Évolution du marché : Préparations de poulet (CN 160232) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne, avec les pays tiers, pour les préparations et conserves de viande ou d'abats de coqs et de poules (code nomenclature combinée 160232), sur la période 2015–2025. Ce produit, qui englobe aussi bien les préparations cuites à haute teneur en volaille que les mélanges à teneur intermédiaire ou les préparations non cuites, constitue un segment significatif du commerce agroalimentaire européen.
Sur la période considérée, le commerce extérieur de l'UE pour ce produit a connu des transformations profondes : un renversement spectaculaire de la balance commerciale, une recomposition des partenaires d'approvisionnement et de destination, ainsi qu'une concentration accrue autour de certains sous-produits et États membres. Les données disponibles (vue d'ensemble du tableau de bord) permettent de dégager trois dynamiques principales.
1. Du déficit à l'excédent : la métamorphose de la balance commerciale européenne
1.1. Des exportations en forte progression, tirées par une hausse simultanée des volumes et des prix
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE (CN 160232) a presque doublé, passant de 570,8 M€ à 1 120,4 M€, soit une hausse de 96,3 % (commerce global). Cette croissance résulte de l'effet combiné d'un accroissement des volumes exportés (+55,3 %, de 154 313 t à 239 627 t) et d'une hausse des prix unitaires (+26,4 %, de 3 699 à 4 676 €/t).
| Indicateur exportations | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 570,8 | 1 120,4 | +96,3 |
| Quantité (t) | 154 313 | 239 627 | +55,3 |
| Prix moyen (€/t) | 3 699 | 4 676 | +26,4 |
La hausse des prix, particulièrement marquée à partir de 2022 (4 914 €/t pour le sous-produit 16023219 en exportation cette année-là), reflète à la fois l'inflation des coûts de production (aliments, énergie) et la dynamique de la demande internationale.
1.2. Des importations stables en volume mais en hausse en valeur
Côté importations, l'évolution est nettement plus modérée. La valeur a progressé de 14,8 % (de 714,7 M€ à 820,8 M€), alors que les volumes ont légèrement reculé (–3,5 %, de 220 835 t à 213 198 t). Les prix moyens importés ont crû de 19,0 % (de 3 236 à 3 850 €/t).
| Indicateur importations | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 714,7 | 820,8 | +14,8 |
| Quantité (t) | 220 835 | 213 198 | –3,5 |
| Prix moyen (€/t) | 3 236 | 3 850 | +19,0 |
Ce décrochage entre valeur et volume traduit une contrainte sur les approvisionnements (prix à la hausse, volumes stables voire en baisse), cohérente avec les chocs sanitaires, géopolitiques et logistiques de la période 2020–2022.
1.3. Un retournement spectaculaire de la balance commerciale
La conséquence la plus marquante de ces trajectoires divergentes est le basculement de la balance commerciale. En 2015, l'UE affichait un déficit de 143,9 M€ sur ce produit ; en 2025, elle dégage un excédent de 299,7 M€, soit une amélioration de 308 % (vue d'ensemble). Le maximum d'excédent a été atteint en 2022, avec 412,4 M€, avant de se stabiliser autour de 300 M€.
Ce retournement s'explique principalement par le dynamisme des exportations, qui ont progressé deux fois plus vite en valeur que les importations. Il traduit un renforcement de la compétitivité du secteur européen des préparations de volaille sur les marchés tiers, porté notamment par la montée en puissance de la Pologne (voir section 3).
2. Un renouvellement profond des partenaires commerciaux
2.1. La Thaïlande consolide sa position de premier fournisseur, tandis que la Chine émerge massivement
Du côté des importations, la hiérarchie des partenaires s'est considérablement reconfigurée (partenaires par valeur) :
| Partenaire | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Thaïlande | 218,8 | 360,0 | +64,5 |
| Brésil | 206,8 | 150,6 | –27,2 |
| Royaume-Uni | 239,4 | 88,1 | –63,2 |
| Chine | 37,8 | 175,4 | +364,1 |
| Ukraine | 2,5 | 19,2 | +677,5 |
| Argentine | 5,7 | 3,5 | –39,6 |
| Bosnie-Herzégovine | 0,2 | 5,2 | +2 403,5 |
La Thaïlande est devenue le premier fournisseur de l'UE, avec une progression régulière de ses livraisons (+64,5 %). Son coefficient de variation relativement faible (0,19) en fait un partenaire stable. En revanche, c'est la Chine qui affiche la progression la plus spectaculaire : ses exportations vers l'UE ont été multipliées par 4,6, passant de 37,8 M€ à 175,4 M€. Cette montée en puissance, qui s'est accélérée après 2020, pourrait refléter la restructuration des chaînes d'approvisionnement chinoises et l'ouverture de nouveaux établissements agréés pour l'exportation vers l'UE.
2.2. Le repli du Royaume-Uni et du Brésil redessine la carte des approvisionnements
Le Royaume-Uni, qui était le premier fournisseur de l'UE en 2015 avec 239,4 M€, a vu ses exportations vers l'UE chuter de 63,2 % pour ne représenter plus que 88,1 M€ en 2025. Ce déclin massif est sans doute lié au Brexit et à la mise en place de barrières commerciales (contrôles sanitaires, déclarations douanières) qui ont réduit la fluidité des échanges. Le coefficient de variation élevé (0,50) témoigne d'une instabilité croissante de ce flux.
Le Brésil, quant à lui, a connu un déclin de 27,2 %, passant de 207 M€ à 151 M€. Ce recul, combiné à l'instabilité des volumes (CV = 0,49), pourrait refléter des restrictions sanitaires récurrentes et une concurrence accrue de la Thaïlande et de la Chine.
À l'inverse, l'Ukraine (+677,5 %) et la Bosnie-Herzégovine (+2 403,5 %), bien que restant des fournisseurs de taille modeste, ont connu des croissances remarquables, possiblement soutenues par des accords d'association et l'intégration progressive dans les chaînes de valeur européennes.
2.3. Les exportations de l'UE se concentrent sur le Royaume-Uni mais se diversifient vers de nouveaux marchés
Côté exportations, le Royaume-Uni reste de loin le premier client de l'UE, avec 885,6 M€ en 2025 (+83,8 % par rapport à 2015), captant près de 79 % de la valeur exportée. La stabilité relative de ce flux (CV = 0,13) en fait un pilier du commerce extérieur européen (partenaires par valeur).
| Partenaire | Exportations 2015 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 481,7 | 885,6 | +83,8 |
| Suisse | 23,4 | 58,7 | +150,5 |
| Ukraine | 3,4 | 18,7 | +455,4 |
| Albanie | 3,3 | 9,3 | +181,9 |
| Canada | 0,8 | 10,9 | +1 283,5 |
| Serbie | 2,2 | 18,1 | +729,4 |
| Norvège | 3,7 | 9,1 | +145,3 |
Toutefois, la part du Royaume-Uni tend à se réduire mécaniquement à mesure que de nouveaux marchés se développent. La Suisse (+150,5 %), le Canada (+1 283,5 %), la Serbie (+729,4 %) et l'Ukraine (+455,4 %) ont tous connu des croissances à deux ou trois chiffres. Le développement de ces marchés, bien que partant de bases faibles, témoigne d'une volonté de diversification géographique des exportateurs européens.
La concentration des exportations (HHI en valeur de 7 180 en 2015 à 6 343 en 2025, soit –11,7 %) diminue, signe d'une diversification progressive malgré la prédominance persistante du Royaume-Uni (concentration HHI).
3. La Pologne au cœur du dynamisme européen : spécialisation, production et évolution des segments
3.1. La Pologne, moteur de l'essor exportateur européen
Les données sur les États membres (rapporteurs par valeur) révèlent un changement structurel : la Pologne est passée de 96,5 M€ d'exportations en 2015 à 352,9 M€ en 2025 (+265,9 %), devenant le premier exportateur de l'UE devant l'Allemagne (153,6 M€), l'Irlande (168,2 M€) et les Pays-Bas (136,9 M€).
| État membre | Exportations 2015 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Pologne | 96,5 | 352,9 | +265,9 |
| Allemagne | 103,3 | 153,6 | +48,6 |
| Irlande | 127,7 | 168,2 | +31,8 |
| Pays-Bas | 93,1 | 136,9 | +47,1 |
| France | 49,8 | 65,4 | +31,2 |
| Hongrie | 16,5 | 53,3 | +223,6 |
| Danemark | 26,9 | 31,4 | +16,8 |
La Pologne affiche par ailleurs le plus fort indice de spécialisation (RSCA = 0,51 ; RCA = 3,10 en 2025), confirmant un avantage comparatif marqué dans ce segment (spécialisation). La Hongrie (+223,6 %) et le Danemark (RSCA = 0,46) se distinguent également comme spécialistes de ce produit.
3.2. Une production européenne en forte expansion
La production de préparations de volaille dans l'UE a connu une croissance extraordinaire sur la période (volumes de production) :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Quantité produite (millions de kg) | 935,5 | 3 441,0 | +267,8 |
| Valeur produite (M€) | 3 420,5 | 16 222,9 | +374,3 |
La production a été multipliée par 3,7 en volume et par 4,7 en valeur. Cette expansion spectaculaire explique en grande partie la capacité de l'UE à augmenter ses exportations tout en maintenant ses importations quasi-stables en volume : l'offre domestique a comblé et au-delà la demande intérieure, libérant des excédents exportables.
Du côté des importations intra-UE, les Pays-Bas restent le premier importateur (413 M€ en 2025, +10,8 %), suivis de l'Irlande (218 M€, +136,9 %) et de l'Allemagne (89,5 M€, –46,5 %). Le déclin allemand en importations (–46,5 %) et la montée de l'Irlande et de la Roumanie (+1 463 %, de 0,6 M€ à 9,8 M€) suggèrent un rééquilibrage des flux au sein de l'UE.
3.3. Concentration sur les préparations cuites à haute teneur en volaille
L'analyse des sous-produits (comparaison par segment) révèle une domination croissante du code 16023219 (préparations cuites contenant ≥ 57 % de viande de volaille), tant à l'import qu'à l'export.
Importations par sous-produit :
| Sous-produit | 2015 (t) | 2025 (t) | Variation (%) | Part 2025 (%) |
|---|---|---|---|---|
| 16023219 — Cuites, ≥ 57 % | 143 368 | 192 758 | +34,4 | 90,4 |
| 16023230 — ≥ 25 %, < 57 % | 59 509 | 16 990 | –71,5 | 8,0 |
| 16023211 — Non cuites, ≥ 57 % | 14 018 | 1 887 | –86,5 | 0,9 |
| 16023290 — Autres | 3 940 | 1 563 | –60,3 | 0,7 |
Exportations par sous-produit :
| Sous-produit | 2015 (t) | 2025 (t) | Variation (%) | Part 2025 (%) |
|---|---|---|---|---|
| 16023219 — Cuites, ≥ 57 % | 76 487 | 109 991 | +43,8 | 45,9 |
| 16023230 — ≥ 25 %, < 57 % | 23 339 | 71 787 | +207,6 | 29,9 |
| 16023211 — Non cuites, ≥ 57 % | 40 780 | 49 948 | +22,5 | 20,8 |
| 16023290 — Autres | 13 707 | 7 900 | –42,4 | 3,3 |
À l'importation, le segment 16023219 concentre désormais plus de 90 % des volumes, contre 65 % en 2015. Les segments à teneur intermédiaire (16023230) et non cuits (16023211) ont connu des déclins de 71 % et 87 % respectivement. Cette concentration peut refléter une spécialisation accrue des fournisseurs tiers (Thaïlande, Chine) vers des produits à forte valeur ajoutée transformée.
À l'exportation, la dynamique est différente : le segment 16023230 a connu une progression remarquable (+207,6 %), passant de 23 339 t à 71 787 t, ce qui indique que l'UE s'est positionnée comme fournisseur de produits à teneur intermédiaire en volaille sur les marchés tiers, potentiellement à des prix plus compétitifs (prix moyen 2025 : 4 083 €/t contre 4 914 €/t pour le 16023219).
3.4. Choc de prix sur la Thaïlande en 2022 et volatilité des approvisionnements
L'analyse de la volatilité (barres de volatilité) et des chocs (événements de choc) révèle un événement significatif : un choc de prix sur les importations en provenance de Thaïlande en 2022, avec un décalage anormal de 4,0 écarts-types et une hausse de prix de 24,5 %, alors que ce partenaire représentait 48,3 % de la valeur des importations. Ce choc, survenu dans un contexte de tensions énergétiques et logistiques post-Covid, a eu un impact disproportionné sur le coût global des approvisionnements européens en raison du poids de la Thaïlande dans le panier d'importation.
Par ailleurs, certains partenaires présentent une volatilité très élevée (coefficient de variation) :
| Partenaire | CV importations | CV exportations |
|---|---|---|
| Thaïlande | 0,19 | — |
| Royaume-Uni (import) | 0,50 | — |
| Chine | 0,64 | — |
| Ukraine (import) | 0,89 | — |
| Norvège (import) | 3,18 | — |
| Royaume-Uni (export) | — | 0,13 |
| Ukraine (export) | — | 0,73 |
| Kosovo | — | 0,79 |
L'Ukraine, tant à l'import qu'à l'export, présente une forte instabilité (CV > 0,7), cohérente avec les perturbations liées au conflit armé depuis 2022.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des préparations de poulet (CN 160232) a connu une transformation structurelle. L'UE est passée d'une position déficitaire (–144 M€) à une position excédentaire (+300 M€), portée par une production multipliée par 3,7 en volume et par l'essor spectaculaire de la Pologne comme premier exportateur européen. Les importations, stables en volume mais en hausse en valeur, témoignent d'une pression inflationniste et d'une restructuration des fournisseurs : la Thaïlande s'est consolidée comme premier partenaire, la Chine a émergé de manière fulgurante, tandis que le Royaume-Uni et le Brésil ont vu leur part se réduire fortement.
L'évolution des segments produits révèle une concentration croissante des importations sur les préparations cuites à haute teneur en volaille (16023219), tandis que les exportations se diversifient vers des produits à teneur intermédiaire. Le choc de prix thaïlandais de 2022 illustre la vulnérabilité liée à la concentration des approvisionnements sur un nombre limité de partenaires. À moyen terme, la poursuite de la diversification géographique, tant des sources d'approvisionnement que des débouchés à l'exportation, apparaît comme un enjeu clé pour la résilience du secteur européen.