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Évolution du marché : Fèves de soja, même concassées (à l'excl. des fèves de soja destinées à l'ensemencement) (CN 120190) — 2015–2025

Introduction

L'Union européenne constitue l'un des plus grands marchés mondiaux d'importation de fèves de soja, alimentant une industrie agroalimentaire fortement dépendante des protéagineux pour l'alimentation animale et la transformation oléagineuse. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE pour le code NC 120190 a connu des évolutions marquées : un déficit commercial structurel qui s'est creusé puis resserré, une volatilité des prix sans précédent lors des crises de 2020–2022, et une reconfiguration significative des partenaires d'approvisionnement. Ce rapport analyse ces dynamiques en s'appuyant sur les données commerciales annuelles disponibles.


1. Un déficit commercial massif porté par des importations concentrées sur deux fournisseurs dominants

L'UE reste structurellement dépendante des importations de soja

L'écart entre importations et exportations de fèves de soja est considérable. En 2025, les importations de l'UE s'élevaient à 5 585 millions d'euros, tandis que les exportations ne représentaient que 145 millions d'euros, soit un ratio d'environ 38:1. Le déficit commercial est ainsi passé de -4 899 millions d'euros en 2015 à -5 440 millions d'euros en 2025 (en hausse de 11 %), avec un point extrême à -8 187 millions d'euros en 2022 sous l'effet de la flambée des prix mondiaux.

Année Importations (M€) Exportations (M€) Solde (M€)
2015 4 986 86 -4 899
2018 4 853 63 -4 790
2020 5 111 94 -5 017
2022 8 319 132 -8 187
2025 5 585 145 -5 440

En volume, les importations sont restées relativement stables autour de 13 à 15 millions de tonnes sur toute la période (+5,1 % entre 2015 et 2025), ce qui indique que l'essentiel des variations de valeur provient des fluctuations de prix plutôt que d'un changement structurel des volumes consommés.

Le Brésil et les États-Unis verrouillent l'approvisionnement européen

Deux partenaires dominent massivement les importations de l'UE : le Brésil et les États-Unis. Ensemble, ils représentaient 3 626 millions d'euros en 2015 (72,7 % des importations totales) et 4 483 millions d'euros en 2025 (80,3 %), selon les données des principaux partenaires.

Partenaire 2015 (M€) 2022 (pic, M€) 2025 (M€) Variation 2015–2025
Brésil 1 957 4 137 2 297 +17,4 %
États-Unis 1 670 2 874 2 186 +30,9 %
Canada 387 527 352 -9,0 %
Ukraine 135 487 627 +363,6 %

Le Brésil demeure le premier fournisseur, avec un pic à 4 137 millions d'euros en 2022, année de prix élevés. Les États-Unis ont connu une trajectoire similaire, culminant à 3 181 millions d'euros en 2023.

L'Ukraine, un fournisseur en forte ascension

La trajectoire la plus remarquable est celle de l'Ukraine, dont les exportations vers l'UE sont passées de 135 millions d'euros en 2015 à 627 millions d'euros en 2025, soit une multiplication par 4,6. En volume, les importations en provenance d'Ukraine ont crû de 361 504 tonnes à 1 487 849 tonnes sur la même période. Cette progression reflète le développement de la filière soja ukrainienne, ainsi que la proximité géographique et les accords commerciaux facilitant les échanges, en dépit des perturbations liées au conflit depuis 2022. L'Ukraine est ainsi devenue le quatrième fournisseur de l'UE, talonnant le Canada.

L'effondrement des fournisseurs sud-américains secondaires

À l'inverse, deux fournisseurs traditionnels d'Amérique du Sud ont quasi-disparu des flux :

  • Le Paraguay : de 429 millions d'euros en 2015 à moins de 2 000 euros en 2025 (-100 %).
  • L'Uruguay : de 296 millions d'euros en 2015 à moins de 400 euros en 2025 (-100 %).

Cette évolution suggère un réacheminement des flux sud-américains, probablement vers l'Asie (notamment la Chine), et une possible substitution au sein des approvisionnements européens par le Brésil et l'Ukraine.


2. Une volatilité des prix amplifiée par les chocs mondiaux de 2020–2022

Une hausse générale des prix sur la période

Les prix unitaires des importations sont passés de 369 €/tonne en 2015 à 393 €/tonne en 2025 (+6,6 %), mais cette moyenne masque une forte volatilité intermédiaire. Le prix d'importation a culminé à 594 €/tonne en 2022, soit une hausse de 61 % par rapport à 2015, avant de se corriger sensiblement.

Les prix à l'exportation ont affiché une dynamique encore plus marquée, passant de 402 €/tonne en 2015 à 470 €/tonne en 2025 (+16,9 %), avec un pic à 674 €/tonne en 2021.

Indicateur 2015 2020 2021 2022 2025
Prix import (€/t) 369 340 454 594 393
Prix export (€/t) 402 425 610 677 470

La crise de 2021–2022 : un pic de valeur historique

L'année 2022 a constitué un sommet historique pour les importations de soja de l'UE, atteignant 8 319 millions d'euros — soit 67 % de plus qu'en 2015. Ce pic est directement lié à la conjonction de plusieurs facteurs :

  • La remontée des cours mondiaux des matières premières agricoles post-Covid,
  • Le conflit russo-ukrainien et ses effets sur les chaînes d'approvisionnement,
  • Les conditions climatiques affectant les récoltes sud-américaines.

En volume, les importations de 2022 (14 005 millions de tonnes) étaient inférieures à celles de 2020 (15 059 millions de tonnes), confirmant que la hausse de valeur était essentiellement tirée par les prix.

Des chocs de prix détectés sur les exportations vers la Serbie et le Royaume-Uni

L'analyse des chocs de prix révèle deux événements notables sur le marché des exportations :

  1. Serbie (2020) : Un choc extrême où le prix d'exportation a été multiplié par 5,8 (passant d'un baseline de ~354 €/t à 2 041 €/t), tandis que le volume s'est effondré à moins de 9 tonnes. L'anomalie est de 55,9 écarts-types au-dessus de la moyenne. Ce phénomène correspond vraisemblablement à une transaction isolée à prix très élevé, possiblement de niche ou liée à un produit de qualité spécifique.

  2. Royaume-Uni (2021) : Une hausse de prix de 85 % par rapport au baseline (de ~441 €/t à 815 €/t), accompagnée d'une chute du volume à 12 334 tonnes (contre 41 886 en moyenne sur 2019–2020). Ce choc peut refléter les difficultés logistiques post-Brexit et les perturbations d'approvisionnement de la période Covid.

Une volatilité variable selon les partenaires

Les coefficients de variation des volumes importés révèlent des profils de stabilité très différents :

Partenaire Coefficient de variation Interprétation
États-Unis 0,17 Très stable
Brésil 0,22 Stable
Canada 0,25 Stable
Chine 0,35 Modérément volatile
Ukraine 0,53 Volatile
Paraguay 1,40 Très volatile (effondrement)
Uruguay 1,35 Très volatile (effondrement)

Les fournisseurs historiques d'Amérique du Sud secondaire (Paraguay, Uruguay) présentent la plus forte volatilité, conséquence directe de leur désengagement progressif du marché européen.


3. Restructuration des flux intra-européens et concentration croissante du marché

L'Italie, moteur de la croissance des importations au sein de l'UE

La répartition des importations entre États membres a connu un changement significatif. Si les Pays-Bas, l'Espagne et l'Allemagne demeurent les trois principaux importateurs, c'est l'Italie qui a connu la plus forte croissance :

État membre 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Pays-Bas 1 578 1 462 -7,4 %
Espagne 1 305 1 218 -6,7 %
Allemagne 938 936 -0,2 %
Italie 345 855 +148 %
Portugal 285 336 +17,9 %
France 222 302 +36,1 %
Belgique 81 122 +50,6 %

L'Italie a ainsi plus que doublé ses importations, passant de la quatrième à la quatrième position en valeur absolue mais se rapprochant nettement de l'Allemagne. Cette progression reflète probablement l'expansion de la capacité de transformation oléagineuse et de l'élevage intensif dans le pays.

Une concentration géographique croissante des importations

L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a augmenté de 2 840 (2015) à 3 391 (2025), soit +19,4 %. Ce niveau d'HHI indique un marché modérément concentré, avec une tendance au resserrement autour du Brésil et des États-Unis. En parallèle, l'HHI des exportations a bondi de 2 270 à 3 580 (+57,7 %), signe d'une concentration beaucoup plus prononcée sur le marché des sorties, dominé par la Serbie.

Des spécialisations intra-européennes contrastées

L'analyse des avantages comparatifs révélés (RSCA) pour 2025 met en évidence une division nette au sein de l'UE :

États membres les plus spécialisés :

État membre RSCA RCA
Slovénie 0,68 5,34
Croatie 0,60 3,99
Slovaquie 0,54 3,35
Roumanie 0,44 2,60
Hongrie 0,44 2,57

Ces pays d'Europe centrale et orientale se distinguent par une production de soja relativement importante par rapport à leur taille commerciale globale, ce qui leur confère un avantage comparatif à l'exportation.

États membres les moins spécialisés (fortement dépendants des importations) :

État membre RSCA RCA
Irlande -1,00 0,00
Bulgarie -1,00 0,00
Finlande -1,00 0,00
Luxembourg -0,99 0,00
Lituanie -0,98 0,01

Ces États membres sont quasi-exclusivement consommateurs, avec une production domestique de soja marginale.

Les exportations de l'UE vers des marchés de proximité

Les exportations de l'UE, bien que modestes en valeur, se dirigent principalement vers des pays voisins des Balkans et d'Europe de l'Est. La Serbie est de loin la première destination, avec 82 millions d'euros en 2025 (56 % des exportations totales), suivie de la Croatia (60 M€) et de la Roumanie (31 M€). La Hongrie et la Pologne ont émergé comme destinations significatives, avec des exportations passant respectivement de 0,3 M€ à 12,5 M€ et de 0,005 M€ à 10,0 M€ sur la période. Le Royaume-Uni, ancienne destination importante, a vu ses importations en provenance de l'UE diminuer de 40 %.


Conclusion

Le marché européen des fèves de soja (NC 120190) sur la période 2015–2025 se caractérise par trois grandes tendances. Premièrement, l'UE demeure structurellement dépendante des importations, avec un déficit commercial dépassant 5 milliards d'euros en 2025, alimenté principalement par le Brésil et les États-Unis qui consolidé leur position dominante. Deuxièmement, la période 2021–2022 a constitué un épisode de tension extrême sur les prix, portant la valeur des importations à un pic historique de 8,3 milliards d'euros en 2022, avant un retour à des niveaux plus modérés. Troisièmement, la structure des approvisionnements s'est reconfigurée : l'Ukraine est devenue un fournisseur majeur (+364 %), tandis que le Paraguay et l'Uruguay ont quasiment disparu du marché européen. Au sein de l'UE, l'Italie a doublé ses importations, et les pays d'Europe centrale (Slovénie, Croatie, Slovaquie, Hongrie) se sont affirmés comme des acteurs spécialisés dans la filière soja. La concentration croissante du marché, tant côté importations qu'exportations, souligne les risques potentiels liés à une dépendance accrue envers un nombre réduit de fournisseurs.

Généré le 2026-08-04. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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