Évolution du marché : Extraits et jus de viande de poisson (CN 1603) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) pour la nomenclature combinée 1603, couvrant les « Extraits et jus de viande, de poissons ou de crustacés, de mollusques ou d'autres invertébrés aquatiques », sur la période 2015-2025. L'objectif est d'identifier les dynamiques majeures, en s'appuyant sur les données disponibles pour les flux d'importation et d'exportation avec les pays tiers. Au cours de cette période, le marché a connu une transformation structurelle notable, passant d'une position déficitaire à une situation excédentaire, accompagnée d'une reconfiguration des partenaires commerciaux et d'une forte croissance de la production intra-UE.
1. Une restructuration profonde des flux commerciaux : du déficit chronique à l'excédent
La période 2015-2025 se caractérise par un renversement radical de la position commerciale de l'UE sur le segment des extraits et jus de viande et poisson. Le déficit initial s'est transformé en un excédent solide, tiré par une explosion des exportations et un effondrement des importations.
Une croissance vigoureuse des exportations européennes
Les exportations de l'UE ont connu une croissance remarquable tant en valeur qu'en volume. En valeur, elles ont progressé de 79,9 %, passant de 23,4 millions d'euros en 2015 à 42,1 millions d'euros en 2025. En volume, l'augmentation a été de 54,2 %, atteignant 7 392 tonnes. Cette dynamique s'est accompagnée d'une hausse moyenne des prix à l'exportation de 16,7 %, indiquant une possible montée en gamme des produits européens.
Evolution générale du commerce
Un recul marqué des importations
À l'inverse, les importations ont chuté de manière spectaculaire. Leur valeur a diminué de 58,0 % pour s'établir à 13,5 millions d'euros en 2025, et leur volume s'est contracté de 65,0 % à 1 358 tonnes. La dépendance nette aux importations est ainsi passée de +17,5 % à -18,9 %, symbolisant le basculement vers une autonomie excédentaire.
Indicateur de dépendance nette aux importations
Tableau récapitulatif de l'évolution des échanges (2015 vs 2025)
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M EUR) | 23,4 | 42,1 | +79,9 |
| Exportations (volume, t) | 4 793 | 7 392 | +54,2 |
| Importations (valeur, M EUR) | 32,2 | 13,5 | -58,0 |
| Importations (volume, t) | 3 876 | 1 358 | -65,0 |
| Balance commerciale (M EUR) | -8,7 | +28,6 | +427,3 |
2. Diversification des partenaires d'exportation et concentration des importations
La restructuration des flux s'est accompagnée d'une évolution contrastée des partenaires commerciaux. Les exportations se sont diversifiées vers de nouveaux marchés, tandis que les importations se sont concentrées sur quelques fournisseurs.
Le Japon, moteur principal de la croissance des exportations
Le Japon est devenu le premier client de l'UE, avec une valeur d'importations passant de 10,4 à 20,0 millions d'euros (+91,8 %). Il représente près de la moitié (47,4 %) des exportations totales de l'UE en 2025. D'autres marchés comme les Émirats arabes unis (+4 577 %) et le Canada (+1 109 %) ont connu des hausses vertigineuses, bien que partant de bases plus faibles.
Principaux partenaires à l'exportation
Une contraction des approvisionnements traditionnels, hormis la Norvège
À l'importation, le Brésil reste le premier fournisseur mais sa part s'est fortement réduite (valeur : -60,7 %). Le Royaume-Uni, ancien partenaire majeur, a vu ses ventes à l'UE chuter de 92,5 %, un effet probable du Brexit. Seule la Norvège a accru ses livraisons (+85,4 %), consolidant sa position de fournisseur clé dans le nord de l'Europe.
Principaux partenaires à l'importation
3. Dynamiques internes : spécialisation, production et chocs temporaires
Au-delà des flux, la structure interne du marché européen a évolué, avec une spécialisation accrue de certains États membres, une croissance forte de la production et la survenue de chocs ponctuels.
Une spécialisation géographique prononcée au sein de l'UE
La production et l'exportation sont concentrées au sein de quelques pays. En 2025, la Suède, l'Italie, la France et la Belgique affichent les indices de spécialisation (RSCA) les plus élevés, tandis que des pays comme la Roumanie ou la Grèce sont très peu impliqués. Cette spécialisation explique en partie la performance des exportations nationales de pays comme la Belgique (+399 %) ou les Pays-Bas (+762 %).
Spécialisation des pays de l'UE
Une production intra-UE en forte expansion
La production européenne (hors commerce intra-UE) a connu une croissance extraordinaire, passant de 12,0 à 154,1 millions d'euros en valeur (+1 183 %) et de 7 200 à plus de 31,4 millions de kilogrammes en volume (+336 %). Cette dynamique a probablement alimenté la capacité d'exportation et réduit la nécessité d'importer.
Evolution des volumes de production
Des chocs de prix spécifiques ponctuant la tendance générale
L'analyse de la volatilité révèle deux chocs de prix majeurs. En 2021, un choc à l'importation sur les prix provenant du Royaume-Uni (hausse anormale de 98,7 %) coïncide avec les débuts de l'application du Brexit. En 2023, un choc à l'exportation sur les prix vers le Japon (+10,9 %) a été détecté, ce marché représentant alors une part prépondérante (55,8 %) du total des exportations.
Principaux événements de choc détectés
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché de l'UE pour les extraits et jus de viande et poisson (CN 1603) a subi une métamorphose. La période est marquée par le passage d'une situation de déficit commercial structurel à un excédent robuste, grâce à une croissance explosive des exportations (+80 % en valeur) et à un recul parallèle des importations (-58 %). Cette évolution a été soutenue par une forte augmentation de la production intra-UE (+1 183 % en valeur) et une réorientation des flux vers des marchés clés comme le Japon. La période a aussi été ponctuée de chocs spécifiques liés à des événements géopolitiques (Brexit). L'UE a ainsi renforcé son autonomie dans ce segment, bien que la concentration des exportations sur quelques partenaires et pays membres expose à une certaine vulnérabilité sectorielle.