Évolution du marché : Ferrailles (CN 72044990) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 72044990 désigne les déchets et débris de fer ou d'acier (ferrailles) non déchiquetés et non présentés en paquets, une catégorie résiduelle au sein du sous-groupe 720449. Il s'agit d'une matière première secondaire essentielle pour l'industrie sidérurgique mondiale, dont les flux commerciaux reflètent à la fois les cycles de la demande en acier, les politiques environnementales et les dynamiques géopolitiques.
Au cours de la période 2015–2025, l'Union européenne a consolidé sa position de fournisseur net majeur de ferrailles sur le marché mondial. La vue d'ensemble des échanges révèle une croissance spectaculaire des exportations (+181,2 % en valeur), un excédent commercial en forte expansion (+286,1 %) et une géographie des échanges profondément reconfigurée. Ce rapport analyse ces dynamiques en trois axes principaux.
1. L'expansion massive des exportations européennes de ferrailles
Une croissance supérieure à celle des importations
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE (hors intra-UE) pour le code 72044990 ont connu une progression remarquable :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) | Minimum | Maximum |
|---|---|---|---|---|---|
| Valeur exportations (Mds €) | 1,16 | 3,26 | +181,2 % | 1,16 (2015) | 4,76 |
| Volume exportations (Mt) | 5,38 | 10,45 | +94,1 % | 5,38 (2015) | 12,99 |
| Prix moyen exportation (€/t) | 215,3 | 311,8 | +44,8 % | 190,2 | 411,2 |
Source : Données commerciales
Les importations ont progressé de manière beaucoup plus modeste (+50,7 % en valeur, +13,4 % en volume), ce qui a conduit à un creusement considérable de l'excédent commercial de l'UE :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (Mds €) | 0,52 | 0,78 | +50,7 % |
| Volume importations (Mt) | 2,31 | 2,62 | +13,4 % |
| Excédent commercial (Mds €) | 0,64 | 2,48 | +286,1 % |
L'excédent a atteint un pic à 3,91 Mds € avant de se replier, confirmant le rôle structurel de l'UE en tant qu'exportateur net de ferrailles.
La Turquie, partenaire dominant mais dont le poids relatif recule
La répartition par partenaire révèle la prééminence durable de la Turquie, qui absorbe la majeure part des exportations européennes de ferrailles :
| Partenaire (exportations) | 2015 (M €) | 2025 (M €) | Variation (%) | Part max (%) |
|---|---|---|---|---|
| Turquie | 823 | 2 104 | +155,7 % | 68,7 % |
| Égypte | 81 | 427 | +424,1 % | 12,5 % |
| Inde | 21 | 234 | +1 018,4 % | 9,1 % |
| Pakistan | 33 | 160 | +386,2 % | 5,1 % |
| Suisse | 51 | 69 | +36,4 % | 2,3 % |
| Maroc | 41 | 60 | +44,0 % | 3,5 % |
| États-Unis | 11 | 48 | +324,7 % | 3,2 % |
La Turquie reste de loin le premier débouché, avec une part pouvant atteindre près de 70 % de la valeur des exportations vers les pays hors UE (pic à 3,26 Mds €). Toutefois, de nouveaux partenaires émergents — l'Égypte, l'Inde, le Pakistan — ont considérablement accru leurs achats, tirés par le développement rapide de leur industrie sidérurgique à base de fours à arc électrique. L'Inde a ainsi multiplié ses importations de ferrailles européennes par un facteur onze sur la période.
Des prix en hausse tendancielle, avec un pic en 2021–2022
La hausse du prix moyen de l'exportation (de 215 à 312 €/t, soit +44,8 %) est un phénomène qui s'inscrit dans le contexte plus large de la reprise post-COVID et de la flambée des matières premières. Le prix moyen a culminé autour de 411 €/t, illustrant la tension sur le marché mondial des ferrailles entre 2021 et 2022. À titre de comparaison, le prix moyen des importations a suivi une trajectoire similaire, passant de 224 à 297 €/t (+32,9 %).
2. Restructuration géographique et diversification des flux commerciaux
Une concentration en net recul, surtout côté importations
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) permet de mesurer la concentration des échanges. Les données montrent une diversification significative des partenaires :
| Flux | HHI valeur 2015 | HHI valeur 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Importations | 4 326 | 1 758 | −59,4 % |
| Exportations | 5 166 | 4 434 | −14,2 % |
La chute du HHI des importations (de 4 326 à 1 758) est particulièrement marquée : elle traduit le passage d'une structure dominée par un petit nombre de fournisseurs (notamment le Royaume-Uni) à un marché beaucoup plus fragmenté. Côté exportations, la concentration reste élevée (4 434) en raison du poids persistant de la Turquie, mais elle tend néanmoins à baisser avec l'arrivée de nouveaux débouchés.
L'érosion du Royaume-Uni et l'essor de nouveaux fournisseurs
Côté importations, la répartition par partenaire a été profondément transformée :
| Partenaire (importations) | 2015 (M €) | 2025 (M €) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 327 | 200 | −38,7 % |
| Suisse | 61 | 151 | +149,3 % |
| États-Unis | 8 | 169 | +2 046,4 % |
| Ukraine | 4 | 93 | +2 136,7 % |
| Norvège | 19 | 47 | +148,8 % |
| Israël | 3 | 46 | +1 601,3 % |
| Féd. de Russie | 62 | 22 | −63,6 % |
Le Royaume-Uni, premier fournisseur historique de l'UE en ferrailles, a vu ses exportations vers l'UE reculer de 38,7 % en valeur, passant de 327 M€ à 200 M€. Ce déclin est partiellement lié au Brexit (introduction de formalités douanières, divergence réglementaire) et à la montée en capacité de la propre industrie de recyclage britannique. En parallèle, des fournisseurs auparavant marginaux comme les États-Unis (+2 046 %), l'Ukraine (+2 137 %) et Israël (+1 601 %) ont considérablement accru leurs envois vers l'UE.
La Fédération de Russie, qui constituait un fournisseur notable en 2015 (62 M€), a vu ses exportations vers l'UE chuter de 63,6 %, reflétant vraisemblablement l'impact des sanctions et des tensions géopolitiques à partir de 2022.
Une redistribution intra-UE des rôles de hub
Au sein de l'UE, les États membres qui exportent le plus vers les pays tiers ont également évolué :
| État membre (exportations) | 2015 (M €) | 2025 (M €) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 323 | 923 | +185,3 % |
| Belgique | 372 | 600 | +61,6 % |
| Allemagne | 77 | 301 | +289,3 % |
| Danemark | 50 | 260 | +423,2 % |
| Pologne | 10 | 278 | +2 706,7 % |
| Lituanie | 33 | 158 | +377,0 % |
| France | 67 | 117 | +74,2 % |
Les Pays-Bas et la Belgique demeurent les principaux hubs d'exportation, bénéficiant de ports maritimes de premier plan (Rotterdam, Anvers). La progression spectaculaire de la Pologne (+2 707 %) et du Danemark (+423 %) témoigne de la dynamique de collecte et de traitement des ferrailles en Europe du Nord et de l'Est. Ces pays jouent un rôle croissant de plateformes logistiques pour le réacheminement des ferrailles vers les marchés extra-européens.
Côté importations, l'Espagne — autrefois premier importateur intra-UE (238 M€) — a vu ses achats chuter de 62,2 %, tandis que la Grèce (+1 039 %), l'Italie (+304 %) et les Pays-Bas (+514 %) ont considérablement accru les leurs, reflétant des besoins sidérurgiques en croissance et une meilleure intégration dans les circuits d'approvisionnement.
3. Volatilité des prix et chocs de marché durant la période 2020–2022
Des prix marqués par une instabilité exceptionnelle autour de 2021
L'analyse de la volatilité et des chocs d'approvisionnement met en évidence une période de turbulence concentrée autour de 2020–2021. Trois événements majeurs ont été détectés :
| Choc | Type | Sens | Période | Amplitude | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Turquie | Prix | Exportations | 2021 | +48,1 % | 87,0 % |
| Ukraine | Prix | Importations | 2020 | +470,1 % | 3,9 % |
| Royaume-Uni | Prix | Importations | 2021 | +59,1 % | 49,1 % |
Le choc de prix sur les exportations vers la Turquie en 2021 (hausse de 48,1 %, abnormalité de 13,1 écarts-types) est le plus significatif en termes d'impact, car il concerne un flux représentant 87 % de la valeur des exportations extra-UE. Ce choc s'explique par la forte demande turque en acier (soutenue par le secteur de la construction) dans un contexte de raréfaction de l'offre mondiale de ferrailles et de hausse généralisée des coûts de transport maritime.
L'Ukraine, un cas de volatilité extrême
Le fournisseur le plus volatil côté importations est l'Ukraine, avec un coefficient de variation (CV) de 1,59. Le choc de prix détecté en 2020 (hausse de 470 %) coïncide avec une période où les exportations ukrainiennes de ferrailles vers l'UE ont connu une accélération brutale. L'Ukraine est passée d'un fournisseur marginal (4 M€ en 2015) à un partenaire significatif (93 M€ en 2025), une trajectoire fortement perturbée par le conflit armé débuté en février 2022.
| Partenaire | Coefficient de variation (importations) |
|---|---|
| Ukraine | 1,59 |
| Féd. de Russie | 0,75 |
| États-Unis | 0,66 |
| Royaume-Uni | 0,30 |
Côté exportations, les destinations les plus volatiles sont le Bangladesh (CV = 1,31) et la République de Moldova (CV = 1,22), ce qui reflète l'irrégularité des flux vers ces marchés périphériques.
L'impact des cycles macroéconomiques sur les prix
L'ensemble des prix moyens — tant à l'importation qu'à l'exportation — ont connu un pic autour de 2021–2022, avec un maximum à 411 €/t à l'exportation et 410 €/t à l'importation. Ce pic s'inscrit dans le contexte de la reprise économique post-COVID, de la flambée des prix de l'énergie et des matières premières, puis de la perturbation des chaînes d'approvisionnement liée au conflit russo-ukrainien. Le repli subséquent des prix vers 300 €/t en 2025 indique une normalisation progressive, sans retour aux niveaux bas de 2015–2016 (environ 190–215 €/t), suggérant un rattrapage structurel des prix des ferrailles.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché des ferrailles (CN 72044990) a connu trois transformations majeures :
-
Une affirmation de l'UE comme exportateur net de premier plan, avec un excédent commercial multiplié par presque quatre (de 0,64 à 2,48 Mds €), alimenté par une demande mondiale soutenue, notamment en provenance de Turquie et des grands pays émergents (Égypte, Inde, Pakistan).
-
Une profonde diversification géographique, caractérisée par l'effondrement de la concentration des importations (HHI divisé par 2,5), le recul du Royaume-Uni et de la Russie comme fournisseurs, et l'émergence de nouveaux hubs intra-européens (Pologne, Danemark, Pays-Bas).
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Une volatilité accrue des prix, culminant autour de 2021 avec des chocs de grande ampleur sur les flux vers la Turquie et depuis l'Ukraine, dans un contexte de tensions macroéconomiques et géopolitiques qui ont durablement rehaussé le niveau des prix par rapport à la première moitié de la période.
Ces dynamiques soulignent le rôle stratégique des ferrailles dans la transition vers une sidérurgie plus circulaire et la sensibilité de ce marché aux grands chocs économiques et géopolitiques.