Évolution du marché : Emballages en plastique (CN 392390) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 392390 couvre une catégorie résiduelle d'articles de transport ou d'emballage en matières plastiques, excluant les boîtes et caisses, les sacs et sachets, les bouteilles et flacons, les bobines et supports, ainsi que les dispositifs de fermeture. Il s'agit d'une catégorie hétérogène comprenant notamment des plateaux, des couvercles moulés, des conteneurs spéciaux ou des éléments de calage plastiques utilisés dans la logistique et l'industrie. Sur la période 2015–2025, les échanges de l'UE avec le reste du monde pour ce code ont connu des transformations profondes, marquées par une forte inflation des prix unitaires, un rééquilibrage de la balance commerciale et une recomposition géographique des partenaires. Ce rapport propose une analyse structurée de ces dynamiques.
I. Du déficit au surplus : une transformation structurelle de la balance commerciale
L'Union européenne est passée d'une position déficitaire à un excédent confortable
En 2015, l'UE affichait un déficit commercial de −15,9 M€ sur le segment CN 392390. En 2025, ce solde s'est inversé pour atteindre +91,3 M€, soit une progression de +674 %. Ce basculement s'explique par une croissance des exportations (+58,4 % en valeur) supérieure à celle des importations (+39,5 % en valeur), combinée à une évolution contrastée des volumes échangés.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 600,1 | 950,6 | +58,4 % |
| Importations (M€) | 616,0 | 859,3 | +39,5 % |
| Solde (M€) | −15,9 | +91,3 | +674 % |
Source : Vue d'ensemble des échanges
La hausse des valeurs masque une divergence frappante entre volumes exportés et importés
Si les exportations ont progressé tant en valeur (+58,4 %) qu'en volume (+30,0 %), les importations ont suivi une trajectoire opposée : leur valeur a augmenté de 39,5 % alors que leur volume a diminué de 12,3 % (de 173 426 t à 152 064 t). Cela traduit une inflation des prix à l'importation considérable : le prix unitaire moyen des importations est passé de 3 552 €/t à 5 651 €/t (+59,1 %), tandis que le prix à l'exportation n'a augmenté que de 21,9 % (de 3 504 €/t à 4 270 €/t).
| Flux | Prix 2015 (€/t) | Prix 2025 (€/t) | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations | 3 504 | 4 270 | +21,9 % |
| Importations | 3 552 | 5 651 | +59,1 % |
Source : Vue d'ensemble des échanges
L'UE consolide sa position d'exportateur net, mais son ouverture commerciale reste modérée
Le taux de dépendance aux importations nettes est resté négatif tout au long de la période (de −0,99 % à −0,89 %), confirmant que l'UE est structurellement exportatrice nette sur ce segment. L'intensité commerciale (part des échanges extra-UE dans la production) a légèrement reculé de 16,6 % à 16,2 %, tout comme la propension à exporter (de 9,5 % à 9,2 %). Ce repli suggère que le marché intérieur européen absorbe une part croissante de la production, ou que la production a évolué vers des segments à moindre vocation exportatrice.
II. Une géographie commerciale en profonde recomposition
Les importations se diversifient vers l'Asie et l'Europe du Sud-Est, au détriment du Royaume-Uni
La répartition des partenaires d'importation a connu des mouvements significatifs entre 2015 et 2025 :
| Partenaire | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Suisse | 197,4 | 209,7 | +6,2 % |
| Chine | 118,5 | 228,9 | +93,2 % |
| Royaume-Uni | 79,9 | 57,5 | −28,0 % |
| États-Unis | 56,5 | 100,2 | +77,5 % |
| Turquie | 29,3 | 58,9 | +100,7 % |
| Vietnam | 16,4 | 20,5 | +25,0 % |
| Serbie | 13,6 | 31,9 | +135,1 % |
Source : Partenaires d'importation
La Chine a presque doublé ses ventes vers l'UE, passant de 118,5 M€ à 228,9 M€, devenant de facto le premier fournisseur extra-UE devant la Suisse. La Turquie (+100,7 %) et la Serbie (+135,1 %) ont connu des progressions spectaculaires, sans doute tirées par leur intégration dans les chaînes de valeur européennes et leur positionnement sur des produits à intermédiaire de gamme. Le Royaume-Uni, en revanche, a vu ses exportations vers l'UE reculer de 28 %, un déclin probablement lié aux frictions commerciales post-Brexit.
Les exportations se tournent résolument vers les marchés méditerranéens et émergents
Côté exportations, la répartition géographique montre une dynamique de diversification :
| Partenaire | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 144,7 | 191,2 | +32,1 % |
| Suisse | 81,4 | 134,3 | +64,9 % |
| Maroc | 36,8 | 76,1 | +106,6 % |
| États-Unis | 76,5 | 101,0 | +32,0 % |
| Norvège | 32,0 | 31,6 | −1,3 % |
| Turquie | 20,5 | 52,6 | +156,0 % |
| Ukraine | 6,7 | 18,0 | +168,3 % |
Source : Partenaires d'exportation
Le Maroc (+106,6 %) et la Turquie (+156,0 %) sont les deux marchés qui ont le plus dynamisé les exportations européennes. L'Ukraine (+168,3 %) affiche le taux de croissance le plus élevé, probablement lié à la reconfiguration des flux commerciaux consécutive au conflit de 2022 et à la solidarité commerciale de l'UE. La Suisse reste un débouché majeur, avec une progression de 65 %.
Les États membres les plus spécialisés ne sont pas nécessairement les plus gros exportateurs
L'analyse de spécialisation révèle un écart notable entre les pays les plus spécialisés dans ce code et les poids lourds du commerce :
| Pays le plus spécialisé | RSCA | Part dans les export. UE |
|---|---|---|
| Hongrie | 0,332 | 5,4 % |
| Croatie | 0,328 | 0,8 % |
| Autriche | 0,313 | 6,3 % |
| Lituanie | 0,246 | 1,0 % |
| Malte | 0,206 | 0,1 % |
À l'inverse, l'Allemagne (178,9 M€ d'exportations, 1er exportateur), la France (147,8 M€) et l'Italie (104,3 M€) — les trois principaux exportateurs de l'UE — ne figurent pas parmi les plus spécialisés, ce qui indique que leur production de CN 392390 s'inscrit dans un tissu industriel diversifié.
III. Chocs de prix, contraction des volumes de production et hausse de la volatilité
La production européenne a vu ses volumes chuter de moitié tandis que sa valeur doublait
Les données de production de l'UE pour le code 392390 révèlent une transformation radicale sur la décennie :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume de production (kt) | 4 636 | 2 412 | −48,0 % |
| Valeur de production (M€) | 4 899 | 10 576 | +115,9 % |
Source : Volumes de production
Ce décrochage entre volume et valeur (le prix unitaire de production a été multiplié par environ 3,7 sur la période) suggère un mouvement structurel vers des produits à plus forte valeur ajoutée, ou un transfert de production de base vers des pays tiers au profit de segments de niche au sein de l'UE.
La période 2021–2022 a été marquée par des chocs de prix exceptionnels sur les importations
L'analyse des chocs identifie trois événements majeurs :
| Choc | Type | Année | Amplitude | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni — importations | Prix | 2021 | +576,1 % | 13,5 % |
| Suisse — importations | Prix | 2022 | +14,7 % | 33,8 % |
| Chine — importations | Prix | 2022 | +28,4 % | 27,8 % |
Source : Chocs d'approvisionnement
Le choc sur les importations en provenance du Royaume-Uni en 2021 est remarquable par son ampleur (une anomalie de 158,8 écarts-types et une hausse de prix de +576 %). Il s'inscrit dans le contexte post-Brexit immédiat, où les ruptures d'approvisionnement et les nouvelles procédures douanières ont pu provoquer des distorsions de prix temporaires. Les chocs helvétique et chinois de 2022, plus modérés mais affectant des parts de marché bien plus importantes (33,8 % et 27,8 % des importations), reflètent quant à eux la vague inflationniste mondiale liée à la crise énergétique et aux perturbations logistiques post-Covid.
La volatilité des échanges est structurellement plus élevée côté importations
Les coefficients de variation confirment une instabilité plus marquée des flux d'importation :
| Partenaire | CV importations | CV exportations |
|---|---|---|
| Royaume-Uni | 0,836 | 0,109 |
| Suisse | 0,076 | 0,143 |
| Chine | 0,237 | 0,492 |
| Turquie | 0,237 | 0,274 |
| Ukraine | 0,389 | 0,318 |
Source : Volatilité
Le Royaume-Uni présente la volatilité la plus extrême côté importations (CV = 0,836), très au-dessus de tous les autres partenaires, ce qui corrobore l'instabilité structurelle introduite par le Brexit. La Suisse, en revanche, se distingue par une faible volatilité (CV = 0,076), confirmant son rôle de partenaire commercial stable et prévisible.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le segment des emballages plastiques hors catégories principales (CN 392390) a connu une triple transformation. Premièrement, l'UE a consolidé sa position d'exportateur net, passant d'un déficit de 16 M€ à un excédent de 91 M€, portée par une croissance des exportations supérieure à celle des importations. Deuxièmement, la géographie commerciale s'est profondément reconfigurée : la Chine est devenue le premier fournisseur extra-UE, tandis que le Maroc, la Turquie et l'Ukraine émergent comme marchés de destination dynamiques, et que le Royaume-Uni perd du terrain des deux côtés. Troisièmement, le marché est entré dans une phase de montée en gamme apparente, avec une production européenne dont les volumes ont été divisés par deux mais la valeur doublée, et des prix à l'importation en forte hausse, amplifiée par les chocs de 2021–2022.
La concentration des importations (HHI de 1 587 en 2025) et des exportations (HHI de 873) reste modérée et en déclin, signe d'une diversification progressive des partenaires. L'enjeu pour les prochaines années sera de suivre si la hausse des prix à l'importation se pérennise, et si les dynamiques de relocalisation de production observées dans les volumes se confirment ou se renversent sous l'effet des évolutions réglementaires européennes en matière de plastiques.