mais son essor comme client

Le Royaume-Uni illustre un double phénomène post-Brexit :

  • En importation : le RU, qui fournissait 119 M€ de colza à l'UE en 2015, n'en fournit plus que 21 M€ en 2025 (−82 %). La restructuration des flux intra-européens après le Brexit et le développement de la trituration domestique britannique expliquent ce déclin.

  • En exportation : le RU est devenu de loin la première destination des exportations de l'UE, passant de 31 M€ (2015) à 178 M€ en 2025 (+469 %). En 2025, le Royaume-Uni absorbe 62 % de la valeur totale des exportations de l'UE en colza. Le retrait du RU du marché unique a transformé les anciens flux intra-UE en flux extra-UE, ce qui explique cette croissance artificiellement forte dans les statistiques.

2.5 Concentration des exportations vers un nombre réduit de marchés

L'indice de concentration HHI des exportations a bondi de 1 735 (2015) à 4 092 (2025), ce qui traduit une concentration élevée. Outre le Royaume-Uni, les seules destinations significatives sont l'Ukraine (41 M€), la Fédération de Russie (16 M€), la Biélorussie (19 M€) et la Suisse (7 M€). Les exportations vers la Turquie et les Émirats arabes unis, autrefois importantes, se sont pratiquement effondrées.

2.6 Spécialisation inégale des États membres

L'analyse des indices d'avantage comparatif (RSCA) en 2025 révèle une répartition géographique nette :

Pays RSCA RCA Interprétation
Roumanie 0,84 11,1 Très fortement spécialisé
Lettonie 0,82 10,1 Très fortement spécialisé
Lituanie 0,79 8,4 Très fortement spécialisé
Hongrie 0,38 2,2 Modérément spécialisé
France 0,33 2,0 Modérément spécialisé
Portugal −1,00 0,0002 Aucune spécialisation
Finlande −1,00 0,002 Aucune spécialisation
Italie −0,96 0,02 Aucune spécialisation

La Roumanie, la Lettonie et la Lituanie — pays d'Europe de l'Est à vocation agricole marquée — concentrent une part disproportionnée de la production et des exportations de colza de l'UE. À l'inverse, les pays du sud de l'Europe (Portugal, Italie, Espagne) et la Finlande sont de purs importateurs nets.


3. Chocs de prix et tensions sur les approvisionnements : le tournant 2021–2022

3.1 Un pic de prix généralisé en 2022

L'année 2022 marque un point de rupture sur l'ensemble des indicateurs :

Indicateur Moyenne 2019–2020 2022 Variation
Prix import UE (€/t) 388 710 +83 %
Prix import Australie (€/t) 390 754 +94 %
Prix import Ukraine (€/t) 381 619 +63 %
Prix import Canada (€/t) 364 756 +108 %

Le prix moyen des importations a atteint un maximum de 710 €/t en 2022, soit près du double de son niveau de 2019 (376 €/t). Ce pic s'inscrit dans le contexte plus large de la crise énergétique et alimentaire mondiale déclenchée par l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, qui a provoqué une flambée des prix des matières premières agricoles et énergétiques.

3.2 Des chocs de prix identifiés sur les principaux corridors d'approvisionnement

L'analyse des événements de choc identifie quatre épisodes majeurs :

Partenaire Type Année Variation de prix Anomalie
Ukraine (import) Prix 2021 +54,1 % 80,7
Australie (import) Prix 2022 +68,4 % 5,1
Canada (import) Prix 2022 +79,4 % 4,8
Turquie (export) Prix 2018 +1 097 % 1 302,2

Le choc ukrainien de 2021 précède le conflit armé : il reflète déjà des tensions sur l'approvisionnement (sécheresses, anticipation des risques géopolitiques). En 2022, les prix s'envolent simultanément sur les trois grands corridors d'importation (Australie, Ukraine, Canada), confirmant le caractère systémique du choc.

3.3 La Turquie : un cas d'effondrement des exportations

Les exportations vers la Turquie constituent un cas d'étude remarquable. En 2015–2016, ce pays importait respectivement 57 169 et 85 034 tonnes de colza de l'UE, avant de s'effondrer à 163 tonnes en 2018 (−99,8 %). Le prix unitaire à l'exportation a simultanément bondi à 4 634 €/t, suggérant que les rares transactions restantes concernaient des lots de haute valeur (semences ou spécifications particulières). Depuis 2017, la Turquie a cessé d'être un débouché significatif, probablement en raison du développement de sa propre production ou de la redéfinition de ses sources d'approvisionnement.

3.4 Une forte volatilité sur certains partenaires marginaux

Les coefficients de variation des volumes importés confirment la distinction entre fournisseurs stables et fournisseurs volatils :

Partenaire CV (volume) Caractérisation
Australie 0,41 Semi-stable
Ukraine 0,41 Semi-stable
Canada 0,94 Très volatile
Uruguay 1,94 Extrêmement volatile
Brésil 1,73 Extrêmement volatile
Argentine 1,64 Extrêmement volatile

Les fournisseurs sud-américains (Uruguay, Argentine, Brésil) apparaissent comme des sources occasionnelles et erratiques, dont les volumes fluctuent de zéro à plusieurs centaines de milliers de tonnes d'une année à l'autre. L'Uruguay a connu un pic spectaculaire de 161,8 M€ en 2023 (283 353 tonnes), avant de retomber à des montants négligeables dès 2025.

3.5 Une concentration des importations en hausse, mais relativement contenue

L'indice HHI des importations a fluctué entre 3 027 (2016) et 4 682 (2022), avant de revenir à 3 348 en 2025. La valeur de 2022 reflète la domination conjoncturelle de l'Australie (46,6 % des importations cette année-là). En 2025, la répartition est plus équilibrée entre l'Australie (48,5 %), l'Ukraine (24,3 %) et le Canada (19,9 %), mais le niveau de concentration reste significatif : les trois premiers fournisseurs représentent plus de 90 % des importations.

3.6 Les États membres importateurs : Belgique et Allemagne en tête

La ventilation des importations par État membre déclarant montre une forte concentration autour de quatre pays :

État membre 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Belgique 395 791 +100 %
Allemagne 93 749 +702 %
Pays-Bas 264 719 +173 %
France 304 608 +100 %

Ces quatre pays absorbent ensemble 88 % des importations de l'UE en 2025. La progression fulgurante de l'Allemagne (+702 %) témoigne de l'expansion de sa capacité de trituration et de sa demande en huile de colza pour les biocarburants. À l'inverse, le Portugal (−63 %) et la Pologne (−96 %) ont vu leurs importations se réduire considérablement, cette dernière passant de 379 M€ en 2022 à seulement 1 M€ en 2025, un effondrement qui pourrait refléter une restructuration des circuits d'approvisionnement polonais.


Conclusion

La période 2015–2025 a transformé le marché européen du colza double zéro (CN 120510) en un marché de grande ampleur, dont les importations ont atteint 3,3 milliards d'euros et 6,5 millions de tonnes en 2025. Cette expansion est portée par la demande structurelle des filières huile et biocarburant, conformément aux objectifs de la RED II, mais elle s'est accompagnée d'une dépendance accrue envers un nombre limité de fournisseurs tiers — principalement l'Australie, l'Ukraine et le Canada.

Le choc de 2022, lié au conflit russo-ukrainien et à la crise énergétique mondiale, a révélé la vulnérabilité du marché européen à des perturbations exogènes : les prix moyens d'importation ont doublé en l'espace de deux ans. Si la correction amorcée en 2023–2024 a ramené les prix autour de 450–500 €/t, le niveau demeure supérieur d'environ 25 % à celui d'avant-crise.

Les perspectives à court et moyen terme dépendront de trois facteurs clés : la stabilité de l'approvisionnement ukrainien dans le contexte du conflit en cours, la capacité de l'Australie à maintenir sa production exportable, et l'évolution du cadre réglementaire européen sur les biocarburants et la déforestation importée (Règlement anti-déforestation de l'UE). La diversification des sources d'approvisionnement — notamment vers la Moldavie, la Serbie et l'Asie centrale (Kazakhstan) — apparaît comme une tendance émergente, mais reste encore à un stade embryonnaire.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.