Évolution du marché : Conserves de thon (CN 160414) — 2015–2025
Introduction
Les préparations et conserves de thon, de listaos et de bonites (code NC 160414) constituent un segment majeur du commerce agroalimentaire de l'Union européenne. Sur la période 2015–2025, le marché européen a connu des transformations profondes : une croissance soutenue des importations, un renforcement de la dépendance vis-à-vis de certains fournisseurs tiers, mais aussi une montée en puissance de la production intra-européenne. Le présent rapport s'appuie exclusivement sur les données commerciales de l'UE avec les pays tiers pour analyser les dynamiques observables, en distinguant trois axes majeurs.
Voir l'aperçu général du produit.
1. Une forte croissance des importations tirée par la hausse des prix
L'UE demeure un importateur net structurel de conserves de thon
Sur l'ensemble de la période, l'Union européenne affiche un déficit commercial persistant et croissant avec les pays tiers. En 2015, le solde s'établissait à -1 422 millions d'euros ; il atteint -2 319 millions d'euros en 2025, soit une détérioration de 63,1 %. Ce déficit s'explique par une asymétrie fondamentale entre les importations (2,54 Md€ en 2025) et les exportations (224 M€ en 2025), l'UE important environ dix fois plus qu'elle n'exporte en valeur.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur, M€) | 1 583 | 2 543 | +60,7 % |
| Importations (volume, kt) | 395,9 | 525,2 | +32,7 % |
| Importations (prix moyen, €/t) | 3 998 | 4 842 | +21,1 % |
| Exportations (valeur, M€) | 161 | 224 | +39,5 % |
| Exportations (volume, kt) | 34,1 | 29,5 | -13,5 % |
| Exportations (prix moyen, €/t) | 4 715 | 7 599 | +61,2 % |
| Solde (M€) | -1 422 | -2 319 | -63,1 % |
Source : Tableau de bord du commerce
La valeur des importations progresse plus vite que les volumes : l'effet prix
La croissance des importations en valeur (+60,7 %) est près du double de celle en volume (+32,7 %), ce qui traduit une hausse significative des prix moyens d'importation. Le prix moyen passant de 3 998 €/t à 4 842 €/t (+21,1 %), la dynamique du marché est autant tirée par l'inflation des coûts d'approvisionnement que par l'augmentation des quantités physiques demandées. Ce phénomène est cohérent avec la hausse mondiale des coûts de matières premières halieutiques et de transport observée depuis 2021.
Les exportations de l'UE se repositionnent sur des segments à plus forte valeur ajoutée
À l'inverse des importations, les exportations de l'UE ont connu une baisse de volume (-13,5 %, de 34 107 t à 29 507 t) mais une forte progression de leur valeur (+39,5 %), portant le prix moyen à l'exportation de 4 715 €/t à 7 599 €/t (+61,2 %). Cela suggère un repositionnement des exportateurs européens vers des produits de niche ou à valeur ajoutée supérieure. L'Italie incarne particulièrement cette dynamique, ses exportations ayant bondi de 155,8 % en valeur (de 42 M€ à 107 M€), tandis que l'Espagne restait stable autour de 72 M€.
Source : Partenaires par valeur
2. Une concentration géographique croissante des approvisionnements
L'Équateur, pilier incontournable de l'approvisionnement européen
L'Équateur s'est imposé comme le premier fournisseur de l'UE en conserves de thon, avec une progression spectaculaire de ses exportations vers l'UE : de 386 millions d'euros en 2015 à 947 millions d'euros en 2025, soit une hausse de 145,7 %. En 2025, l'Équateur représente à lui seul 38 % de la valeur totale des importations de l'UE en provenance de pays tiers. Cette concentration est remarquable et constitue un facteur de vulnérabilité.
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Équateur | 386 | 947 | +145,7 % |
| Papouasie-Nouvelle-Guinée | 93 | 200 | +115,1 % |
| Philippines | 116 | 189 | +62,2 % |
| Maurice | 150 | 153 | +1,6 % |
| Seychelles | 130 | 179 | +38,3 % |
| Chine | 33 | 152 | +360,2 % |
| Côte d'Ivoire | 97 | 56 | -41,7 % |
Source : Partenaires par valeur – importations
L'Indice de Herfindahl-Hirschman confirme un risque de dépendance accru
L'HHI des importations en valeur est passé de 1 028 à 1 701 (+65,5 %), ce qui traduit un passage d'un marché modérément concentré à un marché très concentré. En volume, la progression est similaire (de 1 096 à 1 790). Cette évolution est largement imputable à la montée en puissance de l'Équateur et, dans une moindre mesure, de la Chine (+360,2 %).
À l'inverse, l'HHI des exportations de l'UE a baissé de 1 006 à 622 (-38,2 %), indiquant une diversification des débouchés à l'exportation.
| Indicateur HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 1 028 | 1 701 | +65,5 % |
| Importations (volume) | 1 096 | 1 790 | +63,4 % |
| Exportations (valeur) | 1 006 | 622 | -38,2 % |
| Exportations (volume) | 1 217 | 571 | -53,1 % |
Source : Concentration – HHI
Des chocs de prix identifiés sur certains partenaires en 2022
L'analyse des chocs révèle trois événements significatifs, tous survenus autour de 2022 :
| Partenaire | Type de choc | Flux | Anomalie | Variation (%) | Part de valeur (%) |
|---|---|---|---|---|---|
| Libye | Prix | Exportations | 130,6 | +30,0 % | 6,1 % |
| Philippines | Prix | Importations | 35,6 | +30,4 % | 9,8 % |
| Équateur | Prix | Importations | 30,6 | +27,3 % | 38,0 % |
Les chocs sur les Philippines et l'Équateur — les deux premiers fournisseurs — en 2022 sont cohérents avec la crise énergétique et logistique mondiale de cette période. La forte part de valeur de l'Équateur (38 %) amplifie l'impact systémique de tout choc sur cet approvisionnement. La volatilité (coefficient de variation) est d'ailleurs élevée pour la Chine (CV = 0,47) et la Thaïlande (CV = 0,55), bien que ces partenaires restent secondaires.
Source : Volatilité et chocs
3. La production européenne en forte croissance mais une autonomie encore relative
Une production intra-européenne qui double en valeur
La production européenne disponible a connu une trajectoire remarquable sur la période. En valeur, elle est passée de 3,81 milliards d'euros à 8,04 milliards d'euros (+111,3 %), tandis qu'en volume, elle a progressé de manière plus modeste, de 882 302 t à 960 000 t (+8,8 %). Cela signifie que la valeur unitaire de la production a considérablement augmenté, en ligne avec la hausse des prix des matières premières et la montée en gamme de certains produits transformés.
| Indicateur de production | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume (kt) | 882 | 960 | +8,8 % |
| Valeur (M€) | 3 805 | 8 040 | +111,3 % |
La dépendance nette aux importations recule sensiblement
Le taux de dépendance nette aux importations a diminué de 28,9 % à 21,0 % (-27,2 %). Parallèlement, l'intensité commerciale (part du commerce extérieur dans la production intérieure) a baissé de 33,7 % à 24,9 % (-26,1 %), et la propension à exporter de 4,0 % à 2,8 % (-30,8 %).
Ces trois indicateurs convergent : l'UE absorbe une part croissante de sa propre consommation grâce à sa production intérieure. Toutefois, un taux de dépendance net de 21 % en 2025 signifie qu'un cinquième de la consommation demeure couvert par des importations nettes, ce qui reste significatif pour un produit alimentaire de base.
L'Espagne et le Portugal concentrent la spécialisation européenne
L'analyse des avantages comparatifs révèlent une forte asymétrie intra-européenne. L'Espagne (RSCA = 0,79, RCA = 8,35) et le Portugal (RSCA = 0,76, RCA = 7,27) sont les seuls États membres à présenter un avantage comparatif significatif dans ce segment. L'Espagne concentre à elle seule 48,4 % de la production de conserves de thon de l'UE. En revanche, des pays comme l'Irlande (RSCA = -1,00), l'Estonie (RSCA = -0,99) ou la Finlande (RSCA = -0,99) sont structurellement non compétitifs dans ce secteur.
| État membre | RSCA | RCA | Part production UE |
|---|---|---|---|
| Espagne | 0,79 | 8,35 | 48,4 % |
| Portugal | 0,76 | 7,27 | 10,1 % |
| Italie | 0,19 | 1,48 | 11,9 % |
| Pays-Bas | 0,13 | 1,30 | 18,9 % |
Source : Spécialisation
L'analyse par sous-produit confirme la prédominance des listaos
La ventilation par sous-produit montre que les listaos et bonites à ventre rayé (codes 16041421 et 16041428) dominent tant à l'importation qu'à l'exportation. À l'importation, le code 16041421 passe de 96 609 t (2015) à 159 949 t (2025), tandis que les « longes » de listaos (16041426) atteignent 101 659 t. En revanche, les conserves de thon jaune à l'huile (16041431) restent un segment secondaire (20 381 t en 2025), et les « longes » de thon (16041446) demeurent un volume marginal.
À l'exportation, le code 16041421 reste dominant (15 871 t), suivi du thon jaune à l'huile (16041431, 3 758 t), ce dernier ayant connu une progression notable (+55,8 % en volume sur la période).
Source : Comparaison par segment de produit
Conclusion
Le marché européen des conserves de thon (NC 160414) a connu, entre 2015 et 2025, une triple transformation. Premièrement, les importations ont fortement progressé en valeur (+60,7 %), portées autant par la hausse des volumes que par celle des prix, creusant un déficit commercial désormais supérieur à 2,3 milliards d'euros. Deuxièmement, l'approvisionnement s'est dangereusement concentré autour de l'Équateur, dont la part est passée à près de 40 % de la valeur des importations, tandis que l'HHI a franchi le seuil de 1 700. Troisièmement, la production européenne a doublé en valeur, contribuant à réduire la dépendance nette de 29 % à 21 %, mais cette autonomisation reste fragile et géographiquement concentrée sur l'Espagne et le Portugal.
Les enjeux pour la décennie à venir sont clairs : la sécurisation des chaînes d'approvisionnement face à la concentration sur l'Équateur, la gestion des chocs de prix tels que ceux observés en 2022, et le renforcement de la compétitivité des transformateurs européens dans un contexte de coûts croissants.