Évolution du marché : Conserves de poisson et caviar (CN 1604) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 1604 couvre un ensemble large de produits : préparations et conserves de poissons entiers ou en morceaux (thon, sardines, harengs, maquereaux, anchois, saumon, etc.), ainsi que le caviar et ses succédanés. Ce secteur représente un enjeu stratégique pour l'Union européenne, à la fois en tant que marché de consommation majeur et en tant que plateforme de transformation et de réexportation. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE dans ce segment a connu des mutations profondes : une hausse marquée des valeurs échangées, une pression inflationnique sur les prix, un rééquilibrage géographique des partenaires et des chocs d'approvisionnement notables, notamment en 2022. Ce rapport propose une analyse structurée de ces dynamiques, en s'appuyant exclusivement sur les données disponibles.
Vue d'ensemble du secteur NC 1604
1. Une hausse des valeurs masquant un recul des volumes échangés
1.1. Les importations : une croissance tirée par les prix plus que par les quantités
Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE (hors échanges intra-UE) est passée de 2 354 M€ à 3 482 M€, soit une progression de +47,9 %. Cependant, les quantités importées n'ont augmenté que de 20,2 % (de 585 079 t à 703 283 t), tandis que le prix moyen a crû de 23,0 % (de 4 024 €/t à 4 951 €/t). La hausse des valeurs est donc pour moitié environ le fruit d'une inflation des prix unitaires, probablement liée à la fois à la montée en gamme des produits, à la raréfaction de certaines ressources halieutiques et aux tensions inflationnistes post-Covid et post-2022.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (M€) | 2 354 | 3 482 | +47,9 % |
| Quantité importations (t) | 585 079 | 703 283 | +20,2 % |
| Prix moyen importations (€/t) | 4 024 | 4 951 | +23,0 % |
Données détaillées sur les échanges
1.2. Les exportations : un recul des volumes compensé par une forte appréciation des prix
Du côté des exportations, la trajectoire est encore plus contrastée. La valeur a progressé de 821 M€ à 1 171 M€ (+42,6 %), alors que les quantités exportées ont diminué de 16,8 % (de 211 867 t à 176 193 t). Le prix moyen des exportations a littéralement bondi de 71,5 %, passant de 3 876 €/t à 6 646 €/t. L'UE exporte donc moins de tonnes mais à un prix unitaire nettement supérieur, ce qui suggère une spécialisation croissante vers des produits à plus forte valeur ajoutée (caviar, saumon, produits transformés haut de gamme).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (M€) | 821 | 1 171 | +42,6 % |
| Quantité exportations (t) | 211 867 | 176 193 | -16,8 % |
| Prix moyen exportations (€/t) | 3 876 | 6 646 | +71,5 % |
1.3. Un déficit commercial qui se creuse malgré tout
Le solde commercial de l'UE en produits NC 1604 est structurellement déficitaire. Le déficit s'est élargi de 1 533 M€ en 2015 à 2 311 M€ en 2025, soit une détérioration de 50,7 %. Toutefois, l'indicateur de dépendance nette aux importations a paradoxalement diminué, passant de 22,1 % à 13,3 % (-39,7 %). Cela signifie que si le déficit absolu s'accroît en valeur, la part des importations dans la consommation apparente tend à se réduire, probablement en raison de la croissance de la production intra-européenne.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Solde commercial (M€) | -1 533 | -2 311 | -50,7 % |
| Dépendance nette aux importations (%) | 22,1 | 13,3 | -39,7 % |
Indicateur de dépendance aux importations
2. Une reconfiguration géographique des flux commerciaux
2.1. L'Équateur, moteur de la croissance des importations
L'analyse des partenaires d'importation révèle une concentration croissante autour de quelques fournisseurs clés. L'Équateur domine nettement, avec une valeur passée de 395 M€ à 972 M€ (+145,9 %), ce qui en fait de loin le premier fournisseur extra-européen. Le Maroc (363 M€, +36,3 %) et les Philippines (200 M€, +67,2 %) confirment leur rôle de partenaires historiques, tandis que la Chine (238 M€, +220,7 %) et la Papouasie-Nouvelle-Guinée (210 M€, +121,2 %) ont connu les progressions les plus spectaculaires en termes relatifs.
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Équateur | 395 | 972 | +145,9 % |
| Maroc | 266 | 363 | +36,3 % |
| Chine | 74 | 238 | +220,7 % |
| Papouasie-Nouvelle-Guinée | 95 | 210 | +121,2 % |
| Philippines | 119 | 200 | +67,2 % |
| Seychelles | 133 | 179 | +35,2 % |
| Maurice | 155 | 154 | -0,7 % |
2.2. Des exportations de plus en plus diversifiées vers les marchés tiers
Du côté des exportations, le Royaume-Uni reste le premier client de l'UE (340 M€ en 2025), mais sa part relative stagne (-3,9 %). En revanche, plusieurs marchés ont connu des hausses remarquables : les États-Unis (201 M€, +253,3 %), le Canada (46 M€, +231,0 %), l'Ukraine (50 M€, +490,7 %) et la Serbie (34 M€, +141,2 %). Cette diversification géographique des exportations se traduit par une baisse significative de l'indice de concentration HHI des exportations, passé de 2 087 à 1 339 (-35,8 %), signe d'une moindre dépendance aux marchés traditionnels.
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 354 | 340 | -3,9 % |
| États-Unis | 57 | 201 | +253,3 % |
| Suisse | 70 | 106 | +51,3 % |
| Norvège | 64 | 63 | -1,9 % |
| Ukraine | 8 | 50 | +490,7 % |
| Canada | 14 | 46 | +231,0 % |
| Serbie | 14 | 34 | +141,2 % |
2.3. L'Espagne, plaque tournante du commerce européen
Au sein de l'UE, l'Espagne s'affirme comme le principal importateur extra-européen, avec une valeur passée de 543 M€ à 1 068 M€ (+96,7 %), soit près d'un tiers des importations totales de l'Union. L'Italie (651 M€), la France (488 M€) et les Pays-Bas (429 M€, +106,6 %) complètent le tableau. À l'export, la Pologne a connu la progression la plus spectaculaire (209 M€, +151,8 %), devançant désormais l'Allemagne (133 M€, -14,6 %) et talonnant l'Espagne (164 M€).
| État membre | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Espagne | 543 | 1 068 | +96,7 % |
| Italie | 504 | 651 | +29,1 % |
| France | 409 | 488 | +19,1 % |
| Pays-Bas | 207 | 429 | +106,6 % |
| Allemagne | 280 | 349 | +24,6 % |
| Portugal | 33 | 88 | +165,5 % |
3. Le thon, pilier incontesté du segment, face à des recompositions de niche
3.1. Le thon (160414) domine massivement les importations
La ventilation par sous-produit confirme la prééminence absolue des préparations de thon (NC 160414) dans les importations de l'UE. Ce segment représente 525 192 t en 2025 (contre 395 866 t en 2015, +32,7 %) pour une valeur de 2 543 M€ (+60,7 %). Le thon constitue ainsi à lui seul près des trois quarts des importations en volume et plus des deux tiers en valeur. Les autres segments restent nettement plus modestes : les « autres préparations de poissons » (160420) stagnent en volume (55 621 t), tandis que les sardines (160413) et le maquereau (160415) accusent des baisses significatives en quantité (-25,0 % et -50,7 % respectivement).
| Sous-produit (importations) | Volume 2015 (t) | Volume 2025 (t) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) |
|---|---|---|---|---|
| 160414 — Thon | 395 866 | 525 192 | 1 583 | 2 543 |
| 160420 — Autres préparations | 66 159 | 55 621 | 211 | 202 |
| 160413 — Sardines | 35 253 | 26 448 | 117 | 128 |
| 160419 — Autres poissons entiers | 25 153 | 35 197 | 85 | 193 |
| 160412 — Harengs | 15 660 | 24 084 | 38 | 51 |
| 160416 — Anchois | 18 879 | 23 503 | 150 | 229 |
| 160415 — Maquereaux | 15 044 | 7 429 | 62 | 36 |
Comparaison par segment de produit
3.2. Les exportations se concentrent sur les produits à forte valeur ajoutée
À l'export, la structure est plus diversifiée. Les « autres poissons entiers ou en morceaux » (160419) restent le premier poste en volume (38 997 t, en baisse de -28,2 %), suivi des « autres préparations » (160420, 44 107 t, +14,8 %). Le segment le plus dynamique est celui du saumon (160411), dont les exportations ont doublé en volume (2 909 t → 5 736 t) et presque triplé en valeur (27 M€ → 75 M€), avec un prix moyen qui atteint 13 099 €/t en 2025 — le plus élevé de tous les sous-produits. Cela confirme la stratégie de montée en gamme de l'industrie européenne de transformation.
| Sous-produit (exportations) | Volume 2015 (t) | Volume 2025 (t) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Prix 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|---|---|
| 160419 — Autres poissons entiers | 54 336 | 38 997 | 208 | 220 | 5 646 |
| 160420 — Autres préparations | 38 412 | 44 107 | 143 | 198 | 4 486 |
| 160413 — Sardines | 46 819 | 30 257 | 91 | 155 | 5 120 |
| 160414 — Thon | 34 107 | 29 507 | 161 | 224 | 7 599 |
| 160415 — Maquereaux | 14 655 | 11 897 | 64 | 82 | 6 906 |
| 160412 — Harengs | 14 807 | 10 387 | 42 | 52 | 5 008 |
| 160411 — Saumon | 2 909 | 5 736 | 27 | 75 | 13 099 |
3.3. Des chocs de prix ponctuels mais significatifs en 2022
L'année 2022 se distingue par la détection de plusieurs chocs de prix sur les importations. Les Philippines ont connu une anomalie de prix d'une ampleur de 40,6 (indice d'abnormalité), avec un bond de 30,0 % du prix unitaire. L'Équateur, principal fournisseur, a subi un choc similaire (anomalie 31,2, hausse de 26,6 %), suivi de la Thaïlande (anomalie 9,7, +20,6 %). Ces épisodes coïncident avec la conjonction de la reprise post-Covid, de la crise énergétique et des perturbations logistiques mondiales. En termes de volatilité structurelle, les importations en provenance du Royaume-Uni (CV 0,44) et de Thaïlande (CV 0,40) présentent les coefficients de variation les plus élevés, tandis que le Maroc (CV 0,06) fait figure de fournisseur stable.
| Choc détecté | Partenaire | Type | Anomalie | Hausse de prix | Année |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Philippines | Prix | 40,6 | +30,0 % | 2022 |
| 2 | Équateur | Prix | 31,2 | +26,6 % | 2022 |
| 3 | Thaïlande | Prix | 9,7 | +20,6 % | 2022 |
Conclusion
Sur la décennie 2015–2025, le marché européen des conserves de poisson et du caviar (NC 1604) a connu une transformation profonde. Trois grandes tendances se dégagent :
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Une inflation des prix qui redéfinit la valeur des échanges. La hausse des prix moyens, tant à l'importation (+23 %) qu'à l'exportation (+71,5 %), a mécaniquement gonflé les valeurs échangées bien au-delà de la progression des volumes. L'UE exporte désormais moins de produits mais à un prix unitaire nettement supérieur, ce qui traduit une spécialisation vers le haut de gamme.
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Une reconfiguration géographique des partenaires. L'Équateur s'est imposé comme le fournisseur dominant, tandis que la Chine et la Papouasie-Nouvelle-Guinée ont gagné des parts significatives. À l'export, la dépendance au Royaume-Uni diminue au profit d'une diversification vers les États-Unis, le Canada et l'Europe du Sud-Est. L'indice HHI des exportations en baisse de 35,8 % confirme cette moindre concentration.
-
Une structure produit polarisée autour du thon. Le thon représente près des trois quarts des importations en volume et continue de croître. Les segments de niche comme le saumon exporté connaissent une dynamique de prix très favorable, tandis que le maquereau et les sardines déclinent. Les chocs de prix de 2022 rappellent la vulnérabilité du secteur aux perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales.
L'UE reste structurellement déficitaire dans ce segment, mais la baisse de sa dépendance nette aux importations (de 22 % à 13 %) et la montée en gamme de ses exportations dessinent un secteur en quête de valeur plutôt que de volume.