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Évolution du marché : Préparations de poulet (CN 16023219) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 16023219 couvre les préparations et conserves de viande ou d'abats de coqs et de poules domestiques, cuites, contenant au moins 57 % de viande ou d'abats de volailles en poids (hors saucisses, préparations infantiles, foie et extraits de viande). Ce segment, qui relève du chapitre 16 de la nomenclature combinée, représente un pan significatif du commerce agroalimentaire intra- et extra-UE. Au cours de la période 2015–2025, le marché européen de ces préparations de poulet a connu des transformations profondes : croissance marquée des échanges, restructuration des partenaires à la faveur du Brexit, montée en puissance de nouveaux fournisseurs asiatiques et chocs de prix liés aux crises de 2022. Le présent rapport s'appuie sur les données du Trade Dashboard pour analyser ces dynamiques en trois volets.


1. Une trajectoire de forte croissance des échanges extra-UE, tirée par les exportations

Les exportations de l'UE progressent plus vite que les importations en valeur

Sur la période 2015–2025, les exportations extra-UE de préparations de poulet ont connu une croissance nettement plus rapide que les importations en termes de valeur. Les exportations sont passées de 293 M€ à 541 M€, soit une hausse de +84,3 %, tandis que les importations ont progressé de 548 M€ à 740 M€, soit +35,0 %. En volume, l'écart est plus resserré (respectivement +43,8 % pour les exportations et +34,4 % pour les importations), ce qui reflète un effet prix différentiel : les prix à l'exportation ont augmenté de 28,1 % (de 3 835 à 4 914 €/t) alors que les prix à l'importation sont restés quasiment stables (+0,4 %, autour de 3 826–3 840 €/t).

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations — valeur (M€) 293 541 +84,3 %
Exportations — volume (kt) 76 110 +43,8 %
Exportations — prix moyen (€/t) 3 835 4 914 +28,1 %
Importations — valeur (M€) 548 740 +35,0 %
Importations — volume (kt) 143 193 +34,4 %
Importations — prix moyen (€/t) 3 826 3 840 +0,4 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

Le déficit commercial se réduit sensiblement

Le solde commercial extra-UE, structurellement déficitaire, est passé de −255 M€ en 2015 à −200 M€ en 2025, soit une amélioration de 21,7 %. Notamment, le solde a même été temporairement positif à un moment de la période (atteignant un excédent ponctuel de +26 M€). Cette amélioration témoigne à la fois du dynamisme des ventes vers des marchés tiers et d'une progression plus modérée des achats extérieurs.

La production intérieure de l'UE connaît une expansion spectaculaire

Les données de production (PRODCOM) révèlent une expansion remarquable de l'industrie européenne de ce segment. La quantité produite est passée de 936 millions de kg à 3 441 millions de kg (+267,8 %), tandis que la valeur de production a bondi de 3 421 M€ à 16 223 M€ (+374,3 %). Cette dynamique, qui dépasse largement la croissance des exportations, suggère que la demande intérieure de l'UE a également fortement augmenté, tout en alimentant la capacité exportatrice.

Indicateur production UE Début (2015) Fin (2025) Variation
Quantité (M kg) 936 3 441 +267,8 %
Valeur (M€) 3 421 16 223 +374,3 %

Source : Volumes de production


2. Le Brexit et la montée de l'Asie : une reconfiguration profonde des partenaires commerciaux

Le Royaume-Uni bascule de premier fournisseur à premier client de l'UE

La transformation la plus spectaculaire de la période concerne le Royaume-Uni. En 2015, le Royaume-Uni était le premier partenaire d'importation de l'UE pour ce produit, avec 185 M€ de fournitures, représentant une part dominante des achats extra-UE. À la suite du Brexit (sortie effective en 2020 et fin de la période de transition), cette relation s'est inversée : les importations en provenance du Royaume-Uni se sont effondrées à 44 M€ en 2025 (−76,0 %), tandis que le Royaume-Uni est devenu de loin la première destination d'exportation de l'UE, passant de 238 M€ à 418 M€ (+75,4 %).

Ce basculement s'explique logiquement : les flux intra-UE (incluant le Royaume-Uni) sont devenus des flux extra-UE après le Brexit. Les échanges qui étaient comptabilisés comme approvisionnements intra-marché sont désormais des importations/exportations au sens douanier. Le Royaume-Uni, auparavant intégré à la chaîne de valeur européenne, est désormais un partenaire externe à part entière.

Partenaire Importations 2015 Importations 2025 Var. Exportations 2015 Exportations 2025 Var.
Royaume-Uni 185 M€ 44 M€ −76,0 % 238 M€ 418 M€ +75,4 %

Source : Partenaires par valeur

La Thaïlande consolide sa position de premier fournisseur, suivi par le Brésil

Parmi les partenaires d'importation « historiquement » extra-UE, la Thaïlande demeure le fournisseur dominant, avec une croissance de 205 M€ à 351 M€ (+71,5 %). Le Brésil, deuxième fournisseur, progresse plus modestement de 119 M€ à 141 M€ (+19,0 %). Ensemble, ces deux pays représentaient déjà la majeure partie des approvisionnements extra-UE en 2015 et ont renforcé leur position en 2025, la Thaïlande captant à elle seule près de la moitié des importations extra-UE en valeur.

La Chine connaît une percée fulgurante

Le partenaire dont la progression est la plus remarquable est la Chine : les importations en provenance de Chine sont passées de 29 M€ à 169 M€, soit un bond de +480,9 %. La Chine est ainsi devenue le troisième fournisseur extra-UE de l'UE pour ce produit, dépassant potentiellement le Brésil. Cette dynamique s'inscrit dans le contexte de l'ouverture progressive du marché européen aux avicultures chinoises et de la compétitivité-prix des produits chinois.

L'Ukraine émerge comme un partenaire à la hausse des deux côtés

Les importations en provenance d'Ukraine ont progressé de 2,4 M€ à 16 M€ (+577,9 %), tandis que les exportations vers l'Ukraine sont passées de 1,3 M€ à 1,6 M€ (+21,2 %), avec des pointes beaucoup plus élevées au cours de la période (jusqu'à 17 M€ à l'exportation). L'accord d'association UE-Ukraine et les libéralisations commerciales progressives, puis l'effort de soutien économique post-2022, expliquent en partie cette dynamique, malgré la volatilité liée au conflit.

Les États membres les plus spécialisés dans les exportations

En 2025, la Pologne se distingue comme le pays de l'UE le plus spécialisé dans les exportations de ce produit (RSCA de 0,51), suivie de la Croatie (0,44), du Danemark (0,35), de la Roumanie (0,27) et des Pays-Bas (0,20). La Pologne a renforcé sa position d'exportateur leader au sein de l'UE, passant de 47 M€ à 127 M€ (+167,7 %). L'Allemagne a quant à elle doublé ses exportations (de 38 M€ à 77 M€, +99,8 %), et la Belgique a connu une progression encore plus forte (+153,9 %, de 12 M€ à 31 M€).

À l'inverse, des pays comme la Finlande (RSCA de −0,92), le Luxembourg (−0,89) et le Portugal (−0,82) affichent une très faible spécialisation dans ce segment.

État membre Exportations 2015 Exportations 2025 Variation
Pologne 47 M€ 127 M€ +167,7 %
Irlande 76 M€ 110 M€ +45,2 %
Pays-Bas 56 M€ 59 M€ +6,1 %
Allemagne 38 M€ 77 M€ +99,8 %
France 25 M€ 35 M€ +39,8 %
Belgique 12 M€ 31 M€ +153,9 %

Source : États membres par valeur


3. Chocs de prix de 2022 et concentration géographique : des fragilités persistantes

L'année 2022 marque un épisode de chocs de prix importateurs

L'analyse de la volatilité révèle que l'année 2021 (centre 2022-01-01) a été marquée par des chocs de prix significatifs sur les importations en provenance des principaux fournisseurs. Trois événements majeurs ont été détectés :

Partenaire Type de choc Anomalie Hausse de prix Part de valeur
Chine Prix 16,2 σ +27,8 % 16,3 %
Brésil Prix 9,2 σ +26,1 % 27,4 %
Thaïlande Prix 3,7 σ +24,1 % 56,3 %

Source : Chocs d'offre

Ces hausses simultanées de prix sur les trois principaux fournisseurs s'inscrivent dans le contexte post-COVID et du déclenchement de la guerre en Ukraine, qui ont entraîné une flambée des coûts de l'énergie, des aliments pour animaux et du transport maritime. L'anomalie la plus forte concerne la Chine (16,2 écarts-types), ce qui est cohérent avec les perturbations des chaînes d'approvisionnement liées à la politique « zéro-COVID » de la Chine à cette période.

Une volatilité structurellement élevée sur certains partenaires

Au-delà de l'épisode 2022, certains partenaires présentent une volatilité chronique (coefficient de variation élevé sur la période) :

  • Norvège (CV = 3,22) et Suisse (CV = 1,55) pour les importations, reflétant des volumes faibles et irréguliers.
  • Chine (CV = 0,70), Royaume-Uni (CV = 0,75) et Ukraine (CV = 0,77) pour les importations, témoignant de changements structurels.
  • Ukraine (CV = 1,43) pour les exportations, en lien avec l'instabilité du conflit.
  • À l'inverse, les flux vers le Royaume-Uni à l'exportation (CV = 0,11) et le Brésil à l'importation (CV = 0,11) sont remarquablement stables.

Source : Barres de volatilité

La concentration des importations s'est légèrement renforcée

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur a augmenté de 3 024 à 3 187 (+5,4 %), signe d'une légère concentration accrue des approvisionnements. Ce niveau reste toutefois dans une zone de concentration modérée, les trois premiers fournisseurs (Thaïlande, Brésil, Chine) captant l'essentiel des flux.

Du côté des exportations, le HHI a diminué de 6 669 à 6 082 (−8,8 %), indiquant une diversification progressive des débouchés. Néanmoins, le niveau demeure élevé, le Royaume-Uni représentant à lui seul la grande majorité des exportations extra-UE. Cette dépendance au marché britannique constitue un risque structurel, d'autant que les incertitudes liées aux accords post-Brexit persistent.

Indice HHI 2015 2025 Variation
Importations (valeur) 3 024 3 187 +5,4 %
Exportations (valeur) 6 669 6 082 −8,8 %

Source : Concentration HHI

Les Pays-Bas et l'Irlande, plaques tournantes du commerce européen

En matière d'importations intra-UE, les Pays-Bas restent le premier importateur (394 M€ en 2025), suivi de l'Irlande (187 M€, en forte hausse de +208 %) et de l'Allemagne (88 M€, stable). L'explosion des importations irlandaises pourrait refléter à la fois le retraitage statistique lié au Brexit (réacheminement de flux autrefois comptabilisés comme intra-UE) et le développement d'une industrie agroalimentaire irlandaise tournée vers l'exportation.


Conclusion

Le marché européen des préparations de poulet (CN 16023219) a connu une décennie de croissance soutenue entre 2015 et 2025, portée par une production intérieure en forte expansion (+268 % en volume) et un dynamisme des exportations (+84 % en valeur). La restructuration la plus marquante est le basculement du Royaume-Uni — autrefois premier fournisseur, désormais premier client de l'UE — consécutif au Brexit. Parallèlement, la Chine a émergé comme un fournisseur incontournable (+481 %), aux côtés d'une Thaïlande qui renforce sa position dominante. L'épisode de chocs de prix de 2022 a mis en lumière la vulnérabilité de l'UE aux perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales, tandis que la concentration géographique, tant à l'importation qu'à l'exportation, demeure un facteur de vigilance. La réduction du déficit commercial et la diversification progressive des débouchés exportateurs constituent des signaux positifs, mais la dépendance au marché britannique et aux fournisseurs asiatiques appelle une vigilance accrue des décideurs européens.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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