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Évolution du marché : Conserves de viande (CN 1602) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 1602 couvre les préparations et conserves de viandes, d'abats, de sang ou d'insectes, à l'exclusion des saucisses et saucissons (NC 1601), des extraits et jus de viande (NC 1603), et des préparations de poissons et crustacés (NC 1604, 1605). Ce code résiduel regroupe des sous-produits très divers — conserves de volaille, préparations porcines et bovines, foies, pâtés, et produits à base d'insectes — ce qui en fait un indicateur pertinent de la dynamique globale de l'industrie européenne de transformation carnée.

Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a consolidé sa position de net exportateur net, avec un solde commercial passant de 676 millions d'euros à 1 543 millions d'euros (+128,2 %). Ce rapport analyse les trois grandes dynamiques qui ont structuré ce marché : une inflation des prix qui a dopé la valeur des échanges indépendamment des volumes, une profonde reconfiguration géographique des flux commerciaux, et des mutations structurelles au niveau des segments produits.


I. Une valeur en forte hausse tirée par les prix, malgré des volumes stagnants ou en recul

Les exportations gagnent en valeur ce qu'elles ne gagnent pas en volume

Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE vers les pays tiers est passée de 1 820 millions d'euros à 2 651 millions d'euros, soit une progression de +45,6 %. Sur la même période, les volumes exportés sont restés quasiment stables, passant de 506 542 tonnes à 498 978 tonnes (−1,5 %). C'est donc une hausse moyenne des prix unitaires à l'exportation de +47,9 % (de 3 594 à 5 314 €/t) qui explique quasi intégralement la croissance en valeur. Ce phénomène s'est accéléré à partir de 2022, année marquée par l'inflation post-Covid et la crise énergétique européenne.

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur exportations (M€) 1 820 2 651 +45,6 %
Volume exportations (t) 506 542 498 978 −1,5 %
Prix moyen export (€/t) 3 594 5 314 +47,9 %

Les importations reculent en volume et en valeur

Le commerce importateur de l'UE a connu une trajectoire inverse : la valeur des importations a légèrement baissé (de 1 145 à 1 109 M€, soit −3,1 %), tandis que les volumes ont reculé nettement (de 326 167 à 262 358 tonnes, soit −19,6 %). Le prix moyen à l'importation a quant à lui progressé de +20,4 % (de 3 509 à 4 226 €/t), mais insuffisamment pour compenser l'effondrement des volumes. Cette contraction des importations peut s'expliquer par une combinaison de repli de la demande intérieure, de renforcement des standards sanitaires, et d'une production domestique en forte croissance (+71,9 % en quantité et +122,1 % en valeur sur la période).

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur importations (M€) 1 145 1 109 −3,1 %
Volume importations (t) 326 167 262 358 −19,6 %
Prix moyen import (€/t) 3 509 4 226 +20,4 %

Un excédent commercial qui s'est plus que doublé

La combinaison d'exportations en hausse en valeur et d'importations en recul a produit un solde commercial en forte amélioration : de 676 millions d'euros en 2015 à 1 543 millions d'euros en 2025 (+128,2 %). L'UE a ainsi renforcé sa dépendance nette négative, c'est-à-dire son statut de fournisseur net pour le reste du monde, un phénomène alimenté tant par la propension à exporter en hausse de 17,6 % que par l'intensité commerciale globale en progression de 16,0 %.


II. Une profonde reconfiguration géographique des partenaires commerciaux

Côté importations : l'essor de la Chine et de la Thaïlande face au recul du Brésil et du Royaume-Uni

La structure géographique des importations de l'UE s'est considérablement transformée. Le Brésil, premier fournisseur en 2015 avec 431 M€, a vu ses ventes vers l'UE s'effondrer de −46,6 % pour atteindre 230 M€ en 2025. Le Royaume-Uni, deuxième fournisseur en 2015 (365 M€), a subi un déclin similaire (−47,4 %), passant à 192 M€. Ce double recul peut s'expliquer par le Brexit pour le Royaume-Uni et par des tensions sanitaires et réglementaires persistantes pour le Brésil.

À l'inverse, la Chine a connu une progression spectaculaire (+250,6 %), passant de 71 M€ à 248 M€, devenant le troisième fournisseur de l'UE. La Thaïlande a également progressé de +53,0 % (de 241 M€ à 370 M€), consolidant sa position de deuxième fournisseur. Enfin, l'Ukraine (+694,2 %) et la Serbie (+1 087,7 %), bien qu'à des niveaux absolus plus modestes, témoignent de l'intégration croissante des fournisseurs d'Europe de l'Est et des Balkans dans la chaîne d'approvisionnement européenne.

Partenaire import. 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Brésil 431 230 −46,6 %
Thaïlande 241 370 +53,0 %
Royaume-Uni 365 192 −47,4 %
Chine 71 248 +250,6 %
Serbie 1 7 +1 087,7 %
Ukraine 2 20 +694,2 %
Argentine 8 3 −55,6 %

Côté exportations : le Royaume-Uni pilier central, mais diversification vers l'Asie et les marchés émergents

Le Royaume-Uni demeure de loin le premier client de l'UE pour les conserves de viande, avec 1 865 M€ en 2025 (+41,5 % par rapport à 2015). Il absorbe à lui seul une part très significative des exportations totales. Les États-Unis (89 M€, +47,0 %) et la Suisse (110 M€, +70,6 %) complètent le trio de tête des marchés traditionnels.

Toutefois, la dynamique la plus remarquable concerne le Japon (+116,1 %), l'Ukraine (+383,6 %) et la Serbie (+113,1 %), dont les parts ont progressé de manière significative. Le Japon bénéficie de l'accord de libre-échange UE-Japon entré en vigueur en février 2019, tandis que la Serbie et l'Ukraine reflètent le processus d'intégration économique avec l'UE.

Partenaire export. 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 1 318 1 865 +41,5 %
États-Unis 60 89 +47,0 %
Japon 21 46 +116,1 %
Suisse 64 110 +70,6 %
Ukraine 5 27 +383,6 %
Angola 18 11 −40,2 %
Serbie 14 29 +113,1 %

La concentration des échanges diminue, signe de diversification

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a reculé de 2 915 à 2 354 (−19,3 %), témoignant d'une diversification sensible des sources d'approvisionnement. Côté exportations, la baisse est plus modeste (de 5 300 à 5 051, −4,7 %), ce qui reflète la prédominance continue du Royaume-Uni comme débouché principal, mais aussi une légère ouverture vers de nouveaux marchés. Parmi les États membres les plus spécialisés dans l'exportation de ce produit, la Pologne (RSCA de 0,46) et le Danemark (0,41) occupent les premières positions, tandis que Malte (−1,00) et Chypre (−0,76) figurent parmi les moins spécialisés.


III. Des segments en pleine mutation : déclin de la dinde et du bovin, essor de la volaille et du porc transformé

À l'importation : l'effondrement des préparations de dinde et la domination des volailles

L'analyse par sous-segment des importations révèle des transformations profondes. Le segment le plus marquant est celui des préparations de dinde (NC 160231), dont les volumes importés se sont effondrés de 47 574 tonnes à 3 223 tonnes (−93,2 %). Ce déclin spectaculaire peut s'explorer par une relocalisation de la production au sein de l'UE ou par un changement des schémas de consommation.

Les préparations de volaille (NC 160232) restent de loin le premier segment importé, avec 213 198 tonnes en 2025, en léger recul par rapport aux 220 835 tonnes de 2015 (−3,5 %), mais leur valeur a progressé de 715 M€ à 821 M€ (+14,8 %). En volume, les préparations de canard, oie et pintade (NC 160239) ont enregistré une hausse notable (+49,7 %, de 14 686 à 21 991 tonnes). Les préparations de bovin (NC 160250) ont reculé de −34,8 % en volume, tandis que les jambons (NC 160241) ont chuté de 75,3 % en volume.

Segment import. (code) 2015 (t) 2025 (t) Var. volume 2015 (M€) 2025 (M€) Var. valeur
Volaille — poulet (160232) 220 835 213 198 −3,5 % 715 821 +14,8 %
Bovin (160250) 24 371 15 898 −34,8 % 131 126 −4,0 %
Canard/oie/pintade (160239) 14 686 21 991 +49,7 % 74 92 +23,5 %
Dinde (160231) 47 574 3 223 −93,2 % 151 13 −91,1 %
Porc — autres (160249) 10 613 5 541 −47,8 % 39 41 +5,9 %
Autres (160290) 3 678 1 527 −58,5 % 15 9 −38,7 %
Jambon (160241) 2 629 648 −75,3 % 12 4 −67,8 %

À l'exportation : la volaille et le porc au premier plan, repli marqué de la catégorie « autres »

Du côté des exportations, le segment des préparations de volaille (NC 160232) affiche la progression la plus forte en volume : +55,3 % (de 154 313 à 239 627 tonnes), avec une valeur passant de 571 M€ à 1 120 M€ (+96,2 %). Ce segment est désormais le pilier des exportations européennes de conserves de viande.

Les préparations porcines (NC 160249) ont progressé de +11,6 % en volume (de 87 582 à 97 770 tonnes), avec une valeur en hausse de 372 M€ à 593 M€ (+59,5 %). Les jambons (NC 160241) ont suivi une trajectoire similaire (+22,6 % en volume, +29,4 % en valeur).

En revanche, la catégorie « autres préparations » (NC 160290) a connu un effondrement remarquable : de 61 929 tonnes à 7 321 tonnes (−88,2 %), ce qui suggère un reclassement statistique ou un transfert vers des catégories plus spécifiques. Les préparations de bovin (NC 160250) ont également reculé de −40,2 % en volume (de 80 138 à 47 895 tonnes), tandis que les préparations de canard et oie (NC 160239) ont chuté de 32 351 à 5 918 tonnes (−81,7 %), possiblement en lien avec les restrictions liées à la grippe aviaire.

Segment export. (code) 2015 (t) 2025 (t) Var. volume 2015 (M€) 2025 (M€) Var. valeur
Volaille — poulet (160232) 154 313 239 627 +55,3 % 571 1 120 +96,2 %
Porc — autres (160249) 87 582 97 770 +11,6 % 372 593 +59,5 %
Jambon (160241) 47 460 58 173 +22,6 % 268 347 +29,4 %
Bovin (160250) 80 138 47 895 −40,2 % 281 294 +4,9 %
Autres (160290) 61 929 7 321 −88,2 % 70 33 −53,2 %
Dinde (160231) 15 414 20 188 +31,0 % 51 124 +143,4 %
Canard/oie/pintade (160239) 32 351 5 918 −81,7 % 100 30 −69,7 %

Des prix à la hausse généralisée, avec des niveaux très hétérogènes entre segments

L'évolution des prix unitaires confirme la tendance inflationniste observée au niveau agrégé. À l'exportation, les segments les plus valorisés en 2025 sont le jambon (5 958 €/t), le bovin (6 144 €/t) et le porc transformé (6 060 €/t), tandis que les conserves de volaille s'établissent à 4 676 €/t. À l'importation, le bovin est le segment le plus coûteux (7 900 €/t), suivi du porc (7 418 €/t) et du jambon (6 191 €/t), tandis que le poulet demeure le segment le moins onéreux (3 850 €/t), ce qui reflète le différentiel de prix structurel entre les protéines animales.


Conclusion

Sur la décennie 2015–2025, le marché européen des conserves de viande (NC 1602) a connu une transformation profonde, marquée par trois tendances convergentes.

Premièrement, l'UE a renforcé sa position de fournisseur net mondial, avec un excédent commercial plus que doublé, tiré principalement par une hausse des prix à l'exportation (+47,9 %) et un recul des volumes importés (−19,6 %). Deuxièmement, les flux commerciaux se sont reconfigurés géographiquement : le Brésil et le Royaume-Uni ont perdu du terrain côté importations au profit de la Chine et de la Thaïlande, tandis que les exportations se sont diversifiées vers l'Asie et les Balkans. Troisièmement, la volaille (poulet) est devenue le segment dominant tant à l'importation qu'à l'exportation, tandis que la dinde et les catégories résiduelles ont subi des déclins sévères.

Ces évolutions témoignent d'une industrie européenne de transformation carnée qui s'adapte aux chocs sanitaires (grippe aviaire), aux ruptures géopolitiques (Brexit, conflit en Ukraine) et aux nouvelles exigences réglementaires et commerciales, tout en conservant un avantage comparatif marqué sur les segments à forte valeur ajoutée.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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