Évolution du marché : Encres d imprimerie (CN 3215) — 2015–2025
Introduction
Le code combiné 3215 désigne les encres d'imprimerie, encres à écrire ou à dessiner et autres encres, même concentrées ou sous formes solides. Ce périmètre regroupe trois sous-positions : les encres d'imprimerie noires (321511), les encres d'imprimerie non noires (321519) — le segment dominant en volume — et les encres hors impression (321590), incluant notamment les encres pour jet d'encre et les encres industrielles, qui dominent en valeur. Sur la période 2015-2025, ce secteur est soumis à de profondes mutations : numérisation réduisant la demande pour les supports imprimés, reconfiguration des chaînes d'approvisionnement mondiales, Brexit et sanctions géopolitiques. Ce rapport analyse l'évolution des échanges de l'Union européenne avec les pays tiers sur cette période.
1. Un secteur en repli structurel : contraction des volumes et renchérissement des prix
1.1. La production européenne de encres a chuté de plus de 40 % en volume
La production de produits relevant du code 3215 dans l'UE a connu un déclin spectaculaire sur la période. En volume, elle est passée de 1 116 kt en 2015 à 655 kt en 2025, soit une contraction de 41,3 %. En valeur, le recul atteint 27,3 %, passant de 3,57 à 2,60 milliards d'euros (Production). L'écart entre la chute des volumes (−41 %) et celle des valeurs (−27 %) indique un renchérissement unitaire d'environ 24 %, suggérant un recentrage partiel sur des produits à plus forte valeur ajoutée. Toutefois, l'ampleur du déclin traduit avant tout une contraction structurelle de la demande globale, vraisemblablement liée à la numérisation des supports de communication.
1.2. Les exportations reculent fortement en volume mais la hausse des prix atténue le choc en valeur
Les exportations de l'UE vers les pays tiers ont diminué de 13,0 % en valeur (de 1,83 à 1,59 Md€) mais de 31,3 % en volume (de 205 151 à 140 879 tonnes). Les prix unitaires à l'export ont progressé de 26,6 %, passant de 8 915 à 11 291 EUR/t (Aperçu général). L'ensemble des trois segments contribue à la baisse des volumes :
| Segment | Vol. 2015 (t) | Vol. 2025 (t) | Δ Vol. | Val. 2015 (M€) | Val. 2025 (M€) | Δ Val. |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 321519 — Encres d'impr. non noires | 147 884 | 92 703 | −37,3 % | 842 | 668 | −20,7 % |
| 321511 — Encres d'impr. noires | 36 315 | 21 366 | −41,2 % | 185 | 165 | −10,9 % |
| 321590 — Autres encres | 20 952 | 26 809 | +27,9 % | 802 | 758 | −5,5 % |
| Total | 205 151 | 140 879 | −31,3 % | 1 829 | 1 591 | −13,0 % |
Seul le segment des encres hors impression (321590) progresse en volume à l'export (+27,9 %), confirmant le déclin spécifique des encres d'imprimerie traditionnelles. Néanmoins, son prix unitaire à l'export a reculé de 26 % (de 38 268 à 28 261 EUR/t), suggérant une pression concurrentielle accrue sur ce segment de niche.
1.3. Les importations préservent leur valeur grâce au segment des encres de spécialité
Côté importations, la valeur totale a progressé de 2,8 % (de 1,84 à 1,89 Md€) tandis que les volumes ont reculé de 6,8 % (de 81 591 à 76 009 tonnes), avec des prix unitaires en hausse de 10,4 % (de 22 549 à 24 883 EUR/t). Le segment 321590 domine structurellement les importations en valeur, représentant 65 % du total en 2025 (1,24 Md€), avec des prix unitaires nettement supérieurs (43 890 EUR/t contre 14 604 EUR/t pour le 321519) :
| Segment | Vol. 2015 (t) | Vol. 2025 (t) | Δ Vol. | Val. 2015 (M€) | Val. 2025 (M€) | Δ Val. |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 321519 — Encres d'impr. non noires | 42 978 | 36 550 | −15,0 % | 608 | 534 | −12,2 % |
| 321590 — Autres encres | 25 917 | 28 187 | +8,8 % | 1 106 | 1 237 | +11,8 % |
| 321511 — Encres d'impr. noires | 12 696 | 11 272 | −11,2 % | 126 | 120 | −4,4 % |
| Total | 81 591 | 76 009 | −6,8 % | 1 840 | 1 891 | +2,8 % |
La dominance du segment 321590 dans les importations traduit la dépendance de l'UE envers des encres de spécialité à haute valeur ajoutée (encres fonctionnelles, encres pour jet d'encre haute performance) que l'industrie européenne ne produit pas en quantité suffisante.
2. Une réorientation géographique profonde des flux commerciaux
2.1. Le Royaume-Uni a perdu sa place de partenaire dominant de l'UE
Le Royaume-Uni, principal partenaire de l'UE tant à l'import (695 M€) qu'à l'export (583 M€) en 2015, a vu ses échanges s'effondrer. Les importations en provenance du Royaume-Uni ont chuté de 63,1 % (de 695 à 257 M€) et les exportations vers ce pays de 49,6 % (de 583 à 294 M€) (Partenaires). Ce repli, vraisemblablement lié aux nouvelles barrières douanières et réglementaires introduites par le Brexit, a contribué à la forte volatilité des échanges bilatéraux (CV = 0,34 pour les importations) (Volatilité). Le Royaume-Uni demeure néanmoins le premier débouché extra-UE en 2025 (294 M€), mais son poids relatif a considérablement diminué.
2.2. Les exportations vers la Russie se sont effondrées sous l'effet des sanctions
Les exportations vers la Fédération de Russie se sont effondrées de 91,5 %, passant de 127 à 11 M€. Le coefficient de volatilité des échanges avec la Russie est le plus élevé de tous les partenaires d'exportation (CV = 0,683). Un choc de prix majeur a été détecté en 2023, avec une hausse de prix de 337,6 % et un indice d'anomalie de 63,5 (Chocs). Ce mouvement s'explique directement par les sanctions commerciales imposées dans le contexte du conflit ukrainien, qui ont drastiquement réduit les volumes tout en provoquant une explosion des prix sur les flux résiduels.
2.3. La Chine et l'Inde émergent comme fournisseurs majeurs tandis que les États-Unis deviennent un débouché clé
En parallèle du déclin des partenaires historiques, de nouveaux dynamismes se dessinent :
| Partenaire | Imports 2015 (M€) | Imports 2025 (M€) | Δ Imports | Exports 2015 (M€) | Exports 2025 (M€) | Δ Exports |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Chine | 76 | 208 | +173,9 % | — | — | — |
| Inde | 21 | 49 | +133,8 % | — | — | — |
| États-Unis | 122 | 91 | −25,7 % | 146 | 242 | +65,2 % |
| Turquie | 12 | 18 | +45,1 % | 108 | 115 | +6,4 % |
| Japon | 337 | 345 | +2,5 % | — | — | — |
| Suisse | 290 | 223 | −23,0 % | 121 | 109 | −9,8 % |
La Chine a plus que triplé ses exportations d'encres vers l'UE, devenant un fournisseur incontournable. L'Inde a doublé sa présence. À l'export, les États-Unis se sont imposés comme le deuxième débouché de l'UE (242 M€), talonnant le Royaume-Uni (294 M€), avec une progression remarquable de 65,2 %. La Turquie, à la fois fournisseur et client de proximité, maintient des échanges stables et représente un marché de proximité significatif.
2.4. La géographie commerciale de l'UE s'est significativement diversifiée
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des flux commerciaux confirme cette diversification :
| HHI (valeur) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations | 2 142 | 1 126 | −47,4 % |
| Exportations | 1 267 | 765 | −39,6 % |
Source : Concentration HHI
La concentration des importations a été divisée par deux, passant d'un niveau modéré à un niveau faible. Cette diversification résulte de la perte de dominance du Royaume-Uni et de l'émergence de fournisseurs multiples en Asie, réduisant la dépendance bilatérale de l'UE.
3. Déficit commercial croissant et ouverture accrue du marché
3.1. Le déficit commercial s'est creusé de manière spectaculaire avant de se résorber partiellement
Le solde commercial de l'UE avec les pays tiers s'est dégradé de façon marquée :
| Année | Exportations (M€) | Importations (M€) | Solde (M€) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 1 829 | 1 840 | −11 |
| 2018 | 1 842 | 2 271 | −429 |
| 2020 | 1 691 | 2 635 | −944 |
| 2022 | 1 785 | 2 477 | −692 |
| 2025 | 1 591 | 1 891 | −300 |
Source : Aperçu général
Le déficit, quasi nul en 2015 (−11 M€), a atteint un pic de −944 M€ en 2020. Ce pic s'explique par une inflation exceptionnelle des prix du segment 321590 à l'importation (61 453 EUR/t en 2020 contre 42 664 EUR/t en 2015, soit +44 %), combinée à une chute conjoncturelle des exportations. Le déficit s'est ensuite résorber partiellement (−300 M€ en 2025), sans toutefois retrouver l'équilibre de 2015.
3.2. La dépendance aux importations et l'intensité commerciale ont presque doublé
Plusieurs indicateurs structurels confirment l'ouverture croissante du marché européen des encres :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations | 7,6 % | 12,8 % | +69 % |
| Intensité commerciale | 43,0 % | 80,6 % | +87,5 % |
| Propension à exporter | 24,4 % | 65,1 % | +166,8 % |
Sources : Dépendance nette, Intensité commerciale, Propension à exporter
La dépendance nette aux importations a presque doublé. L'intensité commerciale a elle aussi doublé, signifiant que le secteur dépend de plus en plus du commerce international. La propension à exporter a été multipliée par 2,7, ce qui s'explique par le déclin rapide de la production intérieure (−41 %) combiné au maintien relatif des volumes exportés : les exportations représentent désormais une part beaucoup plus importante de la production résiduelle.
3.3. Les Pays-Bas ont supplanté l'Allemagne comme principal hub d'échanges extra-UE
Les indices d'avantage comparatif révèlent de fortes disparités entre États membres en 2025 (Spécialisation) :
| Pays | RCA | RSCA | Part des exports UE (CN 3215) |
|---|---|---|---|
| Luxembourg | 3,83 | 0,59 | 1,2 % |
| Pays-Bas | 2,33 | 0,40 | 33,8 % |
| Allemagne | 1,48 | 0,19 | 31,3 % |
| France | 0,98 | −0,01 | 7,7 % |
| Grèce | 0,80 | −0,11 | 0,5 % |
| Finlande | 0,04 | −0,93 | 0,04 % |
| Irlande | 0,01 | −0,99 | 0,01 % |
Les Pays-Bas (RCA = 2,33) et l'Allemagne (RCA = 1,48) concentrent à eux deux près de 65 % des exportations extra-UE de CN 3215. La France se situe près de la parité (RCA = 0,98). À l'inverse, l'Irlande, Malte et la Finlande présentent un avantage comparatif quasi nul.
Au sein de l'UE, les dynamiques nationales divergent fortement (Rapporteurs) :
| Pays | Imports 2015 (M€) | Imports 2025 (M€) | Δ | Exports 2015 (M€) | Exports 2025 (M€) | Δ |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Allemagne | 688 | 515 | −25,1 % | 863 | 556 | −35,5 % |
| Pays-Bas | 387 | 703 | +81,7 % | 258 | 327 | +26,8 % |
| France | 371 | 321 | −13,6 % | 243 | 215 | −11,8 % |
| Espagne | 39 | 50 | +28,6 % | 57 | 107 | +85,9 % |
| Belgique | 41 | 77 | +85,2 % | 55 | 96 | +75,4 % |
Les Pays-Bas ont supplanté l'Allemagne comme premier importateur extra-UE (de 387 à 703 M€), tandis que ce dernier a vu ses échanges décliner significativement. L'Espagne et la Belgique émergent comme des acteurs dynamiques, avec des progressions de 86 % et 75 % respectivement à l'export.
Conclusion
La période 2015-2025 marque une transformation profonde du marché européen des encres (CN 3215). Trois dynamiques dominantes se dégagent :
- Un déclin structurel des volumes : la production a chuté de 41 % et les exportations de 31 % en volume, partiellement compensés par une hausse des prix unitaires (+27 % à l'export), témoignant d'un recentrage partiel vers des produits à plus forte valeur ajoutée.
- Une réorientation géographique majeure : l'effacement du Royaume-Uni et l'effondrement des échanges avec la Russie ont été compensés par la montée de la Chine et de l'Inde en tant que fournisseurs et la consolidation des États-Unis comme débouché clé, aboutissant à une nette diversification des flux.
- Une vulnérabilité commerciale croissante : le déficit s'est creusé, la dépendance aux importations a presque doublé et le secteur est devenu beaucoup plus dépendant du commerce international.
Si la diversification géographique constitue un facteur de résilience, la contraction simultanée de la production et des exportations européennes interroge sur la capacité du secteur à maintenir son positionnement face à la concurrence asiatique croissante. L'avenir du marché dépendra de la capacité de l'industrie européenne à se repositionner sur les segments à haute valeur ajoutée — encres fonctionnelles, encres pour impression 3D, encres électroniques — où l'innovation reste un levier compétitif déterminant.